VENT D'OUEST
— Te voilà triste, ami! me dit le vent d'automai Qu'as-tu? pourquoi ces pleurs?
Je S'.iis un confident qu'aucun chagrin n'étonne, Conte-moi tes douleurs.
Sont-ce les vœux déçus, l'espérance écliappie,
Les défaites du sort?
As-(u touché recueil, sous ta voile trompie,
Quand tu rêvais le port?
As-tu vu les amis, ceux qui depuis l'enfance Marchaient tenant ta miin.
Quand Toragc est venu, te laisser sans défense A moitié du chemin?
Est-ce le tendre amour, est-ce l'oiseau fidèle
Des riantes saisons, Oui s'envole aujourd'hui, fugitive hirondelle.
Vers d'autres horizons ?
Jonnais-tu la douleur entre toutes poignante.
As-tu vu les tombeaux S'ouvrir, et de ton cœur et de la chiir saignante
Dévorer des lambeaux?
Parle, dis-moi ta peine ; un cœur qui se raconte
Se soulage à demi.
INous sommes seuls; dis tout sans réserve et sans honte.
Car je suis un ami! —
Et moi je lui réponds : — Si tu veux que je dise
Tout l'ennui que je sens, 0 triste vent d'automne, ô gémissante bise,
Prête-moi tes accents!
VENT DOUEST. 199
Le sanglot éloquent est lui-même un don rare,
Nous le cherchons en vain :
Prête-moi cette plainte à qui ne se compare
Aucun sanglot humain!
Les destins cependant m'ont épargné : ma voile
N'a pas touché d'écueil ; Je n'ai vu dans mon ciel pâlir aucune étoile ;
Je ne mène aucun deuil.
Chaque jour, l'amitié vient sonner à ma porte.
Fidèle à ma maison, Et l'amour dans mon cœur n'est pas de ceux qu'emporte
Le vent d'une saison!
Non, mais ce que j'éprouve est cet ennui suprême
Dont tout pleure ici-has.
C'est ce mal inconnu dont tu souffres toi-même.
Et que tu ne dis pas.
Quand tu jettes ces cris d'un cœur qui se lamente, En sais-tu le pourquoi?
200 I, \ VIE ni RALE.
Scns-lii cet infini dont le poids me tourmente Peser aussi sur toi?
0 triste vent d'automne, ôd'un monde en dctrcFse
Pleureur le plus ancien!
Je dirai mon secret et le mal qui m'oppresse,
Quand lu diras le tien!
Voilà six jours, demain, qu'il gronde sur nos toits; Il redouble aujourd'hui comme un chœur d'anailième. iNovembre est de retour; c'est bien lui, c'est sa voi\. 0 farouche saison, dis-moi pourquoi je t'aime!
I.'épais brouillard s'accroît dans l'azur obscurci; A peine par instants s'y montre un soleil blême ; Tout le ciel est en deuil, toute la terre aussi; 0 farouche saison, dis-moi pourquoi je t'aime!
Les feuilles de nos bois pleuvent en tOLirbillon=;; \'oici le sombre hiver, voici l'ennui suprême, iicmain tout sera nu, forcis, coteaux, sillons; 0 saison de malheur, dis-moi pourquoi je l'aiun'!