HOSPITALITE. G
Slu' la dalle pieuse, ils s'agenouillent tous;
Même les laboureurs venus au rendez-vous,
Même des journaliers la troupe mercenaire;
Ceux-ci de leurs haillons vêtus à l'ordinaire,
Ceux-là, les gardiens sauvages du troupeau,
Drapés d'un pan de laine ou d'un savon de peau.
Alors, écoutez-la prier, la noble femme :
Ce n'est plus une voix qui parle, c'est une âme;
C'est un cœur plein de foi qui s'élùve au Seigneur,
C'est un encens qui monte et qui lui rend honneur.
Elle sait de chacun les besoins, les souffrances;
Elle exprime de tous les saintes espérances.
Et tous, à la priùrc unis déplus en plus,
Accompagnent sa voix d'un nuirnuire confus.
Telle au désert, jadis, par une nuit d'étoiles,
Rachel ou Rebecca priait sous ses longs voiles.
Et, réunis prè-; d'elle autour des grands palmiers.
Ainsi chefs et pasteurs chantaient aux jours premiers!
Humbles gens, cœurs touchés par la voix ingénue,
La trêve des labeurs maintenant est venue;
Que chacun, jeune ou vieux, dans un grave maintien,
Retourne à son chevet : je gagne aussi le mien...
Mais, dans la veille alors qui pour moi recommence,
08 LA vu: nunALt;.
Je me sens comme pris d'une vague démence. Celle qui tient mon cœur, peut-être à son insu, Sous son paisible toit celle qui m'a reçu, Quelle est-elle? me dis-je. 0 créature étrange. Est-ce une argile humaine? Est-ce une forme d'ange? L'aveu que je contiens, domain, si je le dis, Va-t-elle m'emportcr dans quelque paradis? Ou, de ce rêve d'or fait en pleine lumière. Me laisser retomber dans l'ombre et la poussière?... Ainsi la nuit s'envole, ainsi, de jour en jour. Je vais m'alanguissant à l'air de ce séjour. Pourrai-je enfin briser ce charme qu'elle ignore? Pour le salut, peut-être, il reste une heure encore : L'espace est toujours libre et voici le chemin. Partirai-je ce soir?... Ne partons que demain!