CE QUE DIT L'HIRONDELLE
«Brave homme, lui dis-je, courage!
Les blés répondront à tes vœux. »
Aux gens dont le toit m'est propice Je rends plus d'un utile office :
Abusés par un temps serein, S'ils ont laisr'~' leurs foins à terre, Je dis à propos : « Qu'on les serre ! » Et, sans merci, je fais la guerre Aux vers qui rongent le bon grain.
Que le faucon, l'œil sur sa proie.
Que l'épcrvier là-haut tournoie.
Prompte à les voir, je pousse un cri.
A mon signal, on se rassemble; La poule et son poussin qui tremble, Et les pigeons, qui vont ensemble.
S'empressent tous vers leur abri.
Je saisis au vol ma pâture.
Je bois au vol dans une eau pure,
J'y prends un bain, toujours au vol !
Je suis l'essor, Faile rapide,
Je ne me plais que dans le vide.
i4 LA vu: r.LHALE.
Et je plains l'iiommc, cœur timide, Qui n'ose pas quitter le sol !
Failcs-moi bon accueil, j'arrive!
Du soleil, de la gaîté vive Je vous ramène la saison.
Jour et nuit, j'ai fondu l'espace :
A la voyageuse un peu lasse, Vieux amis, laissez prendre place Sous le toit de votre maison I
ERAÏO
Dans les vils pensers, dans les œuvres viles, Quand la décadence, hélas ! est partout; Quand de plus en plus, au tableau des villes, Le cœur se soulève empli de dégoût;
Des princes du jour quand l'impure bande Exploite au comptoir la guerre et la paix; Que la nation, si fière et si grande, N'est plus qu'un troupeau de marchands épais;
Quand le vieil honneur fléchit sous la honte; Des instincts mauvais, des grossiers penchants, Quand l'invasion de toutes parts monte.
Il n'est plus d'abri, si ce n'est aux champs.
Si ce n'est parmi les forêts lointaines, Sous la profondeur des arceaux fleuris ; Si ce n'est au bord des claires fontaines, Pour rame blessée il n'est plus d'abris.
De cœurs purs alors cherchant ce qui reste, Pour eux tu reprends tes attraits connus, 0 muse rustique, ô chanteuse agreste Qui dans nos prés verts marches les pieds nus.
Tes yeux ont cncor leur douce magie ; Le sourire aux pleurs s'y mêle toujours; De la chanson folle ou de l'élégie Tu fais, à ton gré, le chant des amours.
Le front ceint d'épis, légère tu passes Le long des blés mûrs, et, comme autrefois, On voit en cortège aller sur tes traces Les pâtres mêlés au nymphes des bois.
Et tu viens t'asseoir sous les aubépines; Et, charmant au loin bergers et troupeaux, Tu jettes au vent des tièdes collines, Tu jettes les sons de tes frais pipeaux.