LA SOURCE
Mon pauvre village est en fête, Hommes et femmes sont joyeux.
Quelle fortune ont-ils donc faite Qui met ce rayon dans leurs yeux ?
Sur ces hauteurs longtemps arides, Après des siècles de travaux.
Ils ont trouvé, mineurs avides, La veine aux jaillissantes eaux.
(i C'est elle! ont-ils crié, c'est elle! » Et tous, à genoux près du bord, Disent encore : « Qu'elle est belle!
Et do quel jet cette onde sort!
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» Du flanc dci:liii'û de la roche, A bouillons on la voit monter ; Le cœur tressaille à son approche, Et la bouche a soif d'y goûter! »
De la bourgade haletante Dont le soleil gerce les toits, C'était le vœu, c'était l'attente, Avortés déjà tant de fuis!
Que de labeurs, que de voyages, Coûtait ici le flot bourbeux Qui désaltérait cent ménages, Familles, et jardins, et bœufs!
Là-bas, au creux de la vallée, Par des sentiers au long déio.n', 11 fallait, pour une eau troublée.
S'acheminer deux fois le jour :
Les vieillards y menant leur bête Dont les l^arils chargeaient le dos, Les femmes portant sur la tête Leurs vases de grès, lourds fardeiux.
LA SOLIICE. 135
Que lY'lc nul la terre en cendre, Qu'un vent glacé souillât du nord, Lentement il fallait descendre, Et remonter avec etïbrt.
Maintenant, on viendra sans peine Recueillir un Ilot toujours bleu.
Le village aura sa fontaine Dressée en face du saint lieu.
Monument au gré des familles.
Chef-d'œuvre d'un humble maron, Oi!i puiseront les jeunes lilles Sans inicnompre lem' chanson.
Tu la verras, devant ta porte, Dieu ({ui fécondes le rocher, Mêler sa voix limpide et forte Au caiillon de ton clocher.
0 Seigneur! loi qui désaltères Ch.Kpie brin d'heibe et cha(iue oiseau ; Toi qui, suivant la soif des terres, Verses le lleuve ou le ruisseau!
i:i6 L\ vu; r.iiiALE.
Ne l)orne pas à ce village Les dons qui coulent do tes mains.
L'onde n'est pas le seul breuvage (Jti'atlondc la soif des humain-.
Durant ces jours mauvais pour l'âme, Livrés au doute, aux faux savants.
Ouvre à quiconque la réclame Une autre source aux flots vivants!
Et que tout esprit qui t'implore, El que tout cœur penché vers toi, A tes fontaines boive encore L'eau jaillissante do la foi !