Cypselidæ
Bucerotidæ.
Accenloridse.
Crypturidæ.
Caprimulgidæ.
Sylviadæ .
Motacillidæ.
Penelopidæ.
Corvidæ.
Turdidæ. .
Yulturidæ.
Phasianidæ.
Sturnidæ. 270.
Alaudidæ.
Accipitridæ.
270. On trouve donc sur les hauteurs des espèces de 48 familles d’oiseaux (nous suivons la méthode de Claus). Il manque celles de trois familles (Impennes, Alcidæ et Procellaridœ) qui sont propres des côtes; en outre environ 12 familles qui ont des représentants dans les pays chauds en général (Ramphastidœ, Bucconidœ), etc.
1 Le Rynchopsitta pachyrhyncha, Perroquet de la Terre Froide se trouve sur les hauteurs du Popocatepetl.
Coureurs
Tableau comparatif de la hauteur où se rencontrent . les Reptiles et les Batraciens.
Hauteurs ¡na runas Mètres.
Reptiles de l’Himalaya.
272. Si nous examinons soigneusement le tableau antérieur, nous verrons que les classes suivantes: Mammifères, Oiseaux, Reptiles, Batraciens, Poissons, Insectes et Arachnides possèdent des espèces qui s’élèvent jusqu’à 4,000 mètres. Ce sont les Oiseaux et les Insectes qui s’éloignent le plus de la surface de la terre; et si les Insectes se rencontrent souvent à ces hauteurs, ils le doivent aux courants d’air qui les y transportent. Les sommets sont presque toujours privés des ordres propres des tropiques, parce que le froid s’oppose à leur immigration; on les trouve aussi confinés dans les îles de l’Océan Pacifique et dans certaines régions qui sont au niveau de la mer.
Rien de plus facile à comprendre que certaines particularités de la distribution verticale des organismes. Les Oiseaux peuvent s’élever dans l’air à une hauteur que les Mammifères, exception faite de l’homme, ne pourront jamais atteindre, à cause de leur adaptation, propre seulement à la locomotion terrestre. Un Yautour qui s’élève à 6,000 mètres n’a pas à gravir un cône montagneux couvert de neige, et pourra s’élever encore davantage sans éprouver de sérieuses difficultés. Assurément la locomotion aérienne se prête beaucoup mieux à un voyage aux régions nuageuses, et l’on y rencontre des Insectes, et plus particulièrement des Lépidoptères, à une hauteur approximative de 6,000 mètres. On peut admettre qu’au Mexique les Mammifères ailés (Chauves-souris) sont ceux qui s’élèvent à la plus considérable altitude.1
273. Sur le haut des montagnes fort élevées, on ne rencontre jamais des espèces marines. Les Poissons d’eau douce y sont représentés par les Siluroïdes et les Cyprinides, peu riches il est vrai, en espèces, mais souvent très riches en individus. Les Crustacés (Porcellio, Apus, Cambarus montezumae, Streptocephalus, Potamia) vivent sur les plateaux, mais ils n’y arrivent jamais à la grande variété de formes de ceux qui habitent les profondeurs de l’Océan. On peut en dire autant de ceux qu’on rencontre à l’intérieur des terres basses.
Si on compare entre eux les ordres de n’importe quelle classe, en général on verra que ceux là possèdent sur les hauteurs le plus grand nombre de représentants qui sont en même temps les mieux distribués: les Monotrèmes, dont la zone d’habitation est très limitée, ne dépassent pas les
1 Nous avons des doutes au sujet de l’assertion de Laverrière qui dit avoir observé un Quadrupède, un petit animal semblable à un rat, dans le cratère du Popocatepetl.
1.000 mètres, tandis que les Rongeurs se répandent un peu partout et dépassent les 3,000 mètres; ce qui a lieu, dans les mêmes proportions, pour les Passereaux, les Gallinacés et les Rapaces. Si nous fixons notre attention sur les espèces cosmopolites, nous verrons combien est justifié ce qualificatif, non seulement par la vaste étendue de leur distribution horizontale, mais encore par la grandeur de la zone de leur distribution verticale. Le Strepsilas interpres (A), par exemple, nous fournit une preuve de cette assertion. Il est hors de doute pour tous ceux qui, comme nous, rejettent l’influence funeste des hauteurs, qu’une espèce prolifique, omnivore ou presque omnivore et bien pourvue de moyens de défense, atteindra les
5.000 mètres, surtout, si à cette hauteur, elle peut encore lutter victorieusement, à savoir, si elle ne rencontre pas sur son passage une barrière infranchissable dans l’ordre physique ou physiologique et si elle trouve encore les ressources suffisantes pour subsister, ressources qui peuvent bien ne pas arriver à l’optimum, mais qui ne doivent pas non plus dépasser le minimum.
274. Les circonstances qui influent sur la distribution verticale sont très nombreuses, et nous pensons les discuter dans un chapitre à part; disons cependant, en général, que dans les mêmes conditions, les espèces qui jouissent de la plus vaste distribution horizontale, sont celles aussi qui s’élèvent à la plus grande hauteur. Le rat ordinaire, par exemple, qui vit indifféremment dans les régions froides, tempérées ou chaudes, se rencontre aussi sur les plateaux, ce qui n’aurait pas lieu, s’il habitait les pays chauds exclusivement. Si l’on voulait deviner, pour ainsi dire, la hauteur où pourrait vivre un organisme terrestre, on pourrait établir une échelle formée de diverses températures: si cet organisme se développe entre 0° et 30°, il pourra vivre entre 0 et 4,000 mètres et même davantage. La température commande en maître souverain sur tout ce qui concerne la distribution géographique des créatures; et si ses lois ne subissent aucune modification, d’autres forces pourront aussi faire sentir leurs effets mésologiques, et c’est ainsi que la lumière et l’humidité feront sentir une influence très considérable; mais si la température leur est contraire, bien secondaire sera le rôle qu’elles auront à jouer. Ajoutons cependant que là où elles disparaissent, quelquefois mais non pas toujours1, la vie y sera impossible. Nous insistons d’une manière toute particulière sur ces idées, pour qu’on ne vienne pas nous objecter, comme exception à la loi que nous avons formulée, l’absence sur les hauteurs de certaine espèce amplement distribuée dans les diverses régions tropicales.
275. Parmi les êtres qu’on ne peut classer qu’au dernier degré de l’échelle zoologique, nous rencontrons, d’accord avec Siebold, les Schyzomicètes Myxomicètes, etc., dont les individus, à mesure que les régions deviennent
1 La vie peut s’y rencontrer à l’état latent ou oscillant.
plus élevées, perdent peut-être en variété, et très certainement diminuent en nombre. Les personnes qui étudient la microbiologie savent parfaitement la raison de ce phénomène: la lumière excessive, la sécheresse, la température de l’air et une foule d’autres influences (exclusion faite de la diminution de l’oxygène), sont les causes de ce résultat.
(k) Causes de l’existence des animaux dans les régions élevées.
Origine de la faune alpestre.
276. Y oilà bien un des problèmes des plus difficiles à résoudre que l’Histoire naturelle peut nous présenter; et si nous voulons l’expliquer, il nous faudra conjecturer et même deviner certains faits des âges passés. Mais comment arriver à la connaissance de ces faits? Car, notre ignorance est bien grande pour tout ce qui regarde les causes actuelles de la distribution des organismes!
En général, les résultats que nous pouvons obtenir sur ce terrain sont bien captieux et illusoires; par exemple, si nous rencontrons des relations entre la faune des temps modernes et celle des hauteurs de certaines localités, en bonne logique, nous sera-t-il permis d’en conclure la disparition de la difficulté et la solution du problème? Et si nous cherchons l’explication de l’existence antérieure, sur certains sommets, d’une faune semblable à celle d’aujourd’hui, nous posons un autre problème que nous devons éclaircir et résoudre.
C’est ce que nous allons essayer de faire, sans remonter cependant aux causes premières des phénomènes que nous examinerons.
(a’) Adaptation des animaux à certaines conditions thermologiques, i
277. Quand nous nous occuperons de l’étude de la relation qtii existe entre la faune des hautes montagnes et celle des régions arctiques,2 nous confirmerons les opinions que nous allons développer à ce sujet.
Nous avons dit qu’un grand nombre d’espèces d’animaux ont une adaptation propre à certaines conditions de température et ne peuvent vivre que dans les régions qui jouissent de ces mêmes conditions.
1 Cf. le tableau N9 4 que nous avons tracé sur les données ded’Orbigny; il fait connaître la corrélation entre la distribution en altitude et la distribution en latitude.
2 Faune polaire. Revue Scientifique. 4 Mai 1895.
278. Les animaux qui d’ordiuaire passent leur vie sur les hauteurs n’éprouyent aucune difficulté à vivre dans les régions basses, froides ou tempérées, mais si daus les régions chaudes. C’est ainsi que les Lamas prospèrent dans les régions froides de l’Europe, et ne peuvent s’acclimater à la température élevée des plaines de l’Andalousie. Il y a aussi des oiseaux qui s’élèvent à une plus grande hauteur dans la partie Sud que dans la partie Nord de la République Mexicaine: la Sialia mexicana en est la preuve. Ce passereau s’élève moins encore dans les régions plus septentrionales, et il abonde, d’après le Dr. Cooper,1 dans les forêts de Californie et 11e se rencontre pas sur les montagnes très élevées.
279. Les oiseaux de la famille Sittidae ont été observés là où la végétation finit, aussi bien que dans les terres basses où ils résistent à un froid de— 30°. On a vu les Lamas dont nous venons de parler s’aventurer à l’Equateur à une hauteur de 4,000 à 5,000 mètres et on les a signalés aussi dans les régions basses et froides de la Patagonie. Quand l’hiver approche les Rennes descendent jusqu’aux plaines de la Norvège; YOtocorys aïpestris des hautes montagnes d’Europe ne dépasse pas 100 ou 160 mètres en Laponie; YOriolus galbulus (A) abonde dans l’Asie centrale et 011 le suppose fort rare sur les montagnes de l’Europe, parce que la température y est moins élevée; la Nucifraga caryocatactes (A) préfère les plaines du Nord de l’Europe, et cependant, au Sud, il grimpe sur les montagnes; le Lagopus albus (A) apparaît dans les Alpes jusqu’à la région des neiges, tandis qu’en Islande et au Groënland on le voit à 0 mètre; les Lophophorus, oiseaux de I Himalaya craignent beaucoup le froid, quand on les transporte en Europe, parce qu’ils 11’ont pas l’habitude de résister à un froid plus intense que celui auquel ils sont accoutumés dans leur pays natal; le Tardas migratorius paraît 11e rien ressentir quand le froid est tel qu’il peut congeler le mercure,2 et cependant ce passereau, au Mexique, n’appartient qu’au Plateau; les Loxia (A) abondent sur les monta" gnes élevées, et se rencontrent plus nombreuses encore dans les régions du Nord. Parmi les Reptiles nous pouvons citer le Tropidonotus natrix, une des rares espèces qui dépassent les 1,650 mètres de hauteur et vivent aussi au cercle polaire.
280. Voyons maintenant quelles sont les conditions des plateaux où vit un des quadrupèdes qui monte à la plus grande hauteur.
D’après Schlagintweit, “la région où l’on rencontre le yack et le kiang ou cheval sauvage est, sous le rapport zoologique, une des plus curieuses du globe. Ces plateaux fort élevés, bien que sans neige pendant la saison de l’été, ne sont que des déserts durant toute l’année; la végétation y est encore plus rabougrie qu’en Egypte, entre le Caire et Suez; et cependant ces pays élevés et stériles possèdent d’innombrables troupeaux de grands
1 Biologia Centrali-Americana. Birds. : Yol. I, page 47.
2 Coues. Birds ofthe Colorado, p. 12.
quadrupèdes. Outre le Yack et le Kiang ou y rencontre de nombreuses espèces d’Antilopides, etc. . . . De tous les grands mammifères le Yack est celui qui présente la zone de distribution la plus limitée. Chez lui, mieux que chez tout autre animal, la vie est intimement liée à un climat sec et tempéré .... Il paraît qu’il ne peut vivre à une altitude inférieure à 2,600 mètres. On a observé chez des individus capturés une difficulté très grande pour supporter une température plus élevée que celle de ces hautes régions.” 1
De ces faits nous pouvons tirer les conclusions suivantes:
281. l.° Les espèces alpines peuvent vivre dans les régions basses et froides.
2. ° En général les espèces alpines ne peuvent pas vivre dans les régions basses et chandes.
3. ° Les espèces alpines, près de l’Equateur s’élèvent à une hauteur plus grande que dans les localités septentrionales.
4. ° Les espèces propres des tropiques présentent une zone de distribution en altitude plus vaste que les espèces qui vivent au Nord.
5. ° Les espèces alpines sont capables de résister à un froid excessif
6. ° En général elles ne supportent pas une température très élevée.
7. ° Il y a des animaux qui pendant l’hiver descendent aux régions basses.
8. ° Les espèces alpines ne peuvent pas supporter un froid plus intense que celui des régions où elles vivent d’ordinaire.
282. Ces preuves, à notre avis, sont nécessaires et suffisantes pour prouver que, lorsque les neiges commencèrent à fondre, à la fin de l’époque glaciale, un grand nombre d’espèces animales se retirèrent aux montagnes et ne les abandonnèrent plus pour de pressants motifs, à savoir, à cause de la nécessité où elles se trouvaient de continuer à vivre dans des conditions thermologiques égales ou de même nature. Pendant la succession des siècles, quelques unes d’entre elles se virent obligées à en descendre et d’autres à y monter pour diverses causes; mais on comprend facilement que le Yack ne peut pas perdre, en un seul jour, son pelage, ses isoloirs de graisse et ses autres moyens de défense contre le froid, et que ces moyens, hors certaines particularités d’organisation, indispensables et propres de son genre de vie sur les cimes élevées de l’Himalaya, ne sont autre chose pour lui que des causes de malaise, quand il descend anx plaines humides ou chaudes.
1 Brehm, 1. c., Vol. II, page 632.
(b’) ACTION DS VNTS ET ALTEES NOYEES FASSIFS CÉNIËRATICN.
283. Nous avons déjà dit que la plupart desinsectes que l’on rencontre dans les volcans de l’Amérique y sont transportés par les courants d’air ascendants.1 Nombre d’entre eux peuvent prospérer sur ces hauteurs, où ils sont arrivés bien involontairement, à cause de certaine plasticité organique. Il est très possible que les Apus (C) qui ne changent de résidence qu’en suivant les cours d’eau, arrivent d’une manière tout-à-fait accidentelle, à une vallée haute et fermée de toute part, comme la vallée de Mexico, qui n’a aucune communication fluviale avec l’extérieur. Le vent, Wallace l’a démontré, peut conduire des corps pesants; ont dit qu’il a été l’agent conducteur des moustiques (Culex) qui ont envahi la Capitale du Mexique. Les trombes ont transporté sur les hauteurs de l’Etat de Hidalgo des poissons vivants qui, s’ils sont d’eau douce, sont peut-être déjà en train de s’y propager. On assure même qu’une trombe enleva des Phrynosoma orbiculare (R) qui tombèrent vivants dans l’île de Cuba.2 Les oiseaux, et tout particulièrement les aquatiques, contribuent à la dissémination des invertébrés aquatiques; et c’est ainsi que dans un peu de terre que nous avions ramassée sur une patte d 'Anas acuta et que nous examinâmes avec un microscope, suivant les indications de Darwin, nous avons trouvé des œufs de Coryza, (I) faciles à reconnaître par leurs micropyles et divers autres caractères qui leur sont propres. Les chemins de fer, les chargements de marchandises et le commerce en général sont également des agents de transport et de dispersion des animaux. Et c’est ainsi, sans doute, que les Rongeurs ont émigré vers les hauteurs. Le commerce des espèces vivantes y contribue aussi, et à ce sujet, il n’est pas rare de voir dans les traités d’ Ornithologie que la Cœreba cyanea, YIcterus gularis et d’autres oiseaux des pays chauds habitent la vallée de Mexico: ils ont dû s’échapper de leur cage. La lumière électrique attire aussi de très loin un grand nombre d’insectes, comme le Belostoma , les Lépidoptères nocturnes, le Corydalis, etc. Pour nous convaincre de l’importance de ces moyens , de dissémination, rappelons seulement que dans les villes du Plateau mexicain nous possédons en abondance les articulés domestiques des régions bas-
1 Nous avons déjà dit que les Coléoptères alpins ont des ailes rudimentaires; s’ils étaient capables de voler le vent les entraînerait.
2 Dr. La Torre. Anales de la Real Academia de Ciencias de la Habana. Enero 15, 1882, Vol. XXIX.
ses.1 Les moyens passifs de dissémination offrent encore un plus grand intérêt surtout si nous fixons notre attention sur les petits invertébrés quicomme Y Hélix aspersa( Mo) et plusieurs autres dont nous avons déjà parlé, arrivent accidentellement sur les hauteurs et s’y établissent d’une manière permanente, tandis que les vertébrés, les oiseaux de mer par exemple, qui émigrent à la Yallée de Mexico emportés par une tempête, et desquels nous citerons le Stercorarius pomarinus, le Charadrius squatarola et l’ Urinator immer, ne parviennent pas, en général, à s’habituer à leur nouvelle demeure.
(c’) ÉMIGRATIONS DES TEMPS GÉOLOGIQUES.
284. Les Batraciens, les Chéloniens et quelques oiseaux aquatiques si pesants d’ordinaire pour marcher ou pour voler, apparaissent en grand nombre dans la Yallée de Mexico. L ePodiceps cristatus, (A), le Podylimbus podiceps (A) et le Colymbus auritus (A), qu’on rencontre dans les lacs élevés du Mexique, ont dû y émigrer aux époques antérieures, quand il y avait des voies fluviátiles: ils y perdirent peu à peu la faculté de voler et y restèrent confinés. Il est possible que les Batraciens et les Chéloniens soient arrivés à ces hauteurs par eau et non par terre, quand il y avait certaines rivières qui aujourd’hui n’existent plus; les Batraciens anoures sont cependant capables d’entreprendre de longs voyages par terre.
285. Les Mammifères disparus de la Yallée de Mexico nous offrent quelques particularités de distribution très curieuses. On a découvert dans des alluvions quaternaires, formés en grande partie par un conglomérat poreux qui constitue les collines de la Yallée ainsi qu’une bonne partie du Plateau, des fossiles de chevaux ( Equus excelsus, Equus crenidens, Equus Barcenaei); et comme ce genre à été l’origine dans l’Amérique du Nord d’un plus grand nombre d’espèces que dans l’Amérique du Sud, et, pour d’autres raisons, paraît avoir eu son centre de dispersion dans les régions boréales,2 nous n’hésitons pas à croire que les chevaux de la Yallée de Mexico montèrent progressivement jusqu’à ces hauteurs, lors de leur voyage du Nord au Sud. D’autre part, on a rencontré dans la même localité les restes d’un Edenté, le Glyptodon, et d’un Camélidé, YHolomeniscus 3 qui sans aucun doute nous vinrent de l’Amérique du Sud, puisque
1 A. L. Herrera. El Valle de México y la biología de los Vertebrados. La Naturaleza, 2* serie, Vol. I, pág. 476.
2 Science, Vol. XX, N? 504, page 188.
3 E. D. Cope. Los mamíferos extinguidos del Valle de México. Anales del Museo Nacional de México, Vol. III.
c’est dans cette partie du Nouveau Continent qu’ils arrivèrent à leur apogée, soit aux époques géologiques soit aux temps modernes. Le Mexique, par sa situation au centre du Continent Américain, reçut les émigrants qui, quand ils arrivaient du Nord, venaient à la recherche d’un climat plus bénin, et fuyaient d’une région trop peuplée, quand ils arrivaient du Sud. Les uns comme les autres durent alors monter jusqu’à 2,000 mètres, et c’est ainsi que le Plateau Mexicain se peupla en même temps d’espèces néotropiques et néarctiques.
286. Les grandes émigrations de l’époque glaciale ont dû contribuer à la population des hauteurs. Les grands mammifères qui pendant des siècles ont voyagé du Nord au Sud, et du Sud au Nord durant les dernières années de l’époque glaciale, laissèrent des espèces représentatives de leur race sur les sommets de l’Himalaya, des Andes et des montagnes du Mexique et des Etats-Unis. Quelques uues de ces espèces nomades, YElephas primi g enius par exemple, purent étendre leurs domaines depuis les plaines glacées de la Sibérie jusqu’aux plateaux mexicains.
(d’) ÉMIGRATIONS PÉRIODIQUES.
287. Elles exercent une influence très appréciable sur la population flottante des altitudes.
Bon nombre d’oiseaux s’assujettissent aux grands changements de la pression, en abandonnant les montagnes aux approches de l’hiver et en y retournant en été.
V Accentor alpinus s’élève en Europe jusqu’à la limite des neiges, et descend vers les plaines en hiver; les Lophophomis de l’Asie centrale s’assujettissent à des changements encore plus considérables; au Mexique nous avons plusieurs Oiseaux qui émigrent vers les altitudes, vg. le Trogon mexicanus. Les Mammifères des altitudes se rencontrent généralement à un niveau plus bas encore soit en hiver, et le Renne en est la preuve, soit quand la végétation abandonne les régions très élevées: les Lamas descendent alors peu à peu jusqu’aux plaines fertiles. Les voyages des Colibris, suivant l’opinion du Dr. Tillada,1 coïncident précisément avec la floraison des plantes que chaque espèce préfère; et c’est ainsi que ces oiseaux se montrent ou disparaissent des localités de niveau très différent. Et voilà pourquoi nous hésitons à admettre l’opinion qui affirme que chaque degré d’altitude des chaînes de montagnes de l’Amérique présente des formes
1 La Naturaleza. Yol. II, pág. 339.
déterminées de Trochilidés; au moins devra-t-on ajouter que cés degrés embrassent généralement plusieurs milliers de mètres.
288. Les changements de hauteur sont encore plus considérables chez les espèces qui émigrent en longitude.1 On peut voir dans le tableau N.° 2 quelle est la direction générale des émigrations effectuées en automne et au printemps et quels sont les changements de niveau qu'éprouvent les oiseaux qui émigrent à la Yallée de Mexico. Il est bon de savoir que les hirondelles, communes an printemps sur le Plateau mexicain, émigrent en hiver, et s’en vont, en deux mois, jusqu’au centre de l’Amerique du Sud, probablement sans que les modifications qu’elles doivent supporter pendant ces longs pélérinages ne leur causent la moindre souffrance; nous ajouterons qu’elles arrivent au terme de leur voyage par le Sud, par où l’ascension est plus rapide.2
289. La Dendroica auduboni émigre en hiver vers les régions méridionales; son point de départ sont les régions septentrionales et basses, la côte du Pacifique aux Etats-Unis, par exemple, et arrive jusqu’au Mexique et Guatemala; elle traverse donc plus de 30 degrés de latitude et s’élève à une hauteur qui varie entre 0 et 16000 pieds, puisque c’est à cette hauteur qu’on l’a vue sur les volcans mexicains: et c’est pour jouir autant que possible d’une même température qu’elle entreprend des voyages d’une centaine de lieues, et qu’elle s’élève à une hauteur si considérable (?) Nous avons déjà cité l’assertion de Tschudi au sujet de ces mêmes particularités qui ont lieu pendant l’émigration des Trochilidés, et il est probable que les espèces qui dans leurs voyages périodiques, parcourent la plus grande distance en longitude, soient aussi celles qui changent le plus souvent de niveau pendant leur pèlerinage annuel. Ces animaux reçoivent donc comme un bain d’air raréfié pendant la moitié de l’année et se reproduisent même quelquefois dans leurs deux patries. Yoilà certes un fait bien intéressant que nous pensons étudier ailleurs, et qui le paraît encore davantage quand on le rapporte aux mammifères émigrants.
290. Les émigrations périodiques contribuent avec un contingent très considérable à la population des hauteurs du Mexique; les Passeraux et les Palmipèdes sont en leur majeure partie des oiseaux de passage; dans la Yallée de Mexico, il est plus facile de compter les espèces permanentes que celles qui y émigrent. Saussure3 dit que “la position géographique et le climat du Mexique favorisent les émigrations des oiseaux de l’Amérique septentrionale et méridionale; il héberge les uns ou les autres suivant les saisons .... Ceus qui viennent de l’Amérique boréale y rencontrent, à diverses hauteurs, le degré de température qui leur convient.”
1 Cf. : Bird Migration in Mississippi Valley, by W. W. Cooke. Washington, 1888. — A. L. Herrera. La Migración en el Valle de México. La Naturaleza, 2^ serie, Vol. I, pág. 165.
2 Adónde van las Golondrinas? Por el Dr. A. Dugès. “La Naturaleza.” Vol. VII, pág. 78.
3 Observations sur les mœur de divers oiseaux du Mexique, page 53.
(e’) ÉMIGRATIONS LENTES.
291. Elles n’ont pas moins d’importance que les précédentes. On peut affirmer en effet que les organismes ont nue tendance à élargir la surface de leur distribution, quand ils peuvent se multiplier dans des proportions convenables et ne sont pas arrêtés par des barrières physiques et pliysiologiques insurmontables. Cette loi n’est qu’un corollaire de la loi de la reproduction, à savoir, que les espèces ont une tendance à augmenter le nombre de leurs individus.
Supposons qu’il existe une forêt de n'importe quelle espèce végétale qui s’étende depuis la côte jusqu’à 4000 mètres de hauteur; supposons de même que cette espèce végétale serve de nourriture à un insecte qui y soit arrivé accidentellement et qui commence à s’établir sur ces plantes là où elles croissent à 0 mètre de hauteur, le moment arrivera oii cet insecte se transportera jusqu’aux plantes qui sont à 500 mètres; de là il passera à celles qui sont à 1000 mètres et ne s’arrêtera dans sa marche en avant que sur celles qui sont à 4000 mètres. Cet insecte aura dû effectuer son ascension ou pour une raison ou pour une autre, par exemple, par ce qu’il se multiplie trop vite, ou parce qu’il vivra plus facilement dans les endroits tempérés et froids, ou parce qu’il se voit obligé à fuir les ennemis de sa race; mais c’est un fait qu’à la manière des peuples émigrants des temps passés, (les mexicains surtout), il laissera derrière lui de nombreux individus do sou espèce. Nous ajouterons que cette émigration vers les hauteurs peut coïncider avec la disparition dans le même sens d’autres espèces animales qui se rattachent d’une manière soit directe, soif indirecte à la vie de cet insecte.
On peut dire d’une manière générale que les émigrations accidentelles appartiennent à cette catégorie, et il est peut-être permis d’affirmer la même chose au sujet des espèces fossiles qui auraient ainsi envahi peu à peu les hauteurs.
292. L’existence sur les hauteurs d’une foule d’animaux domestiques qui nous offrent une matière d’étude des plus intéressantes, est due en grande partie à l’homme, qui étend peu à peu ses domaines en emmenant avec lui un vrai cortège d’animaux auxiliaires et parasites.
Le Mexique nous offre un exemple frappant de cette vérité. Le Moineau ordinaire (Carpodacus hœmorrhous) e st nu compagnon inséparable de l'homme, quand celui-ci s’en va fixer sa demeure au centre de la République; et eu quelque endroit qu’on établisse une nouvelle population,
un village par exemple ou une ferme, quand bien même ce serait aux endroits les plus retirés du pays montagneux de “Las Cruces”, ont est sûr de l’y rencontrer en assez grand nombre.
293. Les émigrations nous offrent un champ très vaste pour l’étude de l’acclimatation des espèces, surtout lorsqu’elles sont rapides, bien que périodiques en grande partie, puisque les conditions changent alors d’une manière plus brusque. Cependant les émigrations lentes n’ont pas moins d’intérêt, surtout si on réfléchit qu’elles constituent d’une manière considérable la population fixe des hauteurs. Ceux qui s’opposent systématiquement à l’acclimatation des Lamas, ont affirmé que ces animaux ne pouvaient vivre qu’à une hauteur de 4000 à 5000 mètres; mais ils ne considèrent pas assez que ces animaux descendent ¡jusqu’à 2600 mètres, quand arrive l’époque de la sécheresse.1 Et certes voilà un exemple qui prouve l’importauce que l’on doit donner à l’étude des émigrations.
294. Parmi les causes de la retraite lente de certains animaux, il en est une qui doit attirer notre attention d’une manière spéciale, et c’est quand l’homme les poursuit ou les a poursuivis pendant un certain temps.
(P) Emigrations vers les hauteurs des espèces poursuivies par l’homme.
Les Marmottes d’Europe, s’il faut en croire un auteur, sont indispensables à certaines populations des Alpes, et sont partout l’objet d’une grande persécution, et c’est ainsi qu’on ne les trouve presque plus dans les endroits fréquentés par l’homme. Auparavant les Chinchillas abondaient à une hauteur beaucoup moins considérable qu’à présent, parce qu’ils se sont vus forcés à se retirer à des zones plus élevées. Ils vivent aujourd’hui entre 2600 et 3600 mètres.
295. E est assez probable que la même raison a obligé le Chamois, le Chevreuil du Mexique, ainsi que le Lapin et le Lièvre à émigrer petit à petit. Le lapin de l’Iztaccihuatl ( Lepus diazi )2 trouve sans aucun doute dans les régions basses une nourriture suffisante et une température plus bénigne, et cependant on ne le rencontre qu’à une hauteur fort considérable.
296. Le Felis concolor, le Felis pardalis et le Lynx ni fus, au centre du Mexique, ne se rencontrent presque jamais loin des montagnes. Comme plusieurs autres espèces, ils ont préféré affronter les dangers de l’anoxyhémie, plutôt qu’avoir à endurer les périls des régions basses.
1 Ils n’ont pas tenu compte non plus qu’en Patagonie le Lama se rencontre à un niveau 'jrès bas.
2 Voir les notes sur Romerolagus Nelsoni.
(g’) Autres causes qui motivent l’existence des espèces sur les hauteurs.
Une des causes qui fait le plus sentir son influence au Mexique, c’est la prédominance des forêts sur les hauteurs. Personne n’ignore qu’il existe des espèces exclusivement forestières. De même que les Conifères, les Cupulifères, les Ericacées et autres essences atteignent leur maximum sur les hauteurs: ainsi certaines espèces d’insectes et de vertébrés qui leur correspondent, se développent surtout dans les mêmes endroits.
297. U y a une cause tout-à-fait générale et qui embrasse un nombre considérable de phénomènes, et c’est la tendance que possèdent les organismes à étendre indéfiniment le domaine de leur distribution. Cette tendance apparaît surtout chez les espèces prolifiques qui se montrent peu exigeantes pour ce qui regarde la nature de leurs aliments. Le Falco sparverius est, sans aucun doute, un des Rapaces les plus communs du Mexique et même de toute l’Amérique. Au Mexique, cette espèce ne pourrait nullement se multiplier d’une manière considérable, si elle n’habitait que les régions basses; mais en vivant indistinctement sur toutes les hauteurs, il en résulte que le domaine où chaque individu peut se livrer à la chasse devient plus vaste, et c’est ainsi que la distribution delà propriété est plus équitative et qu’il s’ensuit pour leur bien-être une plus grande sécurité. Pour terminer, nous ajouterons que, dans les glaciers, dans les régions les plus retirées des hautes montagnes il peut y avoir un certain nombre d’espèces qui ont émigré afin de fuir leurs ennemis naturels. Les oiseaux insectivores, par exemple, ne seront jamais la proie d’un Rapace sur lès hauteurs du Popocatepetl. Dans la Vallée de Mexico, en effet, les oiseaux de proie ne s’élèvent pas autant que les premiers. Le Felis irbis et quelques autres Carnassiers, au contraire, préfèrent les hauteurs: ils y trouvent une chasse suffisante car les commensaux sont moins nombreux.
(h’) Endroits élevés de l’Asie, centres de création ou de distribution.
298. Nous avons dit centres de création ou de distribution, parce que les faits que nous connaissons ne sont pas en assez grand nombre pour en conclure qu’ils ont été exclusivement de création; et nous ne mentionnons que les endroits élevés de l’Asie, parce qu’il n’existe probablement pas d’études de ce genre qui correspondent à d’autres hauteurs.
L’Orient et l’Asie en particulier, s’il faut en croire Geoffroy St. Hilaire, sont la patrie du plus grand nombre de nos animaux domestiques, et, sans exception, de tous ceux dont la domestication remonte à la plus haute antiquité.
“La prédominance, parmi nos animaux domestiques, des espèces asiatiques et surtout orientales, est un fait dont les conséquences intéressent au plus haut degré l’ethnologie et l’histoire ancienne. S’il faut en croire la tradition des temps passés; s’il est vrai, comme l’affirme Biiffon, que les hautes régions de l'Asie ont été la première habitation de l’homme, et que c’est dans ces localités que les arts les plus nécessaires à la vie ont fait leur première apparition, il n’y a pas à douter que c’est dans ces hautes régions de l’Asie qu’il nous faut chercher les prédécesseurs de nos principales et de nos plus anciennes espèces. Et c’est là, en effet, que nous les avons rencontrés .... La notion de l’origine asiatique de nos principaux animaux domestiques est assez bien établie, pour qu'elle nous serve de point de départ dans nos recherches de nouvelles vérités.'’1
299. Voilà 30 ans que Geoffroy St. Hilaire a formulé cette opinion, et cependant elle prévaut encore. Un des hommes qui a le plus travaillé dans le vaste domaine de la zootechnie, M. Cornevin, ne craint pas d’affirmer que, vu l’état actuel où sont arrivées nos connaissances géologiques et paléontologiques, les espèces européennes proviennent des formes tertiaires asiatiques, des formes américaines et du Nord de l’Afrique et des formes autochthones.2
“Comme on le voit, dit M. R. F. Scharff,3 l’opinion que j’ai si souvent répétée dans ces pages et d’après laquelle l’Asie Centrale serait le berceau primitif d’un grand nombre de genres et d’espèces de nos Mammifères, se trouve fortement appuyée par le résultat des recherches sur l’origine des genres communs aux régions Orientale et Holarctique. Le libre échange de Mammifères a été bien plus grand entre ces deux régions qu’entre la région Holarctique et les autres.”
Nous ne voulons pas passer sous silence l’opinion courante qui considère notre espèce comme originaire des Plateaux de l’Asie. Cette manière d'expliquer notre origine, outre qu’elle a la même valeur pour ce qui concerne nos animaux domestiques, a l’avantage aussi de nous fournir un nouvel argument contre les théories de Jourdanet, parce qu’il n’est pas du tout croyable que l’homme, lorsqu’il commença à domestiquer les animaux, ait préféré ceux dont l’organisme décadent était déjà miné par l’anoxyhémie. (!!)
1 Acclimatation et domestication des animaux utiles. Paris, 1861, page 259.
2 Zootechnie générale, page 75.
3 Etude sur les Mammifères de la région Holarctique et leurs relations avec ceux des régions voisines. Mémoires de la Société Zoologique de France. Yol. VIII, 1895, page 472.
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Animaux qui s’élèvent à une plus grande hauteur.
300. Oiseaux, Insectes, Mammifères, Reptiles, Poissons, Batraciens. Les espèces propres des Tropiques n’existent pas généralement sur les hauteurs. Les oiseaux s’élèvent à une plus grande hauteur que les Mammifères grâce surtout à leur manière toute spéciale de locomotion; les Lépidoptères et les Chiroptères peuvent s’élever aussi à des altitudes très considérables. On ne rencontre pas sur les hautes montagnes et sur les plateaux les animaux qui appartiennent aux espèces marines.
Sur les hauteurs on trouve, en général, les représentants des ordresdont la distribution s’étend d’une manière plus considérable. De même qu’on ne peut pas dire que les animaux qui possèdent une meilleure organisation sont aussi ceux qui s’élèvent à une plus grande hauteur, ainsi, on ne peut pas affirmer que les animaux dont l’organisation est inférieure sont ceux qui s’élèvent le moins. On peut ne pas rencontrer des microbes sur les Plateaux, et, si on les y rencontre, ils y sont moins nombreux, à cause de la lumière qui y est plus vive, de la sécheresse et d’une température moins élevée, etc.
Les différences de température entre les hauteurs et les régions basses peu vent être la cause de grandes différences dans les faunes. Les espèces qui appartiennent aux endroits élevés, en général ne peuvent descendre qu’aux régions froides.
Plus on avance vers l’Equateur, plus grande aussi est la hauteur où peuvent habiter les espèces alpines, et vice-versa.
Un grand nombre d’animaux domestiques ont suivi l’homme dans ses émigrations aux altitudes.
D’autres espèces s’y rencontrent aussi accidentellement, emportées par les vents ou par d’au, tres moyens passifs d’émigration.
Certaines espèces adaptées aux conditions climatologiques de l’époque glaciale, ont probablement emigré vers les altitudes aux temps géologiques.
Quelques espèces émigrantes qui venaient de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud se sont trouvées réunies sur le Plateau Mexicain.
De l’élude de la distribution des animaux nous concluons que les différentes espèces qui habitent les hautes montagnes y ont été amenées par l’influence impérieuse de certaines nécessités. Remarquons cependant que si elles s’assujettissent à ce changement de niveau, elles ne se soumettent nullement cà un changement de température.
Ce qui fait beaucoup augmenter la population des plateaux, ce sont les émigrations d’un nombre considérable d’espèces qui, comme nous venons de le dire, s’assujettissent à de grands changements de pression atmosphérique, mais non point à un changement de température.
Les émigrations lentes offrent une grande importance et contribuent, sur une grande échelle, à la population de ces mêmes endroits. Signalons d’une manière spéciale l’émigration vers les hauteurs des espèces que l’homme poursuit avec acharnement.
Il existe une grande connexion entre la flore et la faune alpines, et les limites de la distribution verticale coïncident avec les limites de la végétation de quelques unes et môme de toutes les plantes d’une même contrée.
L’Asie Centrale passe pour être le centre de création ou de distribution des espèces domestiques.
301. Il n’y a donc pas à douter que les études de chorologie que nous avons suivies jusqu’ici ne sont pas liées aux conditions barométriques, sous le point de vue de la limite des espèces. Remarquons qu’elles ne prouvent pas que les animaux soient incapables de supporter des changements lents ou rapides d’altitude; qu’elles ne disent rien de la sélection qui pourrait avoir eu lieu entre les espèces supérieures et les inférieures et qu’elles ne nous autorisent pas à croire que celles-ci abondent davantage là où le manque d’oxygène, selon l’assertion de Jourdanet, nuit à leur développement.
(I) Limitation des espèces.
302. (a’) On rencontre un grand nombre d'espèces animales sur le hautes montagnes en même temps que dans les régions basses , ex.:
Ateles vellerosus
Mormops megalophylla.
Mus rattus
Lepus aquaticus
Didelphis virginiana . . .
Catharista atrata
Falco sparverius
Corvus corax
Troglodytes solstitialis . .
Milvus govinda
Sarcorhamphus gryphus Edolius paradiseus
(M). de Oà 7000 p.
303. Nous n’hésitons pas à dire que les espèces qui vivent indistinctement dans les endroits élevés et dans les régions basses sont en plus grand nombre que celles qui habitent exclusivement une zone déterminée d’altitude.
Dans une liste de quelques espèces d’oiseaux de l’Amérique du Sud, nous en rencontrons 55 qui ont des représentants dans des régions qui varient de 0 à 5000 pieds; le genre Phytotoma, est le seul qui se trouve comme confiné entre 5000 et 11000 pieds. (D’Orbigny).
Dans notre liste des Mammifères de Mexico, sur un total de 107, nous en avons certainement 60 qui ont des représentants entre 0 et 800 mètres et même davantage.
A n’en pas douter, cette proportion pourrait offrir à notre opinion un gage de sûreté, si nous avions pu indiquer dans chacun des cas qui se présentent leur limite minimum d’habitation.
Ainsi donc, malgré les différences climatériques qu’il y a entre les hauteurs et les régions basses, un grand nombre d 'espèces animales y vivent indifféremment, comme si l’acclimatation et l’adaptation aux changements de niveau n’offraient aucune difficulté.
304. (b’) Un grand nombre d'animaux ne vivent que sur les hauteurs.
Bassaris astuta
Ursus americanus
Ovis montana
Sciurus melanotis
Thomomys peregrinus
Dipodoinys phillipsi
Lepus diazi
,, orizabae
Cynocephalus gelada
Ursus tibetanus
Arctomys marmotta
(maximum)
Arvícola nivalis
Tamias alpinus
Eriomys chinchilla
Lagotis
Auchenia guanaco
,, lama
,, paco
Poëphagus grunniens
Trogon mexicanus
Quiscalus tenuirostris . .
Junco cinereus
Cyanocitta coronata
Sialia mexicana
Accentor alpinus
Lophophorus resplendens
Leucus tincella
Atherina humboldti
305. Les naturalistes, en général, restent d’accord sur cette opinion, à savoir, que les espèces alpestres sont propres des pays froids; et c’est ainsi que la Yigogne peut vivre dans une région basse; il est vrai, mais en Patagonie. C’est un fait avéré au Mexique, que les espèces qui appartiennent exclusivement aux pays froids et qui ont une grande affinité avec celles du Nord, se rencontrent toujours sur les régions élevées, tandis que celles des contrées chaudes, qui sont à peu près de la même nature que celles du Sud, restent dans les régions basses. Et si l’on compare le Catalogue des animaux du Mexique avec la liste des espèces semblables des Etats-Unis et de l’Amérique Centrale, on verra que les formes septentrionales se limitent aux montagnes, si elles ne sont pas de celles dont la distribution est très vaste; et que les espèces du Sud s’arrêtent dans les endroits situés au niveau de la mer. S’il nous était permis de faire ici usage d’une métaphore, nous dirions qu’au Mexique il y a deux classes de terrains superposés et deux faunes placées l’ime sur l’autre: le région chaude en bas, et les pays froids ou tempérés en haut, c’est-à-dire, les régions tropicales, et ensuite, à une plus grande hauteur, les régions du Nord ou de l’extrême Sud, et par conséquent, la faune intertropicale se trouve sur les plans inférieurs, et sur les supérieurs, celle des régions néarctiques.
306. Nous ayons déjà fait remarquer qu’à chacun des degrés d’altitude des Cordillères de l’Amérique du Sud correspond, selon Gould, une espèce déterminée de Colibri, et nous ayons déjà dit ce que nous en pensions pour ce qui regarde le Mexique, où cette opinion ne se trouve pas contrôlée, puisque, dans ce pays, ces oiseaux appartiennent à la catégorie des animaux erratiques.
(c) Un grand nombre d'espèces d’animaux se rencontrent toujours dans les régions basses.
Un Psittacidée, le Paleornis pondiceryana , qui ne dépasse jamais les
4000 pieds d’altitude, nous
offre une
preuve de
cette particularité; cet
oiseau, en effet, vit comme
cantonné dans les régions chaudes et tem-
pérées.