‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 5 sur 140 · AUX PAYSANS · texte numérisé non relu

AUX PAYSANS

A ceux qui vous diront la ville et ses merveilles N'ouvrez pas votre cœur, paysans, mes amis ! A l'appel des cités n'ouvrez pas vos oreilles; Elles donnent, lnjlas! moins qu'elles n'ont promis.

Laissez chanter le chœur des machines stridentes ; Laissez les noirs engins hurler à pleins ressorts. De vos sages aïeux gardez les mœurs prudentes ; Et, comme ils ont vécu, vivez — calmes et forts !

La cité pour son peuple en vain se dit féconde; Le pain de ses enfants est rude à presque tous. Sous un luxe qui ment, tel rit aux yeux du monde Qui tout bas porte envie au dernier d'entre vous.

18 I.A Vil- nuRALi:.

Paisibles et contents, la tâche terminée, A votre cher foyer vous rentrez cliaque soir. Combien de citadins, au bout de leur journée. Ne rapportent chez eux qu'un morne désespoir!

De beaux enfants vermeils, une chaste compagne, Voient se pencher sur eux votre front adouci. Pour le pâle ouvrier que la misère gagne, La femme et les enfants sont un âpre souci.

A vos champs, à vos bois demeurez donc fidèles : Aimez vos doux vallons, aimez votre métier. Auguste est le travail de vos mains paternelles : ; 'est à votre sueur que vit le monde entier.

De l'air qui vous entoure une sagesse émane;

La plante vous conseille et le sol vous instruit :

« Restez, » dit le sillon dont vous cueillez la manne;

Et le frêne du seuil : « Malheur à qui me fuit! »

Les saisons, il est vrai, vous sont parfois cruelles; Aux caprices des cieux vos labeurs sont soumis. Les blés, tendres encor, sont broyés par les grêles ; Les vergers sont battus par les vents ennemis.

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