HOSPITALITÉ
De ses magiques mains tout y porte la trace. Chaque meuble y conserve un reflet de sa grâce; Ces rideaux au salon, ce jour plus adouci, Ces fleurs dans le cristal, tout parle d'elle ici; Toute cette maison, silencieuse et claire, Est moins une maison qu'un chaste sanctuaire; El l'on se sent au cœur, dès qu'on franchit le seuil, Te ne sais quel frisson que tempère l'accueil.
Moi donc, poëtc errant, sous ce toit diaphane J'ai trouvé place un jour; je suis l'hôte profane, Je suis le passager qui s'arrête en chemin. Et qui repart bientôt... peut-être dès demain!
Le matin, la villa s'éveille de bonne heure. Sans bruit, les serviteurs errent dans la demeure, Vaquant aux premiers soins que réclame le jour. Les seuls bruits du dehors animent ce séjour : Son de l'heure qui chante à la tour du village, Murmure des jardins dont frémit le feuillage, Concert des nids chanteurs sans cesse renaissant. Par l'escalier muet, l'hôtesse enfin descend. Au frôlement confus de sa jupe de gaze, De loin, je la devine et sens venir l'extase.
G2 I.\ \Ii: lURALK.
Pénétrant au f^aloii il'iiii |)as aérien, Son familier bonjour y devance le mien. Elle a du mot charmant l'art cl le privilège. Moi, j'hésite et me tais : (railleurs, que lui dirais-je? Quand on tremble du cœur, on tremble de la voix. Des nouvelles du jour, un moment toutefois, Nous causons. Messager qui monte de la flaine, Ce malin, le facteur est venu la main j)Ieine. L'entretien suit sa pente, il emoiire au hasard Les deux grands intérêts, la polilicpie et l'art : De son sommeil, dit-on, cygne qui se réveille, Rossini rêve encor sa prochaine merveille... Hugo médite un drame au bord des vastes mers. Préférez-vous sa prose? aimez-vous mieux ses vers?... Qu'est devenu le temps où chantait Lamartine?... L'erranle causerie, abeille qui butine, Ainsi vers toute fleur pro'.nrne son essor. Enfin, l'heure au cadran sonne de sa voix d'or.
Ayant rompu le pain sur la table modeste. Au soleil de midi, la maison fait la sieste. Silence et quiétude : à peine un tiède vent Soulève la persiennc en éventail niouvant. Il répand, sous le toit où son souffle pénètre.
IIOSIMTALITi:. 03
l.e chaud parfum dos lloiirs qui bordent la fenêtre.
riongé dans cet arôme où le rêve se fond,
Je vois de temps en temps courir sous le plafond
Des grands tilleuls du parc l'ombre qui se balance,
Et les moires de l'eau qui passent en silence.
0 langueurs de midi, rêverie à longs flots,
Vagues sommeils qu'on dort les yeux à demi clos,
Dieu sait de quels frissons vous agitez ime âme.
Quand flotte dans votre air le soufile d'une femme!
Du clavier tout à coup j'entends vibrer le son,
Une voix retentit, qui charme la maison.
Elle est fraîche et limpide, et fière et caressante :
Ce n'est pas une voix, c'est une fleur qui chante.
Murmures de l'enclos, feuillages, taisez-vous ;
Et que tout oiseau garde un silence jaloux!
L'instrument, sous la main rapide qui l'elllcure,
Tantôt vibrait de joie, et le voilà qui pleure;
Et la docile touche et l'éloquente voix
Tour à tour font silence ou parlent à la fois.
Et moi, de ces accents auditeur solitaire,
Ce que j'entends alors, plongé dans mon mystère.
C'est tout ce qu'au passage une âme peut saisir.
C'est le frémissement des ailes du désir,
C'est l'appel du ramier qu'i'nlendra la colombe,
Ci I. \ vu: r.ur. \m:.
C'est le cri de l'espoir qui s'élève ou reloinbo; D'un cœur, d'un faible cœur qui défaillo à moitié, C'est la prièi'e à. Dieu réclauiant sa pilié!
L'heure pourtant décline, et du soleil qui passe Les dernières ardeurs meurent sur la terrasse. Il est temps de sortir, il est temps de revoir Les jardins, l'horizon, dorés au feu du soir. On s'accoude aux piliers rangés en colonnade : Oi!i dirigerons-nous ce soir la promenade? Par les sentiers étroits qui longent le coteau, Irons-nous visiter cet antique château Dont les pâtres voisins racontent la légende? Plus haut, par les tapis de sauge et de lavande, A travers les parfums qu'on soulève en marchant, Irons-nous contempler la gloire du couchant? On part : chaque rayon que cette heure recèle A sa vive pensée ajoute une étincelle.
Esprit jeune et charmant, à tout sujet dispos. Un beau rire argentin se mêle à ses propos. Ce n'est pas une femme, instinct qui se refuse, C'est un enfant joyeux que toute chose amuse, Un folâtre écolier qui chante en ^■•.on chemin, Et qui sur toute Heur porte sa blanche main. —
nOSl'ITALITl':. 05
La voilà qui s'arrête, et, brusque et fauiiliùre,
Orne ses longs cheveux de quelque brin de lierre.
Le classique rêveur, éperdu cette fois,
Pense voir face à face une nymphe des bois :
« Est-ce vous, ô Daphnê, blonde enfant de la Grèce?
Ou bien vous nommc-t-on Diane chasseresse?
Ce rocher vaut le Pindo, et vous êtes la sœur
De ces êtres divins qu'adorait le cliasseur! »
Faut-il passer un gué, franchir une broussaille?
Il n'est pas de chevreuil si légur qui la vaille;
Si bien que moi, tardif, qui la suis pas à pas.
Je l'admire à dislance... et ne l'imite pas.
« Eh bien, dit la trieuse, à qui sied l'ironie,
A quoi rêve ce soir votre austère génie?
Me laisserez-vous seule, aiïrontanl ces déserts ?
Marchez d'un pas plus leste... et dites-moi vos vers!»
La nuit vient cependant; déjà l'étoile brille :
Il convient de rentrer sous le toit de famille.
L'aïeule en cheveux blancs qui garde le salon
A compté le retard, le trouvant déjà long.
Nous rentrons. D'une main savante à chaque chose,
Elle arrange en bouquets les fleurs que je dépose.
Cherche, compare, assend)le, entrelace avec art