Métis
1014. En parlant du rhythme respiratoire nous avons vu les importantes recherches d’Armienx chez les malades et les militaires confiés à sa direction médicale à la station thermale de Barèges. Parmi les conclusions auxquelles il est arrivé, nous rencontrons les suivantes, que l’on peut considérer comme le résultat de ses observations sur les effets de l’altitude:
“Augmentation notable de la capacité thoracique.”
“Augmentation du poids du corps comme indice d’une plus grande activité dans la nutrition.3
“Accélération des mouvements respiratoires.”4
1 Arnould. Op. cit., loc. cit.
2 Vid. Recueil de Mémoires de méd. , de chirurgie et de pharmacie militaires. 1 868, page 290.
3 Ce phénomène vraiment important s’est présenté aussitôt chez les malades que nous avons soumis à l’action de l’air raréfié, et le poids a augmenté beaucoup, même chez les personnes d’une organisation très rachitique.
4 Effets physiologiques du climat et des eaux de Barèges. Mém. de l’Ac. des Sc. Inscrip. et Belles-Lettres de Toulouse. 7 série, tome IV, pages 214 et 231. 1873.
1015. Jaccoucl s’exprime de sou côté de la manière suivante:1 “La raréfaction de l’air sur les hauteurs de Saint-Moritz produit dans la fonc- “tion respiratoire deux changements qui sont le point de départ de modifications importantes. La fréquence de la respiration augmente ; la moyen- “ne de mes inspirations à Paris, en état de repos est de 15 par minute; “elle est de 19 à 20 dans l’Eugadine; en même temps que la respiration est “plus fréquente, elle devient aussi plus profonde, ou pour mieux dire, “plus ample: la raison en est que dans un milieu raréfié, on a besoin d’une “capacité d’absortion plus grande, pour maintenir dans l’appareil pulmo- “naire la quantité d’air nécessaire à la vérification régulière des opérations de l'hématose et de la nutrition en état de superactivité. (?)
1016. “Mais une légère augmentation du nombre de respirations ne “pourrait pas (?) produire ce résultat; il ne peut venir que d’une cimplifi- “ cation pulmonaire plus considérable qui met en jeu certaines régions du “poumon que j’appelle paresseuses, parce que dans les conditions ordi- “naires, elles ne prennent qu’une faible part au jeu de l’expansion inspi- “ratoire; ces régions sont les parties supérieures des organes. Mais comme “la pression atmosphérique est abattue, cette participation plus complète “du poumon à l’acte respiratoire implique nécessairement une augmenta- “ tion dans V action des forces musculaires qui président à l’amplification “du thorax; cet assemblage de conditions subordonnées les unes aux autres “et qui tirent leur origine du changement de la pression du milieu respirade, donne pour résultat, à la fin du compte, la gymnastique méthodique, “régulière et constante de l’appareil respiratoire qui se maintient, sans fa- " figue , au maximum de l’activité fonctionnelle.
1017. La station de St.-Moritz où Jaccoud a fait ces observations est située à 1855 mètres sur le niveau de la mer; le baromètre y varie entre 599 et 627 millimètres; rappelons nous que la ville de Mexico est ù 2265 mètres sur le niveau de la mer et que celle de Puebla est à 2160. Les différences d’altitude avec Saint-Moritz sont donc respectivement: 4,13 mètres pour la ville de Mexico et 3,05 pour celle de Puebla. Les oscillations barométriques dans la ville de Mexico ont varié, d’après la moyenne fournie par 16 années d’observations, entre 579mm et 594 mm qui donnent à leur tour 586 mm 37.
1018. Yoici les hauteurs signalées par le baromètre à Puebla pendant le mois d’Avril de 1881: 2 moyenne, 594m90; maximum, 597mm70; minimum, 590mm95. Les différences entre les pressions moyennes de ces deux villes et Saint-Moritz, sont très aproximativement égales à 27 et 18 millimètres pour chacune de ces localités respectives; il doit donc y avoir beaucoup d’instants où les chiffres qui correspondent à ces trois localités se touchent,
1 La station médicale de St.-Moritz. (Engadine). Paris, 1873.
2 M. Bárcena. Directeur de l’Observatoire Météorologique Central. Le climat de la ville de Mexico. 1893.
Planche 92 .
Graphique continue de la respiration de Vergarn Lope, obtenue A l’aide du pneumographe de Marey, à midi, après trois heures de repos presque absolu.
La moyenne indiquée pour la même personne (p. 474) est normale pour la saison de l' hiver; celle qui est indiquée ici est normale pour la saison de l'Eté.
Mexico, Juillet, 1894.
pour ainsi dire, et sont tout-à-fait d’identiques; 1 et cependant, tandis que le distingué Dr. Jaccoud observait ce fait et imposait son opinion à Mr. Paul Bort lui-même, le Dr. Jourdauet, à 400 mètres plus liant, voit le sang artériel tout noir, par suite du manque d’oxygénation2 et ne rencontre aucune accélération dans le rliythme, ni augmentation de la capacité pulmonaire.
1019. Yoici ce que nous dit le Dr. Tacher, cité par Paul Bert:3 “Les “fonctions du poumon, à Davos, à 1650 mètres d’altitude, sont également “modifiées dans ce milieu raréfié, où bon remarque un améliorement uota- “ble dans les mouvements respiratoires. Le Dr. Spengler déclare expre- “sément que, dans ^atmosphère de Davos, le poumon supplée le défficit “d’oxygène par des inspirations plus profondes et plus lentes que dans les “conditions normales de pression. Il est vrai qu’à une altitude de 1650 mè- "tres, il y a daus l’air un défficit notable de O; l’observation, cependant, “prouve que ce n’est pas avec des inspirations plus profondes , ni plus prolongées que le poumon réalise la compensation, mais bien par le moyen “ de mouvements respiratoires plus fréquents. A Davos, où je me suis ob- “servé avec grand soin pendant plusieurs jours, j’ai eu 18,2 mouvements "respiratoires par minute, tandis qu’à Paris je n’en compte que 16,6.
“On observe à Davos, comme premier symptôme d’amélioration de la "phthisie une augmentation de la capacité respiratoire, mesurée par le “moyen du spiromètre. La même chose affirme le Dr. Williams avec for- “ce commentaires.
1020. C’est ainsi que s’exprime Moeller dans une étude sur Davos. 4 “La “plupart des observateurs ont remarqué une amplitude thoracique plus “grande chez les montagnards, et même chez les personnes qui restent dans l'cette localité le temps suffisant pour que le phénomène puisse se produi- “re. Le Dr. Weber a démontré la même chose chez 14 jeunes gens, dont “le développement thoracique était insuffisant. MM. Bonnet et Weber “croient qu’il faut considérer cette plus graude amplitude du thorax com- "me une conséquence de l’augmentation de l’élasticité pulmonaire dans “l’air raréfié. Quand l’inspiration devient difficile (?) dans cet air moins “pesant, il s’y détermine une action plus énergique des muscles inspirateurs.”
1021. Nous avons donc en grand nombre des opinions contraires à celle du Dr. Jourdauet au sujet de la compensation par l’augmentation de la capacité respiratoire du poumon; il est temps que nous tenions compte des observations vérifiées sur des altitudes moindres de 2000 mètres et celles
1 Barcena et Pérez. Etudes de Météorologie comparée. Mexico, 1885, page 305.
2 P. Bert. Op. cit., page 310.
3 Jourdanet. L’influence de la pression, page 571.
4 Revue des questions scientifiques, publiée par la Société Scientifique de Bruxelles, 2me série, tome V, Avril, 1894, page 392.
que l’on a relevées sur les plateaux les plus élevés des Andes. Voyons maintenant quels ont été les résultats obtenus en Europe par divers physiologistes et nous les comparerons avec ceux que nous a fournis le spiromètre.
1022. Selon Mathias Duval, la capacité respiratoire de l’homme est, en moyenne, égale à 3L 1/2 ; 1 d’après Bourgery cette moyenne oscille entre 2L50 et 3L50; Hutchinson a rencontré chez l’homme adulte 2 à 4 litres. Voici les moyennes qu’il a obtenues: 2
15 à 25 ans 220 pouces cubiques ou 3 litres 520
1023. Arnold nous proportionnera un tableau de la capacité qui nous occupe, en relation avec la taille.3 Nous en profiterons pour le comparer aux données que nous ont fournies 93 individus du sexe masculin.4
Taille.
D’après Arnold.
An Mexique.
1545mm à 1595
Moyennes. .
La moyenne que nous ont donnée nos observations faites sur 50 gendarmes d’un régiment, dont la taille moyenne est de lm70, est égale à 4L694, chiffre qui correspond avec une notable approximation à ceux du tableau que nous venons de voir.
1024. La relation précise que lions avons rencontrée entre le nombre de respirations et la pression de l’air, nous invite à rechercher s’il existe une relation égale avec l’augmentation de la capacité vitale.
Si nous appliquons notre formule déjà connue nous aurons, en substituant:
x = 0L 251. Capacité à Paris (Arnold), a =08r 29495. Poids d’0. contenu dans 1 litre d’air à 0°C et 75 cent., pression de Paris (Lombard), y = 0Er 23007. Poids d’0. à la même température et à la pression de 585 millim., à Mexico.
0*451 x 0gt29495 0gr-23007
=4 litres 167 cent. cub.
1 M. Duval. Physiologie. Paris, 1883, page 379.
2 Dujardin-Beaumetz. Leçons de clinique thérapeutique. Paris, Yol. II, page 377. 1888.
3 Ibid.
4 Yergara Lope. Thèse sur l’anoxyhémie barométrique. Mexico 1893, page 48.
Planche 93.
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