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l’ncier. Le diamant, qui marche en tète des pierres fines (pl. I, fïg. 1 et 2), est lui-même la plus dure des pierres : il raye tous les corps et ne peut être rayé par aucun.

Comme les substances métallifères, les pierres précieuses se rencontrent généralement dans des fdons ou dans de simples fissures, même dans des cavités, qui tous traversent ou avoisinent les roches éruptives. La plupart des gemmes ont été aussi engendrées, comme les minerais métalliques, dans l’eau et les vapeurs chaudes. Le temps, le calme, le milieu aidant, des cristallisations étincelantes se sont produits, véritables larmes de la nature, et la gemme est peu à peu apparue, se détachant de la boue environnante. Les laves volcaniques ont elles-mêmes de tout temps donné naissance à beaucoup de gemmes, mais combien sont différentes celles-ci de leurs aînées, sinon par la composition, au moins par la beauté et l’éclat !

Dans les nids, dans les géodes où elles se sont lentement déposées, les pierres précieuses ne se présentent pas seulement avec les plus riches couleurs, mais aussi avec des formes qui obéissent à la loi du beau, à la fois simples et géométriques. La forme élémentaire du cristal est toujours la même pour la même espèce. C’est là l’individu minéralogique, le corps même de l’atome ou de la molécule initiale, delà monade, à laquelle amènerait le clivage', si l’on pouvait le pousser assez loin. La fixité de la forme

1 . On appelle ainsi la faculté qu’ont les cristaux naturels de se déliter, de s'effeuiller suivant des plans qui se coupent sous des anglea invariables pour la même espèce, et qui conduisent à la forme cristalline primitive. Celte propriété des matières minérales cristallisées a dû donner naissance à la taille, notamment à celle du diamant. L’opération du clivage était pratiquée de temps immémorial par les lapidaires, quand l’abbé Haüy en tira les belles lois de la cristallographie, qui ont fait entrer la minéralogie à la fois dans le domaine des siences exactes et danscelui des sciences naturelles. Le clivage a permis, on peut le dire sans exagération, dedisséquer les corps minéraux.

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primitive n’exclut pas la variété, et les formes dérivées, provenant de modifications symétriques sur les arêtes et sur les angles, sont très-nombreuses. Elles donnent nu cristal ces facettes où se jouent les rayons lumineux. Enfin les gemmes se distinguent par une transparence particulière. Tant de qualités réunies font qu’elles marchent en tète de tous les corps inorganiques. Si nous avons appelé les minerais métalliques les princes du monde minéral, ne pourrions-nous pas dire, avec plus de raison, que les pierres précieuses en sont les reines ?

Le diamant, par lequel il convient de commencer la revue des principales gemmes, portait en grec le nom dVi- (tamas, qui signifie indomptable ; il mérite de tous points ce nom. Il est infusiblc aux plus hautes températures, insoluble dans tous les acides, enfin c’est le plus dur de tous les corps : il ne peut être usé que par sa propre poussière. Cette faculté a été mise à profit dans la taille de ce joyau. Les mille facettes que l’on obtient ainsi sur la meule donnent à la pierre sa plus grande valeur en lui permettant de réfléchir, ou plutôt de réfracter, de briser, en la tamisant, la lumière, sous tous les angles et dans toutes les directions. I)e là ces reflets étoilés où toutes les couleurs du prisme, surtout les couleurs primitives, le bleu, le rouge, le jaune, sont renvoyés en faisceaux éblouissants. La lumière des bougies est la plus propice à ce jeu d’optique; elle exalte encore la faculté d’imbibition lumineuse que possède le diamant. Quoi d’étonnant, après tout cela, que la femme ait tenu à emprunter à cette pierre sans rivale sa plus belle et sa plus riche parure?

Le diamant a un éclat qui lui est particulier et qu’on nomme l’éclat adamantin. 11 est généralement incolore et transparent ; il a la pureté, la limpidité, l ‘eau du plus beau cristal ; mais on trouve, rarement il est vrai, des diamants

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bleus qu’ou peut confondre avec le saphir; des roses, avec certains rubis ; des ronges, avec le grenat ; des verts, avec l’émeraude; des jaunes, avec la topaze; des violets, avec l’améthyste ; c’est pourquoi le diamant incolore sera toujours le plus apprécié. 11 y a même des diamants noirs ou opaques, que les Brésiliens nomment carbonailo, à cause de leur apparance analogue à celle du charbon. On ne les utilise guère dons la joaillerie, mais l'industrie s’en est utilement emparée pour divers emplois, entre autres pour en armer l’extrémité de la tarière du mineur, et forer des trous dans les roches les plus dures, dans les granits et les porphyres (voir page 158).

On connaît les formes que le diamant peut recevoir par la taille. La double forme pyramidale ou en brillant est la plus estimée. La pyramide supérieure, très-aplatie, est coupée ou tronquée, et cette partie se nomme la table. La pyramide inférieure n’est que légèrement tronquée. La taille en rose est au contraire tout à fait plate en dessous. La partie supérieure, qu’on nomme la couronne, se termine en pointe à peu près comme un bouton de rose. On taille aussi la gemme en forme de poire à facettes. Le fameux Sancy a celte forme.

Le diamant se vend au poids, au carat'. C’est un poids conventionnel qui vaut, suivant les pays, de deux cents à deux cent six milligrammes. Il se subdivise en demi, en quart ou grain, en huitième et ainsi de suite. Le prix du

1 . Le nom de carat vient de l’indou kuara, et ce nom est celui d'une petite fève d’Afrique, rouge, à point noir, qu’on employait jadis à peser le diamant et les perles Unes. Il s'applique aussi à cette petite coquille de la mer des Indes, appelée en fram.ii. le cauri, qui sert de monnaie, et avec laquelle on fait des colliers. Sur la côte occidentale d’Afrique, dans le Dahomey, on a un esclave pour quelques milliers de cauris. Mille cauris valeut, suivant les pays et le cours (car cette étrange monnaie éprouve du trèsgrandes fluctuations), de 3 à 10 francs.

«liamaut, au cours d’aujourd’hui, est de trois cents francs le carat, taillé en brillant; le même poids d’or vaudrait cinq cents fois moins ou soixante centimes. Il y a vingt ans, le cours du carat n’était que de deux cents francs ; mais la précieuee gemme, comme toutes choses, a renchéri. Le diamant taillé en rose vaut les deux tiers de celui taillé en brillant, et l’on calcule, dans les deux cas, que la taille double le prix de la pierre brute, qui perd d’ailleurs par cette opération à peu près la moitié de son poids.

Le prix du diamant croit en passant d’un carat à plusieurs, non pas proportionnellement au poids, mais au poids multiplié par lui-même, ou, comme on dit, au carré du poids. Un diamant d’un carat, taillé en brillatnt, valant trois cents francs, celui de deux carats vaudra donc deux fois deux ou quatre fois plus, soit douze cents francs; celui de trois carats, neuf fois plus ou deux mille sept cents francs, et ainsi de suite. Cette progression rappelle quelque peu celle des grains de blé allant en doublant sur les cases de l’échiquier, et à laquelle toutes les récoltes du monde ne pourraient satisfaire quand on est arrivé sur la dernière case. Si notre progression géométrique ne met pas hors de prix les diamants d’un certain poids, elle nous donne au moins la raison de leur grande valeur, de l’estime où l’on tient les plus gros d'entre eux dont on pare les couronnes royales, enfin des précautions minutieuses que l'on prend pour garantir contre toute chance de vol ces objets à la fois si précieux et d’un volume relutif si faible. A Londres, c’est dans la Tour et à triple verrou, qu’on renferme les joyaux de la couronne. Un intrigant fut cependant un jour assez habile pour les y voler, mais on ne tarda pus à l’arrêter. En France, pendant les troubles de la première République, en 171)2, les diamants de la couronne disparurent également, bien qu’on les conservât sous les scellés

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et dans le garde-meuble même. On parvint à en retrouver quelques-uns, enterrés dans l’Allée-des-Veuves, aux Cliamps-Élysées, à un endroit que fit connaître une lettre anonyme. Le fameux Régent était dans la cachette. Plus tard, Napoléon fit racheter tous les autres diamants de la couronne que l’on put encore ressaisir.

J’ai nommé le plus beau, le mieux taillé peut-être de tous les diamants, bien qu’il soit loin d 'être le plus gros, le Régent, auquel le duc d’Orléans, qui en fit l’acquisition pendant la minorité de Louis XV, a laissé son nom. Il pèse cent trente-six carats, et il a été estimé douze millions; d’autres l’évaluent seulement à quatre; mettons la moyenne, huit millions, c’est encore un assez joli prix. Le Régent a été trouvé et a subi sa première taille dans la province de (iolconde. Il avait sa place marquée à l’Exposition universelle de 1 8G7 à Paris. Pourquoi ne l'y a-t-on pas porté? Comme en 1855, les visiteurs émus, ébahis, auraient pu l’admirer en passant, à distance, sans toucher, mirarc non toccarc, comme disent les Italiens.

Ap rès le Régent nommons le Sancy, tombé du casque de Charles le Téméraire à la bataille de Grauson, vendu deux francs par un soldat suisse, acquis en lb89 par Sancy, trésorier de France, qui lui donna sou nom, volé en 1792 avec tous les diamants de la couronne, et passé plus tard aux mains des DemidofT, qui sont loin «le vouloir s’en dessaisir; puis l’Étoile-du-Sud , dont nous avons donné le fac-similé quand elle était brute (pi. I des mines de charbon, lig. 1), trouvée par une négresse uu Brésil en 1 8 » 3 , acquise par M. Halphen qui l’a fuit tailler; puis le Ko-hinoor' ou Montngue-de-Lumière, le plus uncicn diamant

I. D'autres écrivent Koh-i-noor. Nous avons consulté des orientalistes qui nous ont encore donné cinq ou six orthograpliee, dont nous ferons grâce au lecteur.

connu, car l’on prétend qu’il aurait été porté par le radjah indou Karnalt, trois mille et un ans avant Jésus-Christ, date certaine aune unité près! A notre époque, le ko-hi-noor a été pris au roi de Kaboul par le roi de Lahore, Runjeet- Singh, et de chez celui-ci, comme on pouvait le prévoir, il est allé chez les Anglais. La Compagnie des Indes qui l’acquit au prix de six millions, pour solde d’une mauvuisé créance, le revendit à la couronne d’Angleterre sur laquelle il achève sa dernière étape.

Il serait maintenant hors de propos de citer et le diamant le Grand-Mogol, et celui du radjah de Bornéo, et le Shah, l’Orlow', la Lune-des-Montagnes de Russie, et le Grand-duc-de-Toscane d’Autriche*, et l’Étoile-Polaire des Yousoupoff, et le diamant bleu de l’Anglais M. Ilope, et quelques autres, dont on trouve l’énumération détaillée dans les livres, avec toutes les histoires, contes et légendes qui s’y rapportent. Le nombre de ces pierres hors de prix, de ces diamants souverains ou princiers, est du reste fort limité. On ne saurait oublier toutefois ce fameux diamant de la couronne de Portugal, le plus volumineux des diamants connus, mais que personne, dit-on, n’a jamais vu. Les Portugais l’estiment huit milliards,, et c’est son prix, s’il pèse, en effet, dix-huit cents carats; mais les malins prétendent que ce n'est qu’une vieille topaze.

Le diamant brut, dans sa gangue, ou, si l’on veut, dans les cailloux agglutinés qui souvent le contiennent (pl. I, lig. 1), est loin d’attirer l’attention. Au milieu de ces sables, de ces graviers, de ces alluvions que les Brésiliens nom-

1 . Volé au siècle dernier par un grenadier français sur une idole de Brahma!), dont ce diamant formait un des yeux. Le soldat ne put arracher l’autre oeil.

2. Perdu par Charles le Téméraire à la bataille de Moral. Le Téméraire n’avait pas de chance : h chaque bataille qu’il perdait, il perdait aussi un de ses plus beaux diamants.

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meut cascalhos (cailloux roulés) ou feijaos (haricots), à cause de la forme même ou de l’apparence de quelques-uns des cailloux, la pierre par excellence n’excite pas davantage les regards. 11 faut que les sables aient été enrichis par le lavage (pl. I, fig. 2) pour qu’on la discerne aisément. Si ce n’était l’habitude, le flair que donne à la longue le travail sur les placées gemmifères, la plupart du temps on passerait auprès de la divine gemme sans même l’apercevoir. Qu’est-ce après tout que le diamant? Un peu de carbone pur cristallisé , en quelque sorte de la houille transparente, rien de plus. Dirigez sous une cloche remplie de gaz oxygène un foyer de calorique au moyen d'une lentille convergente, que toute la chaleur tombe sur un cristal de diamant, il brûle, et l’on ne trouve plus sous la cloche que de l'acide carbonique, combinaison gazeuse, invisible, d’oxygène et de carbone. L’expérience est de Lavoisier. Prise par son côté philosophique, elle est désespérante. Tout s’en va donc ici-bas en fumée, et la gloire et les plus beaux joyaux : Sic transit gloria mundi!

Presque sur le même rang que le diamant il faut mettre le saphir et le rubis (pl. I, fig. 3, i, 5 et 6), l’uu bleu d'azur, et l’autre rouge de feu ou rose. Les lapidaires les estiment presque autant, quand ils sont de très-belle eau, que le diamant lui -même. Roulé, naturellement poli, tel qu’on le trouve dans les placers, le rubis forme de très-beaux cabochons. Les savants confondent saphirs et rubis sous la même dénomination de coriudou, qui est, dit-on, un mot chinois, et c’est peut-être pour cela qu’ils lui ont donné la préférence. Le corindon brut est l’émeri, dont on emploie la poudre aux mêmes usages que celle du diamant, c’est-à-dire à user les corps les plus durs. Chimiquement le corindon est de l’alumine pure, de l’argile moins la silice, une matière des plus viles, comme daus le diamant;

mais quand la matière est cristallisi e, de quels feux ne brille-t-elle pas?

Le rubis et le saphir sont les deux plus belles des pierres de couleur. Voici maintenant l’émeraude au ton vert (pl. I, fig. 7). Une variété 'de cette gemme est l’aigue-marine dont la couleur tourne au bleu pâle. L’émeraude est, d’après les chimistes, un silicate double d’alumine et de glucine, et luglucineest un oxyde d'un métal bien peu connu, le glucium, dont tout le rôle paraît se borner à concourir à la composition de l’émeraude. Vivat pour le glucium ! Bien des corps simples de la nature, ou du moins bien des corps supposés tels, remplissent un rôle moins utile que lui.

Un silicate d’alumine mêlé d’un peu de fluor, telle est la topaze au jaune caractéristique (pl. 1, fig. 8); mais quelquefois aussi bleue, verte, rose et môme incolore. La plupart des gemmes ne sont que de l’argile cristallisée, alliée à quelque substance étrangère. Cette substance est ici le lluor, un métalloïde peu répandu. Combiné au calcium, le fluor produit à son tour presque une gemme, la chaux fluatée, que nous avons mentionnée parmi les gangues des minerais métalliques. Uni à l’hydrogène, il donne, dans les laboratoires, un acide des plus énergiques, l'acide lluorhydrique, qui attaque le verre et sert à graver sur ce corps dur, à défaut de diamant.

Un nouveau silicate d'alumine auquel se mêlent, selon les cas, l’oxyde de fer, de manganèse ou de chrome, ou la chaux et la magnésie, voilà le grenat. La couleur ordinaire eu est le rouge foncé : peu à peu la palette va se complétant; ne faut-il pas que notre écrin reflète tous les tons de la ceinture d’iris? La couleur qui porte le nom générique de la pierre ou rouge grenat, est celle du grenat almaudiu ou oriental (pl. I, fig. 0), appelé encore grenat hyacinthe, pyrope ou grenat syrien ; mais il y a

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des greuats noirs (mélanitcs), des grenats jaunes, verts, roses, blancs ou incolores. Le grenat, comme le diamant et lu topaze, revêt volontiers toutes les livrées.

Laissons cette pierre changeante, pour en saluer une qui n’a jamais eu que la même couleur, à laquelle l’azur adonné sou nom, la lazulite ou lupis-lazuli (pl. II, fig. 2). C’est un silicate double d’alumine et de soude, sans transparence, sans beaucoup d’éclat, mais d’un ton uniforme, très-doux. La pierre peut prendre toutes les nuances du bleu, clair ou sombre. Elle est semée de paillettes jaunes de pyrite de fer qu’on prendrait pour de l’or, tant elles brillent au milieu du bleu mat du lapis.

La turquoise (pl. II, fig. 1) est sœur du lapis par l’apparence et un peu par la couleur. Ce n’est plus un silicate d'alumine et d’autres bases, simple ou composé, c’est un modeste phosphate de chaux, d’alumine et de cuivre : d’aucuns disent que la turquoise ne provient que d’os pétrifiés, verdis ou bleuis par les sels cuivreux, comme les os des mineurs fossiles dont nous avons parlé (II' partie, IX). Le nom delà pierre est emprunté à la Turquie, et c’est en effet de la Turquie d’Asie et de la Perse que viennent les plus belles turquoises.

Nous voici arrivés maintenant à la silice plus ou moins pure, ou silex. C’est la vraie pierre celle-là, et une pierre bien méritoire : elle a donné à l’homme scs premiers outils, puis la meule à broyer le grain ; il est vrai que c’est aussi la pierre à fusil. Aujourd’hui on en fait du mucadum, on en pave les rues ; mais ces usages sortent de notre domaine. Étudions seulement le silex comme gemme et non comme caillou. Le premier dans la dynastie si nombreuse et serrée des silicides, est le silex cristallisé, incolore, transparent (pl. I, fig. 8), le cristal de roche, doué de la double réfraction, c’cst-à-dii’e du pouvoir de répéter deux fois une

Les pierres translucide* et optiques

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image qu’on regarde à travers. Toutes les gemmes incolores possèdent cette propriété, à l'exception du diamunt. Le cristal de roche décompose aussi la lumière et en sépare les sept couleurs primitives, étudiées par Newton, et que rappelle dans leur ordre naturel ce vers mnémonique :

Violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge.

La forme la plus commune du cristal de roche est celle d’un prisme à six pans, terminé par des pointements en pyramide. Les cristaux se marient, se pénètrent volontiers les uns les autres, et forment ainsi les plus beaux et les plus riches groupements. Quelques-uns contiennent dans l’intérieur de fines aiguilles cristallisées de sulfure bleu d’antimoine, d’oxyde de titane rouge ou titane rutile. Quel eulme a dû présider à la formation des cristaux, pour permettre des dépôts si ténus , si délicats. D’autres échantillons renferment des gouttes d’eau qui se balancent suivant le sens où l’on incline le cristal. Les Neptuniens qui, relevant l’ancienne théorie du sage •Thalès, prétendent que tout en ce monde a été formé par l’eau, ont acclamé ce phénomène avec joie. Ils l'ont victorieusement opposé aux Plutonistes qui, rangés dans le camp du vieil Héraclite (celui qui pleurait toujours), admettent au contraire le feu dans la formation de tous les minéraux. La vérité n’est-elle point entre les deux extrêmes, dans un prudent éclectisme, admis avec tant de raison par M. Cousin dans la philosophie, et qui de là devrait bien passer dans toutes les sciences naturelles?

Le cristal de roche est un des éléments du granit, où il est mêlé au feldspath cristallin et au mica lamelleux. Compacte et en masse, ce n’est plus une gemme; mais nous l’avons vu former eu ce cas des filons souvent gigantesques,

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qui servent de réceptacle à l'or, l’argent, le platine, l’étain et presque tous les métaux.

Avançons, car les derniers attendent. Voici l’opale aux tons changeants et flamboyants (pl. II, tig. 3), l’opale dont une variété est si justement nommée arlequine ; puis l'améthyste ou cristal de roche violet' (pl. II, fig. i) coloré, dit-on, par des globules homœopathiques d’oxyde de manganèse. Ce corps a la propriété de rendre violet tout ce qu’il touche. L’améthyste, comme le cristal incolore, forme souvent de très-beaux groupes, contenus dans des cavités, des masses sphériques creuses, ce qu'on nomme des géodes, d'où se détachent vigoureusement les tètes de pyramides à six faces. Cette gemme doit à sa couleur d’être la pierre épiscopale , les évêques étant voués au violet. Les anciens la regardaient comme un spécifique contre l’ivresse, et le mot grec amet/iystos a cette signification.

Après l'améthyste, les belles pierres, les véritables gemmes disparaissent ; mais on peut citer encore le jade vert’, si patiemment taillé et poli parles Chinois qui, pour cela, emploient le diamant ; la calcédoine blanche et laiteuse (pl. Il, fig. 5); l’aveulurine aux tons chatoyants; l'agate ou onyx (pl. 11, fig. (i), appelée aussi onicolo, aux zones concentriques et de couleur différente", taillées souvent en camées, surtout par les anciens; le jaspe vert sombre, mêlé de taches sanguines, et dont ou fait des pierres de bagues, de broches, de bracelets; le jaspe rouge ou cornaline, dans lequel les Égyptiens ont taillé presque tous leurs scarabées, et où ils ont gravé, ainsi que les Assyriens, les

1. On trouve aussi du cristal de roche coloré en noir, dit enfumé; en jaune, imitant la topaze; en vert, l'émeraude; en rose, le rubis : mais ce sont là des raretés.

2. Le ja le n'appartient pas à la famille siliceuse pure; c’est un silicate de chaux et de magnésie.

3. D’où le nom d'onyï ou ongle ijue les Grecs lui avaiont donné.

Étrusques, les Grecs, les Romains, les plus magnifiques empreintes. Nos pères, moins habiles , se sont bornés à monter leurs clefs de montres sur des cornalines découpées en ovale, et les Allemands font aujourd’hui avec cette pierre des breloques de bas aloi, aux emblèmes des trois vertus théologales, la croix, l’ancre et le cœur, dont ils inondent toutes les foires, tous les bazars. Autres temps, autres artistes.

Terminons par le groupe que l’on pourrait appeler des irréguliers, cette revue des pierres précieuses. Ici les produits des trois règnes sont mêlés, et le monde minéral donne la main nu monde organique. Nous avons encore quelques pierres fines, et certaines d’un grand prix, mais plus de pierres dures, transparentes, plus de vraies gemmes. Presque toutes les substances appartenant à cette classe sont même plutôt des pièces d’ornement, propres à s’adapter au placage, à la mosaïque, au vêtement, que de véritables pierres précieuses. Examinons néanmoins quelquesuns des membres de ce dernier groupe.

En commençant par le règne inorganique, nous trouvons entre autres la malachite aux tons verts, dont les zones passent par toutes les nuances sur le même échantillon. C’est avant tout un minerai métallique, un carbonate de cuivre, que nous avons déjà décrit dans la famille des métaux (pl. II des mines de métaux, fig. 4). A côté de la malachite se range la marcassite ou pyrite de fer (pl. Vil des mines de métaux , fig. 2), employée jadis pour faire des boucles, former le tour des broches, etc. En plaque, elle était connue sous le nom de miroir des Incas, parce qu’elle reflète eu effet les objets et qu’on l’a trouvée dans les tombes des indigènes péruviens; elle est aujourd’hui en défaveur.

Le succiu ou ambre jaune (pl. II, fig. 7) est d’origine

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végétale. Les Turcs en font de beaux colliers, des bracelets, et îles bouts fort élégants pour leurs pipes, les chibouques et les narguilehs. Les dévots musulmans et les grecs changent en chapelets les colliers de succin. Cette substance n’est qu’une résine fossile provenant d’un conifère des dernières époques géologiques. La résine, en coulant, a souvent entraîné avec elle des insectes qui vivaient sur l'arbre, mouches, moucherons, fourmis, sauterelles, et qui, pris et moulés de cette façon inattendue, se sont admirablement conservés. On reconnaît, dans l’ambre transparent, jusqu’aux parties les plus délicates des organes de ces insectes antédiluviens.

On trouve surtout le succin en Asie Mineure, en Chine, en Sicile, et dans les sables et les terrains qui bordent la Baltique, le long du rivage prussien. C'est dans ce dernier endroit que les Phéniciens allaient le chercher, il y a plus de trois mille ans. On en rencontre aussi dans l’argile plastique du terrain parisien ; mois il n’y a jamais été exploité, car il est de très-médiocre qualité. L’ambre gris, rejeté, dit-on. parle cachalot, et qui flotte en certains endroits à la surface de l’oeéau Indien, ne doit pas être confondu avec le succin. C’est avec cet ambre que l’on parfume les eaux de toilette. La matière est poreuse, très-légère et vaut son pesant d’or, on peut le dire sans figure. Les Arabes de Zanzibar, quand ils vous vendent l’ambre gris, mettent le produit sur un des plateaux de la balance, et sur l’autre lui fout équilibre avec des pièces d’or. Le nombre des pièces marque le prix de la quantité d’ambre pesée. Dans le golfe de Californie, on estime de même la valeur des perles.

Le jais, comme le succin, n’est qu’une matière végétale. C’est simplement du charbon fossile, un lignite parfait, compacte, susceptible de prendre un certain poli (pl. I des

mines de charbon, fig. 6). Les Anglais, qui en exploitent dans le Yorkshire des gisements très-étendus, ont conservé au jais une grande vogue. Ils en font des bijoux de deuil et même des bracelets, des colliers, des croix de dimensions fabuleuses, que les ladies, amies du noir, portent volontiers en toute occasion.

Les pierres dont il reste à parler sont d'origine animale. C’est avant tout la perle, produite par une maladie de l’huître. Quelques variétés de cette gemme, de couleur gris bleuâtre et en forme de poire, sont nommées veuves à Panama, sans doute à cause de la difficulté qu’on éprouve de les accoupler. Elles ont une valeur hors de prix, quand on peut réunir deux sujets tout à fait pareils. La matière qui compose la perle n’est que le calcaire ou carbonate de chaux, que les plus faibles acides dissolvent. On connaît l'histoire de Cléopâtre, buvant au dessert, dans du vinaigre, deux perles incomparables, pour donner une leçon à ce bourgeois Antoine, qui vantait la cherté du dîner offert par lui à la voluptueuse princesse.

Le corail est, comme la perle, un produit du monde de la mer. Les infiniment petits, les zoophytes, les polypiers, qui bâtissent des continents au fond des abîmes, sécrètent le corail. Les variétés rouges et roses de cette pierre sont également estimées. La modo les a quelquefois adoptées avec une véritable fureur.

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