LA SITIATIO.N MONDIALE ACTUELLE OU
tiotiiiaiies en Macédoine et en Crète fut confié à des forces internationales, recrutées spécialement.
Sera-t-il possible plus tard d'améliorer le sort des populations chrétiennes encore soumises à l'administration turque, et de constituer — en vue d'un arrangement définitif de la question d'Orient — le territoire entourant la ville de Constantinople en zone neutre, et son chef-lieu en port franc, entrepôt général des échanges entre l'Europe et une partie de l'Asie?
C'est l'un des problèmes, encoi'e sans solution, df l'avenir.
Trois États d'étendue moyenne, la Suisse, la Hollande et la Belgique, sont parvenus à concilier les libertés publiques les plus étendues avec des principes d'ordre et de légalité. L'étude de cette situation porterait à conclure que les pays dont le territoire est relativement restreint, jouissent d'un avantage, au point de vue des privilèges concédés aux individus, sur les contrées plus vastes, dont l'administration réclame une action très centralisée, et plus de forces répressives.
L'Angleterre cependant fait exception à cette règle. 11 fut toujours périlleux pour ses rois, excepté dans des cas de crise intense, de soustraire un Anglais à ses juges légitimes, ou de lever une taxe non consentie par le Parlement. La personne de l'Anglais, son domicile, sa bourse sont à l'abri de toute illégalité. L'action de l'État, en Angleterre, est réduite au minimum; celle des particuliers, au maximum.
Le Royaume-L'ni présente toutefois une zone sombre. l'Irlande, terre conquise, hostile au régime spécial qui lui est imposé, et auquel elle cherche «lepuis longtemps à se soustraire. Gladstone a essayé de lui faire obtenir une certaine parité de droits, en 1882. mais sans y réussir. Mieux appuyé, en 1892. il parvint à faire accepter son projet par la Chambre des
Communes, pour le voir échouer bientôt après devant la Chambre des Lords.
La prospérité anglaise, ainsi que l'avait pressenti Cromwell, dépend des forces navales qui ont, jusqu'à ce jour, garanti sa durée. Le gouvernement britannique leur a assuré partout des points de ravitaillement et de défense, s'appliquant à leur conserver une supériorité réelle sur toute organisation maritime étrangère.
L'industrie et le commerce ont dû à leur action, non seulement une sécurité relative, même en temps de guerre, mais des facilités d'entre cours avec les marchés du monde entier. Dominateurs aux Indes, les Anglais en défendent jalousement les approches. Le canal de Suez y donne accès : ils s'en sont rendus maîtres. La route d'Egypte pouvait tenter des envahisseurs : ils se sont établis solidement dans le pays, invoquant les droits du Khédive pour étendre leur influence jusque sur le haut Nil, qu'ils voudraient relier à la colonie du Cap, par une immense voie ferrée , traversant toute l'Afrique orientale . Deux républiques, peuplées d'anciens colons hollandais, disposés à défendre leur territoire, faisaient obstacle à l'extension de la puissance anglaise dans le sud de l'Afrique. Ils leur ont fait une guerre acharnée et s'en sont emparés, non sans avoir subi d'énormes sacrifices d'hommes et d'argent. Protégés par la mer et leurs puissantes escadres, ils ont pu développer leur commerce et leur industrie, même durant les plus fortes crises continentales, causes de ruine pour leurs concurrents.
Leur situation, à l'égard de ceux-ci, commence cependant à se modifier. Une assez longue période de paix a relevé le mouvement mercantile et manufacturier dans l'Europe centrale. La France, la Belgique, l'Allemagne, ont repris possession de divers marchés étrangers, où l'on ne recevait précédemment que des mar-
LA SITUATION" MONDIALE ACTUELLE Tl
chandises venant d'Angleterre. Ces faits étant reconnus, ayant pour -base l'adoption d'un système protectionniste qui ne pourrait que nuire à celles-ci, et déterminerait nécessairement des représailles.
L'Allemagne, qui a donné à son organisation commerciale une grande efficacité, et s'etïorce daccroitre rapidement ses armements maritimes, excite particulièrement les défiances anglaises. Un rapprochement marqué en est résulté entre l'Angleterre et la France, justifié d'ailleurs par les institutions libérales en usage dans les deux pays.
Les Anglais, comme explorateurs et colonisateurs, se sont créé un rôle prépondérant dans l'histoire de la civilisation. Doués d'un jugement sûr, leur permettant de saisir le côté pratique et positif des questions les plus douteuses, très persévérants, ils s'égarent rarement dans des recherches inutiles. Les lettres et les sciences leur doivent des œuvres remarquables et de premier ordre.
Les Allemands, dont l'élite intellectuelle se distingue par moins de goût pour les faits, et une propension particulière vers les idées générales et métaphysiques, occupent également un rang élevé parmi les grandes nations. Unis sous l'hégémonie de la Prusse, ils n'ont malheureusement réalisé leur cohésion qu'en s'astreignant à une discipline militaire des plus dures, absorbant beaucoup de leur activité, et les soumettant à un régime peu favorable aux libertés publiques. Cette dernière circonstance, qui les met en désaccord avec le sentiment, très général en Europe, d'une évolution devenue désirable vers la démocratie, pourrait leur occasionner, dans l'avenir, de graves difficultés.
La troisième République française, bien que fréquemment troublée par l'ambition des partis, trop faibles pour se dominer réciproquement, représente le seul gouvernement qui leur soit pratiquement appli-
cable, au moins actuellement. Comme tous ceux qui l'ont précédé, il s'appuie sur une administration fortement centralisée, intervenant dans tous les actes de la vie sociale, et dont on attend toute direction féconde. L'Etat, en toute occasion, est appelé en France à venir en aide à l'initiative privée. C'est de lui qu'on espère des encouragements et des subsides, c'est lui, encore, qui doit présider à l'organisation de toute entrejjrise de quelque importance. Industriels, commerçants, gens d'atîaires, qui pourraient en s'associant librement entre eux s'assurer des avantages réels, y songent rarement et les réclament de l'action gouvernementale. Ces propensions, conformes au génie latin, et qui se manifestent même dans les conceptions des groupes socialistes avancés, démontrent, une fois de plus, l'influence profonde du passé, même après des siècles d'évolutions successives.
Le peuple français, par ses revirements politiques, le génie de ses artistes et de ses gens de lettres, a contribué largement au progrès de la civilisation en Europe. Evocateur d'idées nouvelles, dont il a eu souvent à souiîrir, il a fourni le moyen à d'autres nations, moins faciles à émouvoir, de s'en approprier les plus pratiques, et de les mettre à profit. Bien des réformes, 1 aujourd'hui généralement admises, n'ont eu d'autre origine. Nul mieux que certains écrivains français, n'a réussi à rendre la science populaire et attrayante, la mettant à la portée du grand public, à force de clarté et de précision.
Les Américains du Nord disposent d'un immense territoire. Les diverses races européennes dont ils tirent leur origine, amalgamées entre elles, se distinguent par leur énergique activité, leur esprit d'initiative, leur amour de l'indépendance. Leurs sentiments religieux sont restés très vifs, bien qu'ils n'aient guère contribué à répandre parmi elles des notions bien marquées d'égalité et de fraternité.