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CHALEUR ANIMALE

La température du corps considérée dans ses relations supposées avec la pression barométrique. Expériences.

1114. L’influence de l’altitude sur la température a été le sujet de grandes discussions. Quelques auteurs ont prétendu qu’elle dimiuuait pendant une ascension; d’autres, comme Calberla et Florel, affirment quelle augmente. Certains voyageurs ont évalué leur température par le moyen d’un thermomètre qu’ils introduisaient dans leurs bouches et qui était exposé, par conséquent, à 11e donner quedes indications inexactes. Plus tard Paul Bert étudia les faits expérimentalement et trouva que les animaux se refroidissaient quand on les soumettait à l'influence de l’air raréfié. L’affirmation contraire s’opposerait certainement à l’admission des effets nuisibles de la décompression. La température n’aura pu certainement s’élever si les combustions ont diminué à cause du manque d’oxygène.

Do notre côté, nous n’acceptons ni l’une ni l’autre des deux opinions, et nous avons de nombreuses preuves pour confirmer la nôtre. Mais voyons auparavant les déductions qu’on peut tirer des expériences in vitro.

1115. Paul Bert a observé que sous l’influence de la décompression, la température d’un chien, après 2 heures, descendait de 2 degrés. “Mais chez des cochons d’Inde j’ai obtenu des refroidissements plus considérables. L’un d’eux resta sous la pression de 35 centimètres, pendant Y espace d'une heure, et sous celle de 25 et de 22 pendant l'heure suivante: quand il sortit de l’instrument, il n’avait que 25° de température rectale. Après quelques minutes, elle monta à 31°. U11 autre cochon d’Inde resta 4 heures entre 21 et 11 centimètres de pression; en sortant de l'instrument il n’avait que 20° de température.” Il est étrange et fort étrange que sous les mêmes influences les cochons d’Inde se soient refroidis davantage que les Chiens et les Lapins. Cette différence nous fit croire que ces effets barométriques n’existaient pas et que l’insigne expérimentateur français avait oublié certains détails de grande importance. (Et qui donc 11’est pas susceptible d’oublis?) P. Bert affirme qu’on ne peut attribuer ce refroidissement au courant d’air qui circulait dans l’instrument; nous avons garde nous autres aussi de l’attribuer à cette cause. Mais un peu plus loin il nous dit que “les animaux immobiles se refroidissent par effet de la décompression.” Cette immobilité, irrémisible dans les expériences de P. Bert, nous donne l’explication du phénomène; il y a cependant d’autres causes secondaires.

Tout le monde sait que les animaux petits se refroidissent plus vite que les grands, et que par conséquent un cochon d'Inde se refroidit plus vite qu’un Lapin , et un Cliien, plus vite aussi que l’homme. Et quand le petit quadrupède est enfermé dans une cloche, et quand les sujets de l’expérience restent attachés, (ce qui avait lieu très souvent pendant les expériences de P. Bert) l’abaissement de la température est encore plus rapide. Personne n’ignore que le repos refroidit et que l’exercice échauffe. D’autre part il est certain que la température des animaux très jeunes est fort sujette aux variations: d’après W. Edwards chez des oiseaux d’une semaines retirés du nid, elle peut descendre en 1 heure de 36 à 19 degrés:1 voilà une autre cause d’erreur, si Paul Bert fit ses expériences avec des petits de cochon d’Inde. Hotre critique subsisterait même dans le cas où il aurait toujours pris des individus adultes, parce que les cochons d’Inde adultes se refroidissent beaucoup plus vite que les Lapins, les Chiens et l’Homme.

1116. Hous ne voulûmes cependant pas nous en tenir à ces notions générales qu’on rencontre dans tous les ouvrages de physiologie, et nous fîmes alors une expérience qui nous domia des résultats hors de doute.

19 Mai 1894. Expériences sur un cochon d’Inde adulte:

9h a. m. Il s’agite un peu quand nous le détenons avec la main.

On lui introduit dans l’anus un thermomètre, en faisant en sorte que la peau touchât la première division de l’échelle. Température 33° 2.

9h 10 à 9h 13. Agitation plus violente encore. On attache l’animal qui fait de grands efforts pour se délivrer. Température 36° 7.

Temp.

On le laisse b

Temp.

Hh

IP

yy

Hh

11 s’agite avec violence.

On le met en liberté. L’animal tremble de froid, et est engourdi. Il fait quelques pas.

1117. Le thermomètre resta dans l’anus du cochon d’Inde depuis 9h41, toujours à la même profondeur, en sorte qu’il n’y a pas d’erreur possible qui puisse résulter de l’instrument, pour y être resté plus longtemps que d’autres fois, ou bien encore, pour avoir changé de profondeur.

Cet animal a donc été soumis à une pression normale, bien qu'immobile, pendant 2 heures 50 minutes, depuis 9h jusqu’à llh 50; et pendant tout ce temps là, on ne le laissa libro que pendant 18 inimités. Sa température est descendue de 6 degrés 7 décimes. C’est-à-dire 7 décimes de plus que

1 Le Bon. Physiologie, page 455.

chez le cochon d’Inde qui servit à l’expérience de Paul Bert. Il est utile de noter qne le savant soumit l’animal à des pressions beaucoup plus basses, tandis que le cochon d’Inde qui servait à nos observations, resta toujours à la même pression , celle sous laquelle il a toujours vécu et s'est développé.

Après avoir rapporté ces résultats, nous nous demandons: de quel droit Paul Bert attribue-t-il le refroidissement des cochons d’Inde à l’influence de l’air raréfié? Aurait-il évité la cause d’erreur que nous signalons? Il peut se faire que les animaux n’étaient pas immobiles? Lui même assure tout le contraire. Quelle difficulté n’éprouverait-il pas à se défendre contre les éléments étrangers au problème! Pour ce qui nous regarde, nous ne croyons qu’on puisse obtenir ainsi un résultat vraiment sûr ainsi qu’une expérience concluante: il nous faudrait chercher jusqu’à quel degré peut descendre un thermomètre chez un cochon d’Inde en repos, qui a mangé telle quantité d'aliments, et cl telle heure, et qui reste attaché pendant un nombre déterminé d’heures; ensuite, il faudrait s’assurer si dans la cloche pneumatique, dans des conditions exactement égales, rabaissement de la température était plus considérable. Il peut se faire que toute précaution devînt inutile, parce que si l’animal s’agitait davantage dans un cas que dans un autre (et l’on sait combien est variable l’humeur de ces animaux si faciles à s’exciter) nous arriverions à un résultat non moins incertain.

1118. Mais voyons ce qui se passe dans l’organisme de l’homme qui est relativement beaucoup moins susceptible de se refroidir en état de repos que celui du cochon d’Inde.

Que supposent nos lecteurs que Paul Bert ait observé au sujet de la variation de sa propre température, quand il resta dans un appareil spécial, sujet à la décompression. Doit-on s’attendre à ce qu’il se soit refroidi de la même sorte qu’un cochon d’Inde, s’il est vrai, comme il le prétend, que la combustion diminue?

Bien loin de là: il n’a fait qne conserver la température initiale. Yoici les pressions auxquelles fut soumis Paul Bert et les températures qu’il observa sur lui-même:

Pression.

Normale

435mm . .

La température de l’appareil ne varia pas.1

On voit donc, au lieu d’un refroidissement, une petite élévation de la colonne thermométrique. Paul Bert respirait de l’oxygène de temps en temps, mais malgré ce remède doutenx, il eut à souffrir des vertiges et d’autres accidents.

1 Pression barométrique, page 750.

Température.

1119. Quelle opinion nos lecteurs se seront-ils formée des observations que les aéronautes ont faites au sujet des variations de leur température? Crocé-Spinelli et Sivel, partisans déclarés des doctrines de Paul Bert, auraient-ils donc obtenu en eux-mêmes des résultats semblables à ceux qu’on a vus chez les animaux? Non, en aucune manière. Ces malheurenx aéronautes, dont les noms glorieux vivront aussi longtemps que la science elle-même, eurent soin de s’observer pendant plusieurs jours de suite, avant d’entreprendre leur dernier voyage aux altitudes.

Sivel avait à terre 37° 5; à 5300 mètres, il avait 37° 90, presque 38. Eut il donc h souffrir un refroidissement?

Spinelli avait à terre 37° 3 et à 5210 mètres, 37° 50.1

Si nos lecteurs désirent connaître le résultat de nos observations au sujet de la température des animaux de Mexico, nous leur dirons qu’elle n’a diminué en aucune manière.

1120. On pourra peut-être nous répondre que nous avons été victimes de nos préoccupations (?) et que nous n’avons pas bien lu l’échelle du thermomètre. Nous répliquerons que Mr. Yillaseûor et d’autres observateurs n’étaient pas dans notre cas, et qu’ils n’avaient pas l’intention de combattre contre personne. Voyons tout d’abord ce que d’autres ont vérifié. Mr. Villaseüor prit la température de 51 taureaux et vaches de différentes races appartenant à l’Ecole d’Agriculture située aux environs de Mexico. La moyenne qu’il rencontra fut de 38° 7. Colin donne pour l’espèce bovine en Europe, 38° à 38° 6.2 Hunter présente comme moyenne 37° 50.3 La température n’a donc pas diminué chez la race bovine de Mexico.

1121. Enfin, si nos lecteurs désirent connaître le résultat des observations que nous avons pratiquées chez les lapins au sujet de leur température rectale, nous leur dirons tout simplement qu’elle n’a pas diminué, bien qu’ils vivent à 2280 mètres.

Dans les registres d’observations recueillies par les employés de la section de physiologie à l’Institut National de Médecine, nous rencontrons les données suivantes:

Températures et poids de Lapins, pris avant l’injection de diverses substances:

1 Pression barométrique, page 1063.

2 Physiologie comparée, Vol. II, page 905.

3 Littré et Robin. Dictionnaire de Médecine. Paris, 1813, page 1341.

1122. Yoici les données que nous ayons recueillies nous-mêmes chez les animaux qui servirent à la détermination de la quantité d’oxyhémoglobine. (Yid. § 558).

Poids. Température rectale.

Gris

livres 14

onces.

Blanc

Gris.

Blanc

,, Angola

,, Angola

Gris

Blanc Angola

Blanc

Tacheté Angola

Gris

Blanc

Noir

Gris

ZEŒSXJIsÆiÉ.

13 fois.

32 fois.

1123. D’après Colin la température des Lapins est de 39°5 à 40° C. ce qui veut dire que les Lapins que nous avons examinés n’ont eu à souffrir aucune diminution de température il cause de l’altitude.

Nous avons aussi à notre disposition quelques données relatives à divers animaux qui furent examinés à l'Institut de Médecine.

Température de 39°0 à 39°5

De 39°o à 40°

Moins de 39°

De 40° 1

Température

rectale.

Chat petit, tacheté de noir et de blanc, pesant 1 livre 4 onces 38°2

Chien des rues, blanc et gris, avec un petit abcès du tissu sous-cutané (avec un peu

de fièvre) 40 0

Chien des rues, jaune, pesant 13 livres 15 onces * 39 0

Chien des rues, blanc et jaune, pesant 12 livres 4 onces 38 9

Chienne grande, pesant 2 arrobes 5 livres 39 0

Il n’y a donc aucnne diminution de température. D’après Davy, le Chat a, en Europe, 38°90, le Chien 39°.

Température

rectale.

Poulet jaune, pesant 12 onces et h 42°3

Poulet noir, pesant 1 livre 42 0

Coq, pesant 5 livres 42 0

Coq, pesant 4 livres 6 onces 42 6

Coq, pesant 4 livres 1 once 42 9

Coq, pesant 3 livres 42 2

1124. D’après Colin,1 la température du coq en Europe est de 42e. On ne peut vraiment qu’admirer la concordance qui existe entre les diverses observations pratiquées par d’autres ou par nous-mêmes, et entre les expériences des anti-anoxyhémistes et celles des Professeurs de la section de Physiologie de l’Institut National de Médecine dans leurs expériences do Pharmacologie. Cet accord existe aussi entre les observations relatives à divers animaux et celles que nous* avons faites chez l’homme: il n’y a aucune diminution de la température du corps sur les altitudes

. mexicaines. Yoilà donc un résultat bien satisfaisant et propre à démontrer que les combustions organiques ne diminuent pas, malgré l’absence relative de l’oxygène atmosphérique.

1125. M. le Dr. C. H. Padilla2 a pris la température de plusieurs Lapins, à l’Institut National de Médecine, pendant qu’il faisait ses études de transfusion. Il saignait l’animal, après en avoir observé la température, la respiration, etc. Après la saignée il leur inyectad une solution de chlorure de sodium, donnant l’expérience comme terminée, quand le Lapin était entièrement remis.

N.° d’ordre, 1. Mâle, blanc, jeune.

Date.

Température

rectale.

Date.

Température

rectale.

Avril 10

Avril 14

Avril 18

d’ordre, 2.

Mâle, blanc, jeune.

Avril 13

1 Physiologie comparée. Tome II, page 905.

2 Contribution à l’étude de la transfusion. Thèse. Mexico, 1894, pages 42 à 51.

N.° d’ordre, 3. Mâle, blanc, adulte.

Date.

Température

rectale.

Date.

Température

rectale.

Avril 14. . .

Avril 19

Avril 24

N".0 d’ordre,

Mâle, blanc, adulte.

1126 Avril 16. .

Avril 22

Avril 28

IST.0 d’ordre,

Femelle, blanche, adulte.

Avril 17...

Avril 24

N.° d’ordre,

Mâle, gris, jeune.

Avril 18. . .

Mai 1

N.° d’ordre,

Mâle, blanc, adulte.

1127. Avril 19. . .

Avril 27

Mai 1

Mai 5

N.° d’ordre, 8. Femelle, blanche, adulte (pleine).

Avril 20.

Avril 27

Mai 1

Mai 4

N.° d’ordre,

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