Femelle, blanche
adulte.
Avril 25.
Mai 1
"ELIÉSTTIMIIÉ.
Nombre de lapins 11
Nombre d’observations v. 134
Température de 38° à 38.9 7 fois.
,, de 39° et plus de 39° 127 ,,
„ de 39° à 39°4 110 „
,, de 39°7 et davantage 17 ,,
N. B. Des 134 observations, 21 seulement furent prises chez des Lapins entièrement sains à l’état normal, c’est-à-dire la première et la dernière observation de chaque expérience, excep lion faite de l’expérience du numéro 2, qui ne donna lieu qu’à une seule observation.
1129. Après avoir établi ces faits qui nous seront d’un grand secours dans la suite, nous allons étudier la
Calorification chez l’homme des altitudes.
Peut-ou résoudre chez l’homme le problème de l’anoxyhémie avec un simple thermomètre? Sans aucun doute, puisque la quantité de chaleur produite dans l’organisme humain nous sert à évaluer son éuergie, sa puis, sanee vitale:1 la quantité de chaleur produite est d’autant plus grande que la nutrition de tous les tissus s’opère avec plus d’activité. Claude Bernard est arrivé à démontrer que la chaleur animale s’engendre dans la profondeur des organes eu contact avec les éléments histologiques, comme conséquence directe des réactions chimiques qui résultent de leur nutrition et de leur fonctionnement. 2
Après avoir mesuré la chaleur produite par le corps de l’homme, si nous réunissons cette donnée à celle que nous procure la mesure du travail mécanique que peut déployer l’habitant des altitudes et que nous avons déjà étudiée dans la première partie de ce chapitre, nous aurons la somme de ces deux énergies qui nous donnera, sans doute, la mesure de cette puissance vitale.
1130. La mesure de la chaleur qui se dégage de l’homme et des animaux nous instruit aussi, bien que d’une manière indirecte, au sujet du degré de fonctionnement du système nerveux qui est, pour ainsi dire, le régulateur qui active ou ralentit les combustions intra-organiques, 3 selon que les influences thermiques du dehors tendent à faire sentir leurs effets sur l’organisme. (Ces influences sont la chaleur atmosphérique, le froid, la richesse, etc.) A mesure qu’on parcourt sur l’échelle zoologique la série des êtres les plus élevés, on rencontre aussi progressivement le perfectionnement de cette régularisation et des organes qui la président, (centres thermiques du cerveau, grand sympathique); de même nous rencontrons le maximum de ce perfectionnement chez les animaux supérieurs, les mieux disposés à lutter contre cette influences. (Animaux liomothermes). 4
1131. On n’éprouve aucune difficulté à croire qu’un système nerveux bien nourri et bien organisé pourra facilement conserver une activité suffisante et en tout semblable, en intensité, au degré qu’on a mesuré chez
1 Viault et Jolyet. Physiologie, page 350.
2 Küss et Duval. Physiologie, page 414.
3 Yiault et Jolyet. Op. cit., page 351. — Küss et Duval. Op. cit. , page 418.
4 Yiault et Jolyet. Op. cit., loc. cit.
l’habitant de l’Europe; et voilà pourquoi nous disions que la mesure de la calorification nous procure d’une manière indirecte une donnée de plus pour apprécier l’activité des fonctions du système nerveux.
Les partisans de l’auoxyhémie l’entendent ainsi, et veulent, par conséquent, que cette calorification soit moindre chez l’habitant des altitudes. Paul Bert, sans doute parce qu’il se défiait (?) des données numériques de Jourdanet, puisqu’il no les cite pas pour appuyer son opinion, “entreprend un voyage hardi à la région mobile des hypothèses ” 1 et il nous assure, qu’il imagine que ce qui s’appelle uétat d'acclimatement sur les endroits élevés , lie reconnaît d’autre cause qu’une consommation moindre d’oxygène dans l’économie pour les -combustions organiques.” La somme de calorique qui se dégage par le moyen de ces combustions, devrait être moindre chez l’habitant des altitudes que chez l’habitant des régions basses. C’est aussi l’opinion de Jourdanet, qui attribue à diverses causes la diminution de la caléfaction de l’organisme chez l’habitant des altitudes, à savoir: à la plus grande perte de chaleur par effet de l’irradiation dans un milieu plus diathermane, comme l’est l’air subtil et sec de ces climats, à l’augmentation de l'évaporation cutanée et pulmonaire; à une combustion moins intense au sein des tissus, à cause du repos et du peu d’énergie des fonctions.
1132. La chaleur engendrée pas ces derniers facteurs, ne serait pas capable, d’après Jourdanet, de compenser l’excès des pertes occasionnées par les causes intérieures. 2
La température marquée par le thermomètre placé sous l’aisselle serait, d’après l’auteur de l’anoxyhémio, do 36 à 37 centigrades; elle ne dépasserait pas en général ce dernier nombre, si ce n’est quelquefois de quelques centesimales, et se rencontrerait très-souvent à quelques fractions de degré au-dessous do 36°. Quand l’état maladif, l’état anoxyliémiquo était très accentué chez l’habitant de l’Auahuac, il vit descendre ce chiffre à 35° et demi. 3 On observerait ce phénomène, quand bien même l’aisselle serait dûment abritée.
1133. Aux opinions de ces auteurs nous pourrons opposer de suite celles de Saussure, Mermod, Lortet, Marcet et les observations que nous avons pu nous-mêmes faire à Mexico. Tous ces savants sont d’accord à dire que la température ne baisse pas comme l’affirme Jourdanet.
La moyenne que nous avons rencontrée parmi les Gendarmes de l’armée, nous l’avons obtenue par le moyen d’un thermomètre à maxiina de construction française, employé ordinairement en clinique, dont on avait rectifié la graduation avec grand soin. Après l’avoir placé sous l’aisselle do manière que le réservoir du mercure se trouvât dans la partie la plus profonde de cette partie du corps, l’individu en expérience doublait l’avant
1 Paul Bert. Pression barométrique, page 1111.
2 Jourdanet. L’influence de la pression, pages 321 et suivantes.
3 Ibid.
bras sur le bras et appliquait la paume de la main sur la partie antérieure de la poitrine. Ce thermomètre avait été construit de manière qu’il marquât les degrés eu 10 minutes; et nous le laissions cependant de 15 à 20 minutes.
1134. Dans le tableau suivant nous avons réuni les données fournies par divers auteurs1 qui ont fait leurs observations sur des hommes qui habitaient des régions basses; et à la fin de la série, nous plaçons la moyenne que nous avons déduite de nos observations personnelles.
Auteurs. Température. OBSERVATIONS.
1135. Gavarret 36° 50 à 37° 50
Van Swielen 35 56 *
G. Martine •. 36 67 '
Chisholm 36 H Chez des races distinctes et en divers climats.
John Davy 37 33 180 observations.
John Hunier 37 22.
Despretz 37 09 17 individus de différents âges.
Prévost et Dumas 39 (?) Calorimètre (?)
Wunderlich 36 25 à 37° 5. . Millions d’observalions chez 20000 individus.
Bârensprung 37 08 .
Damrosch 36 95
Lichtenfels 36 908 129 observations sur lui-même.
Froehlich 36 919 161
Ktiss et DuvaP 37
Viault et Jolyel8 36 5 à 37e 25
Beaunis4 36 5 à 37° 6
Herrera et Vergara Lope. .37 14 50 observations. (Tableau N.° 11).
Longet fait observer que le chiffre rencontré par Prévost et Dumas est probablement très élevé.
1136. La température la plus basse que nous avons rencontrée est égale à 36° 1 et nous ne l’avons observée que chez un seul individu. La plus élevée fut de 38° et nous n’en avons vu aussi qu’un seul cas. Ce dernier chiffre nous a été fourni par un alcoolique consuétudinaire qui, malgré son apparence d’état normal, était cependant sous l'influence d’une légère excitation alcoolique: son pouls battait 100 fois par minute. Le sang de ce même individu n’avait que 4510000 globules rouges par millimètre cube. Par conséquent, si nous faisons abstraction de ce chiffre, à canse de son anomalie, la moyenne n’en est pas pour cela plus petite, puis qu’elle est de
Si nous ajoutons à ces observations celles de P. Bert, que nous venons de citer, ainsi que celles de quelques aéronautes, comme Tissandier et Si-
1 Longet. Physiologie, tome II, page 504.
2 Küss et Duval. Physiologie, page 422.
3 Viault et Jolyet. Physiologie, page 354.
4 Beaunis. Physiologie, page 1069.
vel, nous croyons avoir parfaitement bien démontré que Jourdanet, dans * ses appréciations, s’est beaucoup écarté de la vérité.
1137. Nous en appelons an témoignage de tous les médecins qui résident à Mexico, et de n’importe quelle personne qui voudra rectifier ces observations: ils pourront décider de quel côté est l’exactitude des chiffres, de celui de Jourdanet on du nôtre.
Quelques remarques au sujet de l’intensité de la digestion chez les habitants
des altitudes.
La’ limentation, voilà le moyen dont se sert l’homme pour croître et maintenir la constitution histologique et chimique de ses tissus et de ses organes.1 Mais afin que l’alimentation puisse réparer les pertes occasionnées par la dépense de l’organisme, il est indispensable que l’aliment déjà ingéré soit élaboré et digéré convenablement. C’est ainsi que l’absorption et l’assimilation s’effectuent selon le degré requis par ces éléments et ces organes, c’est-à-dire, selon le degré nécessaire à la nutrition générale, à la vie.
1138. La physiologie enseigne la corrélation intime qui existe entre la constitution de l’organisme et les aliments que cet organisme doit ingérer.2 L’aliment est destiné à réparer les pertes de l’économie et à produire une quantité de chaleur équivalant à celle que perdent les tissus: c’est lui qui rend à l’organisme la force dépensée par les appareils de la vie organique et de la vie de relation. Et afin que son utilité soit vraiment réelle et qu’il soit un aliment dans toute la force du terme, l’activité de la digestion doit lui être relative, et l’élaboration de l’aliment doit être parfaite; si le contraire a lieu, il se change en un travail entièrement inutile à l’économie, et souvent non seulement inutile mais même funeste, par ce que loin de favoriser la réparation des forces perdues, il occasionnerait une nouvelle dépense. Il y a donc une corrélation parfaite entre ces phénomènes; et si la mesure de la chaleur animale est le témoignage le plus éloquent de l’intensité des combustions intra-organiques, el des changements chimiques réalisés par l’économie au plus profond de ses organes; ou, ce qui révient au même, si la chaleur animale nous fait connaître l’intensité de V assimilation et de la désassimilation , nous pourrons dire aussi que la mesure de cette chaleur nous fournit la mesure de l’activité digestive, de la même manière qu’elle nous fournit celle de l’activité respiratoire. En effet, afin que l’action comburante de l’oxygène puisse maintenir la vie
1 Arnould. Eléments d’üygiène, page 709.
2 Beaunis. Physiologie, page 356.
des éléments histologiques, il est indispensable que l’organisme s’assimile, proportion gardée, le combustible nécessaire; si le contraire a lieu, la réac- * tion sera incomplète, et la quantité de chaleur qui s’en dégage, plus petite, c’est ce que nous pouvons observer dans l’inanition et dans l’anémie.
1139. Si nous considérons attentivement la démonstration que nous avons donnée dans le paragraphe antérieur, nous pourrons déduire en toute logique, en nous fondant sur les lois les mieux établies du raisonnement et de la physiologie, que l’activité de la digestion se maintient chez l’habitant des altitudes avec la même énergie que chez l'habitant des régions basses et tempérées.1
1140. De ces raisonnements nous en tirerons un puissant argument que nous opposerons à une fausseté propagée par Jourdanet; mais auparavant nous réduirons à peu de mots tout ce que cet auteur affirme dans son livre. “L’influence de la pression de l’air. ...” au snjet de l’alimentation des mexicains et des perturbations gastro-intestinales si fréquentes ¡chez les habitants du Mexique.2
1141. Yoici ce que dit l’auteur de l'anoxyhémie. “L’état anémique généralisé (?) parmi les habitants de l’Anahuac ne peut-être attribué au vice de l’ivresse pourtant si répandu, ni à l’insuffisance de l’alimentation “ parce que s'il en était ainsi, à quelles conditions ne seraient pas réduits les français! L'alimentation des français est incontestablement pire que celle des mexicains." Jourdanet compare ensuite les aliments quotidiens des uns et des autres, en donnant le menu d’un chacun; il ajoute après que le mexicain abuse plutôt des aliments qu’il ne s’en prive. “Les oisifs, les “vagabonds eux-mêmes vont au marché, où les restes recuillis dans les “maisons bourgeoises leur sont vendus ù fort bas prix sous le nom de esca- “ mocha. Pour uno cuartilla (15 centimes) ou en fait un repas avec accom- “pagnement suffisant de pain déniais.” Plût à Dieu qu’il en fût ainsi! Malheureusement cette assertion de Jourdanet n’est pas moins fausse que tant d’autres inventées par cet auteur pour prouver son auoxyhémie. Nous croyons inutile à l’objet que nous traitons d’entrer en discussion sur ce sujet; et s’il y a quelque chose de vrai dans la comparaison que Jourdanet établit entre les quantités d’aliments qtie prenuent les français et les mexicains, qu’on nous permette de faire une question basée sur les connaissances physiologiquès que nous avons rappelées.
1142. Puisque Jourdanet et Paul Bert disent que l’acclimatement sur les altitudes se fait grâce à la diminution générale de l’activité des fonctions, c’est-à-dire, grâce au repos de ces mêmes fonctions; puisque d’après eux l’oxygénation aussi bien que la production de l’acide carbonique sont
1 Jousset prouve en effet que chez les habitants des climats torrides la digestion est moins active que chez les habitants des climats tempérés, et que ce phénomène conserve sa relation avec la langueur de la nutrition de l’organisme propre aux habitants de ces climats.
2 Jourdanet. Op. cit. , page 143 et suivants. §3. Auoxyhémie de forme dyspeptique.
moins considérables puisqu’il y a une vraie économie de n’importe quelle dépense nutritive, doit-on excepter de cette loi générale la seule fonction digestive? Et si cette augmentation des aliments ne répare pas les pertes et ne conserve pas le même degré de puissance d’assimilation, pourquoi donc cette augmentation? Cet organisme avare de conserver l’énergie faible, pour ne pas dire nulle, que lui accorde le climat, dissipe-t-il la force et la chaleur de son tube digestif, en le faisant travailler inutilement? Alors où donc est-elle cette corrélation intime qui existe entre la constitution de l’organisme et les aliments qu’il ingère, et dont nous parlent Beaunis, Jousset et tous les physiologistes? Si nous croyons Jourdanet, à plus forte raison devons-nous croire ce que les lois bien confirmées de la physiologie nous disent, en les interprétant convenablément, c’est-à-dire en donnant comme cause de la consommation pins grande d’aliments chez le mexicain une nutrition plus active aussi.
1143. Toutes ces considérations, fondées sur les connaissances les plus sures de la physiologie, doivent forcément être d’accord avec les enseignements d’autres auteurs. Yoici, en effet, en qnels termes s’exprime Moe- 11er.1 “L’appetit augmente quand on commence à demeurer sur les hauteurs, aussi bien chez les personnes en bonne santé que chez les malades; “au bout d’un certain temps, il revient presque à ce qu’il était dans la
“plaine Le travail de la digestion devient pins facile d’ordinaire; il
"y a des occasions où l’on voit disparaître des constipations tenaces; au "moins pendant un certain temps V assimilation est plus complète, la nutrition est plus active, et l’état général s’améliore habituellement.”
1144. Comme exemple et comme preuve de l’activité de la digestion chez les animaux des grandes hauteurs, nous pourrions citer une espèce de vautour, le Gypaetos barbatus, qui digère des os énormes avec une rapidité incroyable. Un naturaliste observa un de ces Gypaetos avec nne lunette d’approche; cet oiseau, perché sur le haut d’un rocher, attendait qu’il digérât un os très gros dont une partie sortait encore du bec, et pénétrait peu à peu, à mesure qu’il digérait la partie qu’il avait ingérée.
1145. On pourrait nous objecter qu’à Mexico prédominent les affections du tube intestinal, et que par conséquent ces maladies doivent avoir une cause très générale, comme doit l’avoir l’anoxyhémie de forme dyspeptique dont nous parle Jourdanet. Rien de plus facile que de résoudre cette objection. Nous répondrons en premier lieu, puisqu’il s’agit de Mexico, que chez les populations rurales et petites de nos plateaux, ces affections n’y sont point du tout fréquentes; ensuite, ces maladies sont plus communes dans les régions chaudes et busses, un peu moins dans les climats tempérés, et moins encore dans les climats froids, qui sont les plus élevés.2
1 Revue des Questions Scientifiques. Bruxelles, tome V, Avril, 1894, page 393.
2 Geografía Médica de la República Mexicana, por el Dr. Domingo Orvañanos. México, 1889, págs. 173 y siguientes.
Le Conseil Supérieur de Salubrité du District Fédéral, en vue du chiffre énorme de la mortalité causée à Mexico par la diarrhée, nomma une Commission, laquelle, après en avoir recherché les causes avec le plus grand soin, rédigea les conclusions suivantes:
1. ° “Cette mortalité se présente d’ordinaire chez les enfants en bas- “àge; la cause en est une alimentation inconvenable , et impropre à l’état “des voies digestives. (Sevrage prématuré, allaitement maternel uni à “d’autres aliments qui ne conviennent pas encore).
2. ° Elle est plus fréquente parmi les enfants du bas peuple. La pauvreté, le manque de culture et de moralité en sont les causes principales.
3. ° Parmi les adultes, c’est V alimentation impropre, Vabus de matières “ picantes (Capsicum) et du pulque (boisson faite avec le jus fermenté de “l’Agave ou Maguey), qui produissent la mortalité; ces causes font sentir “leurs effets surtout chez le bas peuple, où la mortalité n’est cependant “pas si terrible que chez les enfants, pour les raisons que nous avons déjà "exposées.
4. ° Dans un grand nombre de cas, les affections intestinales apparaissent indûment comme la cause do la mort, parce qu’on ne tient pas compte
‘“très souvent de la maladie principale, et qn’on prend comme canse nni- “que de la mort ce symptôme (diarrhée) ce qui ôte toute sa valeur à la “statistique.”1
1146. En outre de ces causes générales, sur lesquelles la Commission mentionnée appelle l’attention, le Dr. Orvaûanos prouve la grande influence qu’exerce également sur ce genre de maladie une foule d’autres causes dont nous allons entretenir nos lecteurs, en ne prenant que celles qui n’appartiennent qu’aux habitants de la ville de Mexico. Les voici: Insuffisance de l’eau potable pour la consommation journalière des habitants de Mexico; abondance de certains sels minéraux dans cette eau; infection de la même eau; dans quelques casernes de la Capital infection de l’atmosphère respirable par les émanations des égouts mal disposés, ou manque absolu de ces mêmes égouts.2
Toutes ces raisons s’appuient sur la longue expérience de cet ancien et savant médecin mexicain, et sur les conclusions du Dr. Peilafiel qui les expose dans son étude sur les eaux potables de la ville de Mexico.
1147. Yoici ces conclusions:
1 Estudio especial sobre las causas de las afecciones gastro-intestinales que dan un con. tingente demasiado elevado en la mortalidad de la Capital, por los Drs. Antonio Romero, Tobías Nuñez, Vicente Morales y Manuel Gutiérrez. (Cette information n’a pas été publiée et elle se trouve aux archives du Conseil Supérieur de Salubrité du District Fédéral). Nous avons extrait ces conclusions de celles que le Dr. Orvañanos a publiées dans son ouvrage de Geografía médica, si souvent cité par nous.
2 Orvañanos. Op. cit. , loc. cit.
1. ° “Les eaux potables sont conduites sur des aqueducs et distribuées aux fontaines publiques dans des conditions hautement défavorables à la salubrité publique.”
2. ° “Les eaux clarifiées qui arrivent à la capitale par les aqueducs de San Cosme et delà Tilla de Guadalupe, ont tous les caractères de celles qui courent sur le versant des montagnes et dans les terrains cultivés.”
3. ° “Les eaux potables ramassent dans leurs cours les matières organiques et gazeuses de l’atmosphère marécageuse des environs do la capitale et les différentes sortes de poussière qui sont en suspens dans l’air.”
4. ° “Les eaux clarifiées de Santa Fé et des Leones, sont employées, dans leurs cours long et découvert, au lavage du linge, et se chargent, par conséquent de toutes leurs immondices, et il peut se faire aussi, qu'elles contiennent les germes de maladies infectieuses .”
5. ° “L’eau épaisse de Chapultepec court sur des aqueducs ouverts et situés entre des canaux qui dégagent des gaz et des émanations putrides.
6. ° “La distribution des eaux potables manque d’un récipient situé à une hauteur convenable pour produire dans les canaux une pression hydraulique qui puisse empêcher le mélange périlleux des eaux potables avec les liquides fécaux des égouts.”
7. ° “La température des eaux clarifiées participe des hautes oscillations de la chaleur atmosphérique, qui sont moindres dans l’eau épaisse et dans les puits artésiens.”
8. ° “Les fontaines publiques construites au temps du gouvernement des vice-rois sont ouvertes à l’intempérie et remassent les matériaux organiques de l’air vicié de l’intérieur de la ville, et tous ceux que lui apportent les vents du lac de Texcoco.”
9. ° “La quantité insuffisante de l’eau pour 300000 habitants doit être considérée comme le premier facteur permanent de l’insalubrité de la ville; la quantité de matériaux organiques et le mélange des eaux potables avec les déjections des égouts entrent à la catégorie des causes de la mortalité élevée de la Capitale.”
1148. Au temps où Jourdanet vivait à la Capitale, toutes ces causes étaient beaucoup plus considérables qui l’époque où le Dr. Peùafiel écrivait ces conclusions, et c’est ce que nous indique le même Jourdanet dans plusieurs paragraphes de ses ouvrages. Il dit cependant que l’infection du sol et de V atmosphère de la ville de Mexico est inoffensive (! ! \)pour les mexicains. 1 Qui doue des deux auteurs a raison et de quel côté trouverons-nous la vérité? Outre ces causes très générales et suffisantes à produire l’étiologie des affections gastro-intestinales dans la ville de Mexico, il y en a une autre qui, bien que moins étendue, ne laisse cependant pas d’influer sur son développement. Nous vonlons parler de l’abus des boissons alcooliques qui malheureusement se généralise de plus en plus.
1 Jourdanet. Op. cit. , page 486 et suivantes.
1149. On sait parfaitement bien qne cet abus fait sentir ses effets, non seulement en produisant d’une manière directe les phlegmasies du tube intestinal mais aussi en engendrant des lésions inflammatoires aigiies on chroniques de la glandule hépatique, et conséquemment, les dyspepsies qui accompagnent toujours ce genre de perturbation.
* 1150. Jourdanet répond fort ingénument à ses adversaires qui lui di-
sent que l’ivresse, vice très généralisé parmi le bas peuple de Mexico, influe sur l’étiologie des maladies gastro-intestinales. Yoici ses propres paroles:
“En admettant comme incontestable la faiblesse des habitants de l’Ana- “huac, mes contradicteurs affirment que l’altitude ne contribue nullement “aux causes qui la produisent. Ils l’expliquent par les vices cachés, l’ivro-
“gnerie et l’alimentation insuffisante Ils disent que l’alimentation est
"insuffisante, et que cela explique la décadence physique des habitants dn “plateau. Si c’était vrai, à quelles conditions devraient être réduits nos pro- “pres compatriotes! Car l’alimentation des français, en général est incon- “testablement plus mauvaise.”
“Tous avez nommé l’ivrognerie. Mais de quelle classe d’hommes par- "lez-vous? Je puis me flatter d’avoir été consnlté par des gens de tout sang. “Ma clientèle a été nombreuse, certainement. Je ne me souviens pas d’avoir "en à y réprimer bien souvent l’nsage immodéré de leur boisson favorite, “le pulque. Pour ce qui est du vin, j’ai dû quelquefois en réclamer l’usa- “ge avec instance; jamais je n’ai eu l’occasion d’en blâmer l’abus. Quant "aux liqueurs, elles produisent nu tel malaise, que leur habitude est rare- “ment le fait des gens du plateau.”
Nous devrions nous montrer extrêmement sévères en réfutant de semblables inexactitudes qui se sont répandues d’nue manière incroyable, sans que leur auteur ait cru en recevoir un démenti universel, comme on aurait pu le lui infliger le jour suivant à leur publication.
Mais nous croyons qu’il suffira de présenter les données suivantes que nous prenons de la statistique que nous avons sous la main.
1151. Introduction de boissons nationales et étrangères à la ville de Mexico
pendant le courant de l’année 1890 á 1891.'
Quantité Quantité en kilogr.
Boissons. . de tonneaux. sans les tonneaux.
Pulque Bachique ’ 5190884
Pulque fin:
En tonneaux de 90 cenls. de haut sur 88 cents, de diamètre. . 271568 74952768
Dans des peaux de 50 kilos 27359 1340591
Dans des peaux de 50 ,, 413 20237
En tonneaux de dimensions diverses 25615 5123200
En tonneaux de dimensions diverses 4300 860000
Dans des peaux 595564 30969328
Dans des peaux 79495 4133740
Quantité totale de 'pulque 122590748
Vins rouges du pays en tonneaux 1615664
,, ,, ,, de différentes classes 39454
Bière nationale 672043
Vins étrangers 1817592
Bière et cidre étrangers 276650
* Autres liqueurs étrangères 16186 3
1152. Dans cette liste nous n’avons pas compris les différentes classes d’eau-de-vie et de liqueurs fortes de canne à sucre, de pomme, de pulque ( mezcal et tequila) de raisin etc., que le bas peuple consomme tous les jours. Si on désire de plus amples renseignements à ce sujet, on peut consulter le Bulletin de statistique que nous venons de citer.
La population de la ville de Mexico, d’après ce même Bulletin, est de 326913 habitants.
Le chiffre qui indique la quantité de pulque , que nous avons calculée nous-mêmes, d’après les données de cette statistique, s’accorde parfaitement bien avec celui que Mr. Segura donne comme moyenne annuelle des quantités introduites à la capitale pendant la durée décennale 1879 à 1889.
Ce chiffre esl de 1306919 hectolitres.
1153. D’après ce même investigateur, en 1889 on introduisit à la Capitale 3613 tonneaux de mezcal (eau-de-vie fait avec le jus du Mezcal, Agave mexicana) qui contenaient 514701 kilogr.4
1 Beletin Semestral de la Dirección General de Estadística de la República Mexicana, á cargo del Dr. A. Peñafiel. Ministerio de Fomento, México 1892, págs. 122 y siguientes.
2 On appelle pulque une boisson faite avec le jus de l’agave ou maguey; si ce jus n’est pas fermenté, il prend le nom de pulque llachiqtie.
3 Segura. “Le Maguey." Mexico, 1891, page 39.
4 Ibid., page 180.
Cette liqueur très forte est très recherchée par le peuple.
Après toutes ces explications que nous Tenons de soumettre à nos lecteurs, nous sommes en droit d’assurer que les perturbations gastro-intestinales très étendues et très mortifères parmi les habitants de la Tille de Mexico, et qui servirent d’exemple et de motif aux conclusions de Jourdanet, reconnaissent des canses étiologiques différentes, et qu’on ne peut, en aucune manière, les attribuer à une cause éloignée et presque unique, comme l’est cette atonie que Jourdanet décora du nom pompeux d’anoxyhémie de forme dyspeptique des altitudes.