‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 16 sur 140 · CONTRE LE VULGAIRE · texte numérisé non relu

CONTRE LE VULGAIRE

Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous!

Je demande un instant de Irève.

Moineaux tapageurs, laissez-nous Recueillir ce chant qui s'élève.

C'est la plus belle des chansons, C'est l'hymne pur, c'est la merveille Que le poète des buissons Jette à l'aurore qui s'éveille!

Aussitôt qu'un soleil a lui.

Vous faites, vous, un grand tumulte.

Pourquoi ces cris poussés vers lui?

Est-ce un hommage, est-ce une insulte?

CONTRIi LE VCLGAIIIK.

De nos rauiL'aux et de nos toils Partez, fuyez, troupe honnie!

Je prends en horreur ce patois, Lorsque j'entends cette harmonie.

J'arrive et je suspends le pas.

Mon âme à ce cliant s'éprend toute :

Bavards, si vous n'écoulez pas, Permettez du moins qu'un écoute.

Je ne demande qu'un moment Pour me livrer au divin charme; Après, vous pourrez librement Recommencer votre vacarme.

Alors, il vous sera permis De tout oser et de tout faire.

De vous jeter en ennemis Sur mes sillons et sur mon aire.

Vous pourrez, sans honte et sans frein, Piller le champ, iMJlor la grange, Et dans ma vigne, grain à grain, Faire d'avance ma vendange.

40 LA MI:: nuuALi;.

Dans le parc, moineaux odieux, Au scandale des buis augustes, Vous irez insulter les dieux Dont je vous livre les vieux bustes.

Enfin, par mes volets ouverts, Vous entrerez, si bon vous semble.

Et sur la table où sont mes vers Vous irez sautiller ensemble.

Oui, tu pourras effrontément, Sans avoir peur que je sévisse.

Peuple railleur, lascif, gourmand. Te promener de vice en vice.

iMais à cette heure, au nom des bois, Au nom des lys, au nom des roses.

De grâce, écoutons cette voix Du plus charmant des virtuoses! —

Eh bien, non, je supplie en vain ; L'aurore rentre sous la nue.

Le chant se tait, l'hymne divin...

Et le vacarme continue!

TOUT EST R03IPU

Savez-vous la nouvelle, une grande nouvelle? La petite Margot, celle que l'on appelle Fleur de lys, pour l'éclat singulier de sa peau, Et qui n'a qu'un mouton pour unique troupeau ; Margot, que l'ami Jean courtisait au village. En est pour son espoir de brillant mariage. Tout est rompu, dit-on. Au suprême moment. L'ami Jean s'est conduit comme un piteux amant. Une évolution triste, et qui n'est pas neuve, A fait pencher son cœur vers une riche veuve. Margot n'a qu'un mouton broutant sur le coteau. La veuve a six arpents près de l'ancien château;

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En foiirchoKos, en linge, elle est bien assortie; Donc, on laisse la fleur pour aller à Torlie. Que ne fais-tu point faire, ô vieille soif de l'or! Mos pères l'accusaient, nous t'accusons encor. Tu passas des cités aux hameaux : le rustique Ignore tout; il sait au moins Tarithmétique. Margot pousse des cris. Console-toi, Margot ! Après tout, belle enfant, l'ami Jean n'est qu'un sot : La veuve qu'il c[iouse est avare et ridée; Elle a de faux cheveux; et puis j'ai dans l'idée Que ta fraîche beauté, que tes yeux purs et doux Trouveront un plus digne et plus loyal époux. Ce n'est pas à seize ans, quand on est la plus belle. Qu'on est la sœur du lys et de la tourterelle, Non, ce n'est pas si tôt qu'il faut se désoler Pour un perfide amour qui vient de s'envoler. Dieu punit, tôt ou tard, les âmes fugitives. Le riant avenir a d'autres perspectives : Et l'on a vu des rois, venus dans nos vergers, Épouser en passant des filles de bergers !

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