‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 180 sur 268 · PHYSIOLOGIE DE L'HOMME DES ALTITUDES · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DE L'HOMME DES ALTITUDES

(a). Théorie de l’anoxyhémie en ses relations avec le nombre et l’amplitude

des respirations.

9B1. Si nous examinons attentivement les ouvrages de David Jourdanet, nous verrons do snite que les plus importants des arguments de sa théorie peuvent se réduire à deux: 1. Observation du tableau clinique des malades qu’il visita pendant son séjour sur les hauts plateaux du Mexique, et leur activité plus ou moins grande à éprouver la réaction des médicaments. 2. Calcul théoriqne fondé sur la diminution de l’oxygène do l’atmosphère moins comprimée des altitudes, qui établit que la quantité d’air qui pénètre au poumon à chaque mouvement inspiratoire est moindre que celle qui peut être respirée au niveau de la mer.

On pourrait peut-être ajouter qu’il s’appuie aussi sur les expériences de Paul Bert; mais on peut répondre que ces expériences ue lui servirent pas de point d’appui, puisque ses premières publications sont antérieures à ces expériences, faites ex-professo pour confirmer sa théorie, qui ne fut établie qu’en vue des arguments que nous avons signalés. Disons nue fois pour toutes que Bert faisait ses expériences sur l’action des fortes décompressions de 12 à 15000 mètres, auxquelles l’habitant des altitudes n’a jamais été soumis; ensuite il concluait à l’exactitude de tout ce que Jourdanet avait observé ou avait cru observer à une hauteur de 2280 mètres. Joli sophisme de généralisation!1

932. Nous avons déjà signalé et discuté dans nu chapitre à part les expériences de Paul Bert, et nous avons démontré, daus liutroduction de ce chapitre, combien il était inconvénient de s’appuyer sur la clinique pathologique pour établir le commencement d’une théorie physiologique et la développer ensuite. Examinons maintenant le calcul de la quantité d’oxygène qu’on absorbe à Mexico, quantité qui garde une relation intime avec nos observations, dont nous allons rendre compte de suite. Qu’il nous soit

1 Y.: Paul Bert. Pression Barométrique, page 563. “La preuve que nous cherchons sera du reste d’autant plus nette, que les pressions employées auront été plus basses.” Il cite ensuite les pressions de 18, 14, 12°, etc. qui furent le résultat de ses expériences. La pression sur l’Everest (8840m) est de 24e!

permis d’ajouter que l’argument qui en ressort à faveur de la théorie du Dr. Jonrdanet est, à notre humble avis, lé meilleur et peut-être le seul qui lui servit pour établir ses théories. En effet, il est fort probable que la croyance qui résulta de ce calcul, lui ait fait préconcevoir les phénomènes cliniques qui devaient être la confirmation de ses idées, selon sa manière de penser: dès lors il 11e peut pas les apprécier à leur juste valeur, comme l’aurait fait un observateur qui sait garder son sang-froid, et se laissa entraîner par l’enthousiasme de confirmer ce qu’il présentait comme une vérité complètement inconnue, et dont il allait révéler l’existence au monde scientifique.

93B. Nous allons copier dans l’ouvrage de Jourdanet “Les altitudes de l’Amérique tropicale” ce qui regarde ce calcul: “Selon qne l’homme se transporte à des endroits plus élevés, il rencontre que la pression atmosphérique va en diminuant d’une manière graduelle, et à Mexico, à une hauteur de 2277 mètres, 011 observe une pression de 585 millimètres, et non de 760, qui est celle qu’on a au niveau de la mer. Comme conséquence, le litre d’air 11e pèse à Mexico que 1 gr. 3; et comme la relation d’oxygène est toujours la même (23,1 °/0), il s’en suit que le litre d’oxygène qui ne pèse que 299 milligrammes au niveau de la 111er, ne pèse à Mexico que 230, ce qui donne 1111e différence de 69. Si donc l’on admet comme exact le calcul qui réduit à 16 le nombre des inspirations que fait Vhomme en une minute, il en résulte pendant ce temps une consommation de 8 litres d’air par minute ou de 480 par heure; mais comme à Mexico, il y a une perte de 69 milligrammes d’oxygène par litre, on perd aussi le bénéfice de 33 grammes d’oxygène par heure, ou de 794 par jour.”1

934. Au premier coup d’œil, ce calcul offre toutes les apparences d’être conforme à la réalité des phénomènes: il 11e peut être, en effet, d’une plus grande exactitude comme simple opération mathématique; mais si la raréfaction de l’atmosphère, à mesure que l’altitude augmente, ainsi que la diminution consécutive du poids d’un litre d’air sur les liants plateaux du Mexique, sont des faits certains et parfaitement prouvés, nous ne pouvons pas faire la même affirmation quand il s’agit du dernier des facteurs qui lui servent do base: nous voulons parler du chiffre qui représente le nombre de respirations, dont nous allons nous occuper, conformément au plan que nous avons formé.

Il est à peine croyable qne cet auteur et tous ceux à qui il a servi de guide, 11’aient pas vu que l’organisme ne pouvait rester inerte et souffrir un tel déficit, sans augmenter le nombre de respirations, comme cela a lieu dans n’importe quel cas quand la dépense organique augmente ou l’oxygène de l’air diminue. Il est des cerveaux vraiment privilégiés, des intelligences supérieures qui prennent comme point de départ une grande loi physique pour u’aboutir qu’à une sottise physiologique.

1 Jourdanet. Les altitudes de l’Amérique tropicale. Pages 65 et 66.

(b). Nombre de respirations chez les habitants des altitudes.

935. Parmi toutes les raisons qui ont décidé le Dr. Jourdanet à choisir le chiffre 16 comme le terme mojen qui indique les respirations que fait eu une minute l’habitant de l’Anahuac, chiffre qui est exactement le même pour l’homme qui habite une région basse, nous n’en rencontrons vraiment aucune digne d’être prise au serieux par n’importe quelle personne qui, comme nous, trouve dans la réalité des choses tout autres que celles qu’il affirme. Pour ce qui regarde cette donnée, nous osons presque assurer que si elle n’est pas une simple supposition, elle n’est simplement que le résultat d’une observation insuffisante et défectueuse. Dans la note que noiis avons donné de son ouvrage “Les altitudes de l’Amérique tropicale,” il ne fait que dire que: “admettant comme exact le calcul qui porte à 16 le nombre de respirations,” etc. Ici, par conséquent, Jourdanet généralisa à priori, et accepta ce chiffre pour ses calculs, sans aucune preuve à l’appui.

936. Dans un de ses ouvrages de plus grande importance, et qui est postérieur aux expériences de Paul Bert ainsi qu’aux observations de Coindet,1 nous notons de suite l’absence de tableaux d’observations qui puissent justifier leur espèce, leurs circonstances et le nombre des cas observés; ces données, qui manquent à son ouvrage, sont, d’une grande utilité au lecteur, non seulement pour lui inspirer pleine confiance en la bonne foi de l’écrivain, mais surtout pour le mettre à même de juger de la valeur de ces mêmes données. Dès l’introduction à ce chapitre, nous avions déjà fait remarquer ce vide important des ouvrages du Dr. Jourdanet, ainsi que l’absence des tableaux d’observations pour pouvoir juger avec toute sécurité de ses affirmations; mais lui opine d’une autre manière; et il dit, en se rapportant précisément aux observations sur le nombre des respirations, qu’il suffit d’étudier les résultats pour se convaincre de ce que les respirations sont bien 16 par minute, et qu'il est parfaitement inutile d’énumérer les observations.2

937. Au chapitre de l’ouvrage mentionné et qui se rapporte d’une manière spéciale au degré de fréquence des mouvements inspiratoires, il ne cite d’autre exemple que le sien propre, et remplit ce vide avec des réflexions purement théoriques et avec le résultat de quelques analyses d’air expiré, le tout pour évaluer l’acide carbonique éliminé an Mexique par la

1 D. Jourdanet. Influence de la pression de l’air sur la vie de l’homme. 1876.

superficie pulmonaire; ces analyses sont consignées dans un endroit on elles sont déplacées, et ne démontrent en aucune manière que le nombre des respirations soit x on z.

938. Dans ce chapitre il nous dit, en premier lien, que pour qn’il y eût compensation par ce moyen, il aurait été nécessaire de respirer et d’élargir le thorax à un degré tel qn’il n’eût pas été facile de se livrer à cette gymnastique du thorax.1 Vraiment lions 11e voyons pas cette impossibilité. Le nombre de respirations on il faut arriver en moyenne pour que la compensation ait lien (20 à 24 par minute) ainsi que la capacité moyenne respiratoire nécessaire à cet effet (3 lit. 50 à 4 lit., 50) ne sont pas suffisants pour provoquer nue accélération exagérée ni nue ampleur extrême du thorax, puisque nous rencontrons l’une et l’antre, an même degré, chez des individus dont l’état physiologique est irréprochable et qui vivent dans des régions basses. Il suffit d’examiner les tableaux très complets d’Hntchiuson qui, faisant ses observations avec l’exactitnde que nous lui connaissons, a rencontré 30 respirations par minute et même davantage. On nous dira que ce sont là des exceptions; nous 11e le liions pas; mais cela prouve que l’augmentation dont il s’agit peut se vérifier sans qu’il soit nécessaire d’un grand effort de l’économie; cela nous permet de supposer en outre, que s’il advient une cause spéciale (la raréfaction de l’air qu'on respire par exemple), qui produise cette légère augmentation des phénomènes normaux de la respiration, et qui plus est, qui la facilite, comme nous le verrons confirmé par l’expérience, il n’y a pas de raison pour que la difficulté qu’on éprouve soit un obstacle pour le mettre en pratique, surtout si 011 garde la proportion indispensable pour compenser la raréfaction de l’air.

939. Dans tons les cas où il faut un plus grand nombre de respirations pour expulser un excès d’acide carbonique, l’accélération du rhythme respiratoire est l’œuvre de l’automatisme bulbaire (Ch. Richet): la plus légère contraction musculaire, le clignement d’œil, doivent nécessairement se traduire par une augmentation dans le nombre et l’amplitude des mouvements du thorax (Ch. Richet). Mais le phénomène de l’accélération du rliythme respiratoire chez les hommes qui vivent sur les altitudes s’explique par une cause mécanique.

Quand la pression extérieure diminue, le travail des muscles inspirateurs s’opère plus facilement, et il n’y a aucune variation dans l’élasticité propre de la cage du thorax et du tissu pulmonaire, facteur principal du phénomène de l’expiration. Quand donc la résistance diminue et que la puissance reste la même, le mouvement devient plus rapide. C’est ainsi que lorsqu’on enlève une courroie sans fin du volant d’un moteur, le moteur fonctionne avec plus de rapidité aussitôt que la résistance dis-

1 Op. cit. , page 304.

parait, et le volant donne un plus grand nombre de tours par minute. C’est ainsi qu’une pendule oscille plus lentement dans l’air comprimé que dans l’air raréfié ou dans le vide absolu. (Y. le § 951).

L’expérience qui suit confirme également notre hypothèse. On compte le nombre d’inspirations par minute d’une personne en état de repos complet; ensuite, par le moyen d’un bandage élastique, ou lui entoure le tronc depuis la région pectorale jusqu’à l’hypogastre. Pendant les premiers instants la respiration devient irrégulière; aux six ou sept premiers mouvements superficiels succèdent deux ou trois soupirs assez profonds et inégaux; ensuite, le nombre des mouvements augmente plus ou moins.

Après deux ou trois heures, le type devient régulier, les mouvements conservent une amplitude presque égale, et deviennent plus superficiels et plus lents ; de temps en temps apparaissent une ou deux inspirations plus énergiques et profondes, qui viennent sans doute pour éviter le déficit. Quand on quitte la bande, on note immédiatement que les mouvements redeviennent plus amples et plus nombreux.

Pour mieux démontrer ce phénomène, rions mettrons sous les yeux de nos lecteurs les tracés pneumographiques:

Tracés obtenus avec le tronc sans bandage 10 secondes

La différence est appréciable: les trois tracés du premier groupe appartiennent au moment où le tliorax est bandé, et sont les fragments d'un seul tracé marqué pendant trois minutes. La première ondulation, A, des tracés de ce premier groupe, correspond à une inspiration plus profonde. Le nombre d’inspirations était de 16 à 18 par minute. Quand on quitta la bande, on laissa le pneumographe de Marey exactement au même endroit où il était placé quand le tronc était encore bandé, et l’on obtint les tracés du second groupe, qui sont aussi les fragments d’un seul tracé continu pendant trois minutes, la régularité de ces tracés est digne de remarque; dans le second cas, le nombre d’inspirations atteint le chiffre de 20 à 22 par minute.

Pendant les deux temps de l’expérience, la posture de l'individu observé ne varia en rien; toutes les conditions restèrent les mêmes, sauf la pression sur le thorax. Afin de supprimer complètement l’action inhibitive du cerveau, l’individu en question lisait un livre avec la plus grande attention, de manière que le mouvement respiratoire fût parfaitement automatique et indépendant de la volonté.

Par conséquent, à uotre avis, l’accélération du rhytrne respiratoire pendant l’ascension à une hauteur, est un phénomène purement et simplement mécanique, qui rejette toute idée d’une dépense extraordinaire de l’économie et facilite d’une manière convenable et proportionnée la ventilation pulmonaire.

Dans l’air comprimé, on a démontré précisément tout le contraire, c’està-dire une plus grande lenteur dans le rhytrne. On comprende facilement que ce phénomène, selon les idées que nous avons émises sur la cause de l’accélération dans l’air raréfié, n’est autre que la réciproque de celui que nous venons d’étudier. Il est tout naturel que la compression d’une bande ne doive pas garder tout à fait la même uniformité que la compression de l’air, et que le tracé doive être différent.

940. L’air raréfié, outre qu’il permet la plus grande fréquence des mouvements respiratoires, fait aussi sentir ses effets par l'action de la pression sur le thorax et les organes qu’il contient, en se servant de moyens d’un ordre purement mécanique, qui ont pour résultat constant une dilatation plus grande et plus facile de la cage du thorax. Les mouvements inspiratoires deviennent effectivement plus faciles qu’ auparavant, quand la pression atmosphérique était plus considérable; le travail musculaire éprouve aussi une diminution dans la dépense de son énergie. Ce dernier fait, que nous allons prouver, est en opposition avec la plus grande difficulté que le Dr. Jourdanet croit rencontrer dans le cas d’un plus grand nombre de respirations.

941. Dans l’intérieur de la cavité pulmonaire, il existe d’ordinaire, chez un homme, vivant, une portion d’air qui circule d’une manière incomplète, qui reste presque stationnaire et que rien ne peut lancer au-

Capacité totale.

- - Capacité pulmonaire

Schéma de la pompe thoracique. (Viault et Joiyet.

dehors, pas même les expirations les plus prolongées et les plus énergiques. Cette portion d’air n’est autre chose, s’il faut en croire le témoignage des physiologistes, que de l’acide carbonique (?) et que l’on désigne sous le nom d’air résiduel , ou bien encore de capacité résiduelle et de résidu respiratoire}

Nous ne prétendons pas faire ici une étude sur la division classique que les physiologistes nous ont laissée au sujet de la capacité totale des poumons; pour la démontrer, il suffira de nous conformer au schéma que F. Yiault a placé dans son Traité de physiologie humaine. (Planche 86).

942. La capacité résiduelle qui, selon Yiault, n’est jamais utilisée paila respiration,2 c’est-à-dire l’air qui forme ce résidu, dont la circulation est très difficile, et qui occupe, à n’en pas douter, la partie la plus profonde des ramifications des bronches, les alvéoles ou cellides pulmonaires , devient d’une très grande utilité précisément dans le cas présent. L’espace occupé par cet air qui, jusqu’alors n’est pas entré en fonction, si ce n’est d’une manière fort incomplète, entre en activité aussitôt qu’il y a changement de pression atmosphérique, et augmente ainsi la capacité vitale: une partie de cet air résiduel se convertit alors en air courant .3 En effet, ces cellules et ces conducteurs aériens s’étendent par l’action du gaz qu’ils contiennent et se déplient selon la force de l’expansion du gaz: cette expansion a toujours lieu et dépend directement de la décompression que ressent au dehors la cage .thoracique, à cause de la diminution du poids de l’air.

943. A première vue on serait tenté de croire que les choses ne se passent pas ainsi, et que l’air intra-alvéolaire, en se communiquant avec l’extérieur par le moyen des bronches, devrait se mettre, par ce chemin, qui est le plus facile, au même niveau de pression que l’air extérieur, par suite de l’excédant de volume du gaz dilaté par la décompression et qui sort par la trachée; mais il n’en est pas ainsi, parce que la libre circulation de l’air par les alvéoles n’offre pas du tout la facilité qu’on veut bien supposer; elle n’est pas non plus aussi rapide et aussi parfaite que l’exige la théorie, puisque la petitesse des conducteurs s’oppose à la rapidité de la transmission de la pression. Nous allons le prouver par les expériences suivantes.

Si ou introduit un petit animal (grenouille, cochon d’Inde, caméléon (Phrynosoma), dans une cloche fermée, qui soit en communication avec

1 Traité élémentaire de physiologie humaine, par F. Yiault et F. Jolyet, page 30.

2 Op. cit., loc. cit.

3 “La respiration sur les altitudes a plus d’ampleur; certaines régions paresseuses du poumon qui, dans les conditions ordinaires, ne prennent qu’une faible part à l’expansion inspiratoire, entrent en jeu. Ces régions sont les parties supérieures ou les sommets de ces organes.” Effets physiologiques du climat et des eaux de Barèges, par le Dr. Armieux. Mém. de l’Ac. des Sc. Inscrip. et Belles Lettres de Toulouse, ïème série, Vol. IY, pages 214, 231.

un appareil capable de raréfier l’air contenu dans l’intérieur du récipient où se trouve l’animal, on voit, à mesure que s’exerce la compression, que le thorax et l’abdomen de l’animal se dilatent, jusqu’à un degré vraiment extraordinaire. (Planche 105). Si on laisse, en ce moment, pénétrer l’air extérieur pour rétablir la pression initiale dans l’appareil, le contraire a lieu immédiatement; le thorax et l’abdomen se rapétissent, jusqu’à venir à l’état de leur volume normal. Ce phénomène s’opère avec plus ou moins de rapidité, selon le temps que met l’air extérieur à pénétrer. Si le degré de raréfaction auquel on arrive est très élevé, on observe chez la grenouille vivante un phénomène digne de fixer notre attention: alors l’animal, par le moyen de certains mouvements, rejette le volume d’air qu’il ne peut retenir sans éprouver un malaise. Cela le soulage beaucoup de la tension que souffrent le thorax et l’abdomen. Si aussitôt après que la grenouille à rejeté l’air, on la soumet à une nouvelle décompression, on n’obtient plus le même degré de dilatation qu’au commencement. Nous ferons remarquer de nouveau que ce phénomène a lieu quand bien même on ait produit la décompression avec beaucoup de lenteur. (Planches 87 et 88).

944. On observera plus facilement cette dilatation du thorax, si on opère cette expérience sur le thorax d’un cochon d’Inde mort, auquel on aura eu soin de quitter la peau, pour pouvoir observer plus exactement les déplacements du sternum et des arcs formés par les côtes. La figure que nous présentons a été dessinée avec la plus grande exactitude possible palle moyen de la chambre claire.

945. Quand on fait cette expérience il faut avoir soin que la trachée soit parfaitement ouverte et perméable à l’air. Si l’on garde cette précaution, le même phénomène de la dilatation aura toujours lieu, à cause de la décompression du milieu qui entoure la pompe thoracique-pulmonaire. Quand celle-ci se dilate, on voit que les côtes tournent sur leurs articulations costo-vertébrales en élevant le sternum en haut et en avant, en même temps que les espaces intercostaux s’élargissent et que les côtes se séparent comme les baguettes d’un éventail; les espaces compris entre l’une et l’autre non seulement s’élargissent, comme nous venons de le voir, mais grossissent encore, de manière à former une espèce de voiite, comme si le poumon voulait y causer une hernie; voilà donc une preuve évidente de la dilatation des gaz enfermés à l’intérieur des alvéoles pulmouaires.

946. On pourrait cependant nous objecter: ce n’est pas le thorax qui se dilate, mais c’est l’air dilaté des bronches qui s’échappe par la trachée, et qui y rentre de nouveau en toute liberté selon le va-et-vient de la pression. Yoici ce qui se passe: les gaz de l’intérieur de la cavité abdominale se dilatent également, et ne pouvant pas sortir avec la même facilité que l’air des bronches, à cause de l’opposition des sphincters placés à l’extrémité du tube intestinal et des nombreux replis de ce même tube, il en résulte

Planche 87

Cadavre de cochon d’Inde dépourvu de sa peau et des muscles superficiels du thorax.

Profils tracés à l’aide de la camera lucida.

Profil noir. — A la pression normale.

Profil bleu.— A la pression diminuée.

Profil rouge. — Après insufflation d’air dans l’intestin; pression extérieure, normale.

A. Portion cervicale. - B. Membre inférieur droit. — CL. Direction d u bord chondro-costal avant et au moment de faire la raréfaction de l’air à l’intérieur de l’appareil; il n’y a aucune variation.

CL’ — Direction de ce meme bord pendant l’insufflation de l’air dans l’intestin.

SS’S” — Positions respectives de l’appendice xiphoïde dans les trois cas indiques.

Dans le profil noir on observe les plis que forme la poroi abdominale, dans les deux autres, ce tte même paroi est tendue et ne forme pas de plis.

Diverses positions du diaphragme dans un cada vre de cochon d’Inde.

Profils tracés au moyen de la camera lucida.

O S. — A la pression normale.

O S.’ — Dans Pair reiéfié

O S.” — Après insufflation d’air dans l’intestin

une grande difficulté pour la sortie de l’air, il se produit un météorisme exagéré, ainsi qu’une augmentation dn volume de l’abdomen, qui s’étend en tous sens et élève forcément tout le tliorax. Yoilà pourquoi on croit voir la dilatation du thorax, quand a lieu l’élévation du sternum. Il nous suffit d’ajouter deux expériences pour résoudre l’argument. La première consiste à introduire dans le rectum une petite canule par laquelle on y introduit de l’air, jusqu’à augmenter le volume de l’intestin autant et même davantage que l’aurait fait l’influence d’une simple dilatation; prenons maintenant un dessin (Planche 87, N.° 2) avec la chambre claire, comme nous l’avons déjà fait au cours des expériences antérieures; ainsi nous serons à même de faire les observations suivantes: l’abdomen présente sa ligne limitrophe antérieure plus voûtée, le thorax s'élève en entier dans toute son extension mobile, et le mouvement des insertions du diaphragme offre des différences avec celui qui avait été produit aux mêmes endroits par la simple dilatation. On voit dans les premiers dessins que l’élévation du sternum est moins prononcée; le point S qui correspond à l’insertion de l’appendice xiphoïde a été déplacé suivant la direction de la ligne C. L; le bord chondro-costal se rencontre sur la même ligne. Ces deux circonstances nous démontrent que les insertions du diaphragme capables de déplacement, l’ont effectué en réalité, mais sans abandonner le plan oblique où elles étaient situées; ou, ce qui revient au même, la voûte diaphragmatique ne s’est nullement élevée du plan où elle était, mais elle a étendu ses insertions mobiles, en s’élargissant dans la périphérie, sans monter ni descendre. On n’observe pas le même phénomène dans le troisième dessin; le point S a passé à S', le bord chondro-costal, les insertions du diaphragme ont passé à une autre plan supérieur qui est à une distance du premier C. L. de 5 à 8 millimètres dans le sens de la verticale. Comment donc interpréter ces changements? Il nous semble que de la manière suivante: Quand les gaz contenus en haut et en bas du diaphragme souffrent une même dilatation, ce muscle se rencontre parfaitement équilibré entre deux forces contraires qui se déiruisseut et qui donnent comme résultat l’élargissement du thorax et de l’abdomen, chacun de son côté, sans se faire obstacle l’un à l’autre:1 le diaphragme, par conséquent, n’a pas à changer de position; il ne fait que s’étendre en augmentant l’étendue de sa superficie, et conserve ainsi son aptitude à fonctionner librement. Il n’en est pas ainsi, cependant, quand les gaz intestinaux se dilatent: le diaphragme s’élève, chassé par l’abdomen, vers le thorax; celui à son tour cède passivement, est levé, comprimé, et il s’opère un changement dans tout son plan, de CL à CL', comme nous l’avons déjà vu. Nous donnons

1 Dans un autre endroit, nous appelons l’attention de nos lecteurs sur l’importance que peut avoir l’excès des gaz intestinaux pour causer certains phénomènes qui constituent le mal des montagnes.

cette troisième figure, basée sur la première et qui suppose la position du diaphragme dans les trois cas.

947. Après les expériences nécessaires pour démontrer la dilatation réelle du thorax en général, et des poumons eu particulier, selon celle que nous venons de citer, nous offrons les suivantes qui feront disparaître complètement le moindre doute. On observe la même disposition que pour l’antérieur, c’est-à-dire qu’on enlève la peau qui couvre le thorax, et on sépare les extrémités antérieures, en ayant soin de ne pas laisser les muscles qui sont à la superficie, aussi bien les pectoraux que les dorsaux; ou enlève aussi la cage abdominale, ainsi que tous les viscères infradiaphragmatiques, en laissant à découvert la partie inférieure du muscle phrénique, sans rien toucher à ses insertions et en faisant en sorte de boucher par n’importe quel moyen les perforations du muscle situées vers son centre. Si nous réusissons, dans ces conditions, à faire changer la pression, nous obtiendrons constamment le phénomène de la dilatation du thorax, comme nous l’avons déjà décrit; le diaphragme qui n’a plus alors comme soutiens les viscères du ventre, s’abat au moment de la dilatation, et par conséquent, l’espèce de voûte que forment ses fibres, éprouve une diminution; le contraire a lieu au moment où il y a compression du thorax; celui-ci se rétrécit de tous côtés, la courbe phrénique augmente d’autant que la compression est plus considérable.

948. Enfin, ce que nous avons fait avec le thorax, peut aussi se faire avec le poumon, pourvu qu’il adhère tout simplement à la trachée: quand on opère la décompression, le poumon peut arriver à un tel degré de tension, qu’il éclatera iufalliblement. On a fait cette dernière expérience avec des poumons de grenouille et de cochon d’Inde, ayant eu soin de reconnaître, avant et après l’expérience, la parfaite perméabilité du poumon, en soufflant et en aspirant l’air par la trachée. La figure donne un compte exact du poumon sous ses deux aspects. (Planche 89).

949. Nous croyons que la série des expériences que nous avons décrites avec force détails, est concluante. Si les poumons d’une grenouille vivante ou morte, dont les alvéoles sont très amples et sont les plus à propos pour la libre circulation de l’air, n’opposent aucune difficulté à la dilatation, on est en droit de supposer que dans les poumons des mammifères qui offrent plus de complication, dont les acini sont plus nombreux et beaucoup plus petites, la dilatation aura lieu d’une manière indéfectible et à plus forte raison.

950. Donc l’air raréfié des altitudes non seulement facilite les mouvements d’expansion du thorax, pour empêcher qu’ils ne deviennent fatigants, mais encore il les sollicite indirectement et les produit par des moyens mécaniques directs et d’une grande simplicité; et c’est ainsi qu’il concourt d’une manière inévitable au développement permanent de la capacité respiratoire des poumons. Nous ne sommes pas partisans de la phy-

Planche 88

Dilatation du thorax chez une grenouille, en in- Dilatation du thorax chez une grenouille, obtesufFlant de l’air dans le tube intestinal. nue par l’abaissement de la pression ambiante.

siologie métaphysique; par conséquent nous ne disons pas, et nous ne voulons pas même le supposer, qu’il existe une espèce d’action intelligente du milieu, qui produit une augmentation bienfaisante du thorax. Il est hors de doute que le volume des organes remplis d’air ou de gaz doit être inversement proportionnel à la presión; nous disons anssi la même chose aussi bien quand il s’agit d’une vessie natatoire que quand il s’agit despoches aériennes des diptères ou des poumons d’un mammifère. La règle est que cos organes se dilatent ou se réduisent, selon que la pression diminue ou augmente; on 11e peut pas donner comme exception le fait de l’augmentation de la capacité respiratoire sur les altitudes, mais on peut bien présenter comme telle le fait de que chez certains poissons la vessie 11e peut pas se dilater, malgré les changements de pression, parce qu’elle est ossifiée. Les gaz intestinaux se dilatent aussi dans l’air raréfié; mais cela ne veut pas dire que cette dilatation soit indispensable pour pouvoir vivre sur les altitudes.

“Toutes les physiologistes admettent que, par sa position et par sa conformation, la vessie natatoire est homologue ou idéalement semblable aux poumons des vertébrés supérieurs; 011 est donc parfaitement fondé à admettre que la vessie natatoire a été réellement convertie en poumon, c’està-dire en un organe exclusivement destiné à la respiration.

O11 peut conclure de ce qui précédé que tous les vertébrés pourvus de poumon descendent par génération ordinaire de quelque ancien prototype inconnu, qui possédait un appareil flotteur, ou, autrement dit, une vessie natatoire.”1

951. Il 11e nous reste qu’une seule objection à réfuter. On pourra nous dire: s’il est vrai que la dépression facilite et provoque même l’expansion du thorax et des poumons, il le sera aussi qu’elle agit contre la diminution de volume, qu’elle rend difficile l’expiration, et par conséquent ce qui est gagué en un sens est perdu dans l’autre. Pour pouvoir réfuter cette grave difficulté, nous rapellerons que dans l’inspiration et l’expiration calmes ou normales, les facteurs de ces phénomènes sont distincts dans l’un et dans l’autre: l’inspiration est produite d’une manière active; alors la contraction des muscles inspirateurs fait équilibre à la force élastique de la cavité thoracique et du poumon,2 et c’est précisément quand a lieu la dépression extérieure qui favorise le mouvement et empêche l’augmentation de la dépense musculaire. Au moment même où se produit l’expiration, la contraction des muscles cesse, et ce sont les forces élastiques du poumon et do la cavité thoracique qui remettent le poumon à sa position d’expiration, en rejettant l’air par la trachée. Donc l’expiration n'est qu'un phénomène passif tant qu'elle est calme; d’autre part, l’élasticité des organes qui la produisent est de telle sorte qu’elle peut résister à la dépres-

1 Darwin. L’origine des espèces. Paris, 1882, page 202.

2 Yiault et Jolyet. Op. cit., pages 295 et 29T.

siou extérieure à uu degré fort considérable: il suffit de rappeler que le poumon peut se rétrécir jusqu’au canal vertébral en rejetant au dehors tout l’air qu’il contient, aussitôt que l’air extérieur pénètre dans la cavité pleurale, parce qu’il est nécessaire que dans cette cavité le vide soit parfait pour pouvoir contrabalaucer l’effort rétractile du tissu élastique des poumons. En outre, plus on étire un corps élastique, plus grande est l’énergie qu’il met à revenir à son état naturel; par conséquent, dans le cas présent, puisqu’il s’agit d’un corps très élastique, dont la tension est provoquée avec une grande violence par la dilatation des gaz qu’il contient à l’intérieur, si cette dilatation prête main forte à l’effort musculaire pendant le premier mouvement de l’acte respiratoire, la dépression, l’action du muscle venant à cesser, étant seule et insuffisante à retenir le ressort, laisse pour ainsi dire tomber ce dernier qui se rétrécit avec une force proportionelle au degré d’étirage. Nous croyons ainsi avoir réfuté victorieusement l’objection dont il s’agissait, et nous avons démontré, d’un même coup, que la pression atmosphérique facilite l’inspiration et l’expiration, et par conséquent le mouvement du thorax loin de se faire, pour cette raison, moins prononcé, se fait avec plus d’ampleur, avec un plus grand nombre de respirations.

952. On pourrait être porté à croire que quand nous affirmons que la pression diminuée facilite l’expansion du thorax, diminue le travail musculaire et le rend moins fatigant: nous admettons que la pression extérieure est toujours moindre que la pression intrathoracique; mais nous savons parfaitement bien qu’il a été démontré qu’au moment de l’inspiration, à cause de la tendauce au vide par laquelle l’air est attiré à la poitrine, l’atmosphère exerce extérieurement sur la superficie du thorax une certaine pression que l’on reconnaît à une légère dépression des muscles intercostaux. Cette pression dépend de la différence qui existe entre la pression atmosphérique et la tension élastique de l’air contenu à l’intérieur de la poitrine. On peut mesurer cette différence avec un manomètre de mercure appliqué aux fosses nasales. Selon Valentin cette différence équivaut à une colonne de mercure de cinq millimètres de hauteur, ayant pour base la superficie totale du thorax, c’est-à-dire, près de 20 kilogrammes.1 Par conséquent, que l’on ne dise pas que nous voulons faire croire que la dilatation du thorax, au moment de l’inspiration, n’est que le résultat exclusif de la raréfaction de l’air atmosphérique; elle provient, nous l’avons déjà dit, des muscles inspirateurs, qui peuvent appliquer leur action jusqu’à un certain degré de pression, qu’ils exercent sur les côtés de la pompe thoracique; mais nous répétons que la diminution de cette pression tend à diminuer aussi l’obstacle qu’opposent les muscles inspirateurs, agents de l’inspiration, et il est tout naturel qu’en conservant l’éiiergie qui leur

1 Béclard. Physiologie, page 347.

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est propre, ils puissent obtenir le même résultat avec une facilité relative et en des proportions plus grandes.

953. On peut résumer de la manière suivante la série tout entière des expériences démonstratives qui nous ont servi pour arriver à ces conclusions. On prend une grenouille vivante; on pratique alors une incision longitudinale de 20 à 30 millimètres d’extension dans l’un des côtés de l'animal; le côté droit, pour raison d’anatomie, est préférable. On fait ensuite une perforation dans la cage de la cavité, an niveau de la partie moyenne de l’incision; cette perforation aura la forme d’un rectangle de 15 millimètres de côté. On couvre cette perforation avec un petit verre de montre, dont la convexité soit très peu prononcée, et de grandeur suffisante pour recouvrir les limites de la perforation; on suture la peau sur le verre, de manière que celui-ci reste fixé et détenu entre la pean et le plan musculaire; mais on aura grand soin de ne placer aucun point de suture au centre, pour pratiquer dans la même peau une seconde fenêtre qui permettra l’examen direct du poumon au travers du mur de verre. Une fois que l’animal est ainsi disposé, on l’introduit dans une cloche pneumatique, et l’on opère de la manière déjà indiquée. On peut produire la dépression avec lenteur ou d’un façon violente: dans les deux cas on observera à simple vue et en suivant le va-et-vient de la pression environnante, raccroissement ou le décroissement des cellules parfaitement apparentes du poumon de la grenouille.

954. Nous avons donc combattu théoriquement et avec force expériences l’idée par laquelle on admettrait que l’accélération proportionelle deviendrait fatigante pour l’organisme; nos lecteurs jugeront avec justice et impartialité quelle des deux parties a raison. Passons maintenant à la réfutation d’une autre idée de Mr. Jourdanet, qui se rapporte, en partie, au rhythme respiratoire.

955. Il est vrai qu’il serait plus logique de réfuter l’opinion de notre adversaire en traitant de l’analyse de l’air expiré; mais le Dr. Jourdanet nous oblige à le faire ici: nous le ferons donc, et nous donnerons à ce nouvel argument la valeur qui lui correspond à notre humble avis.

Rapport de l’acide carbonique expiré avec le nombre de respirations.

956. Après s’être fondé sur 12 analyses distinctes que lui-même avait faites et qui avaient pour but l’évaluation de la quantité d’acide carbonique contenu dans l’air expiré, après avoir fait aussi l’application de la

loi établie par M. Lehmann,1 Mr. Jourdan et tire les conclusions suivantes que nos extraions de son ouvrage cité:2

l.° La quantité d’acide carbonique exhalée par un mexicain est égale, en volume, à celle qu’exhale un européen; en conséquence l’élimination réelle en poids, est moindre d’un quart de ce qu’elle devrait être, si l’on tient compte de la diminution de la densité des gaz à la pression de 0m 58 qui est celle de l’atmosphère de Mexico. 2.° En considérant la densité de l’atmosphère de Mexico diminuée d’un quart, d’une manière plus ou moins approximative, si l’on veut produire par l’accélération de la respiration une quantité d’acide carbonique analogue h celle qu’on peut produire, dans un même laps de temps, au niveau de la mer, en respirant 16 fois par minute une quantité totale de huit litres, il deviendrait indispensable d’élever le nombre de mouvements du thorax à 24 et le courant d’air «à 12 litres.

957. Si le nombre de 12 observations est vraiment insignifiant pour pouvoir en tirer des conclusions d’une si grande importance, on doit aussi tenir compte que les manipulations indispensables, et qui paraissent fort simples pour des mains qui ont la coutume de les faire, offrent toujours les plus grandes difficultés; et nous ne savons vraiment pas que Mr. Jonrdanet ait eu l’habitude de ces manipulations. Ce nombre d’observations est donc insuffisant, et il l’est d’autant pins que la plupart ne sont que la répétition d’un même examen fait en différentes occasions, mais sur le même individu. En effet sept de ces analyses ont été faites avec de l’air expiré par le Dr. Jourdanet lui- même, trois avec de l’air du Dr. Zamora, et une avec celui de M. A. Frizac, qui n’était arrivé d’Europe que depuis quelques jours seulement, c’est-à-dire, au milieu du travail de l’acclimatement, quand on n’était pas à même de comparer ce résultat avec les antérieurs; enfin, une de ces analyses fut faite sans qu’on sache avec quel air: serait-ce avec celui du Dr. Jourdanet? Nous avons donc un total de quatre observations vraiment différentes, et dont on peut tenir compte; deux ont été faites sur des européens, dont l’un n’était pas même arrivé à s’acclimater. Yoilà donc les raisons qui nous obligent à n’accorder qu’une valeur fort relative et presque nulle au résultat général rencontré par le Dr. Jourdanet.

958. Paul Bert, dans ses expériences qui ont pour but la valorisation des gaz contenus dans le sang, est arrivé à cette conclusion: “C’est surtout l’accélération de la respiration qui fait diminuer en proportions souvent énormes la quantité de l’acide carbonique du sang.”3 Nous donnons le tableau où sont contenues les données qui ont servi à cet homme illustre.

1 Lehmann. Chimie physiologique, page 348.

2 Jourdanet. Op. cit., pag. cit.

3 P. Bert. La pression barométrique, page 1034.

Expériences.

OBSERVATIONS

CLXI bis.

En respirant par la trachée; respirations exagérées.

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