‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 61 sur 140 · CE QLI SE DIT DANS LES BRANCHES. 1G · texte numérisé non relu

CE QLI SE DIT DANS LES BRANCHES. 1G

J'ai langui, j'ai pleuré, je me suis morfondu. Colombe sans pitié, voulez-vous que je meure? S'il le faut, du trépas je devancerai l'heure. Trois chemins au tombeau devant moi sont ouverts : Je puis sur le roc vif tomber du haut des airs ; Je puis plonger dans l'onde, une pierre à la patte-, Manger de certaine herbe, ou de quelque acétate; Je puis, je l'oubliais, mourii' aussi de faim. Laquelle de ces mo: ts clioisirai-je à la fin ? Diflicullé du choix, cruelle alternative ! Hélas!... dans l'embarras, autant vaut que je vive ! »

Cependant, à son fils, oisillon faible encor. L'hirondelle enseignait l'art du vol, de l'essor. Penchée au bord du nid : « Courage, ouvre ton aile ! Vois-tu comme je fais?,., à ton tour, disait-elle. Lance-toi,... pars...

— Hélas! répondait l'écolier.

Impossible ; je sens la teireur me lier. Le vertige me prend, rien qu'à voir cet abîme.

— Lh bien, ferme les yeux, enfant pusillanime ! Tu n'as qu'à te laisser tomber de ton seul poids ;

170 LA VII5 RURALK.

Cola n'est malaisé que la première fois; La seconde, on voltige, et la troisième, on plane. Regarde cet air bleu, ce grand ciel diaphane : N'en es-tu pas séduit ? songe au plaisir d'aller. D'explorer cent pays dont on entend parler. Veux-tu languir, honteux? vieillir dans ta coquille ? Il s'agit de l'honneur de toute une famille ! » La mère, en prononçant cette péroraison, Tout à coup le poussa du bord de sa maison. L'oisillon dans les airs tombait à l'improviste. Il ne fit, au début, qu'une mine assez triste; Plongea cinq ou six fois; enfin, s'aventurant, Là-haut tout comme un autre il sut tenir son rang.

Écoutons maintenant ce pierrot pindarique

Qui s'est fait, sur le toit, un trépied d'une brique;

Écoutons ce début de poëte naissant

Que le merle jaloux vient sifller en passant :

a Père du jour, dit-il, auteur de l'harmonie! D'un moineau qui l'invoque échauffe le génie. Par toi brillent aux yeux les oiseaux et les fleurs; Par toi le grain fourmille et les fruits sont meilleurs; Par tes mains allumé, dans les cœurs l'amour flambe.

CE QLI SE DIT DAXS LES BRAXCIIES. 171

Inspire, inspire-moi, Pliœbus, un diihyrainbe. Et fais mourir d'envie, ù Phœbus-Apollon, Tous les autres moineaux de ce sacré vallon ! »

Voilà ce qu'un matin, mal éveillé peut-être. J'entendais dans le bois du bord de ma fenêtre; Voilà de quelle sorte, ô bouvreuils, ô pinsons. Oisif, je m'amusais à noter vos chansons. Heureux le traducteur qui de vos confidences Rendrait sans trahison l'esprit et les cadences ! Moi, j'ai fait, j'en ai peur, comme est écolier Qui, dans un lourd patois gauchement familier, Défigurant les vers de Virgile ou d'Horace, Soulève autour de lui les rumeurs de la classe.

Page 1