‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 80 sur 140 · PENDANT LA GUERRE DE CRIMÉE · texte numérisé non relu

PENDANT LA GUERRE DE CRIMÉE

Je vois étincelèr le rougissant théâtre ; 1/incendie est partout aux rives de l'Euxin. Courage, nobles sœurs, gauloise et britannique ! Frappez aux pieds le czar, l'homme à la foi punique, Avant de le frapper au sein.

Ni trêve, ni repos ; les régiments fidèles Étreignent, jour par jour, les rudes citadelles Où l'aigle de Moscou dans le roc s'enferma. Sous le feu, sous le fer, sous les canons sans nombre, Ils gravissent, à rangs pressés, la ville sombre. En criant le nom de l'Aima !

Il est digne de toi, digne de ton courage, 0 France! d'assumer le plus fort de l'ouvrage. Fille des anciens preux aux rayonnants cimiers, C'est toujours toi qui cours du pas le plus alerte ; C'est toi dont les enfants sur la brèche entr'ouverte S'élancent toujours les premiers.

Va donc, pour qu'il soit vrai que nul ne te résiste! A ce tableau, pourtant, l'humanité s'attriste : Carnages dans les champs, massacres sur les eaux.

'220 I. \ NIK u[i;\ij;.

Les monstrueux (ngius redoublent de furie; Le rivage au loin trcnil)le et la mer ne cliari-ie Que des ruines de vaiss."!aux.

La gloire nous paîra notre effort unanime; Les grands peuples qu'enfin la même causa anime Au soleil de l'histoire apparaîtront plus grands; Oui! mais, pour acheter ces brillantes chimères, Que de fils tomberont, loin des bras de leurs mères. Sur ces rivages de'vorants!

A l'ivresse, aux transports des victoires futures, Combien qui mêleront le cri de leurs tortures! Combien, qui sont partis solides aux aroons, Jeunes, beaux, doux au cœur des tendres fiancées, Ne seront bientôt plus que des chairs dispersées. Des lambeaux saignants, des tronçons !

C'est la loi, me dit-on, transmise d'âge en âge. Quelle est donc cette loi de meurtre et de carnage (^)ui prend Thomme et le jette en pâture à l'airain ? A quoi sert tout le sang dont la terre s'arrose ? E<t-ce pour empourprer les feuilles de la rose Qu'il détrempe ainsi le terrain?

l'KNDA.NT LA GUl.UlU': DE C lll.M liiK. 'J'il

0 globu de malheur, terre en deuil dans l'espace, De ces sinistres jeux tu devrais être lasse. Quand désarmeras-tu tous ces noirs bataillons? Les épis au printemps manqueraient-ils de sève, Si la chair des enfants déchirés par le glaive Cess.it d'engraisser les sillons?

Le vent d'automne souille, il mêle sur nos têtes Di's bruiis confus de guerre à des bruits de tempêtes; La tristesse est aux cieux, l'angnisse est dans nos cœurs. Abrège, Dieu des Franks, Tattente qui nous pè e; Lt toi, souille bientôt, vent de la Chcrsonèso

Qui dois nous dire : ils sont vainqueurs!

La MuUc, iioveiubrc 1854.

Page 1