EXCURSION THORACIQUE
999. Nous devons examiner l’excursion des mouvements du thorax, aussi bien dans l’inspiration et l’expiration normales que dans l’inspiration et l’expiration forcées. Ou peut mesurer l’amplitude des mouvements normaux avec un spiromètre ou par le moyen d’un appareil enregistreur. Le spiromètre nous donnera surtout le volume d’air qui circule par les poumous aussi bien pendant l’inspiration que pendant l’expiration; le pneumograplie nous renseignera d’une manière spéciale sur l’acte mécanique, sur les particularités du mouvement du thorax dans chacun des moments de la respiration, ainsi que sur le degré de déplacement des divers points du thorax sur lesquels on applique l’appareil. C'est en plaçant trois pneuinographes parfaitement semblables sur divers endroits, qu’on est parvenu à démontrer les différences qui existent entre les mouvements du thorttx chez l’homme, aussi bien que chez la femme et chez l’enfant.3
La forme de la courbe est, en général, assez constante, quand on la prend chez un homme sain. Dans nos expériences penumograpliiques nous avons rencontré des caractères semblables à ceux qui ont été donnés par Marey et par d’autres physiologistes européens.
1000. On en verra la démonstration dans les tracées de la PI. 90, où l’on distingue: l.° la courbe de l’inspiration, régulière, presque rectiligne et suivie immédiatement de l’expiration; 2.° la courbe de l’expiration, régulière au commencement, ensuite brusquement irrégulière, ondulée et se prolongeant faiblement jusqu’à l’espèce de coude qui précède la courbe de l’inspiration.3 Quelquefois ces ondulations fort anguleuses, correspondent au choc du cœur contre la cage thoracique, comme on peut le voir dans le tracé de la respiration du gymnaste Mr. Lobato, dont nous donnons la photographie. Dans le tracé, la partie graphique est représentée en sens inverse, afin qu’on note mieux la correspondance de ces ondulations avec les sommets du tracé du sphygmographe. Les graphiques correspondent exactement à une minute.
1 Dujardin-Beaumetz. Clinique thérapeutique. Yol. III, page 374. Beaunis. Physiologie humaine, tome II, page 926.
2 Yiault et Jolyet. Op. cit., page 286. Beaunis. Physiologie, tome II, page 927.
3 Yiault et Jolyet. Op. cit., page 284.
Planche 90.
3- 4- 5- 6. Graphiques de la respiration relevées sur les mexicains, montrant l’accélération du rhythme respiratoire.
I et 2. Graphiques de la respiration, d’après Marey. La méthode graphique, P- 544 y 554-
1001. L’amplitude du tracé est produite non seulement par l’intensité du mouvement, mais aussi par la longueur du levier du tambour de Marey, dont on s’est servi pour l’inscription. Par conséquent si la longueur du levier de nos appareils eût été égale à celle du levier dont se servit Marey pour les tracées qu’il prit et que nous avons comparées avec les nôtres; ou si nous pouvions connaître la relation qui existe entre l’un et l’autre, il nous serait facile de connaître aussi la relation qui correspond aux volumes d’air inspiré par les sujets examinés par ce physiologiste et par ceux que nous avons examinés nous-mêmes; il est démontré, en effet, que les mouvements inscrits par le pneumographe ont une amplitude proportionnelle à la quantité d’air qui circule par les poumons.1
1002. Nous pourrions dire cependant, à la simple vue, que cette différence n’existe pas, non seulement parce que nous ne voyons pas dans nos tracés une augmentation de l’amplitude, comme celle qui y apparait, de l’accélération du rhythme respiratoire, mais aussi parce que le spiromètre ne nous démontre pas qu’il y ait aussi au Mexique une augmentation notable dans le volume (0L500) de la quantité d’air inspiré; 2 outre cela, les silhouettes comparatives que nous donnons n’accusent aucune différence dans l’excursion du sternum, dans la respiration ordinaire de l’Européen et de l’indigène mexicaiu. Yoilà un nouveau point d’appui pour l’opinion qui affirme que dans la respiration ordinaire, pour qu’il y ait compensation, et pour que le poids d’oxygène qui y pénètre soit toujours le même il suffit que l’augmentation soit proportionnelle au nombre d’inspirations. (Planche 93).
1003. Mais il n’en est pas de même pour l’inspiration et l’expiration forcées; d’ailleurs les mêmes silhouettes vont nous donner une explication graphique de ces différences. Le déplacemeut du sternum chez l’Européen est très considérable; cependant la saillie inspiratoire de l’épigastre formée par l’abaissement du diaphragme n’est pas aussi exagérée;3 elle ne passe pas de l’épigastre et il s’y forme un peu plus bas une dépression un peu moindre que dans l’expiration forcée. Il n’en est pas ainsi dans le dessin que nous présentons:4 le sternum s’élève beaucoup plus haut, la saillie inspiratoire s’étend à tout l’abdomen; on dirait l’inspiration forcée du nègre. On y voit que le diaphragme, en même temps que l’action des muscles respiratoires exerce une pression beaucoup plus forte sur un thorax plus mobile, en élevant le sternum encore plus haut que chez l’européen,
1 Marey. La méthode graphique, poges 550 et 557.
2 Vergara Lope. L’anoxyhémie barométrique. Thèse de 1893. Quelques physiologistes affirment cependant qu’en Europe on n’inspire que y3 de litre. Viault et Jolyet. Op. cit., page 302.
3 Viault et Jolyet. Op. cit., page 289.
4 Cette silhouette a été prise sur un individu de race indigène, jeune, bien proportionné et âgé de 21 ans.
s’abaisse aussi davantage, jusqu’à refouler en avaut les viscères de la cavité abdominale susceptibles d’être déplacées, et cela d’une manière plus notable encore que ce que l’on voit dans les silhouettes du nègre dessinées par Jousset.1
1004. Les avantages de ce mécanisme sont par trop notoires, pour que nous insistions darantage sur ce sujet. Qu’il suffise de dire que l’examen fait par le spiromètre confirme, comme nous allons le voir, cette augmentation de la capacité de l’air courant.
La mesure de la mobilité de la cage du thorax est de la plus grande importance. Cette capacité inspiratoire ne dépend pas tant de la circonférence plus ou moins grande du thorax, que du degré de mobilité auquel peut arriver la cage; la circonférence, en effet, peut varier avec la quantité des tissus cellulo-adipeux subcutanés et le dévelopjmment musculaire. Milue-Edwards a observé que l’augmentation de la capacité inspiratoire, en même temps qu’elle garde une relation avec cette mobilité plus grande, croit aussi avec le développement de la poitrine.2 Par conséquent si nous rencontrons au Mexique des thorax plus grands, nous serons en droit de déduire qu’ils sont plus mobiles et qu’ils ont une plus grande puissance inspiratoire.
1005. La dilatation du thorax varie sur différents points; on remarque le maximum de l’excursion au niveau de l’épigastre, et tout de suite après au niveau de l’appendice xiphoïde. C’est cette dernière que nous avons mesurée à Mexico.
Selon le tableau formé par Riegel,3 voici l’excursion au niveau de l’appendice, qu’il a relevée chez 6 hommes.
mili.
Moyenne 32
1006. Nous autres, nous sommes arrivés à une moyenne de 94 mili, en prenant les mesures relevées sur 103 individus, desquels 53 appartiennent au tableau N.° 9 et 50 au tableau N.° 11.
Le résultat de ces mesures est tout-à-fait semblable à celui que nous avons obtenu avec les données prises dans les livres de la Compagnie d’assurance «l’Equitative» et qui sont les suivantes:
2 Dujardin-Beaumetz. Leçons de clinique thérapeutique. 372. (Note).
3 Beaunis. Op. cit., page 922.
Paris, 1888, tome II, page
Planche 90 bis
Appareils employés pour les observations de pneumographie et de sphygmographie.
Total
Nombre d’individus.
Moyenne
Excursion.
2 centimètres.
7 cent. 2 millimètres.
1008. Nous ignorons à quelle hauteur les médecins de la Compagnie d’assurance auront mesuré le maximum et le minimum de la circonférence. Nous croyons qu’ils auront choisi la base de l’appendice xiphoïde; en tous cas l’augmentation de la dilatation n’en est pas moins remarquable.
(d). Capacité respiratoire.
1009. Il ne nous reste que très peu de chose à dire sur un point si important. Les mesures du thorax nous ont proportionné une série de données qui nous permettent d’assurer que la capacité de la pompe thoracique augmente chez les individus qui se voient obligés, à cause de la vie qu’ils mènent dans les hautes régions, à respirer un air plus léger.
A l’appui de cette croyance, nous avons les observations de Forbes, d’Orbigny, Coindet, Jaccoud, Armieux, Cárdenas, Villaseñor; l’opinion de Darwin, même celle de Jourdanet; enfin, les expériences et les appréciations que nous avons exposées en parlant de l’accélération du rhythme respiratoire.
Il est hors de doute que cette augmentation devait plus ou moins apparaître, en suivant les mêmes lois qu’étudièrent les physiologistes européens, par rapport à leurs relations avec la taille, l’âge, le sexe et l’activité professionnelle, etc.
1010. Si un habitant des hautes régions, homme ou animal, jouit des conditions ordinaires du repos, il suffira certainement que le rhythme de sa respiration ait une accélération proportionnelle et modérée; et avec un
changement physiologique qui ne lui coûtera1 presque rien, il aura satisfait les exigences d’une hématose parfaite; mais s’il advient n’importe quel acte fatigant qui augmente la combustion, la quantité d’oxygène nécessaire à la combustion et l’acide carbonique qui doit être exhalé, alors la simple accélération du rhythme ne pourrait suffire, si elle n’était accompagnée de V augmentation de la capacité respiratoire.
Un phénomène tout aussi naturel et qui favorise si bien l’hématose chez l’habitant des hautes régions, se produit aussi au niveau de la mer par l’exercice. Qu’est-ce, en effet, que l’augmentation de la capacité respiratoire, chez tous ceux qui de gré ou de force se livrent à un exercice musculaire qui dépasse les limites normales?
1011. Tout mouvement énergique et répété produit à 1111 très haut degré l’oxydation et l’accélération du rhythme respiratoire, surtout au commencement, mais il arrive nu moment où il ne suffit pas, et devient alors plutôt dangereux, à cause de la vélocité excessive qu’il communique à l’air pour le faire circuler dans les aéro-conducteurs et dans les alvéoles: c’est alors qu’ont lieu précisément les plus amples inspirations et l'augmentation de la capacité thoracique. Ces phénomènes, en même temps qu’ils s’opposent à ce que le rhythme respiratoire ne devienne par trop rapide, contrebalancent aussi l’effet nuisible qui pourrait résulter de cette violente circulation, en augmentant la superficie de contact pour l’air et le sang et en diminuant ainsi la violence de la circulation de ces fluides par l'agrandissement du canal par où ils passent.
1012. L’augmentation de la capacité respiratoire par le moyen des exercices gymnastiques énergiques et continus, a été démontrée par Chassagne et Daily, Marey, Hillairet, Jager, etc., dont les noms sont tous cités par Arnould.2 Il est très digne de remarque que, au même moment où avait lieu l’augmentation de la capacité, et où les respirations devenaient normalement plus amples chez les individus observés par ces physiologistes, le rhythme respiratoire devenait aussi plus lent. Nous avons pu observer un phénomène tout à fait semblable chez les indigènes qui travaillent à l’extraction du soufre au Popocatepetl, qui jouissent d’ordinaire d'une caj>acité respiratoire fort ample: tandis que les touristes accélèrent le rhythme de leurs respirations jusqu’au plus haut degré possible et nonobstant ressentent nue fatigue plus ou moins grande, les indigènes n’altèrent presque pas le rhythme de leurs mouvements qui, cependant, gagnent eu amplitude. Ou les voit pendant ces ascensions, chargés avec les bagages des voyageurs, cheminer toujours à pied, entièrement tranquilles, contents et satisfaits; ils chantent et sifflent en même temps qu’ils montent avec une fermeté et une rapidité sans égales, sans savoir ce que c’est que la fatigue et la lassitude. Marey et Hillairet observèrent aussi chez
1 Outre l'augmentation de la capacité respiratoire du sang.
2 Arnould. Op. cit., page 995.
les élèves du gymnastique de Joinville-le-Pont, qu’après 5 mois d’exercice à la course, il n’y avait aucune altération dans leur rlivtlime respiratoire, même après l’exercice; mais par contre l’amplitude des mouvements avait quadruplé, ils conservaient aussi ce type respiratoire même en état de repos: mais ils donnaient alors 12 respirations par minute, au lieu de 20 qui était l’ordinaire avant de commencer ces exercices.1 2
1013. Les besoins qui exigent l’augmentation de la capacité respiratoire, sont donc les mêmes an niveau de la mer et sur les hauteurs de Cachemire; mais nous avons déjà vu que dans ce second cas, il existe une cause déterminante et directe qni opère d’une manière immédiate le développement et l’augmentation de volume dans le thorax et dans les poumons; cette, cause n’est autre chose que la dilatation des gaz contenus au plus profond de la ramification bronchique des poumons, surtout sur les sommets, selon l’opinion de Jaccoud, et dont le principe est la diminution de la pression qu’exercent les diverses couches de l’atmosphère sur la cage du thorax. Nous n’insisterons pas davantage sur cela, et uous renvoyons le lecteur aux expériences dont nous avons parlé en étudiant le rhythine respiratoire.
Coindet a démontré cette augmentation de la capacité pulmonaire. Ses observations, fort nombreuses, nous fourniront les résultats suivants:
Age moyen Individus. Capacité.