CIRCULATION
(a). Fréquence du pouls.
1068. La circulation se ressentirait- elle aussi de l’influence du climat? Nous répondons que oui. Quand nous nous occupâmes de la fréquence de la respiration, nous indiquâmes, avec toute la clarté possible, la convenance de l’accélération des pulsations cardiaques: le sang veineux circule alors avec une plus grande rapidité par le réseau alvéolaire pour s ’ artérialiser et pour y prendre la quantité d’oxygène qui lui est nécessaire. Yoici le calcul présenté par Jousset dans l’ouvrage que nous avons si souvent cité1 et qu’il emprunta lui-même à Iviiss (Physiologie, page 830). “Pu individu “chez lequel le pouls bat 70 fois par minute a un réseau vasculaire des pouvions qui a été parcouru par 20000 litres de sang pendant 24 heures, â “chaque battement du cœur correspond une irrigation de 0L198;si son cœur "bat 76 fois par minute, la quantité de liquide mise en mouvement pendant “24 heures sera de 21716 litres. C’est-à-dire 1716 litres de plus que dans le premier cas.” Si nous prenons au Mexique le chiffre 84 qui est la moyenne que nous avons trouvée (82 à 84 par minute), nous aurons que pendant les 24 heures, 23950 litres auront passé par le poumon, ce qui revient à 3950 de plus que chez l’européen. Cette conclusion n’est d’autant plus vraie que la quantité do sang qui penétre dans le poumon est égale à chaque battement, aussi bien en Europe qu’au Mexique; mais si nous tenons compte de ce que l’amplitude des poumons et par conséquent leur superficie vasculaire est plus grande chez le mexicain, nous n’aurons aussi aucune difficulté à croire que cette quantité de sang aura aussi augmenté.
1069. Yoici les chiffres qui marquent la fréquence du pouls en Europe: Béraut et Robin comptent 70 pulsations; Quételet, Beaunis et Béclard 72, le nombre trouvé par Bouchut varie entre 70 et 80 chez l’adulte.
1070. D’antre part, c’est un fait constant que l’habitant des hauteurs a le pouls plus fréquent, bien que plusieurs croient que cette accélération n’est qu’un état transitoire qui ne dure qu’une ou deux semaines après l’ascension, et qui revient ensuite à son état normal. 2 Mais cela est inexact.
1 Jousset. Op. cit., page 198.
2 Moeller. Revue des questions scientifiques. Tome V, Avril, 1894, page 391.
Jourdanet lui-même ne pouvait 11e pas reconnaître cette accélération, puiscpie sa profession de médecin l’obligeait à prendre constamment le pouls. Yoici l’explication qu’il en donne, explication que nous 11e pouvons admettre et qui n’est pas moins extravagante que ridicule. Que d’ailleurs 110s lecteurs en jugent par eux-mêmes. Après s’être fondé sur. la supposition que l’acide carbonique existe en grande abondance dans le sang, puisque ce gaz, d’après lui, 11e s’élimine que difficilement par la superficie pulmonaire, il affirme qu’il se trouve soumis dans les vaisseaux à une tension excessive. Cette tension serait la vraie cause qui fait marcher le sang avec la plus grande violence vers le centre circulatoire. Disons de suite que Jourdauet ne se rappelait pas que c’est précisément quand la tension intravasculaire augmente que le cœur bat avec plus de lenteur, d’après la loi de Marey; en effet, tous les médecins du monde entier sont accoutumés à voir la relation inverse de celle que Jourdauet suppose. Mais suivons les pas de cet auteur dans les conséquences qu’il tire du fait suivant^ à savoir, qu’on rencontre de l’acide carbonique, à ce degré de forte tension, dans les veines: nous voyons qu’il nous dit que dans le poumon ce gaz rencontre diminuée la pression atmosphérique, ce qui fait qu’il se dirige rapidement vers ce point pour s’échapper des vaisseaux qui l’assujettissent; il suppose enfin qu'il existe sur la superficie pulmonaire une ouverture (!) comme celle cVun siphon d'eau de seltz, dont le récipient (les veines) est chargé d'eau fortement acidulée par Vctcide carbonique!!!
1071. Nous laisserons de côté l’objection que nous pourrions faire, à savoir, que les 3/s pour le moins de cet acide sont en combinaison faible avec les sels du plasma, et non en dissolution comme dans l’eau d’un siphon; et nous nous contentons Me faire la question suivante: quel est donc l’anatomiste qui a découvert dans les capillaires du poumon cette ouverture libre que Jourdauet compare à celle d’un siphon d’eau de seltz?
Jourdauet affirme aussi que la proportion de ce gaz est moindre dans l’air expiré. Quel est donc l’obstacle mécanique qui s’oppose à sa sortie des vaisseaux avant d’arriver à l’ouverture d’échappement? Jourdauet n’en dit mot. Cet obstacle produisait-il ses effets avec intermittence pour accumuler d’abord le gaz et le laisser ensuite échapper? Mais Jourdauet nous dit que cette accélération est régulière et parfaitement isochrone. Il n’y a donc pas d’obstacle? Notre auteur s’est par conséquent trompé dans ses analyses; le gaz doit sortir rapidement et eu abondance, mais non avec une telle rapidité qu’il 110 laisse rien de la grande quantité qu’il y a dans le sang, qui sert à maintenir la tension intravasculaire, cause de cette accélération. Si non, qu’est ce qui soutient cet excès d’acide carbonique dans le sang? Serait-ce que la combustion intérieure de l’organisme, augmentée d’une manière exagérée, serait en relation avec ce phénomène? Et quel est donc l’oxygène qui soutient ces combustions?!!1
1 Yid. L'influence de la pression .... pages 273 et suivantes; pages 324 et suivantes.
1072. L’explication de Jonrdanet n’est donc pas sontenable.
Quelques auteurs comme Jaccoud,1 expliquent cette accélération en la
donnant comme une conséquence de la diminution de la tension intravasculaire (précisément tout le contraire de Jourdanet). Il y a, en effet, une grande aflueiiQe de sang vers la périphérie; les capillaires cutanés s’enflent et la peau devient rouge. L’explication que nous proposons est toutà-fait semblable à celle que nous avons donnée pour l’augmentation des respirations.
1073. Quand le sang afflue à la périphérie, la tension sanguine diminue dans les artères grandes et moyennes tandis que l’impulsion des ventricules et la vis à tergo des veines et des anricules reste la même. Il n’y a aucun médecin qui ignore qu’à une pression moindre du sang (tension intra-vasculaire), correspond l’accélération du pouls. On peut aussi parfaitement bien appliquer au phénomène de l’accélération du pouls par la diminution de la tension sanguine et par la diminution de résistance de la périphérie, l’exemple du volant et du pendule qui ont un mouvement d’autant plus rapide que la résistance extérieure est moindre. C’est, en résumé, l’application de la loi de Marey. Il est bon de rappeler que le pouls peut aussi s’accélérer par suite de la diminution de la niasse de sang par une perte d’eau. (Yid. Chap. XI.)
Coindet a examiné au Mexique le degré de fréquence du pouls. Yoici les résultats qu’il a obtenus:
250 français 76,216 par minute.
250 mexicains 80,240 ,, ,, 2
Comme on peut le voir, ce résultat contredit l’opinion de ceux qui croient que l’accélération est transitoire, puisque dans ce cas la véritable accélération a eu lieu chez les mexicains.
1074. La moyenne que nous avons rencontrée chez 153 individus de toutes les classes de la société, a été de 82. Chez les 50 gendarmes que nous avons examinés, la moyenne a été de 84,43 par minute. (On peut consulter le tableau que nous donnons à la fin do ce chapitre).
Les observations que nous avons recueillies dans les livres de «La Equitativa,» confirment aussi ce fait. Cette confirmation est d’autant plus précieuse que les raisons qui la produisent sont très nombreuses: ces observations ont été faites chez une multitude de personnes par des médecins peu préoccupés des opinions que nous étudions dans cet ouvrage; en outre, on n’a éprouvé aucune difficulté pour les faire avec la précision qu’on ne rencontre pas toujours dans les antres observations.
1 La station médicale de Saint-Moritz (Engadine). Paris, 1873. — Paul Bert. La près* sion barométrique, page 310.
2 Restrepo. Pathologie des altitudes. Paris, 1890, page 54.
1075. Yoici ces résultats:
Nombre Nombre de pul-
d’individus. sations par minute.