‹ La vie sur les hauts plateauxChapitre 94 sur 268 · a) Le mal des montagnes chez les animaux · texte numérisé non relu

a) Le mal des montagnes chez les animaux

Les théories de Jourdanet et de Paul Bert reposent en grande partie sur des observations relatives au mal des montagnes. Ils supposent, en effet, que les êtres qui vivent sur les hauteurs sont exposés à une maladie qui ne diffère en rien du mal de mer , si ce n’est par la constance et par sa durée et par des effets moins apparents. Ainsi donc, les animaux d’ordre supérieur, les Mammifères et les Oiseaux, au cas où ils seraient sujets à cette même influence perturbatrice des fonctions vitales et présenteraient des symptômes semblables à ceux que l’on remarque chez l’homme, seraient aussi victimes de l’anoxyhémie. C’est ce que prétend Jourdanet, et c’est aussi cette opinion de notre adversaire qui nous force à insérer dans notre ouvrage un chapitre qui ait trait aux animaux.

316. (a’) Accidents observés chez les bêtes de somme sur les hauteurs de Rio Frio.

“Le corps expéditionnaire français en passant par Rio Frio, à 3302 “mètres, fut témoin d’une maladie fort curieuse qui se manifesta chez les “bêtes de somme. Un vétérinaire distingué, M. Ligustin, étudia le cas et “après s’être demandé s’il devait considérer comme cause déterminante “l’insuffisance de pression atmosphérique, il conclût que les tympanites “observées chez ces animaux étaient dues à un empoisonnement. Après un “examen du terrain on rencontra une espèce de Scillci à laquelle on atri- “bua les accidents; mais bientôt on vit que les expériences n’appuyaient “pas cette présomption.” 1

Ce qui frappe l’attention c’est que Paul Bert, sans plus d’autres détails, tire cette conclusion, à savoir, “que ces accidents étaient dûs exclusivement à la raréfaction de l’air.” On verra ailleurs que de grands solipèdes conduits à diverses hauteurs dans plusieurs parties du monde, n’ont jamais présenté aucun cas de tympanite qui ait ces caractères.

317. Mais ce qui est encore plus curieux c’est que Paul Bert n’ait pas transcrit quelques paragraphes du mémoire de Ligustin que nous avons sous les yeux et qui sont ici d’une grande importance.2

1 Pression Barométrique, page 286.

2 Empoisonnement observé sur les chevaux et mulets du corps expéditionnaire du Mexique. Gaceta Médica de México, Yol. II, págs. 129 et 145.

‘•Les symptômes généraux offrent une analogie remarquable avec ceux qu’on observe chez les chiens empoisonnés avec de la noix vomique.” Sontce là les symptômes du mal des montagnes? Non, certainement. Et qu’objecterons nous, pour défendre Paul Bert, aux paroles suivantes de Ligustin?

318. “On n’eut à signaler aucune indisposition de ce genre dans les compagnies, batteries ou escadrons auxquels on ne distribua pas du fourrage vert -”1 Quand Ligustiu examina la flore de Rio Frio il recoutra une Colchicaeée très vénéneuse, la “Cebolleja” ( Veratrum ), qui doit ses propriétés à un alcaloïde très connu sous le nom de vératrine. Pour savoir si cette plante avait été la cause de ces accidents, il en administra une dose convenable à un mulet, et observa les symptômes qui avaient frappé l’attention des vétérinaires lors de leur passage par Rio Frio.

319. “Après des lésions d’une si grande ressemblance et des démonstrations cliniques si évidentes résultant des expériences qui précèdent, nous nous demandons s’il est encore possible de douter du caractère essentiel des symptômes particuliers observés chez nos chevaux à Rio Frio. Les symptômes que nous avons rapportés, les lésions que nous avons observées chez les animaux qui sont morts pendant les expériences, nous semblent pathognomoniques et s’accordent tellement avec les phénomènes observés pendant notre voyage à Mexico, qu’il nous paraît inutile d’insister davantage sur ce point.” (page 148.) Les faits d’un empoisonnement qui se sont présentés chez nos animaux n’étaient pas une chose nouvelle: la plante qui les produit est connue depuis un temps immémorial et les voyageurs savent préserver leurs animaux de ces effets pernicieux en les empêchant de paître et même en les détournant du chemin.” (page 140.)

Pourquoi donc l’illustre Dr. Paul Bert n’aurait-il pas cité ces paragraphes? Que le lecteur en juge par lui même.

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