‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 32 sur 140 · Livre-toi tout entière à mon âme altérée · texte numérisé non relu

Livre-toi tout entière à mon âme altérée

Permets que sur tes (leurs, à pas silencieux.

Je marche en liberté, seul en face des cieux.

Au bruit de tes ruisseaux et de tes avalanches,

Laisse-moi respirer tes lis et tes pervenches.

Et, durant tout un jour, de ton oubli profond

Couvrir l'homme et la teire et le vain bruit qu'ils font!

Un homme est là, pourtant, qui près de moi respire;

Un homme est là, que dis-je ? un roi dans son empire,

Celui qui sous sa loi, sans quitter son repos.

Tient de l'aurore au soir ces paisibles troupeaux.

11 est jeiaie et robuste, il a vingt ans peut-être.

Or, la chèvre et le bœuf passant le jour à paître,

Que faire pour tromper de sauvages ennuis ?

Il fera de son mieux : la racine d'un buis

Avec choix fut cueillie, et ce bois qu'il découpe

Deviendra sous ses doigis une tasse, une coupe !

11 est à ce travail, du cœur ut de la main.

«Ici, seront des lleurs, dit-il, rose et jasmin.

Là, des chevreaux dormants que veille lui chien iidèle. »

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Les chevreaux et le cliieii re^teiil loin du modèle;

L'inliabile ciseau s'éyare inainlL'S fois:

Saluons-la, pourlaiil, celle coupe de bois!

Si l'ouvrage est informe et si l'outil fut gauche,

(Ju'iniporte? vénérons cette grossière ébauche.

De tout chef-d'œuvre humain c'est le commencement.

Tout débute ici-bas par uu tâtonnement,

Et chacun des grands arts qu'on adore sur terre

A pour humble inventeur ce berger solitaire!

D'autres pour moissonner se lèvcr(uit plus tard;

Lui creuse le sillon, il inaugure l'art,

11 s'inspire de toi, solitude féconde!

FA, dans un jeu naïf, parfois il crée un monde!

Faut-il étudier, d'un œil novice cncor.

Les cieux, la vaste nuit pleine d'étoiles d'or?

Du fond de vos déserts, pâtres de la Chaldée,

C'est par vous les premiers que leur voûte est sondée ;

C'est vous qui, tout d'abord, sans règle et sans compas.

Des constellations mesurez chaque pas.

Et qui, sur l'horizon les voyant reparaître,

A chacun des soleils donnez un nom champêtre.

Poésie, art di\in, (juel fut ton inventeur?

Oui chaula le premier, si ce n'est uu pasteur!

Lequel lit avant tous, artiste qui s'ignore,

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D'un simple roseau vide; un instruinont, sonore, Si ce n'est un enfant inspiré du hasard, Si ce n'est un berger précurseur de Mozart ! Enfin, n'est-ce point toi, berger que je contemple. Qui formas Phidias par un premier exemple, Et, génie inconnu, lis la coupe de bois. Avant que Cellini la fit d'or pour les rois!

Oui, c'est vous, toujours vous, pâtres de la colline, C'est vous qui signalez toute grande origine ! Toute nativité vous a pour visiteurs.

Aux heures du sommeil veillant sur les hauteurs, Dès qu'un berceau divin réclame nos hommages. Autour du nouveau-né vous devancez les Mages 1

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