‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 166 sur 268 · ANTHROPOMÉTRIE · texte numérisé non relu

ANTHROPOMÉTRIE

736. Parmi les conditions indispensables pour l’acclimatation d’une race se trouve l’aptitude pour le travail physique et l’intellectuel:1 aussi, pour nous conformer avec ce que nous venons de dire dans l’introduction qui précède, nous nous sommes occupés de recueillir quelques mesures parmi les mexicains, nos compatriotes. S’il est vrai qu’elles 11e nous permettront pas d’entreprendre une étude parfaite d’anthropométrie, au moins nous aurons les données indispensables, également utiles au lecteur et à nous-mêmes, pour pouvoir juger très approximativement de la vigueur des races de nos altitudes. Peut-être nous permettront-elles aussi de généraliser nos appréciations à tous les hommes que le sort a placés dans des pays dont les conditions mésologiques conservent nue entière ressemblance avec le nôtre.

D est donc indispensable que nous commençions par examiner la machine dont nous désirons mesurer le travail et comprendre le fonctionnement.

737. De toutes les mesures que nous recueillerons, les plus intéressantes pour nous seront sans doute celles du thorax: c’est là, en effet, que se trouvent les organes délicats qui supportent d’une manière plus directe l’influence de la pression de l’air. Connaître leur activité fonctionnelle, voilà notre principal desideratum. Pour suivre un ordre semblable à celui do Jousset, nous dirons tout d abord quelque chose des mesures du crâne et du cerveau: ce dernier, selon les anthropologistes, conserve des relations presque constantes avec le volume de la boîte crânienne: ce sera donc le premier échelon que nous aurons à gravir pour arriver à juger scientifiquement de la vigueur intellectuelle d’une race. Nous passerons aussitôt à examiner le résultat des mesures prises sur le thorax et qui, à notre avis, sont les plus importantes; enfin, la taille, le poids, la proportion des membres termineront cet examen, qui nous permettra d’apprécier plus facilement la vigueur générale comme aussi l’activité propre de chaque fonction.

1 Arnould. Eléments d’hygiène. Paris, 1881, page 351.

(a). Mensuration du crâne et poids du cerveau.

738. Le cubage de la cavité crânienne et le poids du cerveau nous permettent de juger à peu près du degré d’intelligence. La comparaison des diamètres nous éclaire au sujet de la forme de la circonférence horizontale du crâne et nous permet de faire des comparaisons ethnologiques souvent très importantes.

Le poids du cerveau a attiré singulièrement l’attention et, en général, on a observé que ce poids est plus grand chez les races intelligentes et civilisées; plus encore, selon Wagner, pour que le cerveau chez le blanc puisse fonctionner il doit avoir un poids minimum de 1133 grammes: chez l’australien ce poids peut descendre jusqu’à 907 grammes sans que les facultés de l’intelligence disparaissent. 1

Selon Meigs, cité par Jousset, en considérant le poids du cerveau de l’européen égal à 100, on obtient proportionnellement pour le nègre les

chiffres suivants:

Européens ou blancs 100.0

Nègres d’Afrique 83.7

Nègres d’Amérique 80.8

Le cubage de la cavité crânienne laisse encore plus à désirer, dans ses résultats, que les pesées du cerveau: cela doit s’attribuer surtout aux méthodes si diverses employées par les anthropologistes.

739. Ce cubage ou jaugeage a été fait en remplissant la cavité avec une quantité connue (en poids ou en volume) d’eau (Soemering,Yirey, Treadwel), de mercure (Broca), de sable (Hamilton, Davis), de millet (Tiedmann et Mantegazza), d’orge perlé (Welker), de plomb (Morton et Broca), de balles en caoutchouc, etc., etc. Comme on le comprendra facilement, les résultats obtenus selon la coutume de chacun, ne se prêtent guère pour obtenir des estimations générales. 2

La détermination méthodique de la forme du crâne a démontré que les races nègres sont ordinairement dolichocéphales et que la généralité des mongols sont brachyçéphales ou inésaticéphales. 3

740. L’indice céphalique, c’est-à-dire le rapport entre le diamètre fronto-occipital considéré égal à 100 et le diamètre bi-pariétal, tous deux calculés selon les règles de Broca, est de 75 chez les dolichocéphales, 83 à 84 chez les brachycéphales, 77 à 80 chez les mésaticéphales.

1 Jousset. Traité rie l’acclimatement et de l’acclimatation, page 126.

2 Jousset. Op. cit., page 121.

3 Jousset. Op. cit., loc. cit.

l.rlTjlT6’ 611 e‘I:I10l0gie’ 1’lmPorta,ice des types dolichocéphales et brachycéphales: mi anatomiste suédois, Retzins, est arrivé à croire que les races primitives autochthor.es, en Europe, étaient brachycéphales, tandis que les races ultérieures, civilisées et d’une intelligence manifestement sup meure h celles-ci, seraient dolichocéphales; mais récemment il a été démontré que les Basques sont dolichocéphales et que parmi les crânes fossiles les plus anciens d’Europe on trouve aussi des dolichocéphales: ce qui

sutTr ’ d T fi1" thé°rie- La Se"le Ch0SS <‘"e 1,011 P'lis^ dire «

sujet de 1 indice céphalique par rapport aux races, c’est que les types les mieux definis de doÜchocéphalie se trouvent chez les Australiens, Hotten-

ZS; UÏT' la Plus accentuée se présente

chez les Indo-chmois, les Lapons, les Auvergnats, etc.; chez les Normands

et ou général chez les crânes parisiens du XII- et XIX* siècle, c’est le tvpe

mésaticéphaliqne qui domine.1 Parmi les études de crftnéométrie, celles

qui se rapportent â l’habitant des altitudes n’abondent pas, nous pouvons

meme dire que les races de métis qui peuplent les hauts plateaux des An-

des et de 1 Amérique Centrale et qui sont représentées par un maximum

de plusieurs millions d individus n’ont presque pas été étudiées du tout.

f 68 aUtreS anthroPol°gistes5 dans leurs études pour déterminer 1 activité des fonctions cérébrales, ont préféré faire leurs ana-

lyses sur les races fondamentelles, séparées de tout ce qu’elles pourraient

devoir au perfectionnement naturel, aux institutions incidentelles et aux influences des autres races.8

Les races créoles et métisses, comme résultat naturel de cette décision

sX d^ T“, été P6U étUdÍéeS; e" ParUe à callS0 de l’avantage qui résulte de 1 étude des races pures et en partie aussi pour les difficultés que

présente à I anthropologiste la variété même des types. 3

Selon Morton et Davis la capacité crânienne de 152 péruviens a été en

moyenne de 1234 cent. cub. Ces mêmes auteurs ont prisses ZZTZ

des indigènes mexicains et la moyenne qu’ils ont trouvée atteint 1340 eentimètres cubiques3

.J*2, 11 eSt Vraimen‘ remarquable, vu le rapport qui existe entre le poids de la masse cérébrale et le degré d’intelligence, que les chiffres qui correspondent â ces deux races se rapprochent ainsi de ceux que l’on a

F nf T Îi’0céa,lie <1234 gr’i et choz Australiens (1200 cie At “ effet> la différence qui existe entre ces derniers et les anc.ons habitants des hauts plateaux du Mexique et du Pérou, est tout â fait notable; mais cette différence s'explique bien vite et très satisfac-

1 Mathias Duval. Anatomie. Paris, page 172.

2 Jousset. Op. cit., page 119.

«J? Ies m®fures ,lu Dr- Hamy dans Miss. Scient. Mexique. Anthropologie lère partie

toirement. Au Mexique, par exemple, nous cleyous considérer, sans crainte de nous tromper, que les mesures que l’on prend sur les races actuelles ne peuvent pas être d’accord avec ce que nous dit l’histoire ancienne d’Amérique, de la vigueur morale et du degré de civilisation de ces populations. En effet, dn peuple des Mexica dont nous connaissons les grandeurs seulement par ce que nous raconte l’histoire, on peut dire qu’il ne reste pins rien, car tons périrent pendant la guerre de la conquête; les races survivantes tombèrent dans le servilisme et dans la plus complète dégradation, pendant les trois siècles de la domination des “conquistadores” qui les abondoiinèreiit dans l’ignorance la plus crasse. Leurs organes doivent nécessairement se ressentir de cet état de sommeil qui a duré plus de 360 ans.

Nous devons dire aussi que le petit nombre qui survécut n’appartenait point à la classe élevée et intelligente des Mexica: il représentait la classe inférieure, les ilotes et les ignorants, regardés avec mépris par les Mexica eux-mêmes. Ils descendaient ordinairement des races et des peuples voisins et étaient employés au service des mexicains, qui leur donnaient le nom de macehuates. Il suffit de voir les traits physiognomiques que nous décrivent Cortés et Bernai Diaz del Castillo dans leurs relations, pour comprendre que ce 11e sont pas les indigènes d’aujourd’hui qui ont fait résistance au “Conquistador.”

743. Les preuves de l’intelligence de ces peuples ne peuvent pas être révoquées en donte; 011 les trouvera bien nombreuses dans les “Anales del Museo Hacional de México” et dans une foule d’ouvrages d’histoire et d’archéologie. On s’étonne et avec raison des connaissances qu’ils possédaient du mouvement des astres et des lois de ce même mouvement; leur chronologie était d’une exactitude admirable, la grande pierre connue sous le nom de calendrier aztèque en est la preuve la plus irrécusable. A l’époque dont nous parlons la chronologie des nahoas était plus précise que celle de l’Europe; en effet, la correction grégorienne n’avait pas encore été faite au calendrier actuel.1

Nous pourrions en dire autant des anciens peuples du Pérou, dont les connaissances, les lois pleines de sagesse et les vertus civiques nous sont racontées par l’histoire2 et révélées par les études archéologiques modernes.

744. Ce que nous venons de dire était nécessaire pour déterminer la relation qu’il peut y avoir dans les études de cranéométrie qui ont été faites jusqu’à ce jour, sur des races entièrement dégénérées et pour qu’on ne juge pas d’après ces études du degré d’intelligence et de vigueur morale des anciens peuples des plateaux du Pérou et du Mexique. Une telle généralisation conduirait sûrement à des résultats entièrement faux.

1 Yoir: “La Botánica entre los nahoas,” “La cronología entre los nahoas.” J. P. Troncoso. Anales del Museo Nacional de México.

2 L’Astronomie chez les Incas. Revue Scientifique. Paris, 26 Août, 1893.

Nous l’avons déjà dit, il n’existe presque aucune étude de ce genre sur e créole et sur le métis;' nous mêmes, nous n avons pas encore pu réunir les données que nous désirerions pour compléter notre travail et pour coin oler s il était possible cette lacune, encore bien grande, de l’anthropoogie. Il ne nous faudrait rien moins que la mesure intellectuelle des miliions d individus de race croisée qui forment presque la totalité de nos

pajs hispano-américains, pour arriver à connaître quel sera le futur progrès moral de ces populations. 1

d„ pid' J°(Urdane!’ ri"0"8 parle ‘ant de Intelligence, des manières et de 1 éducation sociale des mexicains, (presque toujours pour les dénigrer) ne nous fournit aucune donnée. Il nous faudra donc tout faire

llf,„Le8 “S CIne n0US avous P» ne peuvent pour maintenant

ions etre utiles que pour la forme du crâne; elles ont été prises sur 50

~ appartenant à la Gendarmerie de l’Armée. Voici les résultats ob-

Diamètre fronto-occipital m

,, bi-pariélal 179

Moyenne des indices 77

746. Ils sont donc en général mésaticéphales; on trouve cependant un assez grand nombre de brachycéphales.

La forme du crâne ne présente donc pas de différence avec celle que ou peut trouver chez ceux des bas niveaux; nous avons déjà vu queues crânes des parisiens sont aussi mésaticéphales. 1

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