LE GITE
— Pauvrclé, piuvrcté! Sphinx au maigre visage, Sibylle au manteau noir qu'interroge le sage, Qui saura tes secrets? Qui nous dira pourquoi Pèse sur tant de fronts une pareille loi? Quand l'immense banquet où la pâture abonde ^Q dresse, et que tout rit aux princes de ce monde, Qui nous dira pourquoi, seule, assise à l'écart, Tu ronges les débris, s'il t'en reste une part? Ce temps plus qu'aucun autre a sondé le problème; Au bout de nos efforts il demeure le même. Sans cesse renaissant et de tous redouté, Il est là qui nous lient. Pauvreté, pauvreté! Vieille mère en haillons, frissonnante et fiévreuse, Dois-tu cesser un jour de tendre ta main creuse? Ou bien, comme il fut dit par le Maître divin, Seras-tu parmi nous, mère, jusqu'à la fin?
Adieu, triste maison, farouche hôtellerie De tous les besaciers sans toit et sans patrie! Adieu! quand, sous le feu des candélabres d'or, Les fêtes de l'hiver m'appelleront encor, Quand je verrai les rois et les reines du monde Entourer le festin et goûter à la ronde Toutes les voluptés qu'apprête un art savant,
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Ton spectre, au milieu d'eux, m'apparaîlra souvent.
Je te reverrai là, sur cet arpent de terre,
Comme on voit dans la plaine un arbre solitaire,
Vieil ormeau décharné, vieux frêne aux rameaux nus,
Où, de chaque horizon sans cesse revenus,
Les corbeaux, les hiboux, les mille oiseaux de l'ombre
Viennent percher la nuit dans le branchage sombre!