‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 240 sur 268 · DIFFICULTÉS ET OBJECTIONS · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS ET OBJECTIONS

1613. Nous avons dit que la soustraction de l’eau du sang le fait paraître plus riche en principes fixes: cette soustraction de l’eau doit s’attribuer, d’après notre théorie, à l’existence des causes mésologiques constantes qui font augmenter l’exhalation cutanée et pulmonaire. Pour que ce phénomène ait lieu, il faut qu’il y ait un manque notable d’équilibre entre la quantité d’eau qu’acquiert l’organisme et celle qu’il perd. De ce principe on peut tirer deux objections:

1614. Comment se fait-il que l’honune des altitudes ne boive pas la quantité d’eau nécessaire afin que son sang conserve la même densité que dans les bas niveaux, si nous supposons qu’il est utile, profitable, voire même physiologiquement nécessaire si on le veut bien, que le sang conserve partout la même densité?

La réponse à cette difficulté saute aux yeux.

L’homme des altitudes permet la concentration de son sang et ne boit pas d’eau jusqu’à obtenir la dilution de ce même sang. S’il boit de l’eau et si l’augmentation des globules n’est dite qu’à l’exagération de l’hématopoïèse, la masse du sang augmentera et les hématies reprendront naturellement leur chiffre normal; supposons qu’il s’est formé, 5000000 de globules en plus de l’ordinaire; si on boit de l’eau jusqu’à ce que le chiffre d’hématies revienne à la normale, la masse du sang aura augmenté presque de moitié.

1615. Si l’homme des altitudes boit de l’eau et si l’augmentation des globules ne dépend que de la concentration du sang, il arrivera que passant de certaines limites la quantité d’eau ingérée, les globules reviendront à leur nombre primitif.

Yoilà des suppositions qui n’ont absolument aucune valeur.

Ce qui est vrai, c’est ce qui se présente dans bon nombre de cas et toutes les fois qu’il se fait une dépense considérable d’eau dans l’organisme: qu’il arrive un moment où la soif disparaît et où la concentration sanguine se poursuit; ou pour le moins, le sujet ne prend pas la quantité exagérée de liquide qu’il faudrait pour réparer exactement les pertes, mais il n’en prend qu’une quantité insuffisante, d’où il s’ensuit un manque d’équilibre qui se prolonge pendant longtemps.

1616. On a observé mie soif intense dans plusieurs circonstances.

Quand on fait l’ascension des montagnes élevées’, on boit beaucoup

d’eau, mais il faut tenir compte de l’exercice et de la fatigue ascensionnelle qui provoquent une sueur abondante. Tous ceux qui font l’ascension du Popocatepetl, et nous le savons par expérience, se voient obligés à manger une grande quantité de neige, parce qu’on souffre alors une soif que rien ne peut désaltérer; mais ce qui est tout à fait curieux, c’est qu’on observe aussi la polydipsie sur les sommets des montagnes élevées, même après plusieurs heures de repos, comme si l’évaporation cutanée et pulmonaire eût augmenté d’une manière extraordinaire, à cause de la décompression ou de la sécheresse de l’air. Mr. J. Laverrière arriva jusqu’au sommet du Popocatepetl, où il se décida à passer la nuit dans une petite grotte située à plus de 5000 mètres de hauteur. Il dit “qu’une soif ardente l’empêchait de dormir. A la pointe du jour, je sortis de la grotte et je m’acheminai sur la côte oriental où j’absorbai une quantité incroyable de glace pour apaiser ma soif.”1

1617. La diète sèche produit une soif plus ou moius intense, comme le fait l’inanition.2 Mais, comme nous le disions, l’organisme finit par s’habituer à cet état de choses pendant la diète sèche:3 par exemple, “un malade soumis à ce traitement, il y a dix jours, s’habitua très facilement au manque de boissons, sa soif étant très supportable.”4

Chossat s’admire de ce que les oiseaux en état d’inanition, boivent très peu ou rien.5 Richet affirme que les chiens, en général, soumis à rinanition, boivent extrêmement peu. On dirait que leur instinct les avertit de ne boire que le nécessaire. L’eau, eu effet, hâte les pertes des tissus et accélère l’expoliatiou des sels de l’organisme.

1 Boletín de la Sociedad Mexicana de Geografía y Estadística. Vol. VI, pág. 237.

2 Fonssagrives. Hygiène alimentaire, page 569.

3 Ibid., page 569.

4 Ibid., page 582.

5 Mém. Acad. Sc. Paris. Savants Etrangers. Vol. VIII, page 497.

1618. Il s’ensuit qu’en buvant de l’eau, il y a uue excrétion plus abondante de chlorure de sodium, de phosphate et d’urée; en sorte que s’il est vrai que les animaux soumis à la privation de boissons vivent moins que ceux qui peuvent boire, il existe cependant uue grande différence entre ceux qui peuvent boire un peu et ceux qni boivent beaucoup et qui peuvent mourir encore plus rapidement peut-être. 1

Pour le reste, les faits parlent assez d’eux-mêmes:

Nous avons vu que le jeûneur Cetti pouvait boire de l’eau, et qu’il y eut une augmentation de globules rouges dans son sang.

Mais ce qui offre le plus d’intérêt dans le sujet qui nous occupe, c’est le fait qui se rapporte aux animaux traités dans l’air sec; nous avons déjà dit, eu effet, qu’un poulet ayant nue quantité d’eau pour boire plus que suffisante, vit cependant augmenter ses hématies d’une manière prodigieuse à cause de l’Influence de l’air sec. Nous avons remarqué le même phénomène chez les cochons d’Inde qui avaient à leur disposition de la luzerne humide et imprégnée d’eau de végétation.

1619. En outre, les lapins et les moutons qui restaient en observation sur le Pic du Midi, pouvaient naturellement boire la quantité d’eau qu’ils voulaient, et cependant la densité de leur sang augmenta, de la même manière que chez les hommes, les chiens et les poulets dont parle Yiault, et même chez les malades examinés à Davos.

Quelle quantité d’eau doit diminuer pour produire l’augmentation

des globules?

1620. Naturellement la quantité d’eau diminue dans une proportion compatible avec la vie, même quand le nombre de globules se double. Yoilà le premier point sur lequel on doit bien fixer l’atteution: d’ailleurs, il u’offre aucune difficulté, puisque nous voyons que les animaux dont parle Mtintz avaient le sang beaucoup plus dense et il contenait uue plus grande proportion de matières fixes et la vie n’en fut pas moins possible.

1621. Supposant que l'augmentation des globules soit exactement pro-

portionnelle à la diminution de l’eau,

nous aurions:

Que pour avoir. . .

10000000 de globules il faut perdre de l’eau

du sang. . .

TU

Tô

TU

Tô

TU

1 L’inanition chez l’homme. Revue Scientifique. Yol. XVII, page 803.

2 Si le nombre des hématies est doublé, il faut réduire de moitié la quantité d’eau du sang.

RÉe

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