LE DEMON DE MIDI
l.a pKiine au loin blanchit et semble une eau qui l'auie. Des profondeurs du ciel dont la voûte s'allume, Juillet lance d'aplomb ses javelots do feu. On ne sait où marcher sous le grand dôme bleu, Pas une ombre; partout les ardeurs sont égales. On s'arrête, on n'entend que le chœur des cigales, One ce cri continu comme un scintillement, Et qui semble ajouter à l'éblouissement.
Le bois seul, au passant cjui du grand jour s'exile. Offre de ses rameaux l'impénétrable asile. Frais ombrages, salut! Le promeneur enfin
Peut respirer, choisir un lit de gazon fin, Admirer, à travers les arcades sans nombre, Ce jour mystérieux que tamise leur ombre, Voir les chênes touffus se mêler aux pius verts, Et, paresseusement, rêver les yeux ouverts.
A son rêve pourtant imprudent qui se livre!
L'influence des bois est puissante, elle enivre.
Tel honnête croyant qui, sans songer à mal.
Voulait fuir seulement un soleil tropical.
Pour peu qu'il ait traduit un demi-chant d'Homère,
Se prend à regretter mainte folle chimère.
11 pense que les dieux — ainsi pensait Boileau —
Ne méritaient pas tous d'être jetés à l'eau.
Et que du moins, au jour des rigueurs vengeresses,
11 eût été courtois d'épargner les déesses!
Alors, s'il voit briller dans l'épaisseur du bois Une blanche lueur, — si, prenant une voix. Les brises de midi courent dans les feuillées : « Oh! dit-il, est-ce vous, seriez-vous réveillées, Nymphes au pied furtif, dryades, folles sœurs. Que poursuivaient jadis les faunes ravisseurs? Daphné, Syrinx, Églé, dans l'ombre verte et douce,