‹ La vie tragique de Vincent van GoghChapitre 37 sur 59 · L'ÉLÈVE DE MAUVE · texte numérisé non relu

L'ÉLÈVE DE MAUVE

tractée envers Mauve, il devait se brouiller

avec lui et le quitter avec fracas. Un jour que le maître conseillait à son élève de dessiner d’après les plâtres et qu'il avait placé une tête d’Apollon dans un éclairage favorable, Vincent, dont la mémoire était toute pleine de rudes visages borains ou brabançons, se fâcha, jeta le plâtre à terre et se sauva pour ne plus revenir...

Il n'avait point entièrement renoncé à

l'espoir de conquérir le cœur de sa cousine. Il se rendit un jour chez l'oncle

Stricker à Amsterdam. Mais l’austère K.

qu'on attendait demeura invisible, Vincent dut bien se rendre à l'évidence : elle ne l’aimerait jamais. Il chercha une consolation

dans la lecture de... Michelet : La femme,

la religion et le que

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Dans les premiers jours de 1882, malgré

son propre. dénuement, il recueille une

D ibedreuse avec cinq enfants, une femme qui est descendue au dernier degré de l’abjection, et qui, après un séjour à l'hôpital, revient auprès de Vincent, boit . du bitter, fume le cigare et jure comme un sacripant. L'ancien évangéliste se contente de dire avec charité : « Elle n’a jamais vu ce qui est bon. — Comment peut-elle

être bonne elle-même? »

C'est un peu l'histoire de Résurrection

. qu'il vit avec cette femme. Mais en même . temps, il dépense à son profit et au profit de ses cinq moutards, les trésors de ten-

dresse inemployés qu’il a au fond de lui-

. même. Voici comment il la décrit après la . première rencontre : « Je trouvai une femme pas très jeune, pas très belle, grande et Do bâtie, elle n'avait pas précisé-

ment des mains de dame comme K, mais

les mains d’une qui travaille beaucoup.

ï Elle avait quelque chose d’une vivante

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figure de Chardin ou Frère ou peut-être Jan Steen. Enfin, ce que les Français

appellent une ouvrière. » Et faisant allusion :

au passé de cette femme : « Ce n’est pas

la première fois que je ne peux offrir

aucune résistance à un penchant pour ces.

femmes que les pasteurs maudissent et méprisent du haut de leur chaire. Je ne

les maudis pas, je ne les juge pas, je ne les méprise pas. »

Cette vie de Vincent à La Haye provoque

un grand scandale dans toute sa famille

et parmi les « deftige heeren » qu'il a ren-

contrés jusqu'alors. Un seul homme lui

demeure fidèle, continue à s'intéresser à lui, à l'aider de ses conseils et de ses deniers : c’est l’admirable frère qui, pourtant, venant un jour de Paris, comprendra sur-le-champ, que Vincent doit se séparer de cette femme à jamais déchue. Elle a servi de modèle pour des dessins aujourd’hui célèbres de Van Gogh : Sorrow, The great Lady, d’un art où persiste une sentimentalité humanitaire que nous allons voir s’atténuer peu à peu.

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