SECTION B.— DISCUSSION DES DONNÉES ACQUISES
85. Aperçu général de V influence de la pression atmosphérique sur les végétaux et sur leur distribution.
Il est un fait qui n’est pas à démontrer et dont la simple énonciation pourrait paraître inutile, c’est que les plantes ne peuvent vivre que là où elles trouvent leurs éléments nourriciers. Là où 1’oxygène manquera nous ne trouverons jamais les végétaux aérobiens. Dans les endroits où il y a de l’oxygène en quantité appréciable, mais moindre que celle qu’existe au niveau de la mer, il pourra se faire:
1. ° Qu’il n’y ait pas absolumment de la végétation si le manque d’oxygène touclie aux extrêmes limites.
2. ° Qu’on n’y trouve que des végétaux moins vigoureux que ceux des plaines, pas adaptés.
3. ° Qu’il s’y produise seulement quelques espèces adaptées aux conditions défavorables d’oxygénation, et dans ce cas il faut toujours admettre que la pression atmosphérique aura une certaine influence sur la distribution.
86. Mr. Alphonse de Candolle à exposé d’une façon claire et précise ses manières de voir à ce sujet; en même temps il Aous a indiqué la voie à suivre pour résoudre ces problèmes. Il a dit: «La diminution de la densité de l’air c’est la seule condition absolument identique dans toutes les montagnes, pour des hauteurs égales. On peut se demander si la hauteur ne pourrait pas exercer une influence sur la limitation des espèces en agissant sur la fonction des feuilles et sur la circulation de la sève.» Mais depuis longtemps De Candolle a démontré (Mémoires sur la Géographie des plantes de France. Mémoires d’Arcueil , VIII, p. 289 ) que la hauteur absolue n’a d’autre influence en dehors de celle indiquée, ce que je juge exact. Eu effet, il y a des milliers d’espèces qui se rencontrent à des hauteurs très diverses, soit dans la même chaîne ou en chaînes différentes, et il y en a encore qui se rencontrent également dans les montagnes et dans les plaines situées plus au Nord. Exception faite d’un petit nombre de plantes propres à telle ou telle région montagneuse, ce fait est constant, (il y a de même quelques espèces propres à certaines îles et à certaines plaines du continent). C’est pour cela que des plantes alpines cultivées dans les jardins des terres basses, prospèrent très bien, pourvu que les conditions thermiques et hygrométriques leur conviennent. Les plantes céréales ne se trouvent pins à une certaine hauteur en Europe, tandis que dans
nos altitudes elles prospèrent, elles ne souffrent aucunement de la raréfaction de l’air, puisque on les voit croître à des hauteurs plus considérables sur certains plateaux de l’Amérique du Sud. On les voit encore ces cultures, plus liaut, bien développées, à l’Himalaya. La pression de l’air ne peut nulle part être plus faible que sur cette chaîne de l’Asie mais les autres conditions ambiantes n’étant [pas contraires au développement de ces plantes, elles peuvent y vivre aisément. Il est donc permis de négliger sous ce rapport la densité de l’air. La diminution de cette densité produit sans doute quelques effets physiques, qui peuvent retentir sur les végétaux: il peut en résulter, par exemple, la sécheresse de l’atmosphère, des modifications dans l’action des rayons solaires; mais en elle mêmela raréfaction semble entièrement dépourvue d’influence.» 1
87. Ces paroles d’un des plus illustres botanistes de ce siècle sont peutêtre trop absolues. On s’étonne de voir qu’un observateur si profond puisse refuser toute sorte d’influence directe à l’atmosphère des altitudes, alors qu’un nombre suffissant d’expériences récentes sont venues démontrer le contraire. Mais Mr. De Candolle a été dans le vrai jusqu’à un certain point, car si l’influence défavorable de l’atmosphère raréfiée existe, les plantes luttent contre elle et s’adaptent à un degré tel qu’à première vue elles semblent échapper au milieu aérien contraire. Il faut une étude spéciale pour rendre manifestes certaines modificatious anatomiques et physiologiques des plantes, en vertu desquelles s’en opère l’acclimatation parfaite.
Paul Bert a démontré qu’une pression atmosphérique faible, de même qu’une pression excessive, entrave le développement des végétaux. Mr. Gaston Bonnier, continuateur des expériences de Paul Bert, en y ajoutant l’élément temps que son prédécesseur ne prit pas en considération, a pu nous révéler l’existence chez certains végétaux de diverses moyens compensateurs d’une efficacité indubitable
Nous en remettons la discussion à une autre partie de notre travail (§ 124.)
88. Finalement, le naturaliste qui monterait aux contrées centrales de la République Mexicaine, en passant par des terrains humides, d’une constitution géologique favorable, serait surpris devant le spectacle des arbres géants, tels que les ahuehuetes (Taxodium) de la forêt de Chapultepec. Par ci par là il trouverait des véritables merveilles de la végétation: les jardins de Miraflores à Texcoco, la Canada de Querétaro, les cultures flottantes de Xochiinilco, les snperbes bananiers et palmiers qui croissent à Mexico à côté des Conifères, les bois séculaires couronnant des hauteurs de 3,800 mètres et davantage. Ce sont là les espécimens variés d’une végétation exubérante, fortifiée sans doute par un ensemble d’heureuses conditions mésologiques. Rien n’y fait penser à l’affaiblissement or-
1 Géographie botanique, par Mr. Alph. De Candolle, Paris, 1855. p. 264.
ganique qu’on déduit tliéoriquement de la diète d’oxygène, propre aux altitudes.
89. (a) Un grand nombre d'espèces végétales se trouvent également dans les grandes altitudes et au niveau de la mer.
Nous nous bornons pour l’instant à présenter des faits sans rien avancer sur les modifications que les différences de hauteurs puissent produire.
Yoici quelques cas remarquables:
(Note préliminaire: nous appelons de nouveau l’attention sur ce que le tableau de distribution verticale des végétaux mexicains comprend les limites extrêmes dans lesquelles se contiennent les espèces; mais il convient pour plus d’exactitude de s’enquérir des endroits où les différentes plantes ont été recueillies; ces endroits d’origine sont indiqués dans les trois premiers volumes de la Biologie .)
Le Juniper us tetragona vivrait dit-on à 14,000 pieds à l’Orizaba et à 0 pieds à Acapulco. — Différence: 14,000 pieds.
Le Pinus moctezumae à 14,000 pieds à l’Orizaba et à 3,500 dans les régions tropicales du Mexique. Différence: 10,500 pieds.
90. Différences remarquables des hauteurs dans lesquelles vivent divers
végétaux du Mexique et de l’Amérique Centrale.
Noms des plantes.
Draba lolucensis
Deyeuxia tolucensis
Castilleja tenuifolia
Erysimum macradenium
Stevia monardæfolia
Haplopappus stoloniferus
Asplénium monanthemum. . .
A. trichomanis
Chimaphila umbellata
Pyrola angustifolia
Oncidium bracteatum
Hauteur maxima.
Hauteur mínima.
Différences
14,000 pieds
Pied*
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Hauteur máximo, ■ ! Différence entre les hauteurs máximo, et mínima.
91. Si les espèces végétales étaient distribuées d'une autre façon, il faudrait supposer une certaine difficulté d’adaptation proportionnelle à la pauvreté d'oxygène. Mais les faits, tels qu’ils se présentent, prouvent le contraire. Ce ne sont pas les espèces qui croissent à des altitndes plus élevées celles qui présentent des différences plus considérables entre les hauteurs maxinia et miniina de leur aire: le Juniperus se trouve de 0 à
14,000 pieds, mais le Pinus moctezumœ qui croît aussi à 14,000 pieds, accuse une différence de 10,500 égale à celle présentée par Y Asplénium, qui ne vit qu’à 11,500 pieds. Ce qui donnerait:
proportion manifestement inexacte.
De même, la Castilleja tenuifolia comparée à V Erysimum macradenium
nous donne:
8.000 : 13.000 : : 5.000 : 5.000 proportion également fausse.
Comme conclusion des réflexions précédentes et de notre tableau de hauteurs nous sommes en droit de formuler ce principe:
Les différences entre les hauteurs maxima et minima dans lesquelles vivent quelques espèces ne sont pas toujours proportionnelles aux différences entre les hauteurs maxima. Il y a des végétaux qui s’élèvent dans certaines contrées et descendent dans d’autres beaucoup plus que des espèces confinées dans les grandes altitudes.
92. (b) Quelques espèces se trouvent seulement à des hauteurs très grandes:
Arenaria bryoides 15,000 à 14,000 pieds.
Alchemilla tripartita 15,300 à 14,000 ,,
Chinolaena lavandulacea 15,000 à 12,500 ,,
Draba lolucensis 14,000 à 8,000 ,,
Braba popocatepellensis 12,000
Arenaria alsinoides 12,000 à 10,000 ,,
La zone propre du Maguey manso fino (Agave) est comprise entre des altitudes de 2,220m à 2,700ml
D’une façon générale les plantes des tropiques ne vivent pas à des hauteurs considérables.
93. (c) Quelques espèces se trouvent seulement dans des contrées très basses, citons comme exemple:
Cecropia. — Castilloa elástica. — Bignonia. — Zamia. — Mormodes pardina. — Sapotaceœ. — Papayaceas. — Mircineœ. — Stanhopea tigrina. — S. saccata. — Maxilaria aromática. — Epidendrum ancipticaulon. — E. rigidum. — E. candollei.
1 Memoria sobre el cultivo del Maguey, por José C. Segura. México, 1891, pág. 62.
Yoici donc trois faits qui prédominent dans la distribution verticale des végétaux: