‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 58 sur 268 · TITRE · texte numérisé non relu

TITRE

Hernández. Mexique.

Dragendorff. Europe.

141. Les feuilles sèches contiennent moins cl’ atropine pour différentes raisons que M. Hernández indique dans sa thèse; les feuilles fraîches renferment nne pins grande proportion d’alcaloïde an Mexique qu’en Europe. 1

L'Abies religiosa des hautes montagnes du Mexique contient de Vabiétine , de V acide abiétique et plusieurs autres principes de la térébenthine de Y enise. 2 Les noix de galle du chêne ( Quercus ) qui croît sur le plateau central contiennent une assez grande quantité de principes tanniques pour qu’elles puissent remplacer les noix de galle du Levant. 3 Le Hyosciamus niger cultivé dans le pays remplace parfaitement l’étranger;4 nous pouvons en dire autant du Borrago officinalis 5 et du Cannabis sativa .6 Le Cerassus capollin renferme autant d’acicle cyanhydrique que le laurier-cerise et que les amandes amères;7 plusieurs Colchicacées du plateau s’emploient à la place du Veratrum officinale des régions basses,8 le Colchicum alpinum à la place du C. autumnale, YAdianthum tenerum à la place de VA. capillus Veneris. Une Cucurbitacée très commune dans les hautes régions de la République, le Sechium edide renferme une quantité de fécule égale à celle que contiennent les meilleures pommes de terre cultivées en Europe, c’est-à-dire 20 % . 9 L ’ Artemisa mexicana n’a pas une composition différente de celle de VA. absinthum et elle croît à plus de 2,000 mètres de hauteur. Le Polygala scoparia cependant, comparé au P. de Yirginie contient la moitié moins de principes actifs. Le Datura stramonium de la Yallée de Mexico remplace celui d’Europe. 10 En général, les plantes des

1 Análisis de la Belladona cultivada en México. Thèse. Juan Hernandez. Mexico, 1888, pág. 12.

2 Farmacopea Mexicana. 2* édition, pág. 11.

3 Ibid., pág. 20.

4 Ibid., pág. 35.

5 Ibid., pág. 3T.

6 Ibid., pág. 41.

7 Ibid. , pág. 241.

8 Ibid., pág. 43.

9 El Chayóte, par M. Alfonso Herrera. “La Naturaleza,.” Vol. I, pág. 235.

10 Farmacopea Mexicana, loe. cit.

montagnes sont plus riches en huiles essentielles que celles des régions basses; d’ailleurs la plupart des traités de Pharmacie fout cette remarque. Une des plantes les plus riches eu alcaloïdes, le quiua, yît dans des régions très élevées et lorsqu’on a voulu l’acclimater dans les montagnes de l’Inde on n’a pas remarqué une diminution de principes actifs. 1 Les quinas vivent à une hauteur qui varie entre 1,600 et 2,400 mètres. Sur les limites de leur zone de distribution certaines espèces peuvent descendre jusqu’à 1,200 mètres, tandis que d’autres montent jusqu’à 2,980 selon le baron de Humboldt, et même jusqu’à 3,270 selon Caldas.

Elles dépassent les limites des forêts et atteignent la régiou des Gentianées. 2

142. Nous donnons ici les résultats des analyses de la Valeriana offtcinalis et de la F. Hardwickii faites par M. Linderer. Cette dernière plus riche en principes que la première, vît dans les montagnes de l’Asie, ce qui, comme on le verra après, la rapproche de la Valériane des plateaux du Mexique.

Valeriana Valeriana Hardwickii. ofïicinalis.

Eau 10. 46 11. 57

Cendres 4. 04 4. 31

Matière grasse et résine soluble dans l’éther de pétrole 0. 56 0. 36

Huile volatile et acide valérique solubles dans la benzine 1.005 0. 90

Acide volatil soluble dans l’éther 0.335 0. 31

Résine et cire solubles dans l’éther 0.56 0. 85

Résine soluble dans l’alcohol 1. 05 0.975

Tannin 3. 13 1. 64

Acides citrique, tartrique, etc 0.335 0.565

Glucose 6. 03 5. 32

Substances diverses solubles dans l’eau et non dans l’alcohol . 14. 96 14. 39

Mucilage et albumine 4. 16 2. 97

Matières albuminoïdes extraites par la soude 9. 72 7. 83

Acide métabarique, phloobaphèrie et albuminoïdes 19. 10 16. 70

Amidon 14. 05 12. 87

Cellulose 10. 36 11. 65

Matière ligneuse et composés divers 10.015 16. 80 3

143. Nous trotivons donc que l’amidon, plusieurs substances albuminoïdes, la glucose, le tannin, l’huile volatile et l’acide valérique se trouvent en plus grande quantité dans la Valériane des régions élevées. Dans l’espèce qui croît sur le plateau mexicain la proportion de plusieurs composants se trouve aussi augmentée, et, chose digne de remarque, l’acide valérique s’y trouve déjà formé; il suffit pour l’obtenir de distiller la racine; tandis que dans la Valeriana officinalis l’essence seule existe et pour en

1 Guibourt. Histoire Naturelle des Drogues simples. Paris, 1869, Yol. III, pág. 122.

2 Ibid., pág. 117.

3 Les Plantes Médicinales, par Dujardin-Beaumetz et E. Égasse. Paris, 1889, pág. 747.

extraire l’acide il faut oxyder au moyen du bichromate de potasse et de l’acide sulfurique.1 Yoici la composition de la Yalériane du Mexique selon M. R. Mc. Laughlin.2

Huile volatile 3.33

Oléo-résme 4.30

Cire et matières grasses 1.09

Acide valérique 0.91

Mucilage 4.30

Péctine 1.35

Extractif.' 22.80

Pararabine 1.15

Tissu ligneux 9.68

Cellulose 30.84

Perte - 1.70

Humidité 11.65

Cendres 6.70

144. On a trouvé en outre un glucoside beaucoup plus abondant que dans l’espèce européenne; l’eau, les cendres, l’acide valérique, l’essence, etc., se trouvent aussi en plus grande proportion dans l’espèce mexicaine.

Bien plus importants seraient les résultats que nous donnerait l’analyse des plantes alimentaires. En effet, de cet examen des plantes médicinales, nous pouvons déduire logiquement qu’elles doivent contenir une plus grande quantité de principes actifs. Les habitants des hauteurs ne seront donc pas mal nourris par des plantes céréales pauvres en principes assimilables, au contraire, ce sera une nouvelle circonstance favorable qui leur permettra de lutter plus avantageusement avec le milieu.

145. On calcule qu’au Mexique la production totale du maïs s’élève à 46,458,810 hectolitres par an. 3 Cette plante céréale constitue et a constitué la base de l’alimentation des indiens et même des créoles dans plusieurs localités. Son importance est extraordinaire; aussi dussions nous répéter ce que nous avons déjà dit et paraître peu méthodiques nous nous permettrons de faire les réflexions suivantes.

146. Si la production du maïs au Mexique s’élève à plus de 46,000,000 d’hectolitres, celle du blé atteint à peine 4,026,925 h. La récolte du maïs en France ne dépasse pas 8,648,116; elle est de 16,352,000 en Italie, de 3,309,000 en Espagne, seuls les Etats Unis produisent 134,000,000 h. 4 Comme nous l’avons dit, cette plante a alimenté nos populations pendant plusieurs siècles et à l’usage presque exclusif que l’on en a fait pour l’alimentation doivent s’attribuer certaines particularités de nos aborigènes.

1 Farmacopea Mexicana, pág. 130.

2 American Journal of Pharmacy. Vol. 65, N9 7, p. 329.

3 R. de Zayas Enriquez. Los Estados Unidos Mexicanos. México, 1893, pág. 452.

4 Heuzé. Les plantes alimentaires. Paris, 1872, Vol. II, page 3.

Yoyons donc la différence qui existe entre la composition des grains développés sur les hauteurs du Mexique et celle des grains provenant de plantes nées dans des régions basses.

En 1892 le maïs manqua sur plusieurs points de la République et on dût recourir aux Etats-Unis. Selon l’opinion vulgaire, le maïs importé de ce pays était loin de posséder les qualités du produit national. Une étude analytique fut alors entreprise.

147. M. le prof esseur M. Lozano, adjoint à la section de chimie de l’Institut National de Médecine, a bien voulu nous communiquer le résultat de l’étude qu’il fit à cette occasion. Avec tout le soin et le scrupule qui lui sont habituels il fit deux analyses, celle dn maïs des Etats-Unis et celle du maïs récolté dans le District de Chalco, Etat de Mexico, situé à plus de 2,200 mètres au-dessus du niveau de la mer. 1

Eau

Matières grasses

,, azotées

Sucre, acides végétaux et analogues du tannin

Amidon

Cellulose

Sels minéraux

Maïs

de Chalco.

Maïs

des Etats-Unis.

148. Le maïs mexicain l’emporte même sur le maïs d’Europe, car, ce dernier, selon M. Payen, ne contient que 12.50 de matières azotées. 2

Nous n’ignorons pas que ces quantités peuvent varier sous l’influence de circonstances diverses; mais ne serait-ce pas une coïncidence par trop grande que dans plus de vingt cas que nous avons rapportés, sauf une exception, elles aient toujours varié dans le même sens? Le cas est le même lorsqu’il s’agit d’un alcaloïde et lorsqu’on évalue une stearoptène, un acide, une essence ou des matières azotées en général.

149. Enfin, nous ferons remarquer que sur plusieurs points de la Y allée de Mexico, à plus de 2,000 mètres de hauteur on a semé le Pavot (var. album) qui a produit un opium excellent et qui contenait 10 à 12 p. cent, de morphine. Cette proportion allait augmentant avec le nombre de générations; mais dès la première année on a pu constater que “la plante n’avait pas dégénéré.” (!) 3

1 Mariano Lozano y Castro. Informe presentado á la Dirección del Instituto Médico Nacional, en Septiembre de 1892. Anales del Instituto Médico. México, 1894.

2 Sur 100 parties de grains secs. Heuzé, loe. cit. , page 46.

3 Manuel M. Villada. Apuntes sobre algunas Papaveráceas. Gaceta Médica de México. Yol. XXIX, núm. 5, pág. 166. — El Papaver somniferum. Ensayos para su aclimatación en México, por J. M. Gómez. “La Naturaleza,” Yol. VII, pág. 115.

Influence de la lumière des hauteurs sur les mouvements du protoplasma et sur la position diurne des feuilles.

150. A cause de l’obscurité qui règne encore sur ce premier point nous le présenterons seulement à l’attention des spécialistes qni habitent snr les hauteurs. Si l’opinion de Sachs est yraie (que les grains de chlorophylle sont entraînés par le protoplasma) il n’y a pas de doute que la plus grande luminosité des régions élevées influe sur les émigrations de ces grains. Il n’y a pas de doute nou plus que ces mêmes grains doivent s’accumuler principalement sur les parois latérales des cellules, mais, quel est le véritable objet de ces déplacements? Nous l’ignorons.

151. Pour ce qui se rapporte à l’influence de la lumière sur la tension des tissus dans les organes moteurs des feuilles uous pouvons être plus précis. Nous sommes convaincus que la lumière des hauteurs exerce une influence paratonique beaucoup plus grande. L’obscurité fait perdre aux feuilles leur mouvement périodique et leur sensibilité à l’excitation lumineuse, en un mot, elle leur fait perdre leur mobilité. Herbert Spencer nous dit en outre que les plantes dont les feuilles prennent une position inclinée subissent certains désavantages: les organes foliaires se superposent, se font ombre et se nuisent les uns aux autres. La sélection favorise les espèces qui croissent dans une position plus relevée.1

Influence de la lumière des hauteurs sur la formation du tissu en palissade.

152. Nous rappellerons l’opinion de M. Bonnier snr ce point si important. Il a observé que le parenchyme en palissade augmente chez les espèces des hauteurs. Les faits suivants semblaient le faire prévoir.2

Selon Duchartre, les grandes intensités lumineuses ont pour effet d’augmenter le parenchyme en palissade; l’augmentation du parenchyme lacuneux est due à la faible lumière.

153. Quand on expose le Fagus sylvatica à l’action du soleil on observe que le parenchyme en palissade occupe bientôt plus de la moitié de l’é-

1 Principes de Biologie. Paris, 1878, Vol. II, page 55.

2 La sécheresse (qui, selon M. Vesque, est un des caractères importants du climat des hauteurs) occasionne aussi une augmentation considérable du parenchyme en palissade.

paisseur de la feuille; les cellules alors s’allongent et se rétrécissent. A l’ombre, au contraire, les feuilles se réduisent presque à un tiers de l’épaisseur des précédentes et il n’y a pas de parenchyme en palissade proprement dit. Chez la Lactuca scariola on observe, lorsqu’elle est exposée au soleil, que les feuilles sont verticales et se composent presque exclusivement de parenchyme en palissade; si cette môme plante se trouve à l’ombre, ses feuilles prennent une position horizontale et sont dépourvues de parenchyme en palissade. Il se développe donc sous l’influence de la lumière ainsi que l’hypoderme avec cellules aquifères.

154. Le parenchyme en palissade étant l’agent principal de l’activité et de l’assimilation foliaires nous croyons pouvoir faire le raisonnement suivant:

Chez les plantes des hauteurs, étant supposées égales les autres conditions, l’assimilation doit être plus grande que chez celles des régions basses, car si la lumière augmente le parenchyme augmentera, et par conséquent aussi l’activité assimilatrice des feuilles. Cette activité, en effet, est susceptible d’augmentation par suite de l’influence qu’exerce lapins grande intensité lumineuse sur la décomposition de l’acide carbonique et sur d’antres mécanismes vitaux non moins importants.

Action de la lumière des hauteurs sur le développement de l’épiderme.1

155. Nous ne pourrions traiter cette matière sous le point de vue trop exclusif de l’action de la lumière et en laissant de côté l’influence d’autres conditions dont nous nous occuperons attssi dans la suite.

Les couches de cellules épidermiques se multiplient sous l’influence des radiations lumineuses. Il n’est pas possible de prédire si cette modification sera fréquente chez les plantes des hauteurs, bien qu’elle ait été observée chez des espèces déterminées et quelle soit d’accord avec ce principe général: que les parties extérieures, se trouvant plus immédiatement exposées à l’influence du milieu, sont des plus variables.

156. L’épaississement de l’épiderme est très nécessaire aux plantes qni transpirent peu et qui doivent suppléer au manque d’eau par des mécanismes particuliers. Chez les Cactées, au moins, et chez quelques Amaryllidées et Liliacées des hauteurs il est évident que les cellules épidermiques se sont multipliées, mais nous ne pourrions décider si cette modification

1 M. Lothelier a observé que les plantes épineuses perdent leurs épines dans l’air humide. Cela ne dépend pas de la lumière comme on a voulu le supposer. Revue Scientifique. Yol. LU, page 229.

est due au manque d’humidité des terrains où elles vivent, ce qui paraît plus probable, ou bien encore à la double influence de la sécheresse du sol et de celle de l’atmosphère.

Dans les sables du Popocatepetl, à plus de 3,800 mètres, nous avons vu plusieurs plautes grasses, qui, à n’en pas douter, se trouvent dans ces conditions.

157. Il est donc très possible que l’épaississement des tissus superficiels des plantes alpines et même l’existence plus fréquente chez elles de poils et autres productions épidermiques contribuent jusqu’à un certain point à empêcher une transpiration excessive. On ne peut douter que dans bon nombre de cas la lumière soit la cause efficiente du phénomène; plusieurs expériences en effet le confirment, mais il faut l’avouer: les facteurs qui agissent sur la plupart des végétaux sont si nombreux, qu’il serait bien difficile de déterminer si dans un cas donné les particularités que présente l’épiderme sont dues à des conditions de lumière, de température, de pression, etc. ou bien encore aux nécessités de défense qui de leur côté peuvent agir d’une manière prédominante.

Autres effets divers dus à l’augmentation de la lumière sur les hauteurs.

158. La plus grande intensité de la lumière dans les hautes régions peut expliquer l’existence, au Thibet, de deux Papaveracées et de plusieurs autres plantes dont les fleurs sont remarquables à canse de l’éclat de leurs couleurs;1 elle peut expliquer aussi le fait cité par G. Bonnier, que la coloration des fleurs des espèces alpines est plus intense. C’est ici le cas de faire remarquer que les fleurs absorbent une quantité d’oxygène vraiment extraordinaire! Celles du Tropoeolum en absorbent jusqu’à 8 fois x/2 leur volume et celles de la Cucúrbita mëlopepo 12 fois leur volume en 24 heures. On ne devait donc pas s’attendre à trouver au Thibet une fleur aussi grande que celle du Cypripedium et une autre aux couleurs si vives, de pourpre foncé, celle du Thermopsis barbata qui croît aussi dans ces régions.

159. Mais personne n’ignore que les fleurs absorbent une plus grande quantité d’oxygène à mesure qu’augmente l’intensité de la lumière. Cette absorption peut en quelque sorte suppléer le manque de chaleur. Elle influe dans certains cas qui ne sont pas encore bien déterminés, sur rallongement des feuilles, qui, selon M. Stebler, est plus apparent, dans les feuilles des Monocotylédones, à mesure que la lumière du jour augmen-

1 E. Rivière. Voyage dans l’Asie Centrale. Rev. Scient., Janvier à Juin, 1891, page 185.

te. (Mais, personne ne l’ignore, un grand nombre des plantes s’allongent beaucoup dans l’obscurité). La lumière influe aussi dans la transpiration, une des fonctions qui s’activent le plus sur les hauteurs. Une plante de maïs a produit 97 milligrammes d’eau dans l’obscurité, 114 à la lumière diffuse et 785 exposée au soleil. (Wiesner).

160. Quand le degré actinométrique est très élevé les feuilles n’absorbent plus d’ oxygène. A première vue, cette circonstance pourrait paraître très défavorable, mais il n’en est rien, car aussitôt que la lumière du jour est assez intense pour que la chlorophylle commence à décomposer l’acide carbonique et à mettre l’oxygène en liberté, les organes foliaires, ces poumons des plantes comme les appelle Linné, puisent ce gaz non de l’atmosphère mais de cette source plus directe, une partie au commencement, et ensuite, à mesure que l’intensité lumineuse augmente, tout ce dont elles ont besoin } Quelle foi ajouter maintenant aux expériences de P. Bert sur les effets de la décompression, non accompagnée de l’augmentation de la lumière alors que cette circonstance pouvait être utile à la plante même dans des changements si rapides ?

1 Voir: Van Tieghem. Traité de Botanique, page 355. Dufour et Géneau de Lamarlière croient, sur le témoignage des faits, que les feuilles sont plus grandes à la lumière qu’à l’ombre. Rev. Scient., vol. 52, page 229.

SEGTIO ïsT O.

LA TEMPÉRATURE, L’HUMIDITÉ ET LA PRESSION ATMOSPHÉRIQUE DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA PHYSIOLOGIE DES PLANTES.

161. La température baisse avec l’altitude et c’est uue des causes de l’absence de certaines plantes sur les plateaux très élevés, de la différence des limites de la végétation dans les pays situés à des latitudes diverses, du rabougrissement des arbres qui croissent près des neiges éternelles. Les Bananiers et plusieurs autres essences des tropiques ne peuvent pas mûrir leurs fruits s’ils se trouvent à une grande hauteur ou sous de trop hautes latitudes. Ils peuvent cependant donner des fruits s’ils se trouvent bien à l’abri et nous pouvons citer par exemple sur le plateau mexicain le Bananier, la Datura arbórea et le Cheirostemon platanoides.1

Jusqu’à un certain point l’augmentation de la lumière supplée le manque de température et lorsque celle-ci est favorable celle-là est nécessaire pour certains phénomènes vitaux. Le Nelumbium de l’Inde et la Bougainvillœa du Brésil fleurissent à Montpellier et non, quoique dans des serres chaudes , sous le ciel brumeux de la Belgique, de la Hollande et de l’Angleterre.2

162. “A. de Candolle et les agriculteurs modernes ont démontré que dans certains cas la lumière peut remplacer le chaleur nécessaire aux végétaux. Pour qu’un grain de blé puisse mûrir à Skibotten (69° 28' lat. H.) il lui faut un plus grand nombre d’heures qu’en Alsace, dans la proportion de 2,500 à 2,000. Mais si nous multiplions ces deux nombres par celui qui correspond aux moyennes thermiques respectives nous obtenons 26,600 pour Skibotten et 29,900 pour l’Alsace. La lumière a donc compensé l’insuffisance de chaleur. Personne n’ignore que les raisins mûrissent ou non sur l’isotherme de 10° ou même sur l’isotlière de 18°, selon que le ciel de la région est habituellement brumeux, couvert ou nébuleux.”3

163. Quant à l’influence de la température des hauteurs sur l’absorption de l’oxygène nous ferons remarquer seulement qu’elle se vérifie même au dessous de 0° C, comme on peut l’observer dans le blé, mais elle augmente à mesure que la température s’élève.

1 A. L. Herrera. El clima del Valle de México y la Biología de los Vertebrados. “La Naturaleza,” 2* serie, Vol. I, pág. 475.

2 Richard. Botanique. Paris, 1870, page 624.

3 Arnould. Hygiène, page 305.

164. Nous avons déjà dit que la plus grande intensité lumineuse exagère les changements gazeux des plantes et que ces dernières absorbent aussi l’oxygène provenant de la décomposition de l’acide carbonique.

165. De Candolle dit d’une manière peu précise que la faible pression des hauteurs influe peut-être dans l’ascension de la sève. Elle la rend difficile, non dans le sens de Sachs; en effet, ce phénomène dépend de causes nombreuses, entre autres, de la succion que font les jeunes tissus par imbibition et osmose, de la capillarité, qui agit avec nue puissance de plusieurs atmosphères; enfin si la transpiration (qui augmente à cause de la hauteur) est plus active, elle exagère la rapidité de l’ascension de la sève.

166. Si on coupe la tige d’une plante tout près de sa base et si à cet endroit on adapte un manomètre de mercure, ou pourra observer que, même chez les végétaux de petite taille dont le tissu ligneux n’est pas très développé, l’eau sort avec une pression de plusieurs centimètres: 159 mm- chez le haricot, 354 chez l’ortie et 461 chez la digitale. Chez plusieurs phanérogames ligneuses, comme la vigne, la pression peut dépasser nue atmosphère. 11 faut remarquer que de cette manière on mesure seulement la pression que le liquide peut encore vaincre lorsqu’il est arrivé à la base de la tige. Il est évident qu’en parcourant la racine dans toute sa longueur il a vaincu déjà un grand nombre d’obstacles dont l’importance est inconnue.1 Ainsi donc, alors même que la pression plus faible des hauteurs exercerait quelque influence sur l’ascension de la sève, l’effet qui en résulterait ne pourrait se manifester que dans des circonstances très anormales, lorsque l’intensité lumineuse, généralement augmentée, aurait diminué par suite de brouillards persistants ou pour d’autres motifs. Mais l’ascension de la sève chez les végétaux alpins doit presque toujours être favorisée, et cette influence est beaucoup plus puissante, car l’air sec active la transpiration et l’appel du liquide aux organes aériens est plus énergique.

167. La très grande sécheresse des régions élevées influe de la même manière que la lumière dans la formation du parenchyme en palissade. M. Yesque assure que l’air sec provoque la formation de feuilles charnues en modifiant le nombre de leurs couches cellulaires.

168. La transpiration, répétons-nous, augmente à mesure que l’air est moins chargé d’humidité et nous croyons que même les plantes grasses devront transpirer un peu plus sur les hauteurs que dans les régions basses.

Quant à l’influence de la tension de l’oxygène et de l’acide carbonique nous ajouterons quelques mots à ce que nous avons déjà indiqué au sujet des influences compensatrices. Selon Yan Thiegem, la pression de l’oxygène varie avec l’altitude, mais il semble que cela n’influe pas sur le développement des végétaux; il est vrai que des recherches précises n’ont pas encore été faites sur ce point, (p. 1,579. 1. c.). Dans l’oxygène pur les plantes oxpirent autant d’acide carbonique que dans l’air. Selon M. Boehm,

1 Yan Tieghem. Botanique, page 728.

l’oxygène pur, à la pression ordinaire, retarde le développement des plantes naissantes; mais, si sa tension diminue de manière qu’elle ne dépasse pas celle qu’il a normalement dans l’air ou lui SOIT MEME INFÉRIEURE, la croissance reprend ses proportions habituelles.1 Enfin il y a un optimum pour l’absorption de l’acide carbonique, si on considère la tension que peut avoir ce gaz, et qui est très variable selon les espèces. Sur les hauteurs, la quantité d’acide carbonique a diminué: supposons qu’il y en ait un 10% au niveau de la mer, à 2,000 mètres il n’y en aura plus que 5, et même moins. Dans le premier cas, nous trouverions que l’optimum nécessaire à la vie du Glyceria spectabilis aurait été atteint, tandis que 5 ou 7% de C O2 constitue l’optimum pour la Typha Icitifolia et une quantité même inférieure pour le Nerium oleander .2 Dans les régions basses, nous trouvons donc des plantes qui se contentent d’une proportion trop insignifiante d’acide carbonique. Cela regarde les espèces différentes et même dans une seule espèce l’optimum varie considérablement, un 2%, au moins, dans la Glyceria et le Typha.

169. Il faut remarquer que ces variations sont bien inférieures à celles qu’indique Truchot; cet auteur, en effet, indique 3.13 de C O2 pour 1,000 volumes d’air à la pression de 0m 725 et 1.72 à celle de 0m 57. Si les plantes dont nous venons de parler étaient transportées à 2,000 mètres au dessus de niveau de la mer, elles ne souffriraient sûrement pas à cause de l’insuffisance de l’acide carbonique.

170. Nous avons déjà dit que, selon Jaccard, la surface respiratoire des plantes augmente dans l’air raréfié: il est très probable que la lumière des hauteurs contribue à produire ce résultat. Herbert Spencer a observé que les parties d’une feuille qui se trouvent couvertes par une autre se développent beaucoup moins. ( Tillia, Goldfussia , Begonia).3 Sir J. Lubbock démontre que les feuilles sont séparées et distribuées sur la tige de la manière la plus favorable pour qu’elles puissent recevoir le maximum d’air et de lumière.4 Il n’y aurait donc rien d’étonnant que les fleurs des hauteurs présentassent des modifications particulières dans la disposition, dans la forme et même dans les dimensions des organes foliaires: chez ces fleurs la disposition des feuilles en rosette est très commune, ce qui est très favorable aux changements gazeux. Hous ne pourrions faire une étude comparative sur l’augmentation de la surface car nous ne disposons pas de données relatives aux plantes des régions très basses. En outre, nous déviions tenir compte de la singulière proportionnalité que nous

1 Duchartre. Botanique, page 831.

2 Yan Tieghem, 1. c., page 166. — Selon Boussingault, les feuilles ne décomposent pas le C O2 pur; ils le décomposent cependant, lorsque la tension de ce gaz diminue. Compt.- Rend. Acad. Scienc. Paris, 1865, t. LX, page 872.

3 Principes de Biologie. Yol. II, page 162.

4 La vie des plantes. Paris, 1889, page 116.

ayons observée, dans un très petit nombre de cas, entre le poids et la surface respiratoire:

Poids.

Pin.

Longueur du rameau ou de la feuille.

Nombre de feuilles.

Surface de chaque feuille.*

Id. totale. „

5 gr.

10 cent.

Bougainvillæa.

5 gr.

Datura arbórea.

5 gr.

O 0 A<sn (du limbe seulement).

* Face et revers.

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