‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 181 sur 268 · Outre ces sept · texte numérisé non relu

Outre ces sept

observations, il y en a une autre marqué du numé-

ro CCLXXXYIII sur laquelle Paul Bert appelle l’attention d’une manière exclusive: dans cette expérience, la quantité de CO2 baissa de 41, 5 à 15,2 par le moyen de la respiration trachéal.

Nous regrettons vivement que Paul Bert n’ait pas indiqué dans ce tableau le nombre ou degré de rapidité de cette accélération, pour savoir si la loi de Lehmann s’est vérifiée dans ces différentes cas. De toute façon ils démontrent l’ntilité de l’accélération du rhythme respiratoire pour débarrasser le sang de l’acide carbonique qu’il entraîne avec soi. Plus tard nous verrous démontré que cette accélération existe au Mexique au même degré que Jourdanet le veut pour que l’élimination de CO2 ait lieu à la même proportion que chez les européens qui habitent les régions basses.

960. Nous avons de plus dans ce cas une raison qui milite contre l’opinion du Dr. Jourdanet. Pour que le rhythme respiratoire des habitants du Mexique fusse insuffissant à l’élimination de CO2, il aurait dû nous prouver que le centre respiratoire du bulbe est, chez ces mêmes habitants, moins sensible à son excitant naturel, le CO2, qui fait sentir ses effets dans tous les cas, aussi bien expérimentaux qu’accidentaux, qui ont été observés, sans qu’il y eût jamais contradiction, et qui provoque à lui seul l’accélération des mouvements respiratoires jusqu’au degré nécessaire pour qu’ait lieu l’élimination de l’organisme de l’excès de CO2. Yoici comment s’exprime Mr. Charles Richet dans son article “La défense de l’organisme:”1 “La nature a voulu que cette élimination fusse confiée à des appareils automatiques chargés de réaliser l’excrétion du gaz carbonique. Il est bien démontré que le bulbe est chargé de cette opération, sans que les centres psychiques, la volonté, n’y aient aucune part; la quantité d’acide carbonique qui circule dans le sang qu’arrose le bulbe, arrange le rhythme respiratoire, et tandis que la quantité de O est sufissante —et il l’est jusque dans les mélanges gazeux qui contiennent le 20 % de CO2 — l’acide carbonique l’éliminera par les voies naturelles, sans qu’il soit à craindre la moindre intoxication à cause de l’excès de ce gaz.” Cependant Jourdanet prétend qu’elle a.lieu chez les mexicains. Dans des conditions normales, l’arrangement de cette fonction se fait toujours de la manière la plus par-

1 Revue Scientifique. 12 Mai 1894. La défense de l’organisme; les poisons intérieures, par M. Charles Richet, page 585.

faite. Hanriot et Richet ont pu démontrer, en injectant de l’acide carbonique à l’état gazeux dans le rectum, qu’on rencontre presque immédiatement, dans l’ exhalation pulmonaire, un excès de ce gaz précisément égale à la quantité injectée.

961. Nous autres nous avons prouvé que l’élimination de CO2 du sang est un effet de l’agitation: c’est un phénomène purement mécanique qui donne l’explication de la loi de Lelimaim.

962. Mr. Jourdanet prétend-il que cet automatisme vraiment merveilleux n’existerait pas chez les anoxyhéruiques? Quelles expériences a-t-il tentées qui puissent prouver directement un fait qui s’oppose à ce que nous disent Richet et tant d’autres physiologistes? Quelle est la raison pour laquelle la nature aurait privé les habitants des altitudes, qui sont ceux précisément qui en ont le plus besoin, s’il faut en croire notre adversaire, de ce précieux moyen de défense, qui n’offre aucune difficulté à cause de son automatisme et dont jouissent les habitants des régions basses? A qui donc attribuer cette erreur, à Mr. Jourdanet ou à la nature?

963. Passons maintenant en revue les diverses opinions manifestées à ce sujet par d’autres observateurs.

Plusieurs physiologistes ont évalué la moyenne de la fréquence des inspirations chez l’homme des régions basses. Cette moyenne est de 15 à 22 respirations par minute.

964. Parmi les observateurs les plus consciencieux qui ont mesuré cette fréquence, Hutchinson,1 sans aucun doute, mérite d’être cité le premier. Le tableau. que cet auteur nous donne de ses observations prouve clairement que rien n’est plus varié que ce rhythme, même chez l’homme entièrement sain et jouissant du repos le plus complet. Il nous servira aussi pour établir nos comparaisons avec les données qui se rapportent à l'homme des altitudes.

Nombre de respirations

Nombre des individus

Nombre de respirations

Nombre des individus

par minuté.

chez lesquels on a

par minute.

chez lesquels on a

observé ces chiffres.

observé ces chiffres.

1 Hutchinson. Contribution to vital statistics. (Journal of Statistical Society of London). Vol. VIII, p. 193: Onthe capacity of the lungs and on the Respiratory Fonctions- (Trans. ofthe Medie. Chir Soc., p. 157)-

966. Quételet a rencontré chez l’homme les chiffres suivants:

Nombre de respirations. AGE.

20 de 15 à 20 ans.

19 de 20 à 25 ,,

16 de 25 à 30 ,,

18 de 30 à 50 ,,

967. Arnould signale comme moyenne pour l’adulte le chiffre Í7. C’est précisément celui que Jourdanet a choisi pour son calcul et que donnent la plupart des physiologistes.

Nous ferons remarquer ici que la plupart de ces données appartiennent aux habitants des climats tempérés, puisque, selou les études et les observations parfaitement bien conduites du Dr. Jousset, dans les climats chauds et tropicaux, les habitants respirent en général de 20 il 23 fois par minute.1

Chez les Hindous le malin 20,7 resp. par minute.

,, à midi 22,1 „ „

Chez les Chinois le matin 22.8 ,, ,, ,,

Chez les Nègres le matin 23,0 ,, ,, „

,, à midi 23,8 ,, „

,, le soir 24,2 ,, „

968. Nous allons comparer avec ces données celles que nous avons pu recueillir nous-mêmes au Mexique, et nous examinerons de même l’opinion de ceux qui ont mesuré le degré de cette fréquence chez l’habitant des altitudes.

969. Paul Bert tire comme conclusion de ses propres expériences ainsi que des observations recueillies par des aéronautes que “jusqu’à une hauteur de 2000 mètres, l’accélération de la respiration unie à celle du pouls suffit à proportionner en toute sûreté une compensation suffisante à la pression que l’O souffre à cette hauteur de l’atmosphère.”2

970. Nous ne voulons pas perdre l’occasion do faire de suite le commentaire de l’opinion de Paul Bert. Il ne sera pas hors de propos de rappeler que cet insigne expérimentateur s’est toujours mis du côté de Jourdanet, dont il défendait la théorie en l’appuyant sur ses propres expériences et de l’autorité de son nom; Jourdanet avait fait ses observations à Mexico; ces observations, qui n’avaient rien de bien remarquable, n’offraient aucun de ces détails minutieux qui sont le fruit des expériences faites avec toute la délicatesse possible dans un laboratoire de premier ordre et conduites par des mains expertes; ce n’était que des faits tangibles qui ve-

1 Jousset. Traité de l’acclimatement, 1884, page 92.

2 Paul Bert. Pression barométrique, page 1106.

liaient en bloc impressionner vivement son imagination et réveiller chez lui le désir de se livrer à ses méditations favorites. Disons maintenant que la Capitale de la République est située à 2268 mètres, et qu’on nous permette de poser les questions suivantes: la limite rencontrée par Paul Bert est-elle donc d’une justesse et d’une invariabilité telles que 268 mètres plus haut, qui ne correspondent qu’à quelques millimètres de mercure, soient capables de produire un changement aussi radical dans la manière d’agir d’une même cause et sur le même organisme? Pourquoi donc n’observe-t-on pas une vraie graduation, et suffit-il une si petite élévation pour produire cette suite de bouleversements qui, selon Jourdanet, donnent une telle notoriété à l’anoxyhémie? Nous disons que le changement est radical, parce que, selon l’expression de Paul Bert, “jusqu’à cette hauteur de 2000 mètres non seulement se vérifie la compensation suffisante pour maintenir avec la même énergie qu’au niveau de la mer toutes les fonctions vitales, mais encore les habitants des niveaux inférieures se montrent à ces hauteurs d’ordinaire plus actifs , mieux disposés, plus forts que dans leur habitation ordinaire é Ce saut, ce changement d’action si brusque et qui ne reconnaît pas d’autre cause qu’une légère dépression barométrique, ne sont-ils pas vraiment étranges et en contradiction ouverte avec le modus faciendi des lois de la nature? Jusqu’à présent nous étions accoutumés à ratifier et à confirmer dans tons les phénomènes cet axiome que la nature ne va jamais par sauts, et que la lenteur dans toute gradation était un de ses caractères inséparables.

971. L’illustre Prof. Jaccoud est aussi un de ceux qui ont démontré l’augmentation des respirations. On ne peut mettre en doute un seul moment le crédit dont jouissent les paroles de cet homme vraiment savant. Ce serait une sorte de sacrilège. Yoici comment il s’exprime à ce sujet, quand il rend compte de ses observations prises à la station de Saint-Moritz, dans la hante Engadine:2 “La raréfaction de l’air à la station de Saint- “Moritz produit dans la fonction respiratoire deux changements qui sont “le point de départ d’importantes modifications. La fréquence de la respiration augmente; la moyenne de mes inspirations à Paris, en état de "repos, est de 15 par minute; elle est de 19 dans l’Engadine; à mesure que “la respiration est plus fréquente, elle devient aussi plus profonde, ou, “pour mieux dire, plus ample. En voici la raison: dans ce milieu raréfié la “capacité et l’absortion respiratoires deviennent nécessairement plus granules, afin que la quantité d’air nécessaire à la vérification normale des “changements hématiques aussi bien qu’à la nutrition générale en état “de superactivité, se maintienne dans l’appareil pulmonaire. L’augmenta- “tion légère du nombre des inspirations ne suffit pas à elle seule au résultat parfait, qui ne peut avoir lieu sans l’aide d’une ampliation plus

1 Paul Bert. Op. cit., page 1105.

2 Jaccoud. La station médicale de Saint-Moritz (Engadine). Paris, 18T3.

“considérable des poumons, qui met en jeu certaines régions du poumon “que j’appelle paresseuses , parce que dans les conditions ordinaires, "elles n’ont qu’une faible part au jeu de l’expansion inspiratoire; ces régions sont les parties supérieures des organes. Mais comme la pression "atmosphérique est abattue, cette participation plus complète du poumon "à l’acte inspiratoire implique nécessairement une augmentation dans l'action des forces musculaires qui président à l’ampliation du thorax; cet "assemblage de conditions subordonnées les unes aux autres et qui tirent "leur origine du changement de la pression du milieu respirable, donne "pour résultat, à la fin du compte, la gymnastique méthodique, régulière "et constante de l’appareil respiratoire, qui se maintient, sans fatigue, au "maximum de l’activité.”

972. Nous avons voulu citer textuellement ce paragraphe de M. Jaccoud, non seulement parce qu’il appuie le point que nous défendons, mais aussi parce qu’il a une grande connexion avec certaines idées que nous avons présentées dans ce chapitre, et dont la plupart ont été déduites des expériences que nous avons eu l’honneur de mettre sous les yeux de nos lecteurs, qui formeront à ce sujet, nous en sommes sûrs, un jugement impartial.

Nous rappellerons de même que la hauteur du baromètre, à la station de Saint-Moritz Avarie entre 599 et 627 millimètres; à Mexico cette hauteur est de 586,37 millimètres. Ce qui veut dire que la tension de l’air est à peu près égale dans les deux endroits, et que les hauteurs de la colonne de mercure se croisent maintes fois. Pourquoi donc ces différences d'action, comme le prétendent les partisans de l’anoxyhémie?

973. Le Dr. Armieux1 partage la même opinion que le Dr. Jaccoud. Il a pu examiner, a\rec tout le soin possible, non seulement les militaires qui résidaient à la station balnéaire do Barèges et dont on lui avait confié la direction médicale, mais encore 14. autres malades qu’il avait examinés à Toulouse avant leur départ pour Barèges et après 35 jours de résidence dans cette localité, située à 1100 mètres plus haut que la première.

974. Du tableau qu’il a tracé nous prendrons les chiffres suivants, qui prouvent avec toute l’évidence possible l'augmentation des respirations:

AGE

Respirations.

Respirations.

AGE

Respirations.

Respirations.

Toulouse, 7 Mai.

Barèges, 18 Juin.

Toulouse, 7 Mai.

Barèges, 18 Juin.

1 Armieux. Effets physiologiques du climat et des eaux de Barèges. Mém. de l’Acad. des Se. Insc. et B. Lettres de Toulouse, 1873. 7ème série, t. IV, pages 214 et 231.

Selon ee tablean, il n’y a que la lère et la 10ème observations qui contredisent cette augmentation. D’on viennent donc ces différences? Nous en donnerons l’explication quand l’occasion favorable se présentera.

975. L’infortuné Coiudet explique aussi la compensation par l’augmentation des inspirations. Le cliiffre moyen qu’il rencontra fut de 19 à 20 diez les soldats de l’armée française lors de leur expédition au Mexique. Peut-être que ce chiffre rencontré par l’auteur est un peu bas et insuffisant; peut-être aussi que ses observations offrent quelques défauts dans les expériences; mais il n’en pas douter, et nous faisons appel à la bonne foi de ceux qui veulent bien écouter nos paroles, Coiudet, qui rapporte toutes les circonstances de ses observations et qui 'nous présente ses tableaux qui contiennent 1500 cas observés chez des français aussi bien que chez des mexicains, est plus digne de foi que Jourdauet qui ne fait que jurer sur son honneur qu’il a démontré tout le contraire, et qui ne cite d’autre exemple que le cas qu’il avait observé sur lui-même. Et s’il est vrai qu’il avait réuni d’autres observations pour fonder ses conclusions, pourqnoi donc ne nous les présente-t-il pas franchement et eu toute simplicité, d’autant plus que Coindet présentait les siennes?

97G. Yoici le résumé des observations de M. Coindet:1

Français. Mexicains.

Individus qui ont moins de 16 respirations par minute. .

,, ,, ,, 16 resp. par minute

,, ,, ,, plus de 16 resp. Dar minute

• - i ( Parmi les français

Moyenne generale i . .

(. ,, ,, mexicains

par minute.

En outre, selon cet auteur, on observe non seulement une plus grande activité de la respiration, mais aussi que les inspirations sont d’autant plus amples et plus profondes qu’elles sont moins nombreuses.

977. Telle sont les opinions les plus dignes de remarque au sujet du degré de fréquence des inspirations dans l’air des altitudes. Drew-Burton et la plupart des voyageurs qui ont parcouru les cordillières et les hauts plateaux, partagent la même opinion. Qulques-uns croient que l’augmentation n’existe qu’aux premiers moments du séjour, c’est-à-dire, pondant la période d’acclimatement, et qu’une fois passé le temps de cette période ou revient à une fréquence égale et quelquefois moindre que celle qn’on éprouvait dans les régions basses. Maret et Yeraguth sont de cette opinion. Le premier croit avoir démontré du même coup que la quantité de CO2 exhalé est plus considérable sur les hauteurs que dans les plaines; le second a rencontré aussi une augmentation dans la quantité d’eau que l’expiration extrait do la superficie pulmonaire.2

1 Gazette hebd. de Méd. et de Cliir., 1863, pages 718 et 781.

2 Dr. Moeller. Revue des questions scientifiques de Bruxelles, 2ème série, tome 5. Avril 1894, page 392.

978. Le Dr. Weber n'est pas. arrivé à observer la moindre modification dans l’activité de cette fonction.

Mermod, en faisant une observation sur lui-même est arrivé au même résultat que l’antérieur.1 Nous ferons observer que s’il est vrai que la plupart de ces auteurs changent d’opinion au sujet du degré de fréquence, il n’en est pas de même pour ce qui regarde l’amplitude plus grande de l’excursion thoracique. Nous verrons plus tardía démonstration que nous avons pu faire de l’équivalence constante entre ces phénomènes; en général l’ augmentation des inspirations a lieu toutes les fois que la capacité pulmonaire est insuffisante. Chez l’enfant comme chez le vieillard, chez la femme comme chez l’individu qui, pour une cause quelconque, ne peuvent pas déployer avec facilité leurs organes pneumatiques, la compensation s’établit par une accélération dans les mouvements; il est donc tout naturel de croire que toutes les fois que ces observateurs ne voient pas que l’amplitude est suffisante, qu’ils se contentent d’observer l’accélération de la respiration.

979. Pendant la période d'acclimatement, alors qu'il n’y pas eu le temps pour la vérification des changements physiologiques radicaux qui favorisent l’équilibre parfait des organes, telles que la modification du sang etc., le premier phénomène qui survient, et des plus faciles, c’est l’accélération du rythme; et s’il existe des variations relatives, pour ce qui regarde le degré de la vérification, cela ne veut pas dire que chez la généralité des acclimatés il ne doit pas exister l’accélération nécessaire à la compensation. Elle existe h n’en pas douter, et nous ne sommes heureusement pas seuls à l’affirmer: sans crainte de nous tromper, nous pouvons assurer que tous ceux qui se sont occupés à observer ce phénomène, exception faite de M. Jourdanet, ont rencontré la même chose que nous autres. Nous avons déjà exposé le résultat des observations de Coindet; dans uu autre part (§ 538) nous nous sommes déjà occupés de celles de M. Yillaseüor, qui ne sont pas moins intéressantes que remarquables, et dont le résultat à été la rencontre de l’augmentation de la respiration chez divers individus de la race bovine et que nous avons pu nous-mêmes confirmer chez d’autres animaux.2 Los observations que le Dr. Padilla a consignées dans sa thèse inaugurale,3 confirment aussi, comme d’ailleurs nous l’avions déjà fait remarquer, la réalisation du même phénomène chez un rongeur, le lapin, qu’il avait pris comme sujet de ces expériences; enfin, chez l’homme, chez l’habitant du Mexique, on a toujours rencontré cette accélération. Des Messieurs qui ont pris ces observations nous nommerons le Dr. J. Bandera, professeur de physiologie à l’Ecole N. de Médecine; le Dr. L. E. Ruiz,

1 Dr. Moeller. Op. cit., page 391.

2 Vid. cap. III, § 569.

3 Contribución al estudio delà transfusion. Dr. C. Padilla. Thèse, México 1894, págs. 42 á 51.

professeur d’hygiène à la même; le Dr. A. Gavino, qui a traité cette question d’une manière toute spéciale dans un opuscule relatif à ce phénomène;1 M. E. Cárdenas, dont nous donnons le tableau d’observations, qui est du plus grand intérêt dans l’étude que nous poursuivons, et qui confirme d’une manière très impartiale, et indépendamment de nos propres études, les observations qui nous sont personnelles, dont plusieurs avaient été déjà publiées avant l’apparition de celles du Dr. Cárdenas;2 enfin, celles que nous allons publier et qui étaient restées inédites jusqu’à maintenant.

980. Avant de présenter nos propres observations, qu’il nous soit permis de faire quelques réflexions pour démontrer l’utilité de cette plus grande fréquence de la respiration sur les altitudes, et la corrélation qu’elle garde avec les autres éléments utilisés par cette compensation. Maintenant que la science a acquis comme un fait certain l’augmentation des hématies quand on vit snr les altitudes, nous demanderons: ce moyen suffit-il à lui seul? Est-il l’unique? Non, parce que ce serait un moyen imparfait. Nous allons d’ailleurs le démontrer. Supposons pour nn moment, bien qne la chose soit ainsi en effet, que le nombre de globules rouges augmente en proportion précise pour pouvoir absorber la quantité d’oxygène qni alimente le foyer interne; mais pour que cela ait lieu, il est tout à fait indispensable qu’on augmente la superficie de contact entre les hématies et le corps vivifiant. Comment pourrons-nous y parvenir? Faudra-t-il que le cœur accélère ses battements dans la même proportion? C’est-à-dire, au lieu d’avoir trois ou quatre mouvements cardiaques pour un du thorax (puisque nous sommes dans la supposition qne la respiration n’accélera pas son rhytlime), faudra-t-il qu’ils soient 6, 8 ou même 10 pour 1? Et si le nombre de respirations est de 16 par minute, celui des pulsations devra-t-il être de 96 à 160? Et si nous tenons compte do qne tont effort musculaire, ou n’importe quel autre, augmente d’une manière considérable les combustions organiques, à quel degré devra-t-on faire arriver l’accélération du pouls? Et on doit arriver forcément à ce résultat, parce que la moindre tension de l’air s’oppose à ce que l’hémoglobine et l’oxygène se combinent. A quoi bon servira l’augmentation simple du nombre de globules rouges? Ne serait-ce pas le cas d’un général qui aurait à ses ordres une armée nombreuse et très aguerrie, mais dont il ne pourrait disposer au moment du combat?

981. Puisqu’il est tout-à fait nécessaire que le nombre de globules qui doivent pénétrer jusqu’au réseau pulmonaire soit plus grand,3 examinons si nous pouvons arriver à ce résultat en ne faisant qu'accélerer le courant du sang. En premier lieu, s’il est vrai qu’ainsi on augmente le nombre de

1 De la respiración en el Valle de Mexico. México, 18S8.

2 E. Cardenas. Algunas consideraciones sobre la medición torácica. Tesis inaugural. México, 1892.

8 Dans la suite nous avons rejeté cette supposition.

fois que passent les globules de sang par les capillaires, il ne l’est pas moins que la môme rapidité diminue le temps de contact; eu outre, comme nous ne tenons pas compte de l’augmentation de vélocité que pourrait avoir le courant d’air, il en résulte que l’augmentation de la vélocité dn fluide hématique servirait de bien peu ou de rien du tout, s’il n’a à sa disposition qu’un air insuffisant et vicié par l’acide carbonique qu’on 11e peut pas toujours exhaler avec facilité; en second lieu nous ne devons pas oublier le développement que devrait souffrir le cœur pour arriver à cette augmentation de travail; après cela, il serait encore tout à craindre que ce développement ne puisse suffire.

982. Nous ne croyons pas inutile de rappeler ici quand bien même nous le répétions dans un autre endroit plus à propos, que l’accélération du pouls fut démontrée par Jourdanet; en effet, comment ce phénomène aurait-il pu ne pas frapper sou attention puisque la première chose qu’il avait à faire avec ses nombreux malades, c’était de leur tâter le pouls; et par ce moyen indirect il a du être porté à étendre ses observations jusqu’à ceux qui se portaient bien? Nous verrons l’idée vraiment fantastique et presque irrationnelle qui lui vint à l’esprit pour expliquer cette plus grande fréquence des battements du cœur.

988. D’une supposition à une autre, nous arriverons à examiner la possibilité qn’il y a à favoriser cette compensation que nous sommes en train de chercher, par le moyen de l’accélération des respirations; c’est sans doute un moyen facile de réaliser. Dans ce cas c’est le moindre et non pas le plus qui augmente; donc l’augmentation pourra être plus grande; les puissances que l’on met en jeu sont plus fortes et sont eu plus grand nombre; donc la force de travail qu’on aura à déployer sera ainsi mieux répartie, sans qu’on ait à faire de si grands efforts. A Mexico, à une hauteur de 2268 mètres sur le niveau de la mer, le nombre de respirations auquel 011 doit arriver pour pouvoir absorber la même quantité d’air dans un temps égal qu’au niveau de la mer, est de 22 à 24 par minute, en supposant ce qu’admettent en général les physiologistes, que ce même nombre varie dans les régions basses entre 16 et 18 par minute, et que l’amplitude des inspirations, c’est-àdire la quantité en volume de l’air inspiré reste la même sur les deux niveaux.

984. Résumons tout ce que nous avons dit jusqu’à présent. L’augmentation proportionnelle du nombre des inspirations est parfaitement possible, l.° parce que les agents du mouvement qui sont nécessaires pour obtenir ce résultat, peuvent être mis en action, sans grande fatigue et sans nue augmentation considérable de dépense; 2.° parce que de cette manière, l’accélération des battements du cœur 11’aura pas besoin d’arriver à un nombre exagéré, puisqu’il suffira, en moyenne, de 66 à 88 pulsations par minute; ainsi la relation déjà connue entre le pouls et la respiration (V8 à 1/4) est conservé avec toute l’exactitude possible.

985. Il ne sera pas hors de propos de prévenir les fortes objections qn’on est en droit de lions faire. Yoici la première: on pent arriver à nn tel degré dans l’accélération des mouvements respiratoires, qn’il constitue par lni-même nn élément de fatigue. Seconde: si ces mouvements respiratoires augmentent exagérément, iis deviennent parfaitement inutiles, parce que l’air circule avec nue telle rapidité, que l’hématose 11e pent pas avoir lien à nn degré indispensable à la vie, comme le prouve le cas dn chien que PanlBert soumit à une ventilation rapide des poumons, par le moyen d’un soufflet, et qui mourut asphyxié, malgré la circulation abondante de l’air.

986. Si l’augmentation proportionnelle de la fréquence de la respiration suffit à l’établissement de la compensation dans certaines limites, quel sera le facteur qui apportera un perfectionnement indispensable afin que les organes et leurs fonctionnements dans 11’importe quel cas qui se présente, puissent suffire à tous les actes de la vie humaine, de manière qu’il y ait toujours compensation? Ce nouveau facteur, dont nous devons tenir compte dès maintenant dans le raisonnement démonstratif que nous allons développer, n’est autre chose que l’augmentation do la capacité respiratoire des poumons. E11 effet, cette augmentation ainsi que la facilité qui l’accompagne nécessairement afin que l'excursion thoracique soit plus ample, et dont nous avons déjà fait mention et que divers auteurs, Jaccoud, Forbes, d’Orbigny, Coindet, Cárdenas et même Jourdanet1 avaient signalée presque invariablement, corrigent cotte insuffisance et évitent le trouble que pourrait en ressentir l’hématose, au moment où le nombre de respirations devient nécessairement inutile, à cause de son extrême rapidité. O11 comprendra aisément que si l’espace dans lequel l’air et le sang doivent se rencontrer acquiert une capacité plus grande, la lenteur que mettront l’air et le sang pour circuler sera en raison directe de cet agrandissement. Tous les physiologistes, en effet, s’accordent à dire que la vélocité du fluide sanguin n’est pas la même dans les vases d’entrée et de sortie du cœur que dans les capillaires très fins qui constituent les extrémités opposées de ces mêmes vases; il en est de même aussi dans la grande et dans la petite circulation. La lentitude du courant dans ces capillaires favorise le changement nutritif des tissus d’une part, et de l’hématose de l’autre. Puisque l’augmentation des pulsations et des respirations fait croître la rapidité de la circulation pulmonaire aérienne et sanguine, il est logiquement permis de supposer qu’il existe quelque chose qui compense cette vélocité, surtout lorsqu’elle tend à son maximum. L’organisme y arrive sans de grands efforts en ne faisant qu’augmenter le nombre des capillaires et des alvéoles pulmonaires, à proportion du temps d’arrêt des deux fluides, afin que le contact ait lieu d’une manière suffisante quant à la duration, et sur une superficie plus grande, capable de le faciliter en-

1 Jourdanet. Les Altitudes de l’Amérique tropicale, pages 90 et 91.

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