H. IL
178 LA VIK RIRALE.
Même sous les splendeurs de mai qui refleurit,
Rome est cncor, parfois, de là-haut regardée.
Il attend de Mécène une lettre attardée;
Il songe à ses amis et voudrait les avoir;
Car à quoi bon les fleurs et les fruits du terroir.
Si, pour mieux en goûter le charme plus intime,
On ne sent près de soi Lollius ou Septime ?
Que dis-je, les amis ? est-il fête ici-bas
Digne d'emplir le cœur, si l'amour n'en est pas?
Accourez, Tyndaris, et Glycère, et Lydie !
Viens, brune Phidylé ! viens, blonde Gratidie !
Enfin toi, dont le rire est si plein de douceurs,
Accours, ô Lalagé ! belle parmi tes sœurs.
La lune brille au ciel; sur les herbes naissantes,
Dansez, nymphes des bois ! dansez, Grâces décentes !
Le temps fuit cependant; déjà le ciel plus gris SoufTIc un premier vent froid sur les pampres flétris; Du Soracte neigeux on voit blanchir la crête : Dès lors, adieu les champs ! — Ainsi vit le poète; Ainsi Rome et Tibur se partagent ses jours ; Ainsi, même au désert, préoccupé toujours De Rome qui partout, malgré lui, l'accompagne, Horace est campagnard, — Virgile est la campagne !
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ÛLii, la verte étendue et son vaste horizon ;
La campagne, à toute heure et dans toute saison;
La campagne sereine, oublieuse, immobile,
Et que jamais ne trouble un écho de la ville.
Oui, les grands ceps chargés de grappes, les vergers,
La plaine et ses épis émus de vents légers;
Les rivages du fleuve, où, dans les hautes herbes.
Paissent les grands taureaux et les vaches superbes ;
Les chênes sur les monts, ces bois religieux
Qu'habite et que remplit la sainte horreur des dieux !
Et, partout, dans un flot de lumière dorée.
L'homme au travail des champs, œuvre auguste et sacrée!
Ah ! dès mes premiers jours, de songes couronnés,
Quels ravissements purs ne m'a-t-il pas donnés !
A quel point de ma route, à quelle heure, à quel âge,
Me suis-je séparé de ce radieux sage ?...
11 me fut au collège, à moi pauvre écolier.
Un compagnon sublime, et pourtant familier.
Deux vers pris au hasard, églogue ou géorgiques.
M'ouvraient pour tout un jour des horizons magiques :
Je ne languissais plus dans un vieux cloître obscur,
j'en sortais libre enfin, et le front dans l'azur;
Je m'élançais, au vol des divins hexamètres,
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A travers des pays où n'entraient pas nos maîtres. Tel mot sentait pour moi la lavande ou le tbun, Tel autre avait réclat d'un rayon du matin, Un verbe, une épithète, avec art suspendue, M'emportait tout à coup sur quelque cime ardue; Ravi, je croyais voir, comme dans les prés verts. Toutes les fleurs d'avril croître le long d'un vers, Et les bœufs y passer, cherchant l'ombre écartée, Et vers l'abri du saule y courir Galalée ! — Ce n'était plus, le soir, un quinquct studieux Qui versait du plafond sa lumière à mes yeux. C'était le vrai soleil sous les voûtes vermeilles ! Le bruit que j'entendais, charmant à mes oreilles. D'un surveillant grondeur ce n'était plus la voix, Ce n'était plus le cri que faisaient à la fois. En courant au hasard sur les pages froissées, Cent plumes d'écoliers de thèmes hérissées; De l'oiseau dans les bois c'était le chant heureux. Le bruit du Mincio qu'endort son lit ombreux, Et le murmure ailé de l'abeille aux cytises, El l'hymne des pasteurs dispersé dans les brises !
Tel je suivis ce maître en mon premier essor; Après de si longs jours, tel je l'adore encor.
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Si de l'écolier sombre il a séché les larmes,
Au bonheur d'être libre il ajoute des charmes.
Dans la campagne en fleur quand je sors aujourd'hui,
Quand je vais dans les bois, ce n'est jamais sans lui.
Souvent, des jours entiers, couché sous quelque ombrage,
L'œil errant au hasard des rameaux à la page,
Je reste là, lisant, regardant, rapprochant
Ce double et cher trésor, mon poëte et mon champ !
Compléta ni par un vers, qui l'explique et l'achève,
Un bruit de la futaie où j'abrite mon rêve;
Continuant un vers par le chant d'un oiseau,
Par le gazouillement sonoie d'un ruisseau;
Et sans cesse et toujours, de la nature au livr:^.
Puisant à flots pareils le charme qui m'enivre.
Et ne fermant jamais le volume immortel
Que pour mieux voir l'azur, le chaste azur du ciel !
0 livre ouvcit sans cesse et que nul ne remplace !... Un du moins l'accompagne, et c'est ce bon Horace : Horace, qui chez moi dormit une sai^on, D'un oubli sans injure eut bien vite raison. De l'homme qui vieillit Horace est le poëte : Les jours vont s'écoulant, et lui s'en inquiète. Se voyant près du bord qu'on ne repasse pas,
11 ne demande plus les danses, les repas, riiis de folles amours; mais, au foyer d'octobre, A peine deux amis causant d'un3 voix sobre. Aux souffles de l'automne à travers les cyprès, 11 môle des soupirs et des conseils discrets : « Cette maison, ce parc, cette riante épouse, 11 faudra les quitter pour la tombe jalouse. Sachons en attendant, de peur d'être en retard. Épuiser dans la coupe un reste de nectar! d
11 le dit, je le fais : dans la coupe choisie, Moi, je m'abreuve au soir d'antique poésie; Et, comme l'un par l'autre on tempère deux vins, Je mêle ainsi les vers de ces jumeaux divine !