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LA POESIE LATINE

A M. GERLZEZ.

Comme je déjeunais, ce matin, sous un hêtre,

Le piéton m'a remis ton épître, cher maître.

Et c'est au bruit de l'arbre agite d'un frisson,

Au murmure d'une eau courant sous le gazon.

Que j'ai lu cette prose, où le bon sens fidèle

A l'essor de l'esprit dont il emprunte l'aile.

Tu veux donc que je dise et quels sont mes travaux,

Et quels auteurs je lis, quels chefs-d'œuvre nouveaux.

.Mon travail, le voici : je laboure et je sème;

De drainage ou d'engrais j'étudie un système;

Réparateur du mal qui s'est fait autrefois,

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Je rends à mes coteaux la parure des bois;

Je cherche, espoir trompeur, dans le sein de la roche,

(juelque fleuve intJdiL qui fuit à mon approche;

D'une étable, oîi nos bœufs ont un abii peu sûr,

Je rajuste le loit et je soutiens le mur.

\'oilà quels sont mes soins, ami, telle est ma lâche.

A de pareils labeurs peu de gloire s'attache;

Ils ne sont pas de ceux qui vous mettent au front

Ce feu dont les éclairs au loin rejailliront;

Mais ils font que, du moins, un redescend la vie.

Calme, le cœur exempt de regrets ou d'envie;

Ils font que chaque soir, de bonne heure, on s'endort

Sans dire au lendemain : a Fais-nous un autre sort! )>

Quant aux nouveaux écrits dont l'heureuse lecture Me délasse, au besoin, de mon agriculture, Ils ont bien deux mille ans, si je sais calculer. Deux mille ans ! cela vaut la peine d'en parler; Et de vos livres neufs, qu'à Paris chaque aurore. Chez Lévy, chez Dentu, chez Didier voit éclore, En connaît-on beaucoup, dans leur première fleur, De plus fi'ais à l'espril, de plus jeunes au cœur. Que ces livres, ornés d'une éternelle grâce, Oui portent les vieux noms de Virgile et d'Horace?

Je les lis tour à tour, je les prends à la fois; Ambroisie ou nectar, à longs traits je les bois. Arrivant de Paris, en vain frappe à ma porte Un volume orgueilleux du beau titre qu'il porte; Le nomade facteur qui dessert nos cantons Me laisse dix journaux avec leurs feuilletons ; Le volume attendra le coup d'œil qu'il demande, Les journaux négligés dormiront sous la bande; Il importe avant tout, courant aux moins pressés, D'aller aux deux anciens toujours recommencés.

Ce charme, qui chez eux de plus en plus me gagne, Campagnard, c'est surtout l'amour de la campagne. Tous deux l'aiment, tous deux la chantent dans leurs vers, L'adrait semble uniforme, il est pourtant divers.

Quoique épris des vallons dont il fait son asile, Horace y garde encore un parfum de la ville. Sur l'avis qu'a donné Musa son médecin, Il est venu chercher le repos, un air sain, Les soins recommandés à son corps peu robuste. Enfin l'oubli de Rome... et peut-être d'Auguste. Rome avait des fâcheux sans nombre autour de lui : Des plaideurs qui, l'aurore ayant à peine lui.

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Entraient dans son alcôve, inutile refuge,

Et, pressants, l'adjuraient de courir chez leur juge;

Des amis vrais ou faux qui, dans l'occasion,

Auprès d'un usurier prenaient sa caution;

D'autres qui l'abordaiiint en plein vent sur les places,

Lui disant : u Savez-vous quelque chose des Daces?

Rien ne vous est secret à vous l'ami des grands. »

Enfin, suprême ennui, tels confrères errants

Qui venaient, au Forum, l'arrêter par la toge.

Et, déclamant leurs vers, en attendre l'éloge.

11 a fui : verts coteaux, collines de Tibur,

11 a couru vers vous, cherchant un abri sûr.

Il vous a retrouvés, rochers de Blandusie,

D'où ruisselle à sa voix le Ilot de poésie !

Et toi, vallon d'Ustique, asile retranché.

Au pays des Sabins recoin le plus caché!

il vit là, revêtu de paix et de mystère,

Comme un sage, et pourtant comme un propriétaire :

Levé de bon matin, pour être plus dispos,

11 visite son pré, sa vigne, ses troupeaux;

Pour obtenir du ciel une moisson plus jaune,

11 offre une brebis à Cérès, au dieu Faune;

Tibur n'absorbe point, d'ailleurs, tout son esprit :

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