‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 161 sur 268 · DE L’HOMME DES ALTITUDES · texte numérisé non relu

DE L’HOMME DES ALTITUDES

715. R°us allons discuter, clans un chapitre à part, les' observations <pie le Dr. Jourdanet a faites dans notre pays: elles sont l’origine de nos premiers raisonnements sur l’anthropologie et la physiologie de l’homme des altitudes; elles ont donné lieu aussi aux études de Paul Bert et de nos

MMV°q' î®nle”00IY“ ‘raVanX <ï"i‘fo,lt Srajl(l honneur à leurs

7 fi I f ! ’ rml I,tntZ’ Egger’ KœPPe e‘ plusieurs autres.

. Si les découvertes modernes au sujet de la physiologie de l'homme et des animaux des altitudes se trouvent presque toutes dans un antagonisme parfait avec les idées énoncées par le Dr. Jourdanet, nous devons

7e è °e “ 16 mérite d’a™ « le premier ¿«Z a tue attention sur un sujet si important et qui avec le temps peut rendre

e glands services a l’homme sain comme il celui qui est malade et cela

ilaus tons les pays du monde, quelque soit la classe sociale que Ion coin

sidéré. Nous rendons donc un hommage de respect à la mémoire d’iui

lommeqni a été 1 avant-garde dans des études aussi intéressantes Les

cs7CaTm,r “ U°7i dr°,1S hÜ être Premièrement reconnaissants: il est ira, q„ l „0„s a attribué une multitude de défauts, dits à l’action immédiate et inévitable du climat des hauts plateaux, mais h l’avenir et comme conséquence dos nouvelles études que ses écrits ont provoquées, peutêtre nous considèrera-t-on d’une manière plus favorable. Les bi Es dont no» 1,„ serons redevables compenseront certainement les fa“s

taires<sans<doiite! ^ aCC°“Pa=" ses erreurs, bien involon-

717. Jourdanet n était pas réellement nu physiologiste. Il l’avoue lui nome dans ses ouvrages et ce serait un motif bien suffisant

ut tirrer¡ Nons ,,e dev°ns .î j, :

yZLZ ¡TvL ’ reur éta,lt une ^“«“«0 do 1» condition si h ipa, fuite de 1 homme. Si nous nous trouvons parfois en présence de certai-

^ 7 dénoncer connue un observateur de mau-

que qnX’im ZT ! ®‘ "°‘re C,eVOil' <lc le déie*d™> ™ l«rs-

1 qneiqn un se trouve préocuppé par une idée ou par une théorie qu’il

admet de boime foi ou qu’il croît être le précieux fruit des efforts de sou intelligence et de ses travaux, il est bien rare qu’il ne s’efforce pas constamment de la faire prévaloir, surtout s’il se voit appuyé par quelque savant de renom. C’est ce qui est arrivé au Dr. Jourdanet lorsqu’il a prétendu lier sa théorie de l’anoxyhémie avec les expériences autorisées de la Sorbonne et ses écrits avec la voix puissante du célébré Paul Bert.

Dans l’introduction de son principal ouvrage “Influence de la pression barométrique sur la vie de l’homme,” Jourdanet manifeste déjà q'ne c’est surtout dans l’observation de l’homme malade du Mexique qu’il a découvert les bases les plus solides pour établir ses raisonnements et que c’est au chevet du malade qu’il a réellement découvert les premiers symptômes de cette anoxyhémie. Sans aucun doute son esprit était déjà préoccupé: “je me suis inspiré, dit-il, dans cette conviction, que la véritable nature des influences extérieures se montre beaucoup mieux par les maladies qu’elles occasionnent à l’homme que par la santé dont elles le favorisent.”1 La fausseté de ce principe et l’idée préconçue qu’avait sans doute M. Jonrdanet au sujet de la raréfaction de l’air agissant continuellement sur l’organisme humain, ont été la cause de ses erreurs; il s’est contenté d’un petit nombre de données pour ses observations et a complété ses arguments avec tout ce que lui suggérait sa vive imagination.

718. En s’inspirant d’un pareil principe il a oublié que, dans la science médicale moderne, on prend un chemin entièrement opposé à celui qu’il a voulu snivre et qui est bien plus naturel et surtout beaucoup plus sûr pour l’éclaircissement de la vérité, déduire d’une expérience de physiologie une loi générale pour l’hygiène, pour exiiliquer un phénomène pathologique ou pour faire une application thérapeutique. Rien de moins sûr que de vouloir établir une loi sur les fonctions d’un organe en la déduisant des symptômes, qui sont toujours si Arariables même dans le type clinique le mieux défini. Que les phénomènes observés pendant la réaction que les substances thérapeutiques produisent dans l’organisme malade et que la variation de symptômes déterminés viennent souvent confirmer tel ou tel principe de physiologie, on le comprend facilement et il est logique de l’attendre; mais si on prend le chemin contraire, le supposant préférable pour poser un problème, pour découvrir des lois, enfin, pour arriver à connaître avec précision telle ou telle fonction de l’économie, on tombe dans une grossière erreur. Dans tous les cas il vaut mieux suivre toujours le chemin le plus sûr et le plus direct.

719. Pour Claude Bernard, le grand expérimentateur de notre époqne, “la physiologie doit être la base nécessaire d’une médecine sûre d’elle même: 2 elle est appelée en outre à contribuer au bien-être physique de l’hom-

1 Jourdanet. Influence de la pression barométrique sur la vie de l’homme. Préface.

2 Claude Bernard, par Paul Bert. La science expérimentale, par C. Bernard, page 31.

mo et à devenir la base scientifique de l’hygiène et de la médecine.”' Il est donc du devoir de quiconque prétend découvrir une loi de physiologie e ne pas la présenter comme certaine jusqu’à ce qu’il soit pleinement convaincu de 1 exactitude de ses procédés d’investigation. “La physiologie doit implanter ses racines dans le terrain ferme où croisse., /ses deux ámeos, la physique et la chimie:* de cette manière elle s’établit et prend nn ™”g Pal'ml ,es S01ences définies, où nous devons la placer.”

. Si Jourdanet n’avait eu d’autre prétention que celle de mettre ses observations au service do la physiologie et de l’hygiène, comme il semblait 1 indiquer dans la préface de son ouvrage,3 il aurait agi très sagement, mais en voulant déduire de la clinique des conclusions de physiologie pure il a commis une erreur, qui l’a porté jusqu’à établir une théorie lonueo et chancelante, car elle s’appuie sur des raisonnements équivoques et se trouve bâtie sur terrain qui ne lui appartient pas. Ou nous optera peut-etre que si le Dr. Jourdanet fait partir la plupart de ses

ge oiñlTohf , "b8emlÍ0" Cliui<ïue’ 0,1 Toit a’> ™ins dans sou ouvra-

L ’I r sain et qn'ü a vécu de iong,ies >m-

luu d une société qu il pouvait soumettre facilement à ses études. Nous

été II rr°“,S rmt’ “f“. r°bserva‘ion 1,l’ü » Wte l'homme sain a n emen e visu; il s est peut soucié de recueillir des données d’une

SC7tifl<1Ue’ U P“ “«««ré consciencieusement l’ac-

de vecTUe,deS °rganiSmeS dne ron P°"™« «’oife en plein état

chanté avec tons les moyens que fournit l’expérimentation et qui ont

té employés bien longtemps avant que Jourdanet fit ses observations au

Mexique. Ou sont donc ses tableaux de dynamornétrie, de thoracométrie

prétend établi! "e n°"8 “ if* m0t; Lorsqu’un observateur

* r ses pi mcipes, afin d autoriser ses travaux, il a soin an

(.ries c" PnétSenter du liSt6S d’observatioils> dans lesquelles il fait connai- S coudlflons ou il s est placé et le nombre de cas qu’il a juués néces-

étEZZlrP,,t6r S0S CUffreS’ rai— ds et

721. Jourdanet ne nous présente rien de cela: il veut nous parler du

tra» !lUPéraTren‘ lP ySlqr ^ meXÍCaÍn et Ü se bo™e * faire «n pore, i nous décrit ses yeux, sa manière de regarder, ses lèvres

minière d’êtr8 S“ taUle haute 011 Petite> sa démarche et même sa

Mil rit il e S0? Í T' PaS lm Chiff,'e-< 11 veut ,,0US Parler de thoraeotne il se contente de nous dire: “que l’indien possède un large thorax

1 accommode à l’ambiant léger des altitudes, etc.” Nous le répétons

dé pareilles données n’ont aucune valeur scientifique, elles n’h?SpiS

i “r par Pnr c¡; fr esp<srimentaie’ ^ b™-”> w si.

g ■ 3 0p* Clt- Préface> Paoe 2. 4 Op. cit., page 235.

aucune confiance et 11e peuvent servir en aucune manière pour établir une conclusion quelconque.

722. Si Ton veut déduire des conclusions sur la résistance physique d’une race ou d’un individu, ce qui est d’une “très grande importance pour la physiologie, l’anthropologie et les applications qui dérivent de ces sciences (l’hygiène et l’acclimatation), il est indispensable de connaître avec précision la taille, le poids, les circonférences, les contours, la capacité respiratoire de tous les groupes, dans leurs différentes conditions sociales ou géographiques.”1 De cette manière seulement, il sera possible d’apprécier, aussi bien pour l’homme que pour les animaux, les relations qui existent entre le développement du poumon et celui des autres organes, entre la taille et la force, etc. L’examen du sang et de sa richesse en hémoglobine et en globules est indispensable et il importe aussi que cet examen soit fait avec soin et toujours chez des organismes dont la physiologie soit irréprochable; de cette manière on pourra suivre les fonctions, les juger justement et en comprendre le degré de développement et d’éqnilibre. “La véritable anthropométrie est celle qui étudie l’homme vivant et qui observe les manifestations extérieures de la vie parmi lesquelles on compte la résistance aux milieux, l'acclimatation, en un mot, la biologie.”2

723. Tel a été le plan de la tâche bien digne d’éloge que s’est imposée le Dr. Jousset et qu’il nous a fait connaître dans son traité de l’acclimatation dans les climats chauds inter-tropicaux; tels aussi auraient dû être les travaux du Dr. Jonrdanet, pour arriver au but qu’il se proposait; mais nous avons vu qu’il n’a pas su choisir les méthodes d’observation qui devaient lui servir de guides dans ses études sur la physiologie et l'anthropométrie, ce qui l’a conduit à de faux résultats. Nous aurons encore bien d’autres défauts à signaler dans ses ouvrages et nous en dirons ici quelques mots, car ils constituent une nouvelle preuve que le manque de méthode occasioune des difficultés qui auraient été facilement surmontées par un homme dont les écrits révèlent souvent le talent.

Nous ne prétendons pas faire la critique littéraire de ses ouvrages, mais seulement démontrer son hésitation lorsqu’il traite certains sujets ou lorsqu’il veut interpréter les phénomènes d’après son jugement. De cette hésitation résultent de nombreuses contradictions et comme conséquence directe, la confusion.

724. Nous choisirons comme exemple une matière traitée per longum et latum par le Dr. Jonrdanet: V action du climat des altitudes sur le progrès général des peuples qui subissent son influence. Nous consulterons son ouvrage et, pour plus de clarté, nous représenterons graphiquement, au moyen d’une courbe, les variations de son opinion en indiquant les pages auxquelles nous nous rapportons. (§ 729).

1 A. Jousset. Traité de l’acclimatement et de l’acclimatation, page 12.

2 A. Jousset. Op. cit. , page 12.

4-° Page 103. Cette observation regarde les habitants des plateaux dn Tliibet:

Il serait tout à fait imprudent de perdre de vue cette source puissance de difficultés (la différence de coutumes et de. religions) pour les pro-

“grès auxquels ces localités sont forcément appelées mais, quoiqu’il

eu soit, un progrès dans la civilisation en sera la conséquence obligée.”

Un progrès qui doit s’accomplir malgré les puissants obstacles qui lui sont opposés, alors même que les proportions dans lesquelles il doive se réaliser ne soient pas indiquées, mérite que nous le plaçions en première ligne dans notre graphique.

2*° P&ge 112. Lorsqu il parle des populations des plateaux péruviens:

“Il est vrai qu à 4000 mètres, dans cette zone, les hommes se maintien- “nent d’une manière permanente et même nous présentent aujourd’hui le “spectacle de villes populeuses.”

725. L’existence de villes populeuses indique tout de suite qu’un peuple a pu progresser dans ces régions: s’il en était autrement, les villes n’existeraient pas ou tout au moins elles ne seraient pas populeuses. Mais t omme ce n est point là une indication absolue du degré de progrès, attendu que cette donnée est tout à fait incertaine et que Mr. Jourdanet ne nous dit point si c’est peu ou beaucoup et n’indique aucune limite, nous la placerons en seconde ligne.

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