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Le grand Turc et les Chinois. — Le travail à col tordu. — Les enfants dans les mines. — Un plaisant tour. — Le foudroyage. — Les méthodes perfectionnées. — Les chevaux de mine. — La descente dans le puits. — Une ville sous terre. — La levée du plan. — La sortie de la houille. — Les abords du gouffre. — Les houillères anglaises.
Les méthodes employées pour 1’abatage de la houille sont uon moins ingénieuses, non moins perfectionnées que celles qui nous occupaient tout à l’heure dans l’établissement des travaux d’art. Le progrès est apparu quand on a senti le besoin d’économiser le combustible, qu’on eu a compris la valeur, que l’industrie l’a appliqué à tous les usages. Auparavant, les systèmes d’exploitation rappelaient ceux encore employés en Turquie ou en Chine.
En Turquie, on raconte qu’aux mines d’Héraclée (Asie Mineure) les travaux offrent un ensemble confus de galeries se croisant en tous sens, et tracées de façon à ne permettre aucun écoulement à l’eau ; bien plus, elles aspirent toute l’eau du dehors.
Le sultan, en vertu de son droit absolu, s’est adjugé la propriété de ces mines ; puis, par une combinaison ingénieuse, et poussant jusqu’au bout la ressemblance avec le lion de la fable, il les a divisées en trois parts, dont il a gardé deux pour lui et vendu la troisième, à beaux deniers comptants, à des pachas à plusieurs queues. Ceux-
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ci ont fait poursuivre les travaux, mais soldé à des époques fort inexactes les ouvriers, qui les ont payés de la même monnaie, en travaillant irrégulièrement.
Dans le Liban, la Turquie possède aussi des houillères, et les exploite avec non moins de sans-façon. On dit qu’un caïmacan ou préfet turc, chargé de la surveillance de la mine, comme on avait laissé dans les chantiers des piliers pour les soutenir, ordonna aux ouvriers d’abattre ces gros blocs de houille, qui, d’après lui, avaient été oubliés. 11 s’ensuivit un éboulement des excavations, dans lequel le caïmacan faillit être écrasé lui-même' !
Les houillères de la Chine ne sont pas mieux travaillées que celles de la Turquie, et le fils de l’Empirc-Céleste est là-dessus le digue rival du descendant de Mahomet. Les exploitants se bornent à fouiller la surface. Les travaux sont arrêtés dès que les eaux pénètrent dans l’intérieur ; les ouvriers au reste, comme nous l’avons déjà dit, sont forcés de battre en retraite devant les éboulements du terrain et les explosions de grisou. Tant qu’il n’y aura pas d’école des mines à Pékin, et que les Chinois n’auront pas suivi, au moins dans la géologie pratique, les procédés de ceux qu’ils appellent les Barbares, les choses n’iront guère mieux.
Il ne faudrait pas remonter au delà d’un siècle pour trouver dans les houillères européennes le même gaspillage qu’en Chine et en Turquie. La nature de certaines couches force même encore nos exploitants d’employer quelquefois des méthodes qui pourraient sembler primitives. Dans les petites couches, l’abatage de la houille est fort pénible pour le mineur. Si, pour dépenser le moins possible, on ne veut pas entamer la roche stérile,
1. Cela u’est pas une fable. Voyez le remarquable article sur la Houille, de M. Lamé-Fleury (Dictionnaire du commerce), et le livre do Mgr Mislin, Us Saints lieux.
le travail rappelle celui des anciens sur les gîtes métalliques, quand ou condamnait aux mines les esclaves et les prisonniers. Le houilleur, couché sur le flanc, le col tordu (fig. 37), pratique avec l’outil une entaille horizontale au pied de la couche : puis, accroupi sur les genoux, ouvre deux entailles verticales sur toute la hauteur. Il fait enfin tomber le charbon avec un coin ou un levier. Si la houille est trop dure, il l’abat à la poudre. C’est par suite de la position particulière qu’est obligé de prendre le mineur
Fig. 37. Le travail à col tordu.
en fouillant le charbon, que ce système d’abatuge a reçu le nom si bien choisi de travail à col tordu.
La houille arrachée, vieut le porteur ou traîneur qui la sort par une galerie basse, étroite, soit dans des sacs qu’il charge à dos, soit sur un petit chariot dont la corde lui passe entre les jambes et se fixe à la ceinture. A moitié nu, courbé sur lui-même, appuyé sur un bâton, le traîneur va suant, soufflant, faisant ce travail d’esclave, et souvent il monte jusqu’au jour, le sac sur le dos, pur la galerie inclinée. Fuis il redescend à vide pour recommencer, nouveau Sisyphe, et ainsi de suite entre matin et soir.
J’ai vu ce système toujours en vigueur dans les mines de charbon des Bouches-du-Rhône, près d’Aix, il n’y a
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pas encore dix ans. Il a commencé d’être mis en œuvre vers le milieu du xvme siècle, époque où ces mines furent pour la première fois exploitées à l’usage des savonneries de Marseille. Les pères apprennent le métier à leurs enfants, car il faut être à la fois jeune et vigoureux pour se plier à pareil exercice. Le chariot, très-bas, de forme triangulaire, est porté sur trois petites roues, dont une à chaque angle. Sur le châssis, composé de quelques mauvaises planches, on charge des paniers en spart ou couffins ', pleins de charbon. La voiture se nomme le courriau *, un enfant s’y attelle et la traîne jusqu’à la principale galerie de roulage où les paniers sont vidés dans des wagons ffig. 38). Quand je visitai ces mines, les porteurs l’emontaient quelquefois leur charge par les galeries inclinées jusqu’au dehors; mais depuis, divers perfectionnements ont été introduits dans ces charbonnages, et peut-être que le courriau, digne de l’àge primitif des houillères, en aura disparu.
Ces porteurs et traîneurs se nomment en Provence des mendits. Le mendit, dans la langue des troubadours, est, à proprement parler, le valet du berger; c’est donc ici, par extension, le manœuvre ou l’aide du mineur. Ces enfants accomplissent allègrement et vite leur besogne, tant il est vrai qu’on peut arriver à tout par l’habitude.
Les sorteurs, à Saint-Étienne, faisaient autrefois un travail non moins rude. Pieds nus, s’appuyant sur un bâton, ils devaient, dans leur journée, remonter à dos un certain nombre de faix par la fendue ou galerie inclinée débouchant à la surface. Dans les haltes, ils soutenaient le fardeau sur leur bâton. Les chemins étaient glissants, très-roides, et le métier fort dangereux.
1. Ce mot, emprunté au dialecte provençal, trahit une origine grecque, phocéenne : x<q>ivo;, corbeille.