‹ La vie rurale; journal de campagneChapitre 88 sur 140 · LE GITE · texte numérisé non relu

LE GITE

L'endroit est solitaire et morne, et si désert Que tout éclio du monde en arrivant s'y perd. Entre deux mamelons c'est une friche en pente, Où sur un lit pierreux coule une eau qui serpente. Quelques arbres à peine, un chêne, deux ormeaux,

Y versent en été l'ombre de leurs rameaux,

Et, quand le vent du nord en froisse le feuillage, Sa plainte est le seul bruit do ce vallon sauvage. Trois ou quatre figuiers, dont sèchent les fruits mûrs,

Y végètent aussi, venus sur d'anciens murs. Où, je ne sais commcnf, leur racine s'abreuve. Enfin, muette et sombre, et telle qu'une veuve.

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Une maison est là, dont les pans vermoulus

Semblent sur ce désert jeter un deuil de plus.

Lamentable rûduit! La muraille s'évcnirc;

La porte est un trou noir qui bâille comme un antre;

Sur le mur déjeté la toiture en lambeau

S'affaisse, et mieux vaudrait contempler un tombeau !

entrez! Mais sur le seuil un frisson vous arrête : Quel est, demandez-vous en détournant la lête, Ce désastreux séjour sans vitre et sans cloison? C'est la maison de ceux fjui n'ont pas de maison ; C'est l'asile de ceux qui dorment sans alcôve; C'est le repaire obscur, c'est la tanière fauve De tout aventurier qui, partout éconduit, Ne sait de quoi payer le repos d'une nuit!

Donc, au déclin du jour, par cette côte nuo. Des gens arrivent là, d'une espèce inconnue; Des porteurs de besace au pied lent et boiteux, Des femmes, des vieillards à l'air calamiteux, Tous ces tristes passants, tout ce monde en guenille Que la mendicité pousse avec sa béquille.

De la maison déserte ils franchissent le seuil.

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A ce foyer sans maître étant sûrs de l'accueil, Ils déposent à terre et bâtons et sacoches; Ils tirent des tronçons de pain noir de leurs poclies, Et, murmurant entre eux quelque patois obscur, Ils font cuire une soupe où trempe ce pain dur. Ali! jamais de milieu : trop douce ou trop amère, La vie envers ses fils est une injuste mère! — Sans doute ils trouveraient, sur les coteaux voisins, Un cep dont la vendange oublia les raisins; ils ont là, devant eux, à deux pas de ce gîte. Ces figuiers dont le fruit se montre et les invite; N'y vont-ils pas toucher, pour aider au repas? Non; les oiseaux le font, mais eux ne le font pas; Car, si perdu qu'il soit, tout arbuste a son maître. Et qui les aurait vus se vengerait peut-être. A peine oseront-ils, craignant les yeux jaloux, Coire un peu de cette eau qui fuit dans les cailloux; Et puis ils rentreront dans le logis qui tremble. Et jusqu'au lendemain ils dormiront ensemble.

L'hiver, l'aquilon bat le farouche réduit. Le volet sur ses gonds se démène à grand bruit. Le toit, que l'ouragan secoue avec furie, Accable de son poids la soupente pourrie.

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Sous les coups de ce vent qui s'épuise à hurler, Chaque poutre gémit. Tout va-t-il s'écrouler? Faut-il un dernier choc? Voici l'épaisse averse Qui flagelle à son tour les murs, qui les traverse; Le lambris qu'elle inonde, et qui ploie au furdeau, Pleure dans la maison à largos gouttes d'eau. L'éclair brille, les cieux grondent, le sol tressaille : De leur sommeil tranquille eux dorment dans la paille !

Ainsi vivent entre eux ces fils du grand chemin : Gomme ils sont arrivés, ils repartent demain. Sur une route, hélas! dont la fosse est le terme, Us iront de nouveau quêtant de ferme en ferme; De vallons en vallons, l'hiver comme i'éié, Ils clicrcheront encor quelque asile écarté; Car il en est partout, de ces maisons désertes Que l'abandon du maUrc aux pauvres laisse ouvertes. D'où les connaissent-ils? Mystère! Qui leur dit Que tel seuil est propice et tel autre interdit? Qui leur montre au désert une route fidèle? Demandez! — Demandez plutôt à l'hirondelle. Demandez au ramier quel duigt mystéiieux Leur trace un chemin sûr dans le vide des cieux!

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