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L’étude de l’influence de l’air raréfié, ou bien

2. ° L’étude in vitro de l’influence de l’air raréfié, en faisant en sorte de reproduire au laboratoire les conditions des altitudes.

Pour arriver au premier de ces buts, il n’est besoin ni de précaution, ni de conseil d’aucune espèce; pour arriver au second, c’est-à-dire, pour déduire de ce que l’on voit au travers du cristal de la clocîie pneumatique ce qui a lieu dans l’organisme sur les altitndes, et pour savoir s’il y a des êtres capables de s’adapter à une atmosphère raréfiée, il faut remplir certaines conditions:

1190. — 1.° On ne doit pas se séparer des conditions naturelles, en soumettant les organismes à une décompression qui n'existe sur aucune montagne de la terre. Et c’est précisément parce qu’il ne s’est pas assujetti à cette condition, que Paul Bert a fait un grand nombre d’expériences qui ne servent absolument de rien pour savoir ce qui se passe sur les altitudes. Il est inutile que les organismes soient soumis tout d’abord à une pression de moins de 30 centimètres: dans quelle partie du monde, en effet, a-t-on rencontré des créatures qui vivent à plus de 7402 mètres d’altitude? On affirme que le Condor seul est capable d’arriver à cette hauteur; en tout cas, que l’on fasse l’expérience avec des Condors, quand on voudra étudier V action prolongée d’une raréfaction de 30 centimètres. Mais Paul Bert et d’autres expérimentateurs s’arrangent de telle sorte, que les décompressions sont de 60 centimètres, par exemple. C’est comme si on lançait un chien avec une telle force qu’il arrivât presque aux limites de l’atmosphère terrestre, ou mieux encore, c’est comme si en quelques secondes on l’envoyait là où la pression fût de 0 centimètre, c’est-à-dire, aux espaces interplanétaires.

Ensuite ces expérimentateurs déduisent que les êtres des altitndes ne se sont pas adaptés, qu’ils sont anémiques et languissants, parce qu’ils vivent à une pression qui est de 20 à 30 centimètres moindre que la pres-

sion normale. Raisonner de la sorte, c’est tout simplement tomber dans l’erreur et c’est mépriser les lois les pins élémentaires de la logique. Tous les êtres qui ne peuvent vivre dans la vide, bien que ce vide ne soit que relatif , peuvent vivre sur les altitudes. Et par conséquent, tous les êtres qui peuvent vivre parfaitement bien sur les altitudes, ne peuvent pas vivre dans le vide, bien que ce vide ne soit que relatif, comme certains expérimentateurs ont l’habitude de le faire.

1191. Paul Bert dédaignait l’étude de la raréfaction peu considérable, et en général il n’avait aucune difficulté à se servir d’une pression beaucoup plus basse qu’il n’était nécessaire. Il disait, en effet, qu’une raréfaction faible ne donnait que des résultats peu appréciables; pour étudier, v. g. la température du corps, il soumit un cochon d’Inde à une pression de 25 et de 22 centimètres, pendant une heure; il en laissa un autre pendant quatre heures, sous une pression de 21 à 11 centimètres. Le plus haut sommet do l’Hiinalaya, couvert de neiges perpétuelles, n’a pas une pression de 11 centimètres, puisque cette pression, à 7402 mètres, ne peut être que de 30 centimètres. Cependant Paul Bert observa que la température des cochons d’Inde baissait, mais il en attribua faussement la cause h l’influence de l’air raréfié; donc, c’est ci priori que Jourdanet a déduit que la température de l’homme était moins considérable au Mexique qu’au niveau de la mer. C’est comme si nous disions: l’organisme se refroidit sous une pression de 11 centimètres, donc il doit se refroidir sous une pression de 58 centimètres, qui est précisément celle de Mexico. Belle manière de raisonner, en effet! En voici un autre exemple.

Eu Russie les soldats français mouraient sous l’influence d’une température de —35°, qu’ils ne pouvaient supporter pour plusieurs motifs, (manque de nourriture et de vêtement), et c’est ce qu’affirme le physiologiste Béclard. Donc, dans do semblables circonstances, ils n’auraient pas pu résister à une température extérieure do +12°: ils meurent h —35° donc ils doivent mourir à + 12°: la différence est égale à 47°, cette même différence de 47 est aussi celle qu’il y a entre les pressions de 11 et de 58 centimètres.

1192. — 2..° On ne doit pas soumettre les organismes à l’action de la raréfaction dans des appareils fermés: la ventilation est indispensable. Quelques expérimentateurs, ne faisant, aucun cas de cette condition, ont commis une foule d’erreurs: ils croyaient observer une espèce de mal des montagnes du au manque de pression, quand ils n’avaient devant eux que de vulgaires phénomènes d’asphyxie. Il faut absolument calculer le volume des récipients, la quantité en poids de l’air qui circule dans l’appareil; alors, en connaissant déjà le poids de l’oxygène que consume chaque animal, on pourra connaître s’il peut supporter la raréfaction sans qu’il y ait à craindre l’asphyxie.

1193. En outre, il convient que dans l’appareil circule un poids d’air

double de celui qui est nécessaire à la consommation des sujets sur lesquels on fait les expériences.

Pour appuyer ces mêmes principes généraux, nous rappellerons que Paul Bert lui-même a dit “que dans un courant d’air pur les animaux arrivent à s’adapter à un degré de raréfaction qu’ils ne pouvaient supporter au commencement.” Dans les mines de Zacatecas (Mexique) on a observé que les ouvriers peuvent rester dans une galerie qui contient de l’air très pauvre en oxygène, si on a soin de renouveler cet air, tandis que dans une atmosphère immobile, quand bien même elle contiendrait une plus grande quantité d’oxygènè, les bougies brûlent avec plus de difficulté et les ouvriers s’y trouvent mal à l’aise. (Yid. § 911).

1194. — 3.° Les organismes ne réagissent pas de la même manière quand les changements de pression sont lents ou rapides, durables ou momentanés. Il faut qu'il passe un certain temps pour arriver au maximum d'adaptation.

Il n’y a pas que l’air raréfié et les conditions des altitudes qui puissent provoquer une adaptation qui ne soit pas momentanée; n’importe quel agent climatérique peut produire cet effet. Personne n’a vu que les animaux ou les végétaux des régions équatoriales conduits aux régions arctiques, aient acquis en un seul jour les mécanismes organiques componsateurs, ou bien, une fois acquis, qu’ils les aient aussi perdus eu un seul jour, en revenant aux conditions du tropique. C’est tout le contraire qui passe, et c’est ainsi qu’on voit le Yack et les Lamas dos altitudes glacées souffrir beaucoup de la chaleur et même mourir avant de s’adapter aux conditions des régions basses. Nous dirons maintenant que Paul Bert n’a jamais expérimenté l’action prolongée de l’air raréfié, et il ne lui aurait pas été facile d’y arriver, en se servant d’une pompe h vapeur. Il soumettait ses animaux à une décompression brutale, soudaine, sans les y préparer en aucune manière, et il terminait ses expériences après quelques minutes et quelquefois après quelques heures. Ce n’est pas ainsi qu’on doit s’y prendre pour étudier l’action propre aux milieux vitanx, parce que si c’était là le moyen, on arriverait à d’étranges résultats, et ou verrait que los faits de l’observation de la nature seraient démentis par les expériences, et vice-versa: on serait en présence d’une contradiction perpétuelle.

1195. Toutes les influences des hauteurs, si nous les étudions ainsi, apparaîtront toujours comme fatales aux organismes. Rappelons que même les animaux de température variable, peuvent souffrir de considérables oscillations de la température extérieure, mais ils exigent toujours des pauses inévitables; la congélation doit être lente, de même que le passage à la température normale. L’Axolotl, par exemple, peut se convertir en animal terrestre, d’aquatique qu’il était auparavant; mais si ou lui fait changer de milieu brntalement, comme on l’observe dans les expériences

de Paul Bert, et si on le passe subitement de l’eau à la terre sèche, on verra qu’il ne peut ni se transformer, ni s’adapter; alors, doit-on donc en déduire que ce Batracien est condammé à ne vivre que dans l’eau et ne peut nullement s’accommoder aux conditions de la vie terrestre?

On dirait que la nature elle- même fait ses expériences, en concédant au temps ce qui lui appartient; elle paraît faire ses essais avec calme, prudence et sans précipitation; on croirait qu’après quatre époques géologiques d’incessantes transformations elle n’ose encore mettre un point final à ses travaux sans fin: les modifications écologiques se succèdent avec tant de lenteur, que l’homme, cette créature qui vit si peu, ne peut les observer.

Voilà pourquoi Paul Bert déduit de ses expériences que le manque de quelques centimètres de pression est funeste, tandis que Regnard démontre que les organismes luttent pour s’adapter, et finissent par triompher. Le premier de ces expérimentateurs ne voulut pas faire entrer le temps comme facteur de ses expériences; Regnard, au contraire, sut en apprécier la valeur. M. Pliilippon, de son côté, a expliqué une foule de particularités au sujet des effets de la décompression avec ces seules paroles: “Il faut un certain temps pour que les gaz accumulés puissent se dégager et ne forment pas d’embolies.”

1196. En résumé, pour que les expériences soient fructueuses, il faut que les décompressious ne soient pas momentanées, et que les animaux disposent d’oxygène, raréfié il est vrai, mais équivalent à celui de l’atmosphère des altitudes, (7402 mètres). Re pas oublier non pins que la ventilation dans l’intérieur des appareils, soit bonne et convenable.

Si nous nous trompons en établissant ces conditions, la preuve expérimentale de nos théories n’est d’aucune valeur; mais si nous ne nous trompons pas, la base expérimentale de la théorie de Jourdanet est par conséquent détruite.

Appareils aspirateurs.

1197. Trompes d’eau.1 Ces appareils se construisent d’après trois principes différents. Dans quelques-uns qni ne sont que l’imitation des trompes catalanes et de celle de mercure de M. Sprengel, on utilise l’aspiration produite par l’accélération de la vélocité que prend une masse d’eau pendant sa chute. (Trompe de Bunsen). Dans les antres, les gaz sont entrainés par une veine liquide qui traverse l’instrument avec une vélocité

1 G. Jungfleisch. Manipulations de chimie. Paris, 1886, page 527.

Planche 99

1 Trompe de Bunsen.

2 Trompe à grand courant.

Planche ioo

considérable. Ce sont celles qui sont le plus en usage. Il existe aussi une trompe à pulsations, ou trompe sirène, inventée par M. Jagno.

1198. T rompe de M. Bunsen. (Planche 99, U.° 1). — Une tube droit cib , en plomb, de 8 millimètres de diamètre et de 12 à 14 mètres de longueur est fixé verticalement et communique avec un récipient on verre RR'; il reçoit l'eau par un conduit t, dans lequel on peut régler le passage du liquide par le moyen du robinet e'. Au point R, on a soudé au récipient un tube de verre l. p. N. qui pénètre en l. presque jusqu’au fond de ce même récipient et qui est soudé par son extrémité ??. à un second récipient M. U.: celui-ci est muni dans ses côtés de deux tubulures; l’une A, sert à faire communiquer la trompe avec le récipient où s’opère le vide; l’autre la fait communiquer avec un baromètre à siphon, de 80 centimètres de hauteur h h h, qui permet de connaître la pression qu’il y a en M. R., et par conséquent, dans le réservoir. Si l’on ouvre le robinet e, l’eau circule par le tube ab, et tend à prendre dans sa chute une vélocité qui va en grandissant et qui aspire énergiquement l’air contenu en RR’, qui s’échappe avec elle sous la forme de bulles divisant la colonne liquide, et comme le récipient R R' communique avec M. R. par le tube L p. n., et par conséquent avec le réservoir où se fait le vide, l’égalité do pression s’établit aussi dans tout le système. La raréfactiou qu’on peut obtenir est limitée par la tension de la vapeur d’eau, qui varie avec la température; cette tension oscille eu France entre 7.10 et 12 millimètres. Le réservoir M. R. Sert à recueillir la petite quantité d’eau qui, au moment où l’on suspend le courant, pourrait passer de la trompe au réservoir; on ouvre de temps en temps le robinet v pour la faire sortir.

Toutes les jointes sont en caoutchouc très gros que l’inégalité des pressions ne peut déprimer. Il convient aussi qu’il y ait un second robinet e, pour obtenir de suite le passage nécessaire du liquide et le maximum de travail. Le robinet e' ne sert qu’à empêcher ou à produire le passage

de l’eau.

1199. Cette trompe fonctionne très bien, mais elle a une hauteur considérable et a besoin d’une installation spéciale. On l’alimente avec de l’eau sans pression, ce qui offre souvent de grands avantages. Yoilà pourquoi on l’emploie, par exemple, dans les étages supérieurs, ou bien quand on peut introduire le tube de plomb dans la terre.

1200. Trompe à vide. (Planche 100). — Elle a été inventée presque simultanément par M. Christiansen et par M. H. Lasne; celui-ci l’a étudiée méthodiquement et a prouvé l’avantage qui résulte des jointes divergentes qu’on y ajoute. Un modèle des plus généralisés est celui de M. Alvergniat. L’eau doit avoir une pression très forte, pour le moins égale à 10 ou à 11 mètres; elle arrive par un tube en verre et s’échappe pftr un orifice circulaire qui a 1 ou 2 millimètres de diamètre, eu formant une veine cylindrique et régulière qui penétre dans un cône en verre très allongé, dont

l’axe coïncide exactement avec l’axe de la veine. La relation des diamètres des deux orifices de sortie est telle que la veine liquide s’introduit dans le cône inférieur sans toucher les parois de verre. Dans ces conditions, le liquide entraîne l’air contenu en A et l’expulse par D. Cependant l’action mécanique produite ainsi est très limitée, puisque de suite qu’il existe une différence notable de pression entre l’atmosphère extérieure en A et l’atmosphère en D, l’air entre par D et refoule l’eau. On évite cet inconvénient en introduisant dans l’eau le tube D', ou en exerçant dans le même endroit une faible résistance: aussitôt le liquide mouille la paroi du cône b. c., et le gaz ne peut plus exécuter un mouvement rétrograde. Quand la raréfaction en a. b. est suffisante, la forme divergente des tubes ajoute une nouvelle force à celle qui provient de la rapidité dn passage du liquide, conformément à un principe de mécanique bien connu. Si les deux cônes a. et b. sont renfermés dans une enveloppe qni limite l’atmosphère où agit le mouvement d’aspiration, le vide se fait peu à peu: il suffit donc de communiquer cette enveloppe avec n’importe quel réservoir pour que l’air qu’il contient se raréfie progressivement. La tension de la vapeur d’eau est, comme dans la trompe de Bunsen, la limite de la pression.

1201. Pour empêcher que l’eau ne passe au réservoir, ou introduit l’orifice inférieur de la trompe, au-dessous de D', dans un verre plein d’eau: la fermeture hydraulique qu’on obtient ainsi suffit à assurer le fonctionnement de l’appareil. On peut aussi souder à l’orifice D' un petit matras ovoïde, avec un tube latéral un peu étroit: la vélocité du liquide dans le récipient suffit à empêcher tout mouvement rétrograde. Cette première disposition est la plus simple et aussi la plus sûre, mais elle exige l’usage d’un verre qu’on ne trouve pas partout. La seconde doit être préférée quand l’instrument est bien construit: on peut conduire à l’endroit de l’échappement l’eau qui sort de la trompe, par le moyen d’un tube de caoutchouc à diamètre assez grand qui laisse passer le liquide sans lui opposer une grande résistance.

D’ordinaire la trompe est enfermée dans un étui de bois ou de métal que l’on fixe au mur: ou assure qu’aiusi l’instrument demeure fixe et à couvert des coups. Mais les étuis empêchent qu’on 11e puisse surveiller la trompe; ils la rendent en outre plus pesante et plus difficile à transporter. Il faut mieux la laisser sans enveloppe et l’attacher directement û un robinet d’eau. Ou la met en communication avec celle-ci par le moyen d’un tube de caoutchouc qu’011 doit renforcer avec une ficelle mince ou avec dos morceaux d’étoffe, car autrement il éclaterait par effet de la pression de l’eau. Il est bon aussi que l’embouchure de la trompe ait aussi plusieurs nœuds pour empêcher qu’elle 11e s’échappe de la pression des attaches ou amarres. Celles-ci doivent être faites avec du fil de cuivre, parce qu’elles sont plus fortes et se font plus rapidement.

Une trompe de cette espèce, bien disposée et alimentée avec nue pression d’ean suffisante, fait promptement un vide considérable, mais elle n'extrait qu’un volume fort limité de gaz. Dans nos expériences, la trompe ne pouvait absorber que moins de 11 litres par minute. En augmentant les dimensions de l’instrument, on n’augmente pas proportionnellement son rendement. Pour y arriver on doit user ensemble deux trompes mises en communication avec un tube ou un robinet qui ait trois voies.

1202. Il est très important de ne pas suspendre le passage de l’eau avant d’avoir supprimé toute communication de la trompe avec le réservoir où s’opère le vide. J ungfleisch conseille d’interposer entre ce réservoir et la trompe un robinet qu’on doit fermer aussitôt qu’on interrompt le courant d’eau. Hous verrons plus loin un mojen plus pratique et non moins efficace. Quand on veut arriver il un haut degré de raréfaction l’eau doit pénétrer dans la trompe sous une pression qui ne doit pas subir de grandes variations, parce que si la pression et la vélocité viennent à diminuer, l’eau est refoulée au récipient. Quand la trompe s’obstrue par suite de concrétions calcaires, on peut la nettoyer avec un peu d’acide chlorhydri pie.

1203. Trompe ci grand courant. (Planche 99, N.° 2). — Quand il s’agit d’aspirer de grands volumes de gaz sous une décompression relativement peu forte, on doit modifier la trompe d’Alvergniat, qui ne dépense, à l’air libre, que quelques douzaines de litres par heure. Pour avoir une trompe qui puisse aspirer un volume de gaz plus considérable, on fixe h l’extrémité A du tube A B bien droit, de 15 milliin. de diamètre et d’un mètre de long, un autre tube qui donne une veine d’eau cylindrique, de 3 à 4 millimètres de diamètre. Une tubulure T sert à faire pénétrer dans l’appareil l’air aspiré: celui-ci arrive du réservoir par un gros tube de caoutchouc M. T. Dans ces conditions, si la trompe est bien construite, l’eau passe exactement par 1 ’axe du tube en verre, sans en toucher les parois. L’extrémité inférieure du tube en verre est submergée dans un réservoir rempli d’eau. Quand la trompe est bien construite, et que l’eau a une pression de 10 à 12 mètres, l’appareil aspire plus d’un mètre cube par heure, avec une décompression de plusieurs centimètres de mercure. L’appareil consomme une grande quantité d’eau, qu’on peut réduire dans les appareils en métal, en donnant à la veine liquide une forme qui augmente sa superficie, et par conséquent sou contact avec l’air. On y adapte un ajutage avec une perforation en forme de croix, ou bien avec plusieurs trous petits et nombreux, ou bien encore avec une ouverture circulaire.

1204. Pompe sirène. Cet instrument fort ingénieux est dû à M. Jaguo.

On sait que quand une niasse d’eau passe par un conduit, si on la détient d’une manière brusque, elle exerce pendant un temps très court sous rinflilonce do la vélocité qu’elle a acquise, une pression énergique sur les

parois du tube, et que le vide se fait dans la paroi opposée. On observe ce double phénomène quand on ferme brusquement la clef d’un canal où l’eau circule avec rapidité; il se produit alors un bruit connu sous le nom de coup de bélier. Montgolfier en utilisa la pression dans son bélier hydraulique, et la décompression fut l’origine de la pompe sirène. Dans cet instrument on obtient les interruptions par le moyen d’un tube de caoutchouc de 8 millimètres de diamètre intérieur et de 1 mm 5 d’épaisseur. Ce tube est recourbé dans un endroit et se prolonge ensuite verticalement: l’orifice de sortie est dirigé en bas. Sous l’influence de l’accélération de la vélocité, due à la chiite de l’eau dans le tube vertical, il se produit une aspiration qui aplatit le tube à l’endroit où il prend la forme de coude, et c’est ainsi qu’il se produit une suspension momentanée de l’écoulement; mais comme l’eau sort toujours par la clef, la pression se rétablit et le tube de caoutchouc s’ouvre de nouveau. Le vide se fait d’une manière instantanée sous le coude, à chaque pulsation du tube. Si en cet endroit on place un tube en verre avec une soupape qui ne s’ouvre que do dehors en dedans, on peut faire le vide dans n’importe quel récipient qu’on aura mis eu communication avec ce tube. On arrive ainsi au même degré de décompression qu’avec les trompes d’eau, et ce degré est déterminé, comme on l’a déjà dit, par la tension de la vapeur d’eau.

1205. Trompes faciles à construire. On ne peut pas tonjours se procurer des appareils que vendent les fabriquants; ils n’arrivent pas non plus toujours au temps voulu, surtout quand on travaille loin des centres scientifiques, et il arrive même très souvent qu’après avoir attendu plusieurs semaines, ou reçoit pour toute réponse “qu’il n’y a pas de trompes.” C’est ce qui nous arriva quand nous demandâmes aux Etats-Unis deux trompes d’Alvergniat dont on devait joindre l’action à celle d’autres appareils. Après avoir pesé ces difficultés, nous voulûmes les éviter autant que possible, eu essayant d’imaginer un appareil aspirateur qu’on puisse construire avec un nombre restreint d’éléments.

1206. Nous commençâmes par adopter un modèle très semblable à l’injecteur Giffard. (Planche 101).

Ou prend un tube de sûreté; on le coupe pour n’utiliser que la partie élargie et un petit morceau de tube (A B).

On adapte à la partie élargie un bouchon en caoutchouc c. d. qui ferme hermétiquement, avec deux perforations, une grande pour laisser passer le tube cylindrique, et une petite, de forme oblique, pour laisser passer le tube g. Celui-ci doit-être plus mince vers le bout, en sorte que son ouverture inférieure soit 4 ou 5 fois plus petite que la supérieure. On introduit dans le bouchon les deux tubes f et <7, en ayant soin de les faire entrer par frottement fort; ensuite on fixe le bouchon en A, dont on mastique les bords; 011 place le tout sur une grosse planche, où 011 le rend stable par le moyen dos agrafes i, h, k et l. Le clou J empêche que le bou-

Planche loi

Planche 102.

chon ne santé. Le tube f communique avec la clef d’eau, le tube g avec le récipient où s’opère le vide; enfin, le tube n est en communication avec le canal de sortie de l’eau.

Quand on ouvre la clef, l’eau passe par /*, acquiert une grande vélocité en passant par m, endroit où le tube devient plus étroit, et entraîne l’air du tube g et du récipient. Pour achever l’appareil, on fait communiquer le tube g avec un manomètre de mercure, on ouvre la clef de l’eau, et on introduit ensuite plus ou moins la pointe de g dans le point m, où le tube devient plus étroit, jusqu’à obtenir le maximum de décompression; c’est alors qu’on fixe le tube dans sa position définitive avec un peu de plâtre calciné délayé dans de l’eau et qu’on appliquera en i.

Il convient que le tube d’échappement pénètre en n dans un récipient qui contiendra de l’eau.

Cette trompe est très économique et n’offre aucune difficulté pour sa construction; elle n’a qu’un défaut; la fragilité. Pour éviter cet inconvénient, on peut couvrir une grande partie de l’appareil avec de la cire fondue, qui se solidifie assez quand elle se refroidit.

1207. De même que l’appareil d’Alverguiat, elle exige une grande pression d’eau. La ventilation et la raréfaction qu’elle produit sont suffisantes *pour mener à bonne fin les expériences de physiologie semblables à celles que nous faisons. Quand les cloches, où l’on renferme les animaux, sont très grandes, il est nécessaire d’user plusieurs trombes à la fois.

1208. Nous reproduisons ici la disposition de la trompe d’Alvergniat afin que chaque expérimentateur puisse fabriquer les instruments dont il a besoin, avec économie et rapidité.

On commence par amincir les bouts de deux tubes en verre; on les coupe ensuite de telle sorte que l’ouverture de l’un soit de 1 à 2 millimètres et puisse pénétrer dans l’ouverture de l’autre avec une certaine amplitude. Le tube B doit pénétrer dans le tube D, un peu moins d’un millimètre. Il est tont-à-fait indispensable que ces deux tubes soient parfaitement droits.

On coupe ensuite un fragment du cou d’un matras, ou bien on prend un tube en verre AA', avec un diamètre qui doit être le même que celui qui est indiqué dans le dessin. Il est très important que ce tube soit en verre et à parois assez grosses. Dans l’embouchure A, on adapte un bouchon de caoutchouc qui doit avoir deux perforations, une au centre et assez grande pour laisser passer le tube F, et une autre latérale plus petite où passe le tube E. Ces deux tubes doivent y pénétrer par frottement fort.

Dans l’embouchure A on adapte un bouchon de caoutchouc avec une seule perforation pour y faire passer le cône D.

On fait communiquer le tube F avec la clef de l’eau, et le tube E avec le manomètre de mercure; on fixe et on mastique le tout en A, de manière qu’aucun ajutage puisse se mouvoir. C’est alors qu’on place le bouchon

au point A, qu’on ouvre la clef de l’eau, qu’on introduit le tube D daus le tube E, petit à petit, jusqu’à ce que la colonne du manomètre arrive à sou maximum ascendant, en ayant soin que l’eau 11e cesse de s’écouler ni un seul moment. C’est alors que l’on fait que la veine liquide qui sort par b, entre par c, sans toucher les parois du tube D; ou arrive à ce résultat en introduisant de petits coins entre le bouchon et la paroi du tube AA', afin de modifier la direction du cône D. Pendant ce temps-là l’extrémité H est submergée dans un récipient où il y aura de l’eau. Après avoir incliné plus ou moins le cône D, on arrive au maximum de décompression dans le tube mauomètrique, quand la veine liquide passe par l’axe de D. On fixe alors celui-ci. ainsi que le bouchon inférieur avec un peu de plâtre, ce qui n’offre aucune difficulté, puisque les coins distribués convenablement maintiennent tout le système dans sa position définitive.

1209. Pour arriver au maximum de travail, on doit nécessairement placer les tubes F et D sur une même ligne. Les résultats sont encore meilleurs quand la veine liquide se forme au point g.

Cette trompe fonctionne de la même manière que celle d’Alvergniat: son peu de valeur fait qu’il 11e vaut pas la peine de l’enfermer dans un étui. Quand elle s’obstrue, on la nettoye en quittant les bouchons. La duration est illimitée.

Quand le cône D 11e s’ajuste pas très bien, il peut se faire que quelques bulles d’air passent de l’extérieur à la chambre ABE: 011 n’a qu’à boucher avec du plâtre.

Nous 11e répéterons plus que les dimensions de cet appareil peuvent être les mêmes que celles, qu’a le modèle d’Alvergniat.

1210. On peut adopter la même disposition pour la trompe à grand courant: au lieu d’ouvrir un orifice latéral dans le tube de verre d’un mètre de longitude, on place un petit tube près de l’ajutage qui produit la veine liquide. Il convient pour cela de fermer le grand tube avec un bouchon qui ait 2 perforations; mais comme ce grand tube est d’un diamètre fort réduit, on doit ajuster dans son embouchure supérieure une pièce de forme conique, et c’est à la base du cône qn’on place le bouchon.

Notes complémentaires au sujet de l’installation des trompes d’eau.

(Planche 103)

1211. L’expérience nous a fait connaître sur ce sujet certains détails que nous ferons remarquer, bien qu’ils paraissent puérils et inutiles. S’ils sont puérils et inutiles, il n’en est pas moins vrai que nous ne les connaissions pas au commencement de nos expériences, et que cette ignorance nous a fait perdre un temps très précieux. Quand on veut faire des expériences de longue duration au sujet de l’influence de l’air raréfié sur

les animaux, on a forcement besoin d’une trompe et d’un dépôt d’eau qui ne tarisse jamais, ni pendant le jour, ni pendant la nuit. C’est la première condition requise sur laquelle l’expérimentateur doit fixer l’attention. Par bonheur l’eau qui nous vient de Cliapultepec peut arriver jusqu’aux dépôts élevés sans le secours d’une pompe; à l’Institut National de Médecine à Mexico nous avons toujours eu à notre disposition une quantité d’eau suffisante, surtout lorsque les laboratoires ne l’employaient pas et que nos trompes étaient seules à consommer ce précieux liquide.

Il faut en outre que l’eau ait une pression équivalente à une hauteur de 10 à 12 mètres; on doit alors préférer les robinets les plus grands et les conduits les plus amples.

Il convient aussi d’interposer entre la trompe et le dépôt d’eau une espèce de grille en fil de fer qu’on aura soin de vernir avec une peinture à l’huile, pour empêcher le passage des algues et d’autres débris qui pourraient obstruer l’appareil aspirateur. Cependant, quand ou a un dépôt bien conditionné et un conduit ample, et surtout quand on a soin de tenir le tout bien propre, on peut ne pas prendre cette précaution. On doit fixer la trompe dans le robinet de l’eau par le moyeu d’un tube de caoutchouc double, très gros, entouré d’un morceau de drap qu’on ficellera, etc.

1212. Tous les moyens sont bons, pourvu qu’on évite les deux accidents suivants qui sont très fréquents:

1. ° Il peut se faire que le tube do caoutchouc éclate pendant la nuit en inondant le laboratoire et en rétablissant la pression d’une manière violente dans l’appareil.

2. ° Quelquefois aussi le tube de caoutchouc glisse, si on n’a pas soin de bien l’attacher; alors l’eau ne passe plus à la trompe.

Quand on entoure les tubes de caoutchouc avec du fil de fer, ils se détériorent plus facilement; ils offrent, cependant, plus de sûreté, et se placent plus vite; d’ailleurs, ce sont ceux que nous préférons.

Il est bon aussi, quand on n’a pas à sa disposition un crampon de métal, de faire passer un anneau fixateur par le cou de la trompe, qui unisse celle-ci an robinet d’ean.

Nous réprouvons avec Jungfleisch l’usage des étuis de métal, et nous sommes d’avis que la trompe doit être à l’air libre; et quand il est besoin de le faire, on peut la maintenir dans une position verticale par le moyen des pinces.

Nous ne croyons pas que le petit récipient inférieur de la trompe d’Alvergniat suffise à empêcher le passage de l’air extérieur à la chambre de l’aspirateur. Nous avons vu, dans un de ces appareils que le Dr. Cicero nous avait acheté à Paris, qu’en arrivant à un certain degré de décompression, l’air passe de temps à autre au récipient inférieur, et de là, à la cloche pneumatique. Ce mouvement rétrograde est des plus nuisibles et on doit faire tout son possible pour l’éviter.

1213. Nous y sommes arrivés avec toute sûreté en employant les moyens indiqués par les auteurs. Au point C (Planche 103) nous adaptons un tube de caoutchouc qui va jusqu’au fond du matras bitubulaire D; l’eau se réunit dans le matras jusqu’à remplir le sifón et sort par le tube JE F; jamais le niveau de l’eau est sous l’ouverture du tube C e, et l’air ne peut pas passer à la trompe à travers l’eau 1 F.

Il y a un autre accident à éviter qui n’est pas moins nuisible: il est à craindre qu’au moment d’interrompre le passage de l’eau, il ne passe une certaine quantité de ce liquide au récipient où se fait le vide: ou, ce qui est encore pire, que pour u’importe quelle raison, le courant ne change de direction, et qu’au lieu d’aspirer l’air, la trompe n’injecte l’eau dans l’appareil pneumatique. C’est ce qui nous arriva une fois que nous étions en train d’étudier l'influence de l’air raréfié sur les chauves-souris: nous trouvâmes nos animaux nageant dans l’eau qui remplissait presque la cloche.

Rien de plus facile à éviter que cet accident. Jungfleisch recommande d’iuterposer un robinet entre la trompe aspirante et la cloche; mais on ue peut pas toujours exercer la surveillance requise et fermer le robinet au temps voulu. Il vaut mieux interposer un flacon à double tubnlure, dont l’une a un bouchon qui communique avec la trompe, et l’autre, un bouchon par la perforation centrale duquel pénètre, d’un côté un tube qui va au récipient, et de l’autre, l’ouverture d’une soupape I. Celle-ci est la même que celle des pulvérisateurs ordinaires; elle est composée d’un petit tube de baudruche ou de caoutchouc très mince, qui s’élargit à l’une de ses extrémités, tandis que les parois intérieures s’appliquent l’une sur l’autre, et ne laissent qu’une ouverture très petite. Si la pression s’exerce de dehors en dedans, les lèvres de cette espèce de bouche s’appliquent hermétiquement l’une sur l’autre, avec d’autant plus de force que la pression est plus considérable. Si la pression a lieu en sens contraire, les lèvres se séparent pour laisser passer le liquide on les gaz.

1214. Quand on dispose la soupape de la manière indiquée par le dessin, on évite l’accident en question. En effet, quand l’eau de la trompe se dirige vers abc, l’air enfermé en d ferme aussitôt la soupape; et si nous supposons que l’eau passe alors, elle n’arrivera jamais au récipient L. Si la pression en est très forte, il peut se faire que les bouchons du flacon bitubulé sautent, mais il ne passera jamais uue seule goutte d’eau au récipient L. Dans les conditions ordinaires, la soupape reste ouverte, parce que le courant se dirige daus le sens de c b a.

Pompe aspirante.

1215. Celle de mercure n’est pas d’une aussi grande utilité que celle de vapeur, quand il s’agit de ces sortes d’expériences. Il est difficile que ces

appareils puissent fonctionner pendant le jour et pendant la nuit. Nous n’ayons fait usage de la pompe à vapeur que très peu de fois; elle offre une très grande utilité quand les récipients ont plusieurs voies petites et imperceptibles, puisque la décompression a toujours lieu grâce à l’énorme quantité d’air qu’elles aspirent. Nous fîmes usage de la pompe à vapeur qui comprime l’air dans la chambre Legay.

La ventilation produite à l’intérieur d’une cloche de près d’un mètre cube est si rapide que les animaux en sont effrayés et éprouvent de suite un malaise; le courant d’air les refroidit trop. Pour éviter cet inconvénient nous communiquâmes le récipient avec la pompe par le moyen d’un tube dont le calibre diminuait peu à peu, ayant plusieurs communications avec l’air extérieur, en sorte que près du récipient il n’y avait qu’une aspiration peu intense.

Les expériences sur l’air raréfié 11e peuvent pas progresser sans les trompes d’eau: n’importe quelle autre machine à bras ou à vapeur est insuffisante et ne convient pas. Paul Bert 11e pouvait pas obtenir certains résultats avec sa pompe à vapeur, tandis que Regnard a pu obtenir de très importantes preuves, grâce aux trompes.

1216. La trompe est an instrument dont aucun expérimentateur peut se passer, quelques soient les ressources dont il dispose pour se le procurer; ou elle il est nécessaire pour connaître l’action rapide ou lente de l’air raréfié. C’est une espèce de condition prédominante et indispensable de tout laboratoire pneumatique.

Cloches et récipients pneumatiques.

1217. Ces appareils doivent réunir certaines conditions, comme une résistance suffisante, la capacité voulue,, etc.

Quand on fait les expériences avec des grenouilles, une bouteille au cou évasé est ce qu’il y a do mieux; on la ferme avec un bouchon qui ait trois perforations: une pour communiquer avec la trompe, une autre pour le manomètre, et une troisième pour établir la ventilation. Rien 11’est plus commode qu’une simple bouteille, quand il s’agit de faire les expériences sur des organes isolés, sur de petits animaux ou sur des végétaux.

Quand il est besoin de garder les animaux dans un récipient où a lieu la décompression pondant des jours et des mois entiers, il faut disposer le tout d’une telle sorte qu’il y ait toujours une grande propriété et qu’011 puisse y introduire facilement de la nourriture, quand il est nécessaire. Il faut aussi disposer cet appareil de telle manière que les animaux ne soient point exposés à de brusques changements de pression.

Un appareil qui réunisse toutes ces conditions, à savoir, grande propreté et facilité pour y introduire des aliments pour y préserver les animaux de tout changement brusque de pression; un appareil qui n’offre aucun inconvénient au point de vue de l’hygiène est un vrai trésor et n’est pas facile à construire: voilà pourquoi nous ne l’avons pas eu à notre disposition.

D’après nous, un récipient double ou triple serait le plus commode; ou bien encore, plusieurs cloches qui communiqueraient ensemble d'une manière telle qu’on pourrait faire passer les animaux de la cloche N.° 1 à celle du 1ST.° 2: on pourrait alors couper toute communication avec le N.° 1, où l’on ferait le nettoyage nécessaire et l’on renouvellerait les aliments. On devrait construire cet appareil de manière à faire passer les animaux d’un département à l’autre et les enfermer de suite dans un nouveau récipient, sans les exposer jamais aux changements de pression: c’est d’ailleurs ce qu’on fait dans certains établissements d’aérothérapie.

1218. Tous nos lecteurs peuvent supposer que nous ne dirons rien d’inédit au sujet des cloches dont nous avons fàit usage. Nous indiquerons cependant les moyens que nous avons employés pour avoir une pression constante, pour nous rendre compte de la ventilation et pour découvrir les fuites d’air.

Pour éviter que la pression ne baisse tout à coup, on peut adopter la soupape dont Regnard fit usage: nous autres nous nous sommes servis d’un simple manomètre: quand on possède un peu de pratique, on arrive à apprécier avec toute exactitude la quantité nécessaire de mercure.

Quand on désire que la décompression ne passe pas, par exemple, de 10 centimètres, on introduit dans le manomètre une quantité de mercure suffisante à faire monter la colonne de 5 centimètres dans une des branches, et à la faire descendre de 5 dans l’autre. Si la décompression est plus considérable, l’air passe par le manomètre en refoulant le mercure et pénètre au récipient jusqu’à ce qu’il revient aux 10 centimètres. Il est indispensable que la branche du manomètre en communication avec le récipient soit assez longue et soit reliée par son extrémité supérieure à un petit matras à deux ouvertures: un tube qui vient du récipient et qui doit être étroit et courbé pénètre par la tubulure latérale: ainsi, quand l'air passe avec force, on n’a pas à craindre que le mercure entre dans le récipient, puisqu’il est détenu dans le matras et retombe en suite dans le tube manométrique. Pour mesurer la quantité d’air qui pénètre dans l’appareil pendant 1 minute, il suffit de le mettre en communication avec un compteur de gaz. Quand on veut apprécier la valeur approximative de la ventilation sans recourir au compteur, on communique le récipient avec un flacon bitubulé R (Planche 103); en faisant la décompression dans l’espace t, l’air pénètre par le tube r" et sort au travers de l’eau sous la forme de bulles: le nombre de ces dernières et leur volume indiqueront plus

ou moins la valeur de la ventilation. Ce flacon doit être parfaitement bien bouché. Le robinet de ventilation doit être gradué et en continuelle communication avec le flacon R ou avec le compteur: il convient de ne qiütter le tube du point y qu’au moment où la ventilation est en règle, parce que si les trompes, à cause de n’importe quel accident, venaient à ne pas fonctionner, l’air 11e pourrait pas passer à l’appareil par r" et la ventilation n’aurait pas lieu.

1219. Les plus fréquentes difficultés, les plus grandes incommodités et les pertes de temps les plus considérables proviennent des fuites d’air. Après avoir employé à l’installation d’un appareil beaucoup de temps, un travail considérable et beaucoup d’argent, l’expérimentateur est surpris do voir que la décompression n’a pas lieu, qu’il existe des fuites d’air petites, imperceptibles et qu’on 11e peut découvrir même après des heures entières de recherches. Yoici un exemple de l’importance de ces difficultés. Nous avions construit avec le plus grand soin possible un manomètre de mercure, et nous vîmes tout surpris que la colonne de mercure après s’être élevé commençait anssitôt à redescendre avec rapidité. U11 manomètre, tout le monde le sait, est formé d’un tube de cristal doublé en forme d’U; les fuites d’air ne peuvent s’y produire qu’aux embouchures ou extrémités. L’embouclmre de notre instrument était en fer, et était formée par un tube de ce métal.

1220. Tous les points d’union étaient parfaitement recouverts de mastic et de vernis; malgré cette précaution il existait encore des fuites d’air. Le tube de caoutchouc qui unissait le manomètre au récipient était tout neuf, fort et sans aucune ouverture; nous l’attachâmes à l’embouchure du manomètre et 11911s le soudâmes avec du plâtre, de la cire, etc: les fuites d’air 11e, disparaissaient pas. Enfin, en examinant avec une lentille la superficie du tube de fer qui formait l'embouchure du manomètre, nous pûmes distinguer de petits canaux assez prolongés: c’était par là que l’air circulait; malgré les liens dont nous l’avions entouré et les précautions multiples que nous avions prises, les fuites d’air existaient entre le tube de caoutchouc dans lequel pénétrait le tube en fer et la superficie de celui-ci; les canaux se prolongeaient plus ou moins selon l’épaisseur du mastic, mais ils n’en établissaient pas moins une communication avec l’air extérieur. Après avoir limé et poli la superficie du tube de fer, l’air 11e pénétra plus, sans qu’il fut besoin de prendre d’autres précautions et sans ajouter ni la plus petite parcelle de mastic.

1221. Quand ou voit passer une grande quantité d’air par les trompes et quand le récipient reste fermé sans que la décompression ait lieu, 011 peut assurer qu’il existe des fuites d’air. On applique aussitôt l’oreille tout près des ajutages et on écoute avec grande attention, et quand 011 entend un sifflement léger on approche de l’endroit une flamme de bougie que le courant d’air détourne et qui localise parfaitement bien

l’endroit où l’échappement a lieu. Quand on peut le faire, on jette un peu d’eau sur les endroits qu’on soupçonne: s’il y a des fuites d’air, le liquide y pénétrera aussitôt. Quand aucun de ces moyens ne donne un résultat satisfaisant, on peut interrompre la communication avec l’extérieur, avec les trompes, les manomètres, etc. et on injecte de l’air avec force par une seule ouverture: l’air sort alors bruyamment par les ouvertures accidentelles, éteint la flamme et produit de l’écume dans l’eau de savon, etc. Si ce moyen ne réussit pas, on injecte dans l’appareil, avec la plus grande force possible, He la fumée de cig arre, en grande quantité et à une pression de 4 à 5 centimètres de mercure.

Ce moyen est de la plus grande utilité. La fumée sort avec lenteur par toutes et par chacune des voies de communication avec l’extérieur. Après l’avoir employé, il devient indispensable de bien laver l’intérieur de l’appareil.

1222. Quelquefois les tubes de caoutchouc se détériorent par l’usage, et il arrive un moment où ils se percent: la décompression est alors difficile à obtenir, pour ne pas dire impossible. Il faut alors examiner séparément chaque conduit, et pour le faire avec tout le soin désirable, on le fait communiquer d’un côté avec un manomètre, et de l’autre avec une trompe ou tout simplement avec la bouche: le tube se ferme depuis l’extrémité libre, jusqu’à ce que les parois se dépriment entièrement et que l’air ne passe plus à la trompe, etc.

Eu un mot, les fuites d’air font le désespoir des expérimentateurs, et c’est l’obstacle matériel le plus terrible pour certain genre d’investigations.

Influence des changements de pression, quand ils sont rapides ou peu gradués.

Expériences.1

1223. Paul Bert a fait mention d’un grand nombre d’expériences de ce genre, mais il a eu le tort de soumettre ses animaux à des changements de pression énormes. Hous avons voulu faire des investigations sur les effets produits par des changements moins importants: nous avons suivi un chemin tout différent; rien donc d’étonnant si les résultats que nous avons obtenus ne sont pas les mêmes. Les variations de pression que nous avons provoquées sont tout au plus égales à celles qu’on sentirait, si on se transportait du niveau de la mer sur l’une des cimes les plus élevées de l’Himalaya. D’ailleurs c’était tout ce qui nous fallait pour tirer des conclusions pratiques de ce genre d’étude.

1 Vid. G. Philippon. Effets produits sur les animaux par la compression et la décompression. Part. I., Paris. Journ. Anat. et Physiol. 1894, in 8.°, 35 pages, avec 10 figures.

Planche 104.

Nous commencerons par les animaux à sang froid.

1224. — 1.° Le 10 Février nous introduisîmes une grenouille sous une cloche de verre. On comprimait l’air avec une pompe, et 5 on 10 minutes après on ouvrait les robinets, de manière que l’animal revenait à la pression normale en une seconde tout au plus. On répéta 7 fois l’expérience: la décompression fut assez considérable, puisque l’air fut comprimé jusqu’à:

. . . . 28 centime 1res

YII

34 centimètres.

Les décompressions furent successives et les sept eurent lien pendant 50 minutes, depuis 3h 38 jusqu’à 6h 20. La grenouille ne manifestait aucun malaise bien considérable: le volume de son tliorax diminuait à chaque décompression. Deux jours après elle était parfaitement bien. Effets nuisibles nuis.

1225. — 2.° On introduisit dans une éprouvette plusieurs têtards et un petit Crustacé. (Gammarus). Ils tombaient au fond de l’eau à chaque décompression et ne pouvaient pas monter à la superficie. Au moment de la décompression ils montaient jusqu’à la superficie du liquide: ils ne peuvent rester au fond que grâce à certains mouvements de natation qui leur sont particuliers, mais s’il restent immobiles, ils commencent aussitôt à monter. Le Crustacé ne pouvait descendre par aucun moyen. Quand les têtards veulent descendre, aussitôt que la pression devient normale, ils lancent une bulle d’air.

Au moment de la décompression on voit augmenter considérablement le volume d’air contenu dans les sacs pulmonaires qui existent déjà chez la larve de la grenouille et qui se trouvent placés sur le pharynx: on dirait qu’ils vont alors éclater. Les bulles d’air qui apparaissent aussi à la partie inférieure du corps du Crustacé subissent de grandes variations quant à leur volume.

Ces dilatations soudaines de l’air durent produire de graves lésions, pnisqu’au jour suivant les têtards et le Crustacé étaient morts. Effets nuisibles évidents.

1226. — 3.° Expériences faites sur un poulet.

Nous croyions que les oiseaux résisteraient peu à la décompression, puisque Paul Bert l’affirme; et voilà pourquoi nous formâmes le projet de soumettre un oiseau à une série do décompressions de 35 centimètres tout au plus, qui auraient lieu en une demi minute: cela était plus que suffisant, puisqu’on ne voit jamais que des oiseaux s’élèvent à 8000 métrés ou à 5000 mètres en une seconde. Cependant, des accidents imprévus nous empêchèrent de produire la décompression graduelle en deux cas? et nous pilmes obtenir des résultats que nous n’attendions pas:

En premier lieu on enferma le poulet sous une cloclie de cristal, parce que nous voulions avoir sous les yeux tous les phénomènes qui pourraient se présenter.

Décompression de 8 centimètres .... effet nul.

|g | effet nul. On revienta la pression normale

1 lentement, en 20 secondes.

,, ,,10 ,, effet nul. L’animal a l’air d’avoir sommeil.

Pendant la 4me expérience la compression de l’air arriva jusqu’à 26 centimètres, et la pompe fonctionnait parfaitement, mais la torpeur d’un de nos aides qui fit baisser le piston d’une manière trop rapide et avec une grande force occasionna aussitôt la compression de l’air; la cloche fut soulevée de son support, une détonation se fit entendre et le poulet s'échappa en volant et en piaulant: il avait passé d’une compression de 26 centimètres (plus les 58 qui est la pression de Mexico) à la pression normale. L’effet fut entièrement nul, bien que la décompression fût arrivée à un degré très considérable d’une manière instantanée. L’animal était dans un état de tranquillité complète, sa respiration était normale et il pouvait manger et se mouvoir, comme si rien ne lui était passé.

Quand nous pûmes nons convaincre que le poulet n’avait eu à souffrir aucune lésion, nous l’enfermâmes dans une marmite de Mnencke, et on commença de nouveau à comprimer l’air.

Un autre accident inattendu vint à produire la décompression d’une manière très rapide: quand on arriva à 84 centimètres, le mercure du manomètre s’échappa avec beaucoup de force, et laissa passer l’air comprimé qui s’échappa lui aussi en moins de 5 secondes, par le tube manomètrique. Le poulet ne manifesta aucun malaise, et au moment où nons écrivons ces lignes, c’est-à-dire près de 8 mois après, il est encore très fort et vigoureux et a déjà servi à d’autres expériences.

Cet oiseau eut donc à souffrir, dans un même jour, pendant 1 ou 2 heures, 5 décompressions: les deux dernières fureut presque instantanées; la dernière équivaut à celle qu’il aurait dû sentir, s’il s’était élevé du niveau de la mer jusqu’à près de 5000 mètres; mais comme l’expérience avait lieu à Mexico, sons une pression de 58 centimètres, on peut calculer que ce changement équivaut à celui qu’il aurait dû sentir en s’élevant à 2268 mètres en outre de 7000. Effet nuisible: nul.

1227. — 4.° La lèrt et la 3ème expérience nous firent perdre la crainte qu’inspirent à tous les décompressions brusques (pourvu qu’elle ne dépassentp as les 34 centimètres) et nous ne prîmes plus tant de précautions quand nous fîmes nos expériences sur des Mammifères.

Uous introduisîmes un rat dans une marmite de Muencke:

5h 0 Décompression de 16 centimètres, brusque: effet nul. q

en 3' 30", effet nul.

Le jour suivant à 3h P. M. l’animal était en parfait état de santé.

1228. — 5.° Nous fîmes de même une expérience avec une chauve-souris. ( Nyctinomus brasilensis).

3h 40. Pression ajoutée à celle de Mexico, 0nt 5. On ouvre le robinet petit à pelit.

3h 47. Pression normale: effet nul.

3h 54. Nouvelle compression de 0at 5.

3h 55. On ouvre les robinets tout à coup et l’animal retourne à la pression normale en moins d’une seconde: effet nul.

4h 1. Nouvelle compression de 0at5.

4h 10. Neuf minutes après on ouvre le robinet et l’animal retourne à la pression normale en 14 secondes: effet nuisible: nul.

1229. Il est à remarquer que la compression se faisait avec plus de rapidité, parce que nous prenions l’air comprimé de l’appareil Legay, qui le contenait sous une pression de 0at 5.

Enfin, pour compléter l’expérience, on introduisit une chauve-souris sous une cloche pneumatique à 4h 40 et on la laissa sous une pression moindre de 27 centimètres; après avoir été soumise à l’air comprimé, elle devait souffrir l’action de l’air raréfié. Pendant la nuit la trompe qui opérait la raréfaction s’obstrua, et l’eau envahit la cloche; le jour suivant la chauve-souris flottait sur la superficie de l’eau sous une décompression de 26 centimètres.

1230. La croyant morte, nous fermâmes le robinet et la pression normale se rétablit. A 4h P. M. nous l’observâmes avec la plus grande attention, et nous vîmes qu’elle faisait quelques mouvements: nous la soumettons aussitôt à l’influence de l’air raréfié, et elle commence sur le champ à respirer de plus en plus fort: elle se ment avec plus de rapidité et ouvre les yeux. Quelques minutes après nous la séchons avec le plus grand soin: elle fait alors des efforts pour nous mordre. Enfin nous lui rendîmes sa liberté; elle s’envole rapidement à la vue de plusieurs employés de l’Institut de Médecine, en décrivant des cercles plus ou moins grands et finit par suivre une ligne droite, jusqu’à ce cpie nous la perdîmes de vue.

Il est vraiment notable que cet animal ait pu résister, d’une manière si extraordinaire, non seulement aux décompressions et à la raréfaction de l’air, mais aussi au refroidissement qu’il eût à souffrir pendant la nuit, quand il se trouvait sous la pression vraiment faible de la cloche pneumatique, aux prises avec la mort.

1231. — 6.° Nous fîmes aussi une expérience avec un petit oiseau. Notre élection tomba sur un moineau femelle, ( Carpodacus haemorrhous) , qui est presque de la même grandeur que le Canari commun.

17 MAI. Pression.

Heure.

Décompression.

En 7 secondes.

(1) 0 at 4

Après 12 minules en 6 secondes.

Effet entièrement nul.

Cet oiseau avait donc souffert quatre compressions de 0at 4 pendant l’espace de 30 minutes, et la dernière décompression eut lien après être resté 12 minutes sous l’action d’une atmosphère comprimée. Au cas où certaines lésions se seraient produites, bien qu’imperceptibles à l’extérieur, nous voulûmes les mettre à découvert d’une manière ou d’une autre. Yoici le moyen que nous avons pris pour y arriver.

1232. — 7.° Expériences sur la décompression intermittente.

Il est évident que si l’oiseau qui nous avait servi à l’expérience antérieure avait eu à souffrir quelques lésions, il finirait par les manifester, si on le laissait sons l’action des décompressions pendant un espace de temps suffisant. Nous voulûmes aussi supposer qu’il résisterait moins bien û un traitement plus nuisible encore que l’antérieur.

Nous renfermâmes dans une bouteille dont le volume était â peine le double du sien. Une trompe qui fonctionnait parfaitement bien, grâce à une forte pression d’eau dont nous pouvions disposer, opérait la raréfaction, peut-être un peu trop vite, puisque le récipient était très petit. Après avoir arrangé l’appareil, nous voulûmes soumettre le moineau, pendant 30 secondes, â une décompression de 40 centimètres, et pendant 30 autres, â la pression normale, de sorte que pendant 1/2 minute, il était sous l’action d’une atmosphère raréfiée et confinée, et pendant le même temps, sons celle d’un air pur, à la pression de Mexico, et qu’on avait soin de renouveler constamment, puisque la trompe était toujours en train de fonctionner, 30 décompressions devaient avoir lien pendant 1 heure. L’expérience dura 51 minutes, dont il faut quitter 5 pour les interruptions. Nons comptions 30 secondes, et nous ouvrions le robinet do ventilation, et après 30 antres secondes nons le fermions, et l’animal se trouvait immédiatement dans un air raréfié et confiné. Chaque fois que l’air extérieur pénétrait au récipient, l’oiseau ouvrait démesurément le bec, comme pour se débarrasser d’un excès de gaz: alors le volume de son corps diminuait.

Il fut soumis 46 fois ci une faible pression, et 46 fois à une pression normale. Nous pouvons donc supposer qu’il s'éleva 46 fois jusqu’au sommet du mont Everest, le plus haut du monde et que 46 fois il descendit jusqu'au niveau de la mer , avec la rapidité des éclairs ; il effectuait son ascension avec la vélocité du son.

Il ne présenta rien de particulier, si ce n’est qu’il ouvrait démesurément le bec au moment de la compression, comme nous venons de l’indiquer, et que le nombre de ses respirations augmenta par suite de la raréfaction et du confinement de l’air. Mais il ne manifesta aucun symptôme d’asphyxie au moment de l’expérience, ni quelques minutes après: il n’avait en rien changé. Deux jours après il chantait dans sa cage, comme si rien ne lui était passé. L’expérience eût lieu le 17 Mai, et le 4 Juin il était parfaitement bien.

1233. Pour voir s’il n’y a que les oiseaux qui puissent résister à de

telles compressions, et si les Mammifères sont incapables de les supporter, nous enfermâmes un rat dans le même récipient, en suivant en tout les mêmes procédés qu’anparavant. L’expérience commença à 10h 37 et finit à llh 45 A. M. L’animal s’agitait beaucoup au commencement et faisait des efforts pour sortir de l’appareil, aussi bien quand il était sous une faible pression que sous la pression normale, ce qui pouvait provoquer une plus prompte manifestation des effets. On introduisit sous la cloche une mouche en vie, afin d’observer en même temps si les ventouses (?) de ses pattes fonctionnaient bien dans l’air raréfié; nous vîmes qu’elles fonctionnaient parfaitement bien;1 le rat attrapa vite l’insecte qu’il avala rapidement. Nons nous prîmes â penser alors que l’appétit ne disparaissait pas dans les cloches pnenmatiques, comme on l’avait dit, et nous présentâmes à notre animal un aliment plus approprié et moins extraordinaire que les mouches. Il prit le morceau de pain et le mangea avec avidité, aussi bien sous l’action d’une faible pression que sous celle de la pression normale; il ne laissait de le grignoter que quand il était effrayé par le bruit que produisait le courant d'air au moment çle la compression; peut-être aussi souffrait- il un malaise dans le tympan. Il fut soumis 52 fois à l’action de l’air raréfié et 52 fois à celle de l’air normal. Une heure après, il montrait la même activité et la même vigilance et ne manifesta jamais aucun signe de souffrance.

1234. — 8.° Expériences sur un Reptile.

Nous enfermâmes sous nue petite cloche un caméléon. ( Phrynosoma or bieldare). On procéda à la raréfaction avec une pompe à vapeur; la décompression dépassa les 42 centimètres. La gorge de l’animal s’enfla et il se produisit une dilatation transversale du thorax, l’anus augmenta et la muqueuse rectale devint saillante et fut prise de congestion; il advint une exophthalmie vraiment notable et un commencement d’opistliotonos; la bouche resta ouverte et la gorge enflée, par effet de l’air dilaté que contenait la cavité buccale entre la langue et le palais. Sous la langue il y avait infiltration de gaz. Quand la décompression était plus considérable, la langue sortait do la bouche très enflée; on aperçut près du bout de cette même langue une ecchymose très visible, et une rupture des tissus s'était produite à cet endroit, d'où sortaient des gaz et du sang. L’animal mourut sans souffrir aucune convulsion. (Planche 104).

1235. On observe presque les mêmes phénomènes sur le cadavre soumis à la décompression; cependant on n’y remarque aucun dégagement de gaz ni aucune trace de sang sur la superficie de la langue, an moins d’une manière évidente. L’exoplithalmie a toujours lieu, quand bien même il y a séparation entre la langue et toute la mandibule inférieure. Quand nous eu fîmes l’autopsie, nous remarquâmes qu’il y avait infiltra-

1 Blackwall a observé le même phénomène; il faut s’en tenir à l’explication du Dr. Rombouts, à savoir, qu’il existe une sécrétion d’un liquide visqueux qui fixe l’insecte par capillarité.

tion de gaz en plusieurs endroits, et ce qui nous frappa surtout l’attention, ce fut une anse intestinale qui s’était énormément dilatée, puisqu’elle avait augmenté de 4 ou 5 fois son propre volume. La compression exercée avec le doigt n’était pas suffisante à expulser les gaz, qui restaient au même endroit comme au premier moment. Ils ne pouvaient s’échapper par aucun endroit, parce que des matières fécales obstruaient la lumière du tube intestinal; à l’extrémité opposée il existait un volvulus.

Nous ne nous attendions pas aux résultats de cette expérience. Nous savions que les reptiles résistent à la décompression d’une manière peu commune, puisque Boyle a pu laisser une vipère dans le vide pendant 23 heures, et une couleuvre pendant 11 heures. Mais chez le Phrynosoma il existe une particularité peu commune chez les Sauriens. Dès le commencement nous avons pu voir l'intensité de ses reflets et la débilité de son activité respiratoire. Plusieurs observateurs ont rencontré qu’il jetait du sang par les yeux dans certaines circonstances, et nous avons vu nousmêmes que les larmes de sang n’apparaissent qu’avec l’exophthalmie, qui est très fréquente. En outre, il suffit d’une insolation de quelques heures pour causer la mort du Phrynosoma -1 Ce sont d’ailleurs des animaux d’une organisation spéciale qui occuperont un jour un endroit très distingué dans la longue liste des victimes de nos laboratoires. Pour le moment ils se présentent à nos yeux comme très sensibles aux décompressions brnsqües; chez aucun autre animal vertébré ou invertébré nous n’avons pu* observer des effets aussi curieux, comme le sont la rupture des tissus de la langue, l’échappement de gaz et l’éjaculation du sang.

Influence des changements de pression sur les gaz contenus dans l’organisme.

Expériences.

1236. ITn des phénomènes provoqués par les changements de pression des plus faciles à observer et aussi des plus intéressants, est sans aucun doute l’augmentation du volume des gaz contenus dans l’organisme, ou bien encore leur diminution de volume quand ils passent d’une pression moins forte à une autre plus considérable.

On ne doit pas oublier ni un seul moment la loi de Mariotte, quand ou fait des recherches sur l’influence de l’air raréfié sur les animaux, et nous croyons que la plupart des observateurs ne lui donnent pas toute

1 A. L. Herrera.. “La Naturaleza.” (2) Yol. I, page 335; et “Le Naturaliste.” 2èmc série, N° 123. 15 Mai 1892.

l’importance qu’elle mérite. Yoici les effets de la décompression que nous avons nons mêmes observés on prouvés d’une manière expérimentale:

1. ° Les corps volatiles, quand la température est la même, se volatilisent plus rapidement.

2. ° Les liquides susceptibles d’évaporation, quand la température reste la même, produisent des vapeurs en plus grande abondance.

3. ° Les gaz dissouts ont une tendance très marquée à se dégager.

4. ° Les gaz libres, enfermés dans un récipient aux parois élastiques, tendent aussi à se dégager et à augmenter de volume.

5. ° Les réactions où il y a dégagement de gaz, s’activent dans l’air raréfié. (Cailletet).1

Nous n’avons aucun intérêt pour le moment à traiter de leur influence sur la décomposition des bicarbonates et des hypochlorites.

Les principes précédents sont déjà connus et acceptés par tous. Les deux derniers sont les plus importants dans l’étude que nous poursuivons.

1237. Quand il s’agit d’entreprendre une étude comme la nôtre, il est do toute nécessité d’enfermer sous l’eau les animaux ou les organes sur lesquels on veut opérer. Toutes les fois qu’on le pourra, on devra suivre ce mode d’expérience, parce qu’il permet d’observer le dégagement des gaz sous la forme de bulles qui traversent l’eau. Paul Bert assure que dans la cloche de l’air raréfié, on souffre certaines incommodités au ventre et qu’il est nécessaire de se déboutonner les habits, à cause de la dilatation des gaz intestinaux. Quand la décompression est très brusque, il peut se faire qu’il survienne des accidents: un homme fut soumis à une pression de 3 kgrs. et revint à la normale en 50 minutes: il soubit cependant un attaque de colique, qu’on attribua à une autre cause.2

Expériences sur des animaux vivants.

1238. I. On introduit une grenouille sous une cloche pneumatique, et après que l’appareil aspirateur a produit une décompression de 20 à 30 centimètres de mercure, on ouvre les robinets le plus rapidement possible. On observe aussitôt que la grenouille est déprimée; le palais de cet animal s’affaisse; les poches que les mâles ont de chaque côté de la gorge éliminent en partie l’air qu’elles pouvaient contenir; sur les flancs, et d’une manière tout particulière aussi sur la partie inférieure de l’abdomen, on remarque de même une dilatation considérable. Ce dernier phénomène

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