PARTIE II
ÉTUDES DE PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. INFLUENCE DU CLIMAT DES HAUTEURS SUR LES FONCTIONS DES PLANTES.
118. M.PaulBert, comme nous l’avons dit au commencement de Ce chapitre, à publié le résultat de plusieurs expériences au sujet de l’influence qu’exerce la pression sur la germination et sur la vie des plantes. Il parle d’une expérience de Dôbereiner, qui tend à prouver que l’orge croît davantage dans l’air comprimé que dans l’air raréfié, mais aucune comparaison n’a été faite avec sa croissance aux conditions ordinaires de pression, et M. Paul Bert lui même dit qu’en réalité on ne peut rien déduire de cette expérience.1 M. Jaccard à obtenu un résultat intéressant: les plantes croissent davantage dans l’air raréfié que dans l’air comprimé ou celui de tension normale. Nous avons fait l’expérience, avec de l’orge précisément, et voici ce que nous avons observé:
119. Huit grains d’orge ont été semés dans une même terre mais dans différents vases le 14 Octobre 1893. Six (A) restèrent sous une cloche à la pression normale, les deux autres (B) sous une autre cloche dans laquelle on porta la pression à 10 centimètres.3 Toutes les précautions nécessaires se prirent pour que les grains A et B se trouvassent dans des conditions égales d’humidité, de lumière et de température; les deux cloches étaient placées l’une à. côté de l’autre.
Le 31 Octobre l’expérience était terminée. (Yoir la planche.) Les plantes A avaient une longueur respective de 28 et 23 centimètres. Les plan tes B ôtaient beaucoup moins longues, la plus grande ne mesurait que 20 centimètres. .
Le nombre des racines en A était 5. 6. 5. 5. 5. 5; en B la plus graude en avait 6 et l’autre 5.
120. Ces observations et surtout celles de M. Jaccard se rapportant à plus de 50 plantes différentes, réfutent les conclusions de Dôbereiner.
121. L’arge que nous sommes parvenus à faire croître à moins de 48 centimètres pesa: 320 mgr. nue plante, 225 mgr. l’autre.
Celui qui s’est développé à la pression normale: 229 mgr. 327. 305. 350. 250. 320.
Poids moyen: 297 mgr.
1 La Pression Barométrique, page 848.
2 Pression de Mexico, à peu près "586 millimètres.
Plus loin nous démontrerons que les plantes des hauteurs ne sont pas moins riches en principes que celles des régions basses.
Paul Bert trouve au contraire que l’orge qui croît dans l’air raréfié pèse moins que celui qui est né à la pression ordinaire; les grains germent avec difficulté et la plante semble souffrir notablement. Cela arrive aussi dans /une atmosphère pauvre d’oxygène, mais à la pression de 760 mm La sensitive meurt si on la soumet à des expériences semblables, mais elle peut vivre dans un air qui soit riche en oxygène bien qu’à une pression très faible.1
Ou sait que P. Bert avait fait germer plusieurs plantes dans l’air plus ou moins comprimé et dans l’oxygène, mais il ne s’occupait que de l’étude des premiers phénomènes de la germination (!) M. Jaccard est arrivé à suivre un développement plus complet d’un assez grand nombre d’espèces qu’il faisait croître dans l’air comprimé ou raréfié, même dans l’oxygène , et dans un mélange d’oxygène et d’hydrogène à différentes pressions. Ordinairement les changements de la forme extérieure sont importants mais, chose remarquable, les modifications anatomiques sont presque inappréciables. Dans l’air raréfié surtout on obtient un développement rapide de tous les organes. Une pomme de terre, dans l’air ordinaire, donne des rejetons peu nombreux de 4 à 5 centimètres, avec des très petites feuilles et quelques racines adventives; une pomme de terre pareille, dans un air à 15 centimètres de pression, étant supposées égales les autres conditions, donne, dans le. même espace de temps, de nombreuses tiges, d’environ 40 centimètres, avec de larges feuilles et de longues racines adventives, vertes en partie et qui s’allongent en tous sens même de bas en liant.2
122. Ce n’est pas la première fois que M. Paul Bert semble préoccupé et en désaccord avec ses compatriotes.
123. Quant à V optimum de pression on de vj-a toujours le chercher dans une région et ne l’appliquer qu’à cette région. Quel est Y optimum de pression pour le maïs? En Europe il pourra être de 76 centimètres, mais au Mexique il peut être inférieur à ce chiffre; 58 centimètres, par exemple,, puisque cette graminée vit très bien à 2,000 mètres de hanteur.
Les expériences dont nous allons parler nous paraissent plus utiles et surtout plus concluantes que celles de M. P. Bert.
1. ° Parce que les changements de pression n’ont pas dépassé ceux que souffrirait une plante qui serait transportée du niveau de la mer à la cínife de la plus haute des montagnes (exception faite de quelques ças).
2. ° Parce que les changements de pression n’ont pas été tellement brusques qu’ils aient pu empêcher un phénomène d’adaptation. La plupart ont été faits in situ et non dans le laboratoire.
1 P. Bert. Loc. cit. , page 854.
2 G. Bonnier: L’anatomie expérimentale. Revue Scientifique. Vol. 52, p. 229; voir aussi: P. Jaccard. Influence de la pression des gaz sur les végétaux. Revue des Questions Scientifiques. Vol. V, p. 684; et Revue Gén. de Botanique, t. V, 1893.
SEOTIOÏT -A..
EXPÉRIENCES DE MM. BONNIER ET JACCARD AU SUJET DE L’INFLUENCE DE L’AIR RARÉFIÉ SUR LES VÉGÉTAUX.
124. M. P. Jaccard soumit à l’expérience environ 50 espèces de différent âge; l’expérience dura assez longtemps et il pût comparer avec des sujets témoins placés dans les conditions normales. Il étudia ainsi les modifications dans la croissance, la morphologie externe et la structure anatomique.
Yoici les résultats obtenus:
1. ° En général les changements de pression exercent une influence considérable sur le développement des plantes.
2. ° L’intensité et la nature du phénomène varient selon l’espèce, mais la courbe générale qui représente les variations du développement selon la pression a d’ordinaire deux •maximum, le premier beaucoup plus accentué, dans l’air raréfié, le second dans l’air comprimé; la pression normale se trouve entre ces deux maximum.
3. ° S’il est vrai que la tension de l’oxygène exerce une certaine influence, la pression absolue modifie aussi le résultat.
125. En résumé, l’influence qu’exercent les changements de pression sur les animaux et sur les végétaux n’est pas la même. 1 Dans ses expériences sur les végétaux M. Jaccard n’arrive pas au résultat que P. Bert dit avoir obtenu sur. les animaux; son procédé, il est vrai, était différent: il maintenait la raréfaction le temps nécessaire pour que l’adaptation de la plante pût se vérifier. Il a observé que la dimension des feuilles augmente ainsi que la longueur et la division des racines ;2 c’est-à-dire que la surface respiratoire de la feuille augmente de la même manière que la capacité des poumons des animaux que l'on soumet à la dépression.
126. M. Gr. Bonnier3 a cultivé plusieurs plantes dans les montagnes, ayant soin qne toutes les conditions, celles du climat exceptées, fussent les mêmes que pour les sujets témoins. Il a observé: l.° que les tiges aériennes sont étendues, plus courtes et peu élevées au dessus du sol; 2.° que les fleurs sont plus colorées, les feuilles plus grosses et d’un vert plus obscur,
1 Loc. cit.
2 Revue Scientifique. 19 Août, 1893.
3 Changes in plants due to an Alpine climate. American Naturalist, 1896, p. 61.— Gr. Bonnier. Recherches expérimentales sur l’adaptation des plantes au climat alpin. Annales des Sciences naturelles. Botanique. Série VIII, Vol. 20, N0"- 4, 5 et 6.
les tissus protecteurs dè la tige plus développés. Grâce à la plus grande épaisseur du tissu en palissade et à l’abondance de chlorophylle, l’assimilation par les feuilles, à surface égale, est beaucoup plus considérable. 1 En outre, la plupart des plantes alpines emmagasinent dans leurs parties souterraines une plus grande quantité de provisions que dans la plaine. Les essais faits par M. Bonnier à l’Aiguille de la Tour en 1888, au Pic d’Arbizon dans les Pyrénées en 1889 et en Dauphiné en 1890, démontrent que lorsqu’il s’agit de plantes égales, placées dans les mêmes conditions extérieures, l’exemplaire cultivé dans le climat alpin modifie ses fonctions, de manière que l’assimilation et la transpiration de chlorophylle augmentent: dans l’obscurité la respiration et la transpiration ne semblent souffrir ni modification ni diminution. Il s’ensuit donc que pendant la courte saison favorable des grandes hauteurs, les plantes élaborent avec line intensité plus grande les principes nutritifs nécessaires. On pourrait peutêtre expliquer ainsi la plus grande quantité relative de sucre, amidon, huiles essentielles, pigments, alcaloïdes, etc. que contiennent les plantes alpines, vu que ces principes sont relationés avec l’assimilation de chlorophylle. 2