‹ La vie sociale à Rome au temps de CicéronChapitre 39 sur 50 · I,' HABITATION DU RICHE A I<A VIL,I,E ET A I.A CAMPAGNE · texte numérisé non relu

I,' HABITATION DU RICHE A I<A VIL,I,E ET A I.A CAMPAGNE

Nous avons vu que la classe pauvre, à Rome, logeait dans des « îlots » (insidae) où il était impossible de jouir d'une vraie vie de famille. D'autre part, les riches avaient pour résidences des habitations séparées, à l'usage d'une seule famille. C'était souvent, même déjà au temps de Cicéron, de vrais palais. La douceur du climat, en Italie comme en Grèce, engageait la population de toute classe à passer une grande partie de la vie en plein air ^ ou dans des bâtiments publics dont il s'était élevé un grand nombre en peu de temps, portiques, basiliques, bains, etc. C'est là un des faits les plus remarquables de l'histoire de la ville aux deux derniers siècles A. C. Auguste s'efforça, suivant sa politique, de contenter la population urbaine en lui rendant l'existence aussi agréable que possible ; il augmenta encore le nombre des bâtiments publics, si bien que la maison de ville perdit de son importance dans la vie sociale à Rome. Le meilleur moyen de se rendre compte de ce que fut, sous Augu<^te, cette vie extérieure désœuvrée et sociable est de consulter le livre premier de V Ars amatoria d'Ovide, tableau charmant d'une ville opulente et de ceux de ses habitants qui aimaient à s'amuser.

Cependant la maison romaine, comme la maison italienne en général, fut bien à l'origine et essentiellement le centre familial. La famille était la base de la société et, par le mot de famille il faut entendre, non seulement le

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maître de la maison avec sa femme, ses enfants et ses esclaves, mais aussi les êtres divins qui habitaient sous le même toit. De même que l'Etat, la maison souche et type de l'Etat comprenait des habitants divins et humains. Ainsi elle avait, aux temps primitifs, autant sinon plus d'importance qu'elle n'en a pour nous, car en elle se concentrait tout ce que la famille avait de plus cher et de plus essentiel à sa vie : les éléments naturels et surnaturels. Ils n'étaient pas distincts les uns des autres ; ils s'associaient, ils s'identifiaient presque ; le feu du foyer était la demeure de Vesta, esprit de la flamme ; les Pénates étaient les esprits des provisions dont la famille se nourrissait ; leur demeure, l'office ou l'armoire aux provisions. Le père de famille lui-même participait du surnaturel par son génie (geniusj ; enfin, le Lar était l'esprit protecteur de la ferme ; il s'était petit à petit introduit dans la maison même, peut-être à la suite des esclaves manœuvres qui participèrent toujours à son culte ^.

Il serait sans doute injuste d'affirmer que les Romains des derniers temps de la République avaient complètement oublié cette belle idée d'une vie commune des êtres humains et divins dans la même habitation. Il est vrai que cette croyance avait perdu de son efficacité ; on ne pouvait pas dire d'une famille de la ville ce qu'Ovide disait des fermiers :

« ante focos olim scamnis considère longis mos erat et mensae credere adesse deos ^. »

Le noble de haute naissance ou le banquier du temps de Cicéron ne pouvait pas affirmer sans mentir qu'il croyait à la présence réelle de ses divinités familiales; l'ancienne foi avait péri en partie, sous l'influence de la philosophie grecque et par suite d'intérêts et d'ambitions nouveaux. Mais il en restait des traces et, dans quelques familles, aux époques de crises dangereuses, l'ancien sentiment put renaître. Cicéron y fait encore appel dans un passage déjà cité (de Domo, 109J ; il y insiste sur le caractère reli-

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gieux de la maison romaine et il s'agissait là d'une habitation située au cœur de la ville. A la campagne, ce sentiment avait plus souvent l'occasion et le loisir de se manifester. Au second siècle, Caton décrivait l'arrivée à sa ferme du père de famille qui saluait le I^ar familier avant de commencer son tour d'inspection. Horace même semble prendre les choses au sérieux quand il nous peint, dans une de ses odes, les esclaves de la ferme assis à table avec leur maître devant l'image du Lar ^. On peut admettre que ce goût pour la vie à la campagne qui s'affirme vers la fin de la République, que l'impulsion donnée à l'agriculture en général et à la culture de la vigne et de l'olivier en particulier, attestées par l'ouvrage de Varron sur ce sujet et par les Géorgiques de Virgile, ont contribué à rendre à la vieille religion domestique une vie nouvelle.

Il n'est pas nécessaire de donner ici une description détaillée de la maison de ville ; on la trouvera au complet dans les ouvrages spéciaux auxquels nous nous référons. Ce qui nous importe, c'est la maison considérée comme centre de la vie de famille et c'est à cela que nous bornerons notre étude.

I^a plus ancienne habitation italienne était une simple hutte, avec un foyer au centre et un trou au sommet pour laisser passer la fumée. La maison des temps historiques était rectangulaire, avec une salle centrale, lieu de réunion de la famille, oti se passait toute la vie d'intérieur et, pour ainsi dire, raison d'être du bâtiment tout entier. C'est là que primitivement les habitants divins et humains vivaient en commun. C'est là qu'était le foyer « autel naturel de l'habitation humaine », comme on l'a si bien dit ; c'est là que siégeait Vesta, et, en arrière se trouvait le penus (chambre aux provisions), habitation des Pénates ; ainsi Vesta et les Pénates sont bien, dans le vrai sens du terme, les divinités protectrices et nourricières de la famille. Là aussi s'élevait le petit autel du Lar familier, derrière l'entrée ; puis, en face de la porte, le lit nuptial (lectus genialis) ; là résidait le Génie du père de famille '".

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En regardant dans l'atrium, après avoir traversé le vestihulum, espace entre la rue et la maison, puis Vostium ou entrée, avec sa porte (janua), on voyait devant soi Vimpluvium dans lequel l'eau de la pluie se défersait par le compluvium, ouverture carrée à quatre pans coupés trapézoïdaux, pratiquée dans la toiture ; de chaque côté de l'atrium étaient des niches (alae) où les familles nobles plaçaient les images des ancêtres. Au fond de l'atrium s'ouvrait le tahlinum, qui donnait probablement sur un petit jardin ; dans la saison chaude, la famille pouvait y prendre ses repas.

Tel fut l'atrium dans l'ancienne maison romaine ; il n'en faut pas davantage pour en comprendre la valeur. Il ne perdit jamais son importance architecturale comme centre de la maison ; il fut pour elle ce que le chœur est pour la cathédrale ^. Il est aisé de voir combien naturellement il put se développer plus tard en une habitation plus compliquée et plus commode ; ainsi les ailes purent s'étendre pour former des chambres séparées ou des alcôves ; le tablinum devenir une salle à manger permanente, ou d'autres chambres pareilles s'ouvrir de chaque côté. Enfin, il fut possible d'ajouter à la maison un second étage ; c'est ce qui eut lieu à la ville où le terrain coûtait cher. I^e jardin se transforma à la mode grecque et prit le nom de péristyle, cour découverte entourée d'une élégante colonnade. Quand l'espace le permit, on construisit en arrière une exedra ou un oecus, salons découverts propres à divers usages. La maison se trouva ainsi divisée ■en deux parties : l'atrium avec tout ce qui en dépendait ; ce fut la partie romaine ; le péristyle avec ses annexes ; ce fut la partie grecque ; si bien que l'architecture de la maison décela le caractère composite de la civilisation romaine dans sa période postérieure, comme c'est le cas pour la littérature et l'art romains. La partie romaine de l'habitation servait aux réceptions et le Lar, les Pénates et Vesta s'étaient réfugiés dans les appartements nouveaux, chacun à sa place particulière. Quand la foule des

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visiteurs venait, dès le matin, saluer un grand personnage, il n'était pas d'usage qu'ils pénétrassent au delà de l'atrium, où ils attendaient le bon plaisir de leur patron. lye plan ci-dessous donnera une idée claire du développement de la maison autour de l'atrium :

PI,AN DE I,A MAISON DES NOCES D' ARGENT. D'après Mau : Potnpéii.

a. Fauces (couloir).

é. Atrium tétrastyle.

n. Salle à manger,

o. Tablinum.

r. Péristyle.

s. Cuisine.

t-v. Bain (v. apodytérium).

u. Tépidarium.

t. Caldarium.

w. Salle à manger d'été.

x-z. Chambres à coucher.

y. Exédra.

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