Donnons de nouveau la parole au Dr. Guerrero
“Les différences de température dans les divers endroits d’une même “mine, sont souvent dignes d’être remarquées; tandis que dans un endroit “le thermomètre monte jusqu’à 40°, dans un autre on sent une température glaciale.
“La lumière nécessaire aux travaux est fournie par de grosses clian- “ déliés de graisse que les mineurs fixent à leur chapeau avec de la terre “glaise. Ces chandelles produisent une fumée uoire et une odeur insupportable qui contribuent à ce que cet air devienne irrespirable .... La distance moyenne que doit parcourir chaque ouvrier depuis son habitation “jusqu’à l’entrée de la mine, est de près de 2 à 4 kilomètres. Le chemin “est presque toujours montant, étroit et tortueux.
“Un air très peu souvent renouvelé, d’une température très haute, "chargé de gaz originés par la combustion de la poudre ou de la dyna- “mite, vicié par les émanations méphitiques des déjections, des cadavres "de divers animaux et par la respiration de centaines ou de milliers d’in- “dividus qui travaillent jour et unit, voilà l’atmosphère où ces pauvres “ouvriers vont perdre, avec la plus grande insouciance, leurs forces et “leur vie.
916. “Le travail de ces hommes est très rude, si toutefois ce mot suffit "pour exprimer mon idée. Ce ri est vraiment pas un travail d'homme , que " d'avoir à parcourir tous les jours 2 lieues (4180 mètres ), avec un poids “ de 50 kilogrammes sur les épaules, sur un chemin scabreux et à inclina- “ tion rapide, pour descendre ensuite avec ce même poids et avec l'incom- “ modité queje laisse cl penser, cl une profondeur de 100 à 800 mètres.
Tient ensuite le travail dans les couditions que nous avons décrites et qui se prolonge pendant 12 heures, puisque les divers groupes descendent à la mine à 6h du matin ¡jour n’eu sortir qu’à 6h du soir, heure à laquelle d’autres viennent les remplacer jusqu’au lendemain.
Et si nous ajoutons que ceux qui travaillent pendant le jour aussi bien que ceux qui travaillent pendant la nuit sont privés de l'influence bienfaisante des rayons du soleil, et que ce travail a commencé pour plusieurs dès leur jeunesse, puisqu'on y voit des enfants de 8 à 10 ans chargés d’apporter aux travailleurs leurs outils et leurs aliments, et qui ont reçu le surnom de morrongos ; et si nous tenons compte des boissons alcoliques et de l’insuffisance de leur alimentation, nous ne pouvons pas moins qu’admirer la constitution privilégiée de cette race d’hommes qui ressemble assez à la race indigène et qui forme la majorité de notre classe ouvrière.
917. Il peut y avoir parmi eux des paresseux et des indolents, et eu grand nombre si vous le voulez, comme il y en a dans tons les pays. Mais
cela prouve-t-il quelque chose contre la vigueur de leur constitution? Il serait absurde de le croire.
918. Nous pourrions poursuivre une longue énumération des faits actuels, réfuter une à une les données très inexactes que rapporte Jourdanet au sujet de la résistance qu’apportent les ouvriers indigènes qui extraient le soufre du Popocatepetl,1 des incroyables tours de force des charros, ou campagnards mexicains et des porte-faix de Mexico, dont il mentionne la vigueur, mais en l’attribuant bien plus à l’habilité qu’à la force. (Qu’on veuille bien nous permettre une seule question: quello doit être l’habileté des porte-faix de Mexico qui chargent un poids de 20 à 30 arrobas .2
919. Mais si nous voulions continuer, cette partie de notre travail prendrait de trop grandes proportions, et il y aurait excès en ce genre de preuves; nous ne raconterons seulement qu’un fait, qui, à première vue, parait contredire tous ceux que nous avons mentionnés jusqu’à présent. Nous le copions mot à mot journal auquel nous empruntons cette observation.
920. “La construction du chemin de fer central du Pérou nous a four- “ni l’occasion de faire d’intéressantes observations sur le travail manuel “dans les hautes altitudes. Cette ligne, qui part de Lima, s’élève en effet “jusqu’à 5756 mètres sur le niveau de la mer. (Túnel de Galería).
921. “On a démontré que le travail normal s'obtenait tant que l’altitu- “ de ne passait pas de 2400 ci 3000 mètres ; mais une fois qu’elle dépassait “cette limite, il y avait brusquement une perte d’un quart ou d’un tiers "jusqu’aux altitudes de 3650 mètres; et quand ou arrivait- aux altitudes “supérieures ou devait employer 100 hommes pour faire le travail qu'auraient pu produire 50 hommes au niveau de la mer.
922. Deux raisons se présentent à l’esprit pour expliquer ce fait. Le première consiste en ce que l’altitude, à cause de la raréfaction de l’O de l’air, pourrait être un obstacle au développement constant du travail de l’homme, c’est-à-dire, qu’elle pourrait provoquer Y anoxyhémie; et alors les phénomènes symptomatiques devraient faire leur apparition à 1000 mètres plus haut que la limite signalée par Jourdanet. Cet auteur, eu effet,
1 Les Volcaneros du Popocatepetl . Quelques écrivains ont affirmé que, passé 3 ou 4000 mètres, la vie était sinon impossible, du moins très pénible, et qu’un individu vivant dans un milieu plus élevé ne pouvait mener qu’une existence maladive et voyait ses jours abrégés. A Tlamacas où je me suis trouvé au milieu d’indiens qui extraient le soufre du Popocatepetl, c’est-à-dire au milieu d’hommes qui passent leur vie à près de 6000 mètres, je n’ai vu que des hommes sains: le majordome a 27 années de travail dans le volcan, et son frère en a' 32; ils n’ont jamais été malades ni l’un ni l’autre, et ont seulement éprouvé quelque douleur (rhumatisme?) Les autres ouvriers ont servi de 15 à 18 ans sans infirmité d’aucune sorte, et il n’y a que ceux qui se livrent à l’alcool qui aient abrégé leurs jours. D. Charnay. (Revue d’éthnographie. Vol. II, Np 6, page 567).
2 Revue scientifique. 25 Août 1894, page 249.
affirme que ces phénomènes deviennent appréciables, même pour les habitants de V endroit, à une hauteur de 2000 mètres; et cependant on a observé, avec toute la précision désirable, qu’on obtenait un travail normal , jusqu’à une hauteur de 3000 mètres.
923. Cette explication est imrraisemblable; en premier lieu, parce que dans les mêmes conditions de hauteur, à Morococlia, Pérou, à 4392 mètres, le physiologiste Viault a démontré, comme nous le verrons plus loin, qu’il existe des phénomènes de compensation qui neutralisent la diminution de l’O; en second lieu, nous avons déjà vu qu’il existe au Thibet, à une hauteur beaucoup plus considérable (à près de 5000 mètres), des hommes dont la vigueur et l’agilité ont frappé l’attention des voyageurs; enfin, si la raréfaction était Tunique cause en question, de la même manière qu’elle ne fait sentir ses effets que progressivement et lentement, ainsi les effets causés devraient suivre la même marche, et non pas se présenter brusquement, par sauts, comme le manifeste l’article que nous transcrivons. Une autre explication se présente à notre esprit et nous ne La croyons pas trop hasardée; nous sentons vivement cependant que l’article en question ne nous fournisse que peu de détails pour l’appuyer.
924. Tout le monde sait que le froid excessif qu’on éprouve sur ces hauteurs, surtout pendant la nuit, ne permet presque pas que l’homme habite ces régions. Les travailleurs qu’on y emploie, qui doivent être en outre très compétents pour ce genre de travail, vivent à un niveau beaucoup plus bas, d’où ils se rendent tous les jours, par la voie ferrée (?) qui les y conduit rapidement, à l’endroit où ils devront s’adonner à leurs labeurs. A quoi devait-on s’attendre, avec une telle rapidité de translation à nue hauteur si considérable, à 5756 mètres, presque à 6000 mètres, bien au delà des limites de toute habitation humaine? Le froid de ces régions, dont l’action mortelle est bien connue, doit en grande partie faire sentir son influence.
925. En vue de ces résultats, on ne peut pas inférer d’une manière absolue que la raréfaction de l’O soit Tunique cause de la diminution du travail manuel de Th omine. Néanmoins, un des ouvriers qui extraient le soufre du Popocatepetl, a monté tout seul, depuis Amecameca jusqu’au bord du cratère, une plateforme qui pesait près de 96 kilos. (Commission qui fit l’ascension en 1894). Enfin, quand nous nous occupâmes de l’étude du mal de montagne, nous avons démontré l’action fatigante d’une ascension verticale, et nous avons prouvé que ce même mal de montagne est produit par des perturbations circulatoires.
926. La force de l’homme, comme on le sait, se mesure par le moyen d’un dynamomètre, (dynamique partielle). La dynamique générale peut être mesurée aussi par le dynamomètre, ou par un poids bien connu et gradué qu’on fait soulever par un liomme. Sans avoir besoin, pour établir notre comparaison, de pratiquer toutes les mesures déterminées par notre
anthropologiste, nous allons fixer l’attention uniquement sur la force de flexion des mains.
927. Nous nous sommes servi du dynamomètre de Colin, instrument bien connu, d’un usage relativement facile, et dont le maniement peut être compris de tous.
Les moyennes que nous avons obtenues, en établissant les comparaisons, selon notre coutume, sont les suivantes:
Flexion de la main droite.
Flexion de la main gauche.
Flexion des deux mains.
kilos, gr.
kilos, gr.
kilos, gr.
Selon Chassagne et Daily
Mexicains, créoles, de profession urbaine.
„ indiens ,, ,, rurale...
,, créoles, gendarmes de l’armée.
S’il s’agissait d’une étude d’anthropologie, ces données seraient insuffisantes; mais elles suffisent pleinement pour la confirmation scientifique des objections que nous opposons à la théorie de l’anoxyhémie.
928. Au Mexique, depuis que l’éducation virile de la jeunesse des Etats-Unis se propage parmi nous, le nombre des gymnastes augmente de jour en jour; et nous en avons qui pourraient rivaliser do force et d’agilité avec ceux des autres parties du monde. Les Clubs athlétiques se multiplient dans les capitales des divers Etats, et bientôt leur influence salutaire fera sentir ses effets au profit de la vigueur de notre race.
Nous avons pris des mesures sur un de nos professeurs de gymnastique les mieux connus do la ville de México, dont l’amabilité et la condescendance sont pour nous un motif de juste gratitude: nous parlons de Mr. Emilio Lobato, à qui nous rendons ce public témoignage de notre reconnaissance. Ce monsieur, de race créole, est naturel de Leon, E. de Gruanajuato. Son père, ancien professeur d’hygiène à l’Ecole Nationale de Médecine de Mexico, était le chef d’une famille dont tous les membres, sans exception, ont été d’une constitution vraiment athlétique. Il a le teint blanc, un tempérament sanguin, ses facultés intellectuelles ont atteint leur développement, et sa physonomie révèle une compréhension facile. Sa santé à toujours été excellente; il a été cependant victime d’une grave intoxication, par suite de l’absortion d’une matière inconnue, qui produisit une dispepsie gastro-intestinale, et qui le priva, pendant plus d’un an, de ses forces et de tout exercice. Quand nous avons pris nos mesures, il jouissait comme auparavant d’une parfaite santé, comme on peut le voir dans sa photographie. Si nous faisons exception de la période de sa maladie, son activité a toujours été prodigieuse, et sa jeunesse a été très agitée: deux do ses frères entre 18 et 25 ans, sont morts en duel. Il a la peau fine, sans
poil, très mobile sur les muscles et presque dépourvue do tissu cellulaire adipeux. (Pl. 83).
Age 36 ans
Taille ou stature Im,70
Poids 80 kilos.
Mesure de la longueur des deux bras étendus tm,79
Mesures de la tête.
Diamètre fron to-occipi tal 196 millimètres.
Diamètre bi— pariétal 149
Indice 76,4
Diamètre vertical, depuis le sommet du crâne jusqu’au menton 226 millimètres.
Relation de la taille à ce même diamètre, en faisant ce dernier égal à 1 7,66 centièmes.
Mesures du membre supérieur.