‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 54 sur 140 · L'ETUDE · texte numérisé non relu

L'ETUDE

Sous la treille, à midi, pendant que la maison Repose, et que les blés, jusqucs à l'horizon, Sous ce vent frais et doux qui chaque jour s'élève, Roulent comme des flots attirés par la grève. L'un près de l'autre assis, tous deux gardent le seuil Tous deux, l'aimable enfant, au front pur, au bel œil, Garçon qui sur sa joue a des teintes vermeilles. Et le grand chien de chasse aux pendantjs oreilles. Un livre est sous leurs \cux, un \olunic latin Que le maître à l'enfant confia ce matin. 11 s'agit d'épeler, sur Tordrj du digne iiomme, Ce gros livre un peu lourd, plein des fastes de Rome D'y connaître Tarquin, d'\ fi-équenter Rrutus, II. 10

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El de s'y bien nourrir ilt'S antiques vertus. —

Or Tenfant, dont cet ordre a glacé le sourire,

Lit tout bas, et le chien lui-niènie semble lire.

L'écolier, par moments, relève un peu le front.

L'étude a bien son prix, mais im rien l'interrompt:

Pour qu'on néglige enfin les Volsques, pour qu'on laisse

Rentrer sournoisement le mari de Lucrèce,

Ou le fier Scœvola s'aiiproclier du brasier.

Que faut-il? Qu'un oiseau chante dans le rosier,

Qu'un papillon, dont l'aile au hasard se gouverne,

Vienne poser son vol sur un brin de luzerne!

Au contraire, le chien, qui d'ailleurs se fait vieux,

Le brave et digne chien ne quitte pas des yeux

Son De Viris, ouvert largement sur la pierre.

A son air immobile, au pli de sa paupière,

On dirait qu'à défaut de l'indolent garçon

Il veut au moins apprendre un peu de la leçon,

A la fin cependant, pris de fatigue, il bâille; Lt son voisin alors : « Travaille, ami, travaille! Quiconque est paresseux ne saura jamais rien. Je ne te parle ainsi, d'ailleurs, que pour ton bien,» Comme dit quelquefois, quand je dors sur la table. Mon maître Blazius, un savant reiout'ible !

L'ODEUR DES FOLNS

Le jour baisse; les pins, qu'un vent tiède ])alance, Uu couchant sur nos fronts bercent les reflets d'or; Le vallon se recueille et le champ fait silence : Dans le pré cependant les faneurs sont encor.

Les laboureurs lassés, remontant à la ferme, Kamènent les grands bœufs au pesant attirail ; Chacun songe au repos, chacun rentre et s\;nferme; Les faneurs dans le pré £ont encore au travail.

Les voyez-vous là-bas, au bord de la rivière, Marcher à pas égaux, d'un rbythme cadencé? Ils mettent à profit ce reste de lumière Pour finir le travail dès l'aube commencé,

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Sous le feu du soleil, sans trêve ni relàcho,

Ils ont coupé les foins an village attendus;

Ils ne partiront pas sans achever leur tàciie :

lis veulent qu'à la nuit tous leurs piés soient tondus.

Ue la rapide faux l'éclair par instants brille, A travers la distance il éblouit nos yeux; Par instants, une voix d'honnne on de jeune fille Ai'rive à notre oreille en sons clairs et joyeux.

Dans le calme du soir, il fait bon de l'entendre ! Il fait bon d'aspirer, dans un air frais et doux. Ces odeurs de gazons, ces parfums d'herbe tendre Qui, du talus des prés, s'élèvent jusqu'à nous I

Le jour s'efface au loin; ses lueurs étouffées Meurent sur les hauteurs, s'éteignent sur les eaux; Et chaque vent qui passe apporte par bouffées L'enivrante senteur des herbes en monceaux.

Et ce qu'on ressent là, c'est un calme suprême, C'est une volupté sans ardeur ni transptjrt, C'est le recueillement de la nature même, Qui, sous l'aile de Dieu, confiante s'endort !

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