b’) Observations de plusieurs auteurs
Nous ne possédons pas les ouvrages d’où Paul Bert a tiré quelques indications sur le mal des montagnes. Nous le déplorons grandement. Qui sait en effet si plusieurs paragrajdies importants ont été supprimés! Conformons nous donc avec les éléments dont nous pouvons disposer et ayons confiance qu’un autre auteur, plus heureux que nous, puisse un jour compléter nos indications, soit pour donner une nouvelle force à nos théories sur le mal dos montagnes, soit encore pour les réfuter et les renverser.
1 Opinion d'Acosta .2 Ce ne sont pas seulement les hommes qui sont sujets à ces altérations; les animaux en ressentent aussi les effets, et de telle manière que, quand ils s’arrêtent, il n’y a pas d’éperons qui soient capables de les faire avancer. — Montagnes de l’Amérique du Sud.
1 Gaceta Médica de México, Yol. II, pág. 132.
2 Cette note et celles qui suivent out été tirées de l’ouvrage de Paul Bert. Pression Barométrique, lère partie.
321. — 2. Opinion de Frézier. Les mulets qui traversent ces endroits, bien qne moins rndes et moins habitués anx montagnes que d’antres, sont obligés de se reposer à tout moment pour pouvoir respirer. — Montagnes dn Pérou.
3. Opinion d'Ulloa. A mesure qne les animaux abandonnent la plaine et commencent à gravir les endroits élevés on Punas, on laissant derrière eux les régions habitées parviennent anx sommets qni les environnent, leur respiration devient 'si difficile qne, malgré les moments de repos qn’on leur donne pour reprendre haleine, ils s’affaissent et ne tardent pas à mourir.— Andes.
4. Opinion cC Humboldt. Dans les plaines qni entourent le volcan d’ Antisana, à 2107 toises, les taureaux vomissent dn sang quand on les poursuit. (?)
5. Opinion d'Hubbard. L’armée qni sortit de Mendoza avait 9281 mulets, et qnand elle ent traversé les Andes, il n’en restait pins qne 4300; et de 1000 chevaux, 500 seulement survécurent. — Chili, à une hauteur máxima do 4300 m.
6. Opinion de Torrente. Le mal des montagnes attaque aussi les animaux: c’est une véritable suffocation qui se manifeste quand on veut augmenter leur charge, ou qu’on leur fait accélérer le pas. — Andes du Pérou.
7. Opinion de Brand. Les mulets s’arrêtaient souvent pour respirer, surtout lorsqu’il s’agissait d’atteindre les sommets; ils s’arrêtaient alors à chaque détour, comme s’ils étaient attaqués d’une maladie de poumons. Je pus alors par moi même juger de la vérité de l’opinion d’Acosta, à savoir, que les cris et les coups ne pouvaient rien pour les faire marcher, s’ils no le voulaient d’eux-mêmes. — Hauteurs du Chili.
322. — 8. Opinion de Temple. Les chevaux semblent être sujets au sorochi encore plus que les hommes; j’ai entendu dire bien souvent qu’ils tombaient à terre pour ne plus se relever, quand, en gravissant une colline, on les faisait hâter le pas. — Au Potosi, à 4165 m.
9. Opinion d' Orbigny . Mes muletiers, mes mulets et même mon chien se voyaient obligés de s’arrêter tous les 20 ou 30 pas; ils étaient comme moi attaqués par le sorochi. — Chemin d’Arica à la Paz.
10. Opinion de Pœpping. Les bêtes de somme sont sujettes à des accidents analogues à ceux que l’homme souffre; les chiens en sont cependant exempts. — Cerro de Pasco.
11. Opinion de Boussingault. La respiration des mulets devenait précipitée, haletante. — Chimborazo, à la hauteur du Mont Blanc.
12. Opinion de Meyen. Les bêtes de somme qu’on ne laisse pas reposer fréquemment finissent par s’affaisser. — Cordillères.
323. — 13. Opinion de Darwin. Les mulets s’arrêtaient tous les 50 pas; ces pauvres et vaillants animaux, après quelques secondes de repos, reprenaient leur marche tous ensemble. — Passage du Portillo. — Chili, à 4360“.
14. Opinion de Tschudi. Les chevaux qui naissent sur les montagnes n’ont presque pas à souffrir cle cette maladie; les chevaux des autres régions commencent par ralentir le pas; bientôt un tremblement s’empare de tout leur être, et ils finissent par tomber à terre. Plus ils montent plus le tremblement augmente, et ils s’affaissent aussi pins souvent; si on ne les desselle pas de suite pour les laisser reposer complètement, ils se jettent à terre. Les muletiers les saignent alors en quatre endroits: au bout de la queue, au palais, et à la pointe des oreilles; d’ordinaire ils leur coupent la moitié de la queue et des oreilles et leur fendent le museau sur une largeur de plusieurs pouces.1 Ce dernier moyen leur est sans doute d’une grande utilité, car les animaux peuvent alors aspirer une pins grande quantité d’air (!) — Cordillères à 4000m.
324. — 15. Opinion de Castelnau. — Les chiens, les chevaux et les bêtes de somme sont aussi sujets au sorochi, et j’en ai vus qui saignaient du museau. Les muletiers les obligent alors à manger des gousses d’ail. Très souvent on a vu périr des animaux de cette maladie, surtout des chevaux. Quand bien même on les excite peu, ces bêtes font des efforts pour surmonter le malaise qu’elles sentent et tombent quelquefois mortes dans les rues; les mules, au contraire, s’arrêtent d’elles mêmes, et, malgré les mauvais traitements que pourrait leur infliger un muletier imprudent, ne se remettent pas en chemin jusqu’à ce qu’elles se soient reposées.
16. Opinion de Burmeister. — On constate chez les animaux les mêmes symptômes, à savoir, un tremblement de tout le corps et des hémorrhagies qui ne sont pas mortelles. Beaucoup de chevaux, particulièrement les meilleurs, tombent à terre pendant les voyages à travers les montagnes. —Amérique du Sud.
325. — 17. Opinion de Martin de Moussy. — Les animaux expérimentent aussi cette fatigue de la respiration pendant leurs premiers voyages à travers les Cordillères; ils s’y habituent cependant facilement, et acquièrent une telle vigueur, que les mulets en bonne état et convenablement chargés ne laissent voir aucune débilité pendant les voyages ordinaires.— Andes.
18. Opinion de Guilbert. — Les taureaux qui, selon Lombard, ne servent pas pour les courses, sont ceux qui viennent de monter à la Paz et sont encore sous l’influence du sorochi. Il est rare qu’un voyageur, en traversant les Cordillères, ne soit témoin des souffrances de quelque bête de somme tourmentée par le sorochi: on les décharge alors à la hâte, on les frictionne, et, après leur avoir ménagé un moment de repos, on les laisse marcher en toute liberté.
19. Opinion de Focke et de Mossbach. — A partir de 10000 pieds de hauteur, le sorochi attaque l’homme et les bêtes de somme. Ces dernières ne veulent pas continuer leur marche, et pour les guérir on les saigne sous la langue.
1 On diminue ainsi la masse du sang et peut être les congestions internes. § 1154 a.
20. Opinion de N. N. — Ce Monsieur, liant fonctionnaire du gouvernement du Pérou, affirme qu’à 3000m on fut obligé de décharger 16 mulets sur 40. — Amérique du Sud.
326. — 21. Opinion de M. Pissis. — Sur le col de Tacora (??) (baromètre 463mm) les plus forts chevaux sont les plus exposés à périr du mal des montagnes. Ils sont alors tourmentés par de fortes épistaxis. — Amérique du Sud.
22. Opinion de Burkhardt. — Les chevaux et les mulets du Mexique sont d’ordinaire sujets à une maladie qu’on connait peu et même pas en Europe. Si aux heures de forte chaleur on les oblige à faire de grands efforts, on des mouvements rapides et continus, ils ressentent alors des palpitations de cœur, et l’accélération du pouls et de la respiration devient si intense, qu’elle cause un tremblement dans tout le corps.
327. La saignée est l’unique remède de cette maladie que les mexicains appellent asoleado. Et c’est pour cela qu’avant d’acheter un cheval ou un mulet, ils ont coutume de le faire galoper, pour voir si le battement entre l’épaule et l’encolure, révèle cette maladie. Ces bêtes très souvent périssent, quand ou les fait travailler sans interruption.
328. — 23. Opinion de Saussure.. — On déchargea les mules qui s’enfonçaient dans la neige jusqu’aux sangles; et malgré cette précaution, elles cheminaient avec beaucoup de difficulté; elles étaient comme suffoquées et se voyaient obligées à reprendre haleine, après avoir fait quelques pas. Le penchant de la montagne n’était cependant pas très rapide, et il était impossible que trois ou quatre heures de marche eussent suffi pour les
fatiguer La raréfaction de l’air les faisait souffrir beaucoup et elles
éprouvaient tout ce que nous avions ressenti nous mêmes, lors de notre ascension au Mont-Blanc. Ces pauvres animaux respiraient avec difficulté, et quand ils s’arrêtaient pour reprendre haleine, on les voyait haleter avec une angoisse telle, qu’elle leur faisait pousser des gémissements que je n’avait jamais entendus, ni même dans les moments de plus grande fatigue. Il est vrai que je n’avais jamais voyagé avec des mulets à une hauteur si considérable, puisque nous étions à 1736 toises au-dessus du niveau de la mer. — Glaciers du Mont-Servin.
329. — 24. Opinion d’Atkins. — Le chien qui nous accompagnait se vit obligé à lutter contre le sommeil, lorsque nous traversâmes le Grand-Plateau et s’efforçait toutes les fois que nous nous arrêtions, de se jeter à nos pieds. Plus d’une fois il manifesta une grande surprise et lançait de tous côtés des regards hagards, il faisait aussi de grands efforts pour courir et finissait par tomber à terre tout défaillant. Il dévorait avec une rapidité étonnante les os de poulet que nous lui donnions, et ne paraissait pas avoir soif.— Mont-Blanc.
25. Opinion de Moorcroft. — Au passage du Parang-La (Asie) à 19000 pieds, mon cheval éprouvait une telle difficulté pour marcher, que je fus
obligé, longtemps ayant d’en avoir atteint la cime, de le décharger pour l’abandonner à son propre sort.
26. Opinion du Capitaine Webb. — Les chevaux comme les yacks sont sujets an mal des montagnes. — Asie Centrale.
27. Opinion de Gérard. — Les chèvres, les montons et même les hommes périssent ordinairement an passage de Grangtung. — Himalaya.
330. — 28. Opinion de Victor Jacquemont. — Ce voyageur, pendant ses ascensions aux montagnes de l’Himalaya, n’observa jamais le mal des montagnes chez les bêtes de somme.
29. Opinion de Bûmes. — Les chevaux étaient dans un état qui faisait pitié, nous fûmes obligés de descendre de nos montures, et de continuer notre chemin à jiied. — Himalaya, à 15000 pieds.
30. Opinion de Semenof. — Le cheval de M. Kosharof tomba le mien
glissa et mourut au même endroit; deux chevaux des Cosaques étaient arrivés à un tel degré d’exténuation, qu’ils ne purent continuer leur route.
31. Opinion de Schlagintweit. — Nos chevaux et nos chameaux eurent évidemment à souffrir du mal des montagnes, à une hauteur de 17500 pieds, dans l’Asie Centrale.
32. Opinion d’ Hay ward. — Au passage de Masimik, les chevaux eurent un peu à souffrir, à cause de la raréfaction de l’air. — Karakorum, 5640““.
33. Opinion d’ Hender son. — A 5000m les hommes et les chevaux eurent beaucoup à souffrir à cause de la raréfaction de l’air.— Asie Centrale.
(b) Effets des ascensions en ballon observés chez les animaux que les aéronautes
avaient emmenés avec eux.
331. — 34. Opinion de Robertson. — J’emportais avec moi deux oiseaux. Au moment où j’allais faire l’expérience, je rencontrais l’un d’eux mort, sans doute à cause de la raréfaction de l’air (!); l’autre paraissait endormi. Après l'avoir placé sur le bord de la nacelle, je l’effrayais pour l’obliger à fuir; il ne fit alors qu’un mouvement d’aile et ne changea pas d’endroit. Je le lançais dans l’espace, et je le vis tomber perpendiculairement avec une rapidité extraordinaire. Sans aucun doute les oiseaux ne pourraient pas se soutenir à une hauteur si considérable. — 7170m(?).
35. Opinion de Biot et de Gay-Lussac. — Nous observâmes les oiseaux que nous avions apportés. Ils ne paraissaient pas souffrir à cause de la raréfaction de l’air, et cependant le baromètre marquait 20 pouces et 8 lignes, ce qui veut dire une hauteur de 2622 mètres. Nous rendîmes alors la liberté à une abeille violette qui se mit à voler rapidement et s’éloigna
de nous en bourdonnant. Nous avons observé nos animaux à toutes les hauteurs, et ils ne paraissaient nullement souffrir. Nous lâchâmes un verdier et un pigeon à 3400m: le pigeon étendit les ailes et se laissa tomber en décrivant des cercles, à la manière des oiseaux de proie. (Dans cette ascension, Oay-Lussac ne s’éleva pas à plus de 4000 mètres.)
332. — 36. Opinion de Glaisher. — NT ous emportâmes six pigeons que nous avions l’intention de lâcher l’un après l’autre, une fois que nous serions arrivés à une hauteur considérable; nous laissâmes échapper le premier à
4807m il étendit ses ailes, mais il ne put se soutenir et tomba comme
un morceau de papier; le second fut lâché à 6437m (?) de hauteur: il ne se laissa pas emporter aussi facilement, et se mit à tournoyer en volant avec force. Il tournoyait probablement toutes les fois qu’il tombait, malgré les efforts qu’il faisait. Le troisième fut lancé avant d’arriver à 8048m. Il tomba avec la rapidité d’une pierre. Nous gardâmes pour la descente les 3 pigeons qui restaient; mais nous vîmes alors que l’un d’eux était déjà mort et qu’un autre allait succomber. Lorsque je le retirai de sa cage, il ne voulut pas voler; après un qnart d’heure de repos, il commença à picoter le ruban rose qu’il portait au cou. Ce dernier était un pigeon messager qui, une fois remis, s’élança avec rapidité vers Wolverhampton.
De tous les pigeons que nous avions lâchés, un seul revint à Wolverhampton, le dimanche. (Cette ascension avait eu lieu le 5 Septembre.) 1
Autres données sur le mal des montagnes chez les animaux.
333. -37. Opinion de Boussingault. — Sur les hautes montagnes des Andes de Quito, les voyageurs et les mulets qui leur servent de monture, éprouvent subitement une grande difficulté pour respirer. On dit même que certains animaux y sont victimes d’une prostration qui ressemble à l’asphyxie. Ce phénomène a toujours lieu, et paraît indépendant des effets causés par la raréfaction de l’air. On l’observe surtout quand les montagnes sont couvertes d’une neige abondante et que le calme règne dans l’atmosphère.
38. Opinion de Hill. — Les chevaux et les mulets des plaines ne peuvent pas, dans un même laps de temps, parcourir la même distance gur les montagnes et dans la plaine; ils n’y peuvent pas non plus porter les mêmes fardeaux, auxquels ils résisteraient facilement dans les endroits où ils ont l’habitude de vivre.
334. — 39. Opinion de Meyer-Ahrens. — On y observe encore d’autres phénomènes, bien que moins fréquents, vg. des hémorrhagies pulmonaires, rénales et intestinales.
1 Peut être le vol est difficile dans l’air trop raréfié.