Il se trouva à 7 centimètres de décompression une fois
,, deux fois.
,, une fois.
Il est à remarquer qne ce Cochon d’Inde resta dans l’air raréfié, à une décompression de 4 à 10 centimètres, dix jonrs avant de mettre bas, ce qui eut lien sans ancnn accident. Ainsi, quand il se trouvait dans des conditions peu favorables pour résister à la décompression; quand selon les anciennes théories, les fonctions de nutrition devaient se trouver défavorablement modifiées, c’est alors précisément que l’animal à très bien résisté, sans que les jeunes aient donné signe de la moindre faiblesse. Après avoir mis bas, la mère, comme aussi ses deux petits, continuèrent à être soumis à l’action des bains et à une raréfaction qui arriva à 15 centimètres (plus do 4000 mètres), dans l’espace de 13 jours. La famille allait progressant d’une manière remarquable, et la consommation d’aliments était chaque jour plus grande, jusqu’à ce que, voyant que les trois animaux entassés sous une petite cloche no pouvaient plus vivre commodément, nous fu-
mes obligés de suspendre nos expériences. Il faut remarquer que le supposé effet nuisible 11e s’observa pas même plusieurs semaines après. On inocula de nouveau la femelle, le 25 Février; elle avait alors 15 pour 100 d’oxyliémoglobine et 6400000 globules, on lui inocula de la matière tuberculeuse, sous la peau; le 18 Mars les ganglions se trouvent infartés dans les régions habituelles; mais l’animal vit encore (26 Mai). Il est peu probable qu’il eut résisté autant à l’injection s’il s’était trouvé dans un état cachectique provoqué par les décompressions, d’autant pins qn’011 le baignait souvent à l’eau froide, pour aider ou faciliter l’inoculation par le refroidissement.
Un des Cochons d’Inde, né presque sous la cloche pneumatique, vécut en très bon état jusqu’au 25 Mai; à cette date nous nous décidâmes à le sacrifier pour étudier l’influence de la décompression sur les viscères, dans le cadavre dépourvu de peau, etc.: nous ne rencontrâmes rien d’anormal, en faisant l’autopsie.
459. IV. Les deux Cochons d’Iude qui étaient nés et s’étaient développés dans des conditions peu normales, puisque la mère se trouva sujette à la décompression avant de mettre bas, (3toe expérience) furent inoculés le 13 Février 1894. O11 leur injecta dans le poumon une petite quantité de matière caséeuse délayée dans de l’eau et provenant des cavernes d’un poumon tuberculeux d’un oiseau. ( Phcisianus veneratus).
ISTous choisîmes un des deux Cochons d’Inde déjà cités pour expérimenter l’action de la raréfaction; l’antre devait rester à la pression normale, mais enfermé lui aussi sous une cloche, pendant un même nombre d’heures. Pour que les résultats de l’expérience fussent plus concluants, on introduisit sous la cloche pneumatique le Cochon d’Inde qui pesait le moins et paraissait le moins vigoureux.
460. Cochon d’Inde A. Sous la cloche pneumatique qui a 13 pouces
cubes.
Oxyhémoglobine 15%.
Poids 169 grammes.
Cochon d’Inde B., à la pression de Mexico.
Oxyhémoglobine ?
Poids 182 grammes.
Date. Durée de l’expérience. Décompression. Notes.
er 13
4 centimètres
Date.
Durée de l’expérience.
Décompression.
Notes.
Février 24
f Le témoin malade depuis le 36.
¡ Râles très remarquables. Il semble avoir \ une pneumonie. Les râles continuent 1 jusqu’au 17 mars, où l’animal paraît être bien .
Mars
la
Il commence tà avoir des râles.
Les râles continuent.
Idem dans le témoin.
tà
Il va mieux.
11 va bien.
tà
Le témoin est bien.
Avril
461, Résumé. Le Cochon d’Inde a été chaque fois de 2 heures et demie
il 3 honres dans l’air raréfié, sons une décompression de
28 centimètres
fois.
Report:
14 centimètres
2 foiS;
A reporter:
Total .
Enlre 18 et 28 centimètres 22 fois.
Entre 17 et 4 ,, 17 ,,
C’est-à-dire que 22 fois, plus on moins, il s’est trouvé pendant 66 heures à une hauteur de 5111 à 7402 mètres; 8 fois, à une hauteur qui est à peu près celle du Popocatepetl. Des 24 heures de la journée, il n’est resté que trois dans l’air raréfié.
462. Le Cochon d’Inde témoin (B) vivait toujours à la pression normale, et il se trouvait, comme son frère, en pleine période de croissance.
Le Cochon d’Inde (A) avait, le 22 Février, 5244000 globules; le 27 il pesait 275 grammes, et le témoin 285. Ni le nombre de globules était réduit, ni le poids se trouvait diminué. Au commencement, avant l’expérience, le Cochon d’Inde A. pesait 13 grammes de moins que le témoin; la différence était alors de 10 grammes. Le 28 Février le Cochon d’Inde A. avait 5244750 globules, le Cochon d’Inde B. 5194800, un peu moins.
A la fin de l’expérience le Cochon d’Inde A. avait 6743250 globules rouges. L’augmentation due ou non aux bains d’air raréfié fut de 1498500. On ne pouvait pas alors établir de comparaison avec le témoin qui avait été très malade.
463. Il vaut la peine de remarquer que les deux animaux inoculés avec la même substance, en égale quantité et sur un même point (autant du moins qu’on peut l’obtenir quand on fait l’iuoculatioii) présentèrent quelque temps après des symptômes identiques: une grande difficulté dans la respiration et des râles. Mais ce qui appelle singulièrement l’attention c’est que le Cochon d’Inde plus robuste, de plus grand poids, qui vivait toujours à l’air libre1 et à la pression ordinaire, se mit malade plus vite et resta dans cet état plus longtemps que l’autre Cochon d’Inde moins vigoureux, d’un poids moindre, qui vivait trois heures, chaque jour, à l’intérieur d’une cloche fermée, et soumis à une décompression qui s’éleva à 28 centimètres (7402 mètres). En effet, le Cochon d’Inde témoin avait des râles, le 26 Février; le Cochon d’Inde A, seulement le 17 Mars, plus de doux semaines après. Les râles continuèrent chez le premier, jusqu’à cette dernière date précisément, après avoir duré près de 20 jours; chez le second, ils prennent fin le 23 Mars, après avoir duré sept jours, c’est-à-dire 13 jours de moins que chez le témoin. Il y a plus encore: le Cochon d’Inde A. se rétablit complètement; chez le Cochon d’Inde B., les râles se reproduisent de nouveau le 21 mars et durent jusqu’au 28.
464. Notons aussi que la mère a souffert l’influence de la décompression avant de mettre bas et que l’un de ses petits l’a éprouvée pendant le sommeil amniotique et après avoir vu le jour, sans que l’un ou l’autre ait donné signe de malaise ou d’affaiblissement. Le petit a été soumis aux raréfactions pendant 61 jours.
Autre remarque: aussitôt que l’animal commença à râler, on soutint la
1 De deux à trois heures par jour, sous une cloche qui communique amplement avec l’air extérieur.
raréfaction à un liant degré, qui fut de 14, 21, 22, 24, 24 et 28 centimètres pendant les six jours que dura la maladie: celle-ci fut sans aucun doute de l’appareil respiratoire (nous ne voulons ni ne pouvons présenter un diagnostic précis) et en dépit do tout, elle ne se trouva pas dans un état plus grave par suite de la décompression.
Si au lieu de soumettre à cette dernière un animal, on eut fait l’expérience sur un individu de notre espèce, nous aurions des raisons bien justifiées pour en venir à une conclusion entièrement légitime: dans le cas où l’air raréfié serait un puissant moyen thérapeutique l’homme pourrait impunément en subir les influences, en prenant des bains de deux ou trois heures par jour, sans s’exposer à l’anoxyhémie. Mais il n’est pas possible de présenter une conclusion aussi catégorique quand les expériences se font sur des animaux, bien que nous puissions présumer, dès maintenant déjà, que les dangers supposés des bains d’air raréfié sont singulièrement illusoires.
Y. Expériences sur un Batracien.
On a toujours observé que la résistance à la décompression est beaucoup plus grande chez les animaux de sang froid que chez les Mammifères et les Oiseaux, mais nous ignorons que l’on ait étudié l’influence de la raréfaction prolongée pendant plusieurs jours.
465. Nous choisîmes un Axolotl, à l’état de larve, nous bornant à observer si le nombre de globules rouges augmentait ou arrivait à se transformer. L’animal se trouvait dans un vase cylindrique plein d’eau qui se renouvelait de 3 en 3 jours, ou un peu moins souvent. Il fut soumis à des décompressions de 8V2 à 14 centimètres, jour et nuit, depuis le 11 Septembre jusqu’au 9 Novembre. Il avait avant l’expérience 333000 globules par millimètre cube; après, 374625; l’augmentation (s’il est vrai qu’elle eut lieu), fut très petite, et il est évident qu’il en faut bien peu pour des animaux doués de si peu d’activité. 1 La transformation n’eut pas lieu, en dépit du manque d’oxygène, dans le cas du moins où ce déficit serait capable de la déterminer.
(H). Preuves déduites des faits d’Âcclimatation.
(a) Des espèces alpestres aux bas niveaux.
466. L’Hemiouus, espèce 11’ Ane confiné sur les hauteurs de l’Asie, se multiplie et s’acclimate facilement en France.
L’Alpaca, selon Brehm, vit très bien en Angleterre et en Australie. D’après le même auteur, les Chèvres de Cachemire, amenées du petit Thi-
1 La concentration du sang comme un effet de la plus grande perte d’eau dans l’air raréfié, est impossible chez les Axolotl et les êtres aquatiques en général.
bet en France se sont acclimatées, et ont produit en un certain espace de temps de 15 à 20 millions de francs.
467. “Il peut se faire que l’expansion du Lama et de l’Alpaca n’ait, avec le temps, d’autres limites que celles de nos besoins.”
“Et non seulement la théorie nous permet de faire ces promesses; mais depuis dix ans déjà l’expérience les a confirmées et même surpassées. On pouvait supposer que des soins prolongés, modifiant graduellement et lentement l’organisation du Lama et de 1’ Alpaca, étaient nécessaires pour les amener peu à peu et comme d’échelon en échelon jusqu’à la plaine. Nous savons maintenant que toutes ces transitions, sans être inutiles, ne sont cependant pas indispensables. Chacun peut observer, à la ménagerie du Musée (de Paris) une famille de Lamas qui vivent et se multiplient aussi facilement que nos ruminants indigènes: d’un couple seul nous avons obtenu 4 petits; ils se sont tous élevés sans réclamer de soins particuliers; ils n’ont jamais été malades, et maintenant ils se trouvent aussi bien que leurs progéniteurs. Plus tard ce bétail n’a fait que prospérer. Le Musée a pu céder déjà à d’autres établissements beaucoup d’individus de différentes générations Il y avait en Angleterre et en Ecosse en 1841, 79 Lamas et
Alpacas. Yoici un résultat encore plus remarquable. En Hollande, le roi Guillaume II se procura il y a quelques anuées un grand nombre de Lamas et d’Alpacas, et après avoir donné ordre d’en faire l’objet de soins intelligents, dans l’un de ses parcs, il a vu cet essai d’acclimatation couronné du plus complet succès, d’autant plus concluant qu’il avait été tenté dans des circonstances plus défavorables .... Il faudrait nier l’évidence, pour soutenir dans l’actualité, que les conditions climatologiques de nos montagnes des Alpes et des Pyrénées empêchent de donner anx Lamas et aux Alpacas cette nouvelle patrie, quand lions les voyons vivre à Liverpool, à Paris, et meme au dessous du niveau de la mer, au pied des digues de la Hollande.”
468. Yoilà ce que dit Geoffroy St. Hilaire1 qui, ayant entrepris généreusement une véritable croisade en faveur de l’acclimatation des Caméliens des Cordillères, eut à lutter avec l’ignorance, les idées préconçues de tant d’hommes de science qui croyaient aux mystérieuses influences et aux conditions des altitudes. Bien plus, la mauvaise foi, les menées détournées, la honteuse et déloyale opposition des conservateurs qui lui étaient contraires, n’eurent qu’un résultat trop funeste pour sa noble entreprise: tout cela se tire clairement de quelques affirmations de Geoffroy, à propos d’un échec souffert par lui à Yersailles.2
469. Quant à nous, nous avons dit déjà qne ceux qui doutent de l’acclimatation parfaite de ces animaux, à cause de la différence de niveaux, ont
1 Acclimatation, pages 28 et 29.
2 Ibid., page 338.
oublié sans doute qu’il y a des Cainélieus qui vivent non seulement snr les altitudes extrêmes des Andes, mais encore dans des régions très basses, comme dans la Patagonie.
Le Yack de l’Himalaya, qui vit même à 6000 mètres de hauteur, s’est très bien acclimaté en beaucoup d’endroits à moins de 100 mètres. M. de Quatrefages disait que, an Jardin des Plantes de Paris, aussi bien qu’à Shang-liaï, les Yacks, ces fils du Tliibet, se trouvent comme dans leur patrie. Les changements de régime et de climat n’ont en rien affecté leur santé. Leur multiplication, favorisée sans doute par des soins exceptionnels, s’est effectuée de la manière la plus rapide. Cinq petits sont nés, à la Ménagerie, et, chose remarquable, nous en sommes ici à la seconde génération indigène. Le 13 Septembre est né un jeune mâle d’une femelle née elle aussi au Jardin des Plantes le 14 Mars 1855, et qui par conséquent n’avait pas encore atteint 18 mois. “Il y a trois ans que M. de Quatrefages s’exprimait en ces termes, et dès lors les Yacks du Musée n’ont cessé de prospérer. Il n’est pas mort an seul des individus que l’on nous avait remis, et les femelles, autant l’hybride que la pur sang ont donnée régulièrement chaque année un petit qui s’est presque toujours développé facilement .... Nous avons reçu trois individus; nous avons maintenant un troupeau.”1
470. Brehm assure que les Yacks ont également prospéré dans les Jardins Zoologiques de Francfort, de Munich, Sttugart et Hambourg. Mais ce qu’il y a de plus remarquable c’est que les Lamas se sont acclimatés à Amsterdam, et ces Bovidés sont capables de vivre à toutes les altitudes; parmi les animaux terrestres, ce sont ceux qui descendent aux dépressions extrêmes, quelques mètres au-dessous du niveau de la mer, et s’élèvent jusqu’aux altitudes où semble s’arrêter la faune des Mammifères, à 6000 mètres sur l’Océan.
Cornevin et d’autres auteurs de renom ont démontré que l’acclimatation est imparfaite ou nulle dans le cas où la reproduction n’a pas lien; or, les Yacks se sont reproduits, comme aussi les Lamas.
Nous avons indiqué déjà que la plus grande partie des animaux domestiques, au moins à ce qu’il semble, se sont acclimatés dans un grand nombre de parties du monde, bien qu’ils fussent originaires des hauts jilateaux de l’Asie.
Pour ce qui regarde les oiseaux nous pouvons citer le cas du Lophophoro et des Ceriornis de l’Himalaya acclimatés en Europe.
471. Les Batraciens eux-mêmes nous offrent un exemple intéressant: l’Axolotl a été transporté hors du Mexique, où il vit à 2000 mètres et plus; il est aujourd’hui très commun dans les aquariums d’Europe2 et il s’y est reproduit et transformé assez souvent.
1 Acclimatation, page 286.
2 Cuénot. Influence du milieu sur les animaux, page 104.
Il se rencontre cependant quelques cas qni semblent contredire le principe général qni se déduit des faits précédents, mais presque tons sont susceptibles d’explication. Les Lamas, par exemple, ne peuvent pas vivre à un niveau bas, dans les régions intertropicales; et ils vivent cependant en Patagonie, sol bas et froid. Le Père Acosta avait dit déjà que ces Ruminants souffrent beaucoup quand on les conduit à des pays cliauds. On s’explique ainsi très bien qu’ils n’aient pu prospérer en Andalousie.
Les frères Sclilagintweit disent qu’une température un peu élevée est insupportable pour le Yack; et certes, il n’y a pas de doute que son épaisse fourrure 11e le favorise pas beaucoup pour résister à la chaleur, pas plus que d’autres circonstances particulières du pays froid où il a toujours vécu.
La contre-épreuve de cette influence de la température est évidente: les moutons dishleys originaires du Kord peuvent s’acclimater dans des localités plus méridionales, mais encore dans la montagne, dans les Cévennes. 1 2
472. Kous n’avons connaissance que de deux cas dans lesquels il semble que l’acclimatation d’espèces ou races alpestres dans des localités basses ait été impossible. Le Tetraogallus himalayensis, que l’on essaya d’acclimater dans les plaines de Kahetia: les petits mouraient la première an-
née. Le Dogue du Tliibet dégénère, quand il descend de ses montagnes. ~
Les Oies amenées à Bogota paraissaient, elles aussi, ‘réfractaires à l’acclimatation; mais grâce à des soins persévérants elles arrivèrent à se reproduire, et qui sait si la tentative faite avec le Tetrciogallus fut accompagnée de la constance nécessaire? D’ailleurs, nous 11e savons pas si la mort prématurée des petits, 11’ eut pas pour cause une alimentation défectueuse (ce qui est le plus ordinaire, par exemple, chez les Faisans dorés de Chine.) Enfin, et surtout, s’il est vrai que le Tetrciogallus 11e put s’acclimater à Kahetia, par contre les Lophopliores et les Cerioruis prospèrent en Europe, étant originaires de localités très élevées.
473. Quant au Dogue du Tliibet il faut remarquer que les auteurs ne doutent pas qu’il dégénère, mais dans le cas “où il va à des climats plus doux.” 3
Les informations qui précèdent au sujet des Lamas, des Vigognes et du Yack font voir clairement, que si les tentatives d’acclimatation se font avec un soin persévérant et par des hommes compétents, 011 pourra arriver à obtenir ce changement de patrie des espèces alpestres. Kous ne conseillerions à personne d’abandonner le projet de doter un pays peu élevé d-animaux utiles des hautes altitudes, simplement pour la grande différence de pression et même d’humidité. Que l’on choisisse seulement des pays
1 Cornevin. Zootechnie, page 739.
2 Darwin. Variation. Vol. I, page 39.
3 Brehm. Mammifères. Vol. I, page 402.