LE BERGER
Le troupeau, tout le jour, sur ce mont solitaire,
Ronge l'épais gazon qui pousse à (leur de terre :
Au penchant des ravins, pâturage escarpé.
De mouvante lumi'Te et d'ombre entrecoupé,
Où le ruissellement de la neige voisine
Renouvelle sans cesse un tapis d'herbe fine.
Le printemps n'y paraît qu'en juin, son plus beau mois.
Là remontent alors, s'y presant à la fois.
Cent convives divers qu'à sa riche mamelle
La féconde nourrice accueille pêle-mêle.
C'est l'agile chevreau, c'est le bœ if aux pieds lourds
Qui, sans bruit, va foulant 1j llexible velours,
Si LA Vlli lu H ALI"..
Et dont les blancs naseaux, levés par intervalle,
Jettent leur tiède souffle en brouillard qui s'exbalc.
C'est la brebis, Tànesse, et les ânons joueurs
Qu'une étrange gaîté visite par lueurs.
C'est quelque vache enfin, volontiers isolée,
Dont tinte à chaciue pas la clochette fêlée.
Quand un homme perdu nionlc là ])ar hasard,
La bêle le regarde avec son doux regard,
Et, sans autre souci du passant, continue
A ronger lentement l'herbe courte et menue.
De tous ces commensaux ruminants et broutants
On entend le bruit sourd, et puis, de temps en temps,
A l'écart, sur les bords de la lande déserte,
Les aboiements du chien qui pousse un cri d'alerte.
Un antique rideau de frênes chevelus Ombrage ce gazon qui s'incline en talus, Et le pied de ces bois, fendant la terre noire, Trempe dans une eau vive où les bêtes vont boire.
Rien de plus : le troupeau, les frênes, le torrent. Enfin, sur ces hauteurs, un jour si transparent. Un air pur, si semblable au cristal d'une glace. Que, si vous regardez aux confins de l'espace,
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Vos yeux dislingueruiit dans le dernier lointain
La nei.,'e du nionl lïlanc, toute rose au matin !
0 désert, te voilà! Solitude sacrée,