NOMS DES VILLAGES
Habitants.
Naissances.
Décès.
Différence en faveur de la population.
Différence en contre de lapopulat.
Hasto viejo
Suesca
Sesquilé
Guata vita
Guasca
Sopó
Cogua
Zipaquirá
Cota
Chía
Suba
Fabio
Fenjo
Subachoque
Facatativá
Usaquén
Engativá
Fontibón
Mosquera
Funza
Madrid
Bosa
Bajaca
Totaux
1 Dr. Manuel Cotes. Loe. cit. ,
692. “A. de Hmnboldt a fait remarquer l’état de prospérité de la race espagnole sur les hauteurs des Andes. Cette race, qui euyaliit les plateaux élevés de l’Amérique Méridionale vers la première moitié du XVIe siècle, s’y est établie et a prospéré tellement, qu’elle représente aujourd’hui un élément aussi nombreux au moins que l’élément indigène.
Aussitôt que les espagnols arrivèrent à Bogota, leur race se multiplia rapidement et aujourd’hui, comme nous venons de le dire, elle forme un élément considérable de la population. Cette rapide multiplication est une preuve ajoutée h tant d’autres, que l'acclimatation sur les hauteurs est loin de présenter toutes les difficultés que se plaît à indiquer M. Jourdanet.”1
Circonstances dont Jourdanet n’a pas tenu compte dans ses études
démographiques
693. Pour estimer à leur juste valeur toutes les causes qui, dans un pays quelconque, peuvent influer sur les mouvements de la population, la vie d’un homme serait à peine suffisante, fût-elle consacrée exclusivement à ce genre de travail.
Rien de plus facile que de dire que la population du Mexique est relativement peu nombreuse ou qu’elle n’augmente pas comme aux États Unis, mais ce qui est difficile à trouver, dans ce cas, c’est la relation de cause et d’effet. Il ne suffit pas de découvrir que telle ou telle circonstance agit, mais encore il est indispensable de démontrer que certaines autres influences, particulières à la localité que l’on considère, ne sont pour rien dans la production des phénomènes.
Si, à première vue, l’observateur croit aux facteurs climatériques, il devra en chercher la comprobation au moins par deux voies différentes, celle des analogies et celle des différences. Or, les analogies entre la densité de la population des lieux d’altitude différente sont évidentes ainsi que les différences: donc on pent admettre que la différence de hauteur soit une cause première et prépondérante? Comme exemple contraire lions pouvons présenter toutes les localités de la Terre Chaude de la République Mexicaine, qui ont un climat semblable et qui se prêtent également pour la culture de plusieurs végétaux. Les analogies sont évidentes, les différences ne le sont pas.
694. S’il est vrai qn’il y a des localités très hantes et très peuplées, il est vrai aussi qu’il y en a d’autres très basses et entièrement désertes. Si
1 Contribution à l’étude de la Pathologie des altitudes, par Restrepo-H. (A. J. E.) Paris. 1890.
les premières sont rares en Europe, elles abondent en Asie, dans l’Amériqne Centrale, dans T Amérique du Snd, etc. Si aujourd'hui le nombre des habitants de Puno est petit, puisqu’il ne dépasse pas 6000, avant la conquête il était de plus de 30000. Si de nos jours la population du Mexique augmente, elle a diminué à certaines autres époques.
Il faut nécessairement considérer les causes actuelles et celles qui ont agi à une époque antérieure, en outre de celles qui sont d’une action constante, comme devrait l’être l’anoxyhémie.
Autrefois, la population du Mexique ne pouvait pas avoir augmenté beaucoup à cause des guerres, des épidémies et de la famine. Pour se convaincre de la vérité de notre assertion il suffit de consulter un ouvrage quelconque sur l’histoire du Mexique.
695. Il convient de ne pas oublier qu’une population d’aborigènes, des hautes ou des basses régions, diminue et quelquefois même s’anéantit à la suite de maladies importées par les étrangers et que cette perturbation se fait sentir pendant un temps considérable. Eu confirmation de la vérité de cette opinion, pour ce qui concerne les régions basses lions pouvons citer la diminution des aborigènes de plusieurs îles de l’Océanie, originée par la tuberculose. Pour ce qui concerne les régions élevées nous avons un exemple bien frappant, la peste qui en 1575 sévit sur les indiens de la Nouvelle Espagne: elle se développa d’abord dans la ville de Mexico, se répandit ensuite dans presque tout le pays et enleva “les deux tiers des naturelsî.”1 (Voir § 688).
696. Jourdauet n’examine aucune de ces causes, ni celles qui agissent sur la fécondité, ni celles qui font diminuer la population, comme la misère, les guerres, les pestes, l’insuffisance de l’alimentation, les conditions hygiéniques défavorables; enfin, il n’examine pas non plus les causes qui influent sur l’augmentation de la population. Il ignore ou feint ignorer les faits qui ont servi de base aux études de Malthus et de Spencer. Il ne fait pas même mention de l’influence (probablement contraire h l’augmentation rapide du nombre d’habitants) du croisement de la race européenne avec la race américaine.
1 Diccionario Universal rie Historia y Geografía. Yol. X, pág. 132.
Limite de l’habitation de l’homme sur les montagnes. La température seule influe.
697. Si l’anoxyhémie existe et si elle est due au manque d’oxygène, l’homme s’élèvera jusqu’à une limite déterminée par la raréfaction de l’air. Si au Mexique l’insuffisance de l’oxygénation a agi jusqu’au degré de troubler presque toutes les fonctions vitales et d’empêcher l’accroissement de la population, son influence devra être encore plus grande dans les pays joins élevés et il arrivera un moment où ces pays deviendront inhabitables, par exemple lorsque leur hauteur dépassera 5000 mètres.
Les faits démontrent que l’homme s’élève, selon les pays, jusqu’à une limite variable marquée par la température. En Europe, les villages situés à plus de 1800 mètres sont rares, mais par contre ils abondent au Mexique, en Abyssinie, dans l’Amérique Centrale et du Sud et en Asie. A mesure qu’on s’éloigne des tropiques les localités habitées sont moins élevées.
698. Dans le Tableau N.° 6 on voit qu’au Mexique, dans l’Amérique du Sud et en Asie il se conserve une distance semblable, de 500 à 700 mètres, entre la limite des neiges éternelles et la limite de l’habitation de l’homme qui, selon les pays, se trouve à 2000, 3000 ou 5000 mètres.
Les animaux et les plantes s’élèvent en général tant que la température est supportable, et, comme l’homme, ils s’élèvent plus haut à mesure qu’ils s’approchent des tropiques* Selon les saisons et l’exposition des localités, ces relations peuvent varier.
Il faut remarquer aussi que certaines localités situées à une altitude considérable sont habitées pendant l’été seulement, car elles sont trop froides pendant l’hiver. C’est ce qui arrive au Thibet: les Lamas descendent, comme les oiseaux qui émigrent en altitude, lorsque la saison n’est plus favorable à leur existence à plus de 4000 mètres et lorsque l’oxygène se trouve en plus grande quantité. Dans les mines du Colorado, aux Etats Unis, on ne travaille que pendant l’été. Alors qu’au Saint-Gothard la température moyenne annuelle est de — 0°8 C., elle atteint 15° C. à Santa Fé de Bogota, à une hauteur de 2661 mètres!
699. Il y a donc une différence maxima de 3000 mètres entre les limites de l’habitation de l’homme en Europe et en Asie; cette différence serait plus grande encore si, par exemple, on compare le Thibet à la Norvège. Cela nous autorise à supposer qu’une population sédentaire pourrait s’établir à une hauteur plus considérable encore, si sur les sommets neigeux l’existence pouvait être encore utile. Nous savons déjà que certai-
nos races s’adaptent aux conditions de température des régions polaires; nous savons aussi qu’au sommet du Mont Blanc un observatoire a été construit et qu’il est actuellement habité par des hommes scientifiques; nous savons enfin que l’exploitation du soufre du Popocatepetl et de l’Orizaba fait séjourner temporellement les indiens à plus de 5000 mètres.
700. Ce serait donc une témérité que de prétendre assigner des limites déterminées à l’habitation de l’homme. Qui sait si plus tard on ne construira point un observatoire au sommet de l’Himalaya? Qui sait si les progrès de l’aérostatique ne permettront pas un jour à l'homme de s’élever par degrés à une prodigieuse hauteur et do séjourner à plus de 8000 mètres au-dessus du niveau de la mer! Ce ne serait pas impossible que l’expansion propre des penples parvint à modifier l’état des choses et que dans quelques siècles on trouva en Amérique ou en Asie, à 5000m, une capitale avec deux ou trois millions d’habitants.
La seule théorie qui s’oppose à la probabilité de ces faits est celle de Jourdanet, mais elle tombe déjà en décrépitude et bientôt personne ne s’en rappellera plus.
Distribution des races selon la hauteur. Problèmes d’anthropologie.
701. Selon Jourdanet, la race espagnole, même lorsque l’on considère les familles établies au Mexique depuis très longtemps, a grandement à souffrir de l’auoxyliémie. La race indigène semble plus aguerrie. Les métis sont intermédiaires entre l’une et l’autre; “mais s’ils ont hérité de l’indien le pouvoir de résister à la décompression, plus grand que chez l’européen, de ce dernier ils ont hérité l’intelligence: il s’ensuit donc que les métis sont les seuls qui manifestent une grande intelligence. Juárez était un métis.” (Bordier).
Etant mexicains, lions n’avons pas à apprécier les facultés physiques et morales des indiens pas plus que celles des espagnols. Mais il nous est facile de détruire l’assertion précédente: il nous suffira de dire que Juárez n’était pas un métis, mais un indien pur sang et que dans ses premières années la seule langue qu’il connaissait était celle des aborigènes.
Cette opinion, que, “la race espagnole, même lorsque l’on considère les familles établies au Mexique depuis très longtemps, a grandement à souffrir de l’anoxyhéinie” est entièrement fausse, comme nous le démontrons dans un autre chapitre.
702. Sans aucun doute, la race mêlée est la seule destinée à peupler les plateaux du Mexique’, et, en effet, Jourdanet ne perd jamais l’occasion do le répéter. Selon lui, la population des indigènes purs et des blancs (européens) diminue. “Cette augmentation (du nombre d’habitants) a eu
lien seulement chez la race des métis, et la raison (celle de Jourdanet) indique qu’elle s’effectuera dans nue plus grande proportion encore lorsque la décadence des autres races (blanche et indigène pure), déjà bien réduites, s’arrêtera et n’introduira plus de perturbations dans la masse des faits relatifs à l’augmentation naturelle d’un élément plus vivace.”1 “Cette réflexion a pour but de donner à entendre que la population des pays hispano-américains a lieu d’espérer un progrès plus rapide et que,, même sans le secours de l’immigration, ces intéressantes régions trouveront chez elles les éléments d’une repopulation suffisante.” 2
703. Yoici donc le problème: la race des métis a-t-elle prédominé au Mexique? Quelles en sont les causes? Est-ce à cause de la décadence de la race indigène et de la race blanche (!) ? Est-ce par ce qu’elle résiste mieux aux causes anémiantes?
Sans aucun doute la race la plus nombreuse est celle des métis puisque, selon Garcia Cubas, la population du Mexique est ainsi répartie:
Indigènes 1750000
Européens 2333000
Métis* 4662000
(Cette statistique est un peu ancienne; la population actuelle de la République Mexicaine dépasse 10000000 d’habitants.)
Si la population du Mexique se compose en grande partie de métis, cela ne se doit pas à une influence particulière de l’altitude; ce n’est pas non plus parce que les européens ont succombé à l’anoxyhémie. M. d’Omalius calculait que les métis, il y a quelques années, constituaient au moins le Vso de la population totale du globe.4 Daus un grand nombre d’autres pays de haute et de basse altitude les créoles ont constamment prédominé et il serait vraiment rare que les races conquises (celles du Mexique par exemple) n’aient pas disparu, qu’elles ne se soient point mêlées avec la race conquérante et que cette dernière ne soit pas arrivé à prédominer.
704. La supposition de Jourdanet est tout à fait erronée: la distribution des races, si l’on veut leur prépondérance, ne manifeste aucune corrélation avec l’altitude.
Si l’on compare la carte de la distribution des races au Mexique avec la carte altimétrique, on observera tout de suite que dans l’Etat de Mexico, dans celui de Tlaxcala, dans le District Fédéral, daus une grande partie des Etats de Puebla, Guanajuato, Querétaro, c’est-à-dire les plus hauts, prédomine la race indigène. Nous la voyons prédominer aussi dans les plus bas, au Yucatan par exemple.
La zone des plateaux élevés va du N. O. au N. E. dans la partie cen-
1 L. c., page 169.
2 L. c., page 169.
3 Curso elemental de Geografía Universal. México, 1869, pág. 181.
4 Quatrefages. L’espèce humaine. Paris, 1877, page 63.
traie de la République, taudis que les zones de distribution des races s'échelonnent selon l’altitude.
705. Le Dr. Orvaiianos dit eu effet “qu’en général la race métisse prédomine dans tous les Districts situés au Nord du parallèle 21, et la race indigène an Sud do ce même parallèle.”
“Si l’on examine bien la carte on verra que dans les Etats du Nord prédomine la race métisse; dans ceux du centre le nombre des Districts où prédomine la race métisse est à peu près égal à celui de ceux où prédomine la race indigène: la différence est eu faveur de la première. Dans les Etats du Golfe, la race indigène prédomine dans tous les districts.”
“Dans les Etats du Pacifique la race métisse prédomine aussi, excepté dans les Etats de Oaxaca, Guerrero et Chiapas, dont les habitants sont presque tous indiens.”1 (Planche 28).
706. Il n’y a donc aucune corrélation entre l’altitude et la prédominance d’une race déterminée.
Quant aux avantages qui résultent du croisement entre indigènes et européens, Jourdauet les suppose sans preuves à l’appui. L’unique exemple se rapportant à Juárez, et que nous avons démenti, ne pourra jamais démontrer ce principe, à savoir: que la race métisse est plus apte à peupler les altitudes. Les croisements entre indigènes et européens ne sont pas toujours avantageux. Le Dr. Cuthberg dit que “la race européenne ne peut vivre, à Calcutta, au-delà de la troisième génération. Il n’en est pas de môme des enfants qui naissent des alliances contractées entre les européens et les indigènes. Ils vivent, mais ils sont faibles et efféminés. Au second croisement ils perdent la plupart de leurs aptitudes physiques et intellectuelles et ils finissent par n’avoir plus aucnne des qualités des deux races.”2
707. Jourdauet assure que les progrès de la population, au Mexique, seront plus rapides lorsque les blancs (européens), établis dans le pays, et les indiens auront entièrement disparu. A cette probabilité d’un fait futur nous opposons une impossibilité probable, à savoir: que la fécondité diminue. M. Hombron a étudié pendant quatre ans certains phénomènes de sociologie au Brésil, au Chili et au Pérou: il affirme que la fécondité est plus grande quand les croisements ont lieu entre blancs et américains que lorsqu’ils ont lieu entre américains et américains.3
On peut étudier dans l’ouvrage de d’Orbigny la distribution verticale des races indigènes de l’Amérique du Sud. Ce que nous avons dit suffit pour le but que nous nous proposons. L’altitude, les différences de pression n’exercent aucune influence. Ce ne sont point là les causes qui déter.
1 Geografía Médica, pág. 14.
2 Vital Statistics of Calcutta. Journ. de la Soc. de stat. de Londres. 1850, page 170. (Cité par Legoyt).
3 Quatrefages. L. c., page 64.
minent les peuples à préférer les lieux élevés aux régions basses, et dans les uns connue dans les autres ils peuvent prospérer ou s’anéantir et pour des causes indépendantes de la proportion d’oxygène que contient l’air.
708. D’ailleurs il y a certaines races, comme l’Américaine, qui se trouvent à toutes les hauteurs et même les Américains du N ord, les Anglais, les Français, les Espagnols peuvent vivre sur les hauteurs du Colorado, de l’Inde, des Amériques latines. Avec un petit air malicieux, Jourdanet dit que les populations des hauteurs sont remarquables par le grand nombre de femmes, qui s’y trouvent en plus grande proportion qu’ailleurs. Si cela est vrai, nous n’avons qu’à nous en féliciter: Boni, Yung, Gentry, Mary, Treat, Giron, von Siebold, Geddes et Thomson ont observé que les circonstances favorables , l’optimum de température et de lumière, l’abondance des alimeuts, occasionnent une augmentation du nombre de femelles: si le manque de pression était contraire ce seraient les mâles qui domineraient. En outre, à Java et au Yucatan les femmes sont plus nombreuses que les hommes.1 Comme on le voit, ce manque d’équilibre n’est pas exclusif des hauteurs.
1 Cuénot. L’influence du milieu sur les animaux, page 92.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS