‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 59 sur 268 · PARTIE III · texte numérisé non relu

PARTIE III

Diminution de la taille des plantes sur les montagnes et dans les régions arctiques

Végétaux géants sur les hauteurs.

171. Les botanistes n’ont pas assez insisté snr l’identité de deux phénomènes chorologiques ou plutôt physiologiques qui doivent occuper notre attention ne fut-ce que d’une manière accidentelle.

A mesure que le voyageur s’élève sur certaines grandes montagnes, il observe que les arbres se rabougrissent peu à peu et il fera plus facilement encore cette observation s’il s’approche des régions polaires. Mais ce rabougrissement des espèces alpines que l’on pourrait attribuer à la raréfaction de l’air, comme le fait d’Orbigny pour les Péruviens, dépend tout simplement du froid. Nous avons deux raisons pour le prouver: tout d’abord, une même espèce d’arbres atteint la taille normale si l’abri est suffisant; si au contraire, elle est exposée aux rigueurs de l’intempérie cette taille diminue considérablement. M. Ch. Martins l’a observé chez le Pinus uncinata, qui forme des broussailles s’il est à l’intempérie et atteint un développement complet s’il est à l’abri. Autre raison: la petitesse de la taille est un des caractères particuliers de la flore arctique. Les arbustes qui ont peu de branches sont appliqués contre le sol et à peine dépassent-ils la masse des lichens qui les environnent. Seules, quelques graminées s’élèvent un peu plus en certains endroits. En général, on peut admettre qu’il n’y a pas de plante dont la hauteur dépasse 50 centimètres; la moyenne est de 6 centimètres seulement. Les cryptogames y sont aussi de très petite taille; on trouve des arbustes qui n’ont que deux ou trois centimètres de hauteur. 1

172. A ces deux raisons fondamentales on pourrait en ajouter d’autres, mais comme il s’agit d’une vérité si évidente, nous croyons inutile de les spécifier. ISTous nous bornerons à faire remarquer que, à la hauteur où les arbres d’Europe commencent à se rabougrir et même à 2,000 et 3,000 mètres plus haut, les arbres américains conservent leurs proportions habituelles. Nous pouvons citer comme exemple les Conifères du Popocatepetl ù 3,800 mètres au-dessus du niveau de la mer.

173. Ces considérations nous conduisent à d’autres non moins intéressantes pour le but que nous nous proposons. On est porté à croire que, sur

1 Yan Tieghem, loc. cit. , page 1588.

— loó-

les grandes hauteurs, à cause de la diminution de l’oxygène de l’atmosphère, les plantes ne pourront pas atteindre un grand développement Si elles ne parviennent pas à s’adapter, la nutrition respiratoire, en effet, ne serait pas suffisante. On peut admettre qu’à une hauteur de 4,000 mètres les arbres de certaines montagnes restent rabougris par suite d’une température très basse, mais il reste à savoir si à des niveaux plus bas ils atteignent leur complet développement et s’ils 11e l’atteignent pas quelle est l’influence que peut exercer la raréfaction de l’air sur ces phénomènes. Passerait-il chez les plantes ce qne M. Bordier suppose chez les animaux (ce que nous 11’admettons pas) qne leur taille est en raison directe de la pression de l’atmosphère? Ce qn’il y a de sûr c’est qne, à une hauteur considérable an-dessns du niveau de la mer, on rencontre des arbres et des herbes d’une taille pen ordinaire. Yoici quelques exemples:

174. Les individus de la Wellingtonia gigantea de Californie croissent à 1,665 mètres an-dessns dn niveau de la mer et peuvent mesurer jusqu’à 300 pieds de hauteur et 29 de diamètre. Le Cèdre déodore de l’Hiinalaya n’a pas moins de 36 à 40 mètres de hauteur et 10 à 12 de circonférence à sa base. Le Lilium giganteum , le plus grand lis qne l’on connaît, croît snr l’Himalaya à 7,500 et à 9,000 pieds. 1

Au Mexique les arbres de grande taille abondent, parmi ceux qui sont acclimatés et parmi les indigènes. Parmi les premiers nous pouvons citer l’ Eucalyptus et le Dattier qui se développent parfaitement sur le Plateau Central, à plus de 2,000 mètres. (Les fruits du Dattier de la Terre Chaude (Tierra Caliente) sont seuls comestibles).

A La Encarnación , Etat de Hidalgo, à 2,255 mètres on trouve des pins qui mesurent jusqn’à 40 mètres de hauteur. A Santa María del Tule , Etat de Oaxaca, à plus de 1,500 mètres, se trouve Le “Géant de la Flore Mexicaine,” 1111 Ahuehuete (Taxodium mucronatum) qui a 36 mètres de circonférence et 38 mètres 2 de hauteur, selon M. Ortega Reyes.

A Atlixco, Etat de Puebla, il existe un arbre de la même espèce qui a 23 mètres de circonférence. 3 A Chapnltepec, près Mexico, à plus de 2,200 mètres, on peut voir un Taxodium de llm60 de circonférence et un antre de 12m50. 4

175. Ayant entendu parler d’un Taxodium de grandes dimensions qui existait à Zimapan, Etat de Hidalgo, nous avons tâché d’obtenir quelques informations. Dans une lettre adressée de Zimapan par une personne très digne de foi à M. J. M. Yergara Lope, ingénieur, il est dit que l’ar-

1 La Belgique Horticole, II, 333; III, 130; IV, 317. Sur la Washingtonia ou Wellingtonia, voir aussi: Anales Mexicanos de Ciencias, Literatura, Agricultura, etc. México, 1860, I, pag. 235.

2 Humboldt. Ensayo Político. Vol. II, pag. 38.

3 Ibid., pag. 7.

4 El Ahuehuete, por T. Noriega. “La Naturaleza.” Vol. IV, pag. 35.

bre en question mesure 27m54 de hauteur; le plus grand diamètre du feuillage, 20m50; le diamètre approximatif du tronc, 3m80. Selon M. Yergara Lope, Zimapan est à 1846 mètres au-dessus du niveau de la mer.

176. L’étude de la distribution géographique des plantes mexicaines démontre: l.° que, au moins sur le Plateau Central, le domaine des plus grands arbres se trouve dans les montagnes; 2.° que les forêts de Conifères sont plus nombreuses dans les chaînes de montagnes que dans la région plane et basse des vallées; 3.° que si l’on voit des montagnes dépourvues de végétation arborescente, il y en a d’autres ou plus hautes ou plus basses, qui sont couvertes de forêts, soit parce que les végétaux y jouissent de conditions plus favorables, soit parce qu’ils ont échappé aux ravages d’une main destructrice; 4.° enfin, qu’on ne remarque nulle part un manque de vigueur chez les plantes ni même une réduction dans leurs dimensions: au contraire, au Dèsierto, sur l’Ajusco, sur le Popocatepetl et en différents autres endroits de la Yallée de Mexico, de la Yallée de Toluca et de la Yallée de Puebla, les Conifères et les Cupulifères acquièrent des proportions colossales en dépit du manque de pression.

177. Sur les extrémités des hauteurs ou observe cependant le rabougrissement des arbres qui est dû, sans doute, à des conditions thermologiques défavorables.

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