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Il y a des espèces communes à touts les niveaux

Le troisième fait est le plus important pour nous; il nous couduit à des recherches que nous entreprendrons en commençant par affirmer que:

94. (d) Les zones de végétation classifiées selon la hauteur absolue sont la plupart du temps arbitrairement établies.

En effet, supposons qu’il s’agit d’établir le caractère dominant de la flore qui au Mexique et dans l’Amérique Centrale règne à 8,000 pieds, et que dans ce but nous nous servons du tableau, assez incomplet, dressé au début de ce chapitre.

Nous remarquons premièrement qu’il y a:

De 8,000 à 9,000 pieds 200 espèces.

De 8,000 à plus 'de 9,000 pieds 54 ,,

De 8,000 à moins de 8,000 pieds 62

Comment peut-on alors établir les caractères de la flore qui règne de

8.000 à 9,000 pieds? Nous ne possédons que 200 espèces, lesquelles jusqu’à présent n’ont été recueillies ni à une plus grande ni à une moindre hauteur que celle-là, sur un total de 346 espèces. Encore, c’est à noter que plusieurs des espèces obtenues à plus de 8,000 pieds se trouvent aussi à

10.000 pieds et plus haut, et que d’autres se trouvent également à 12,000 pieds, de telle sorte que les différences sont très considérables.

95. Les données ¡précédentes nous permettent d’admettre que presque la moitié des espèces (50 p. 100) se trouvent à plus et à moins de 8,000 pieds de hauteur et qu’une classification des zones sur la seule base de la différence de hauteur devient souvent fantastique et expose à commettre des erreurs. Il va de soi que si l’on tient compte des limites extrêmes, la recherche est moins laborieuse, car il est possible d’affirmer qu’au Mexique, à plus de 8,000 mètres ne vivent plus d’une façon spontanée les fougères arborescentes ni plusieurs autres végétaux des tropiques. Dans ce cas, les classifications de géographie botanique peuvent atteindre une certaine exactitude, mais elles ne s’appuient pas directement sur l’examen des zones d’altitude, et seulement dans un sens général sur des zones climatériques étagées plus ou moins exactement en rapport avec la hauteur.

Yoici un exemple:

96. Mr. Lapparent admet, avec plusieurs botanistes, le tableau suivant des zones de végétation:1

1 Lapparent. Traité de Géologie. Paris. 1885.

Latitude.

Hauteur.

Végétaux caractéristiques.

Zone équatorielle

0 mètres.

Palmiers et bananiers.

tropicale

Fougères arborescents. Figuiers.

sub-tropicale. . .

Myrtes, lauriers.

tempérée chaude

Arbres verts.

tempérée froide.

Des arbres à feuilles caduques. Grandes prairies

sub-arclique . . .

Tourbières. Bois de sapins et de peupliers. Rhododendrons.

polaire

plus de 78° 4,300 ,,

Plantes alpines.

98. Après ce tableau, nous ayons à présenter quelques faits. A l’Himalaya les palmiers se trouvent à 1,900 et 2,100 ni., alors que, d’après Lapparent, ne doivent exister qu’à 0 mètres. Les lauriers dépassent l’altitude de 1,200 m. (jusqu’à 2,60o).1 De Humboldt a constaté que les myrtes vivaient dans les Andes à peu près jusqu’à 3,300 mètres d’altitude et pas à l,200m.2 Enfin, nous voyons au Mexique les figuiers, les palmiers, les bananiers, les myrtes et les lauriers répandus en grand nombre dans plusieurs endroits du sud à 1,000 mètres et plus d’altitude. Par conséquent, il ne faut pas généraliser pour tous les pays d’altitude ce que l’on a observé dans un seul pays. Il faut tenir compte, pas seulement de la hauteur, des différences en mètres, mais aussi des conditions climatériques et autres qu’il n’est pas le temps d’examiner.

99. Une autre cause d’erreur dans ce genre de travaux c’est que, comme nous l’avons déjà dit, il y a un grand nombre d’espèces communes à des hauteurs très variées, fait qui s’observe surtout pottr des contrées voisines; mais l’on voit aussi, dans des endroits situés à de grandes distances se produire également le blé, le maïs, l’orge et d’antres plantes de grande culture. Le même fait se réproduit pour quelques plantes dont la zone de distribution est très vaste. On rencontre aussi, à des niveaux énormément écartés, plusieurs phanérogames aquatiques et le Zonchus olera cens, le Solanum nigrum, la TJrtica dioica, le Chenopodium album , etc.

100. C’est donc notre avis que les zones altimétriques de végétation ont une valeur bien rélative. Elles répondent à quelque chose de vrai quand elles se rapportent à un seul pays ou à des pays pas éloignés. Il faudrait en tout cas établir ces zones sur la base non pas de particularités de hauteur, mais d’une façon plus logique sur des particularités de climat. Car, en effet, il arrive que des hauteurs égales se trouvent dans des. conditions bien différentes d’humidité, de chaleur, etc. Ce qui est vrai pour l’altitude de 2,000 mètres à Mexico devient faux pour la même altitude en Europe.

101. Le botaniste a raison quand il dit: l’ Euphorbia pulcherrima peut vivre dans un pays où la température moyenne annuelle est, par exemple?

1 Yan Tieghem. Botanique, page 1599.

2 De Humboldt. Tableaux de la Nature. Paris, 1828, page 145.

de 15° C. — Mais il nous induirait en erreur en nous assurant que cette eupliorbiacée n’a besoin pour vivre que d’une hauteur de 2,300 m. Ce qui est vrai c’est que YEuphorbia pulcherrima s’élève dans l’Amérique du Sud, à Quito par exemple, à un peu plus de 3,000 m.; au Mexique elle ne dépasse pas les 2,300 m., mais en Europe, il est probable qu’elle languirait dans n’importe quel pays et dans n’importe quelle altitude. (Voir le § 184.)

102. Distribution verticale des espèces du même ordre ou du même genre.

Comme pour l’étude de cette question, il notis parait utile d’avoir le tableau des espèces de chaque ordre recueillies dans la Vallée de Mexico, et comme dans ce tableau il s’agit de déterminer le nombre de plantes trouvées au Nord et au Sud du Mexique, il est bon de préciser ce qu’on doit entendre par ces derniers mots.

103. Mr. Hemsley comprend sous la dénomination de Sud du Mexique > la partie de territoire située entre les 16° et 23° de latitude et les 87° et 107° de longitude. Dans sa partie la plus large cette zone atteint 8 degrés.1

Nous avons cru toujours que cette division était mauvaise, car le Sud du Mexique ainsi compris ne s’arrêterait pas aux limites des côtes et des terres chaudes, mais il s’étendrait à une énorme portion du plateau central. Dans la partie Nord sont comprises plusieurs contrées du littoral ainsi que les endroits qui s’élèvent h plus de 1,000 m. Dans un mot, les climats froid et chaud de chacune des zones, celle du Nord et celle du Sud sont confondus; ils ne seraient séparés que par une ligne idéale, qui couperait la République de l’Est vers l’Ouest. Mais comme tout l’ouvrage de Mr. Hemsley s’ajuste à cette division, nous l’accepterons, tout en faisant certaines restrictions.

104. Dans la Vallée de Mexico, à une hauteur mínima de 2,000 mètres, 97 ordres se trouvent représentés par des espèces sylvestres; 53 ordres sont absents. La région la plus riche en espèces et en ordres est celle du Sud, qui est la plus explorée et la plus vaste.

Il y a des ordres dont le plus grand nombre d’espèces se trouve dans la Vallée (Tamariscineæ), tandis qu’au Nord il y en apeu. D’autres ordres ont plus d’espèces au Sud (Rhamnaceæ); d’autres, enfin, ont le même nombre d’espèces vers le Sud que dans la Vallée. Mais les affinités sont plus grandes entre la flore de la Vallée de Mexico et la flore du Nord, et cela a cause de la similitude de climat. 2 Ce n’est qu’en comparant le nombre des espèces qui existent dans les parties chaudes du Nord avec le nombre d’espèces de la Vallée, que nous pourrons démontrer une diffé-

1 Biología Centrali-Americana. Vol. IV, page 145.

2 Dans les endroits élevés. Il est à noter que la Vallée de Mexico se trouve comprise dans la région Sud de Mr. Hemsley. (!)

rence considérable. Par exemple, les plantes des ordres Rhizophoraceœ, Myrsineœ, Laurineœ n’existent pas dans la Yallée ni dans les régions froides du Nord, mais elles se trouvent dans les régions chaudes.

105. Les ordres représentés dans la Yallée de Mexico par un plus grand nombre d’espèces sont les suivants:

Composées 209. — Graminées 103. — Légumineuses 66. — Solanées 38. — Labiées 30. — Crucifères 20. — Cyperacées 20.

Ces données sont de nature à faire supposer de prime abord que la Yallée de Mexico, malgré son altitude contient en nombre suffisant , des espèces qui représentent plusieurs ordres de plantes: mais avant de l’affirmer, il faudrait pratiquer un examen plus soigné, qui ne soit pas entaché du manque de précision dont la classification arbitraire de Mr. Hemsley nous fournit un exemple.

Examinons 20 ordres de ceux qui sont compris dans notre tableau.

106. Dans les Renonculacées il y a 4 genres et 9 espèces. 1 genre de 8,000 à 8,200. Le Ranunculus de 8,200 à 12,500 pieds. Différence d’altitude entre les genres Thalictrum et Ranunculus: 4,300 pieds. Différence entre l’espèce qui s’élève le plus et celle qui s’élève le moins: 4,500 pieds.

Dans les Crucifères il y a 5 genres et 9 espèces. Le genre Nasturtium de 8,000 à 12,000 pieds; le genre Braba de 8,000 à 14,000; le Sisymbrium de 8,000 à 12,000; les Erysimum de 8,000 à 13,000.

Différence d’altitude maxiina pour les divers genres: 6,000 pieds.

Dans les Violacées la différence (entre 3 espèces): 1,450 pieds.

Dans les Caryophyllées 7,000 pieds.

Dans les Hypericinées 1,000 „

Dans les Légumineuses 7,500 „

Dans les Rosacées 8,300 „

Dans les Saxifragacées 4,100 „

Dans les Myrtacées 0 „

Dans les Mélastomacées 4,000 „

Dans les Lythrariacées 2,500 „

Dans les Onagrariées 5,000 „

Dans les Cucurbitacées 1,700 „

Dans les Cactacées 6,000 „

Dans les Ombellifères 6,000 „

Dans les Rubiacées 3,000 „

Dans les Valérianées 1,500 „

Dans les Composées 8,000 „

107. Toutes ces données ont sans doute une valeur relative et il ne faut pas oublier qu’elles sont loin d’être complètes: nous ne pouvons nous assurer siles différences de hauteur entre les espèces de Composées peuvent être de plus de 8,000 pieds, mais nous tenons pour certain qu’elles ne sont pas inférieures à ce chiffre.

Yoici le résumé de ces données:

Sur 20 ordres de plantes du Mexique et de r Amérique Centrale un seul n’offre pas de différences dans les hauteurs où ses espèces ont été recueillies, l’ordre des Myrtacées. Les différences varient entre 8,300 et 200 pieds. La plupart de ces chiffres doivent être augmentés de 8,000 pieds, car ordinairement, dans notre liste, cette hauteur sert de point de départ.

108. Plus loin nous tâcherons de montrer que les données précédentes et celles qui suivront sur la distribution hypsoinétrique des espèces d’un même genre, loin de s’opposer à la thèse que nous soutenons, lui sont au contraire très favorables.

GENRES. Hauteur qu’atteignent les espèces. GENRES. Hauteur qu’atteignent les espèces.

Maxima.

Mínima.

Différence.

Maxima .

Mínima.

Différence

Ranunculus. .

12,500 pieds.

Ribes

12,000 pieds.

Nasturtium..

Mandilaría.. .

Draba

Eryngium. . .

Cerastium. . .

Peucedanum.

Arenaria. . . .

Abelia

Géranium . . .

Galium

Lupinus

Agératum. . .

Astragalus...

Stevia

Phaseolus . . .

Eupalorium..

Rubus

Haploppapus.

Potenlilla . . .

Baccharis —

Alchemilla . .

Gnaphalium .

Acaena

109. Les différences de la hauteur à laquelle s’élèvent les espèces de 25 genres varient entre 7,000 et 1,500 pieds, la moyenne des différences est de 3,994 pieds. Pour les ordres cette moyenne était de 4,077, seulement 83 pieds de plus.

Si nous prenons aussi les différences observées dans la hauteur qu’atteignent les mêmes espèces (§ 90) nous aurons comme résultat définitif:

Différences entre les hauteurs.

Sur 12 espèces.

Sur 20 ordres . .

Sur 25 genre s . . ,

D’une même espèce. Des espèces d’un ordre. Des espèces d’un genre.

5,941 pieds. 4,077 pieds. 3,994 pieds.

Moyennes des différences.

110. Nous n’hésitons pas à affirmer que les réflexions précédentes nous conduisent à un même résultat. Puisque l’espèce, dont le groupe est limité, le genre et l’ordre beaucoup plus généraux et la série enfin, dont le groupe est plus vaste encore, ont des représentants à des hauteurs très diverses, nous concilierons, avec De Candolle, que les différences de pression n’influent en rien dans la limitation dés plantes. En tout cas elles

s’adaptent avec nne telle facilité que le nombre de celles qui sont adap tées surpasse de beacoup celles qui ne le sont pas.

111. (f). Rapports entre la distribution selon la hauteur et la distribution selon la latitude.

Nom. Hauteur.

Arenaria bryoides 13,000

Alchemilla tripartita 15,300

Arenaria alsinoicles 12,000

Spiræa discolor 12,000

Arctostaphylos pungens . . . 12,500

Arcenlhobium oxycedri . . . 12,000

Juncus mexicanus 12,000

Carex festiva 12,500

Phleum alpinum 12,000

Cystopteris fragilis..* 12,500

Asplénium filix-fœmina. . . 12,000

Polypodium lanceolatum. . . 12,000

Géranium carolinianum .. . 11,000

Cheilanthes lendigera 11 ,500

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