NOUVELLE DÉCEPTION AMOUREUSE
Au printemps de 1881, Vincent revient se fixer à Etten, chez ses parents. Il dessine, en plein air, passionnément, les types paysans de son Brabant natal et peu à peu, le métier devient plus ferme. C’est pendant ce séjour dans la paisible maison du pasteur (avril à décembre 1881) que Van Gogh
connaîtra la deuxième grande et cruelle
déception amoureuse de sa vie. On se rappelle qu'il avait été repoussé à Londres, lors de son premier séjour, par la belle Ursule Loyer, gardienne de pouponnière.….
A Etten, l'artiste s’éprend d’une sienne cousine, restée veuve depuis peu de temps avec ün enfant. Tout d’abord, il garde son
«self-control » et rien n'est plus amusant
que cette lettre bien stendhalienne (3 sep-
tembre) où il analyse avec ludicité les
différentes phases et nuances de l’amour.
Mais le sentiment qu’il éprouve pour la
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fière, pour l’austère K. devient bientôt de la passion. Un jour qu'il s'en ouvre devant elle, elle lui répond : « Non, jamais,
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jamais plus {» Elle a beau fuir. Il s’obstine,
Il lui écrit des lettres interminables et cela
finit par provoquer dans la famille une petite révolution. Le pasteur se fâche. Il y a longtemps que la chaudière est sous pression, D'un coup, il reproche à son fils de leur être à charge, d’être un raté, d’avoir des lectures immorales : Michelet, Hugo et autres succédanés de l’Antéchrist, sans compter l’obstination ridicule qu'il met à solliciter la main de leur nièce.
Pauvre Van Gogh! Il faut qu il reprenne le bâton du pélerin et s’en aille à l'aventure et cela au moment où il sentait le mieux se préciser sa vocation d'artiste parmi les simples de son pays natal. Il demande un peu d'argent encore à Théo.
« Même, si je tombe 09 fois, lui dit-il, la centième fois, je serai debout aussitôt. »
La situation est devenue intenable à Etten et dans les premiers jours de décembre, Vincent part pour La Haye.
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À La Haye, pendant lafpériode sombre, difficile mais décisive qui commence, Van Gogh rencontrera un vieil artiste qui lui rendra un grand service en lui inculquant
- un métier plus sûr, en lui corrigeant ses
dessins, en lui apprenant à peindre. Cet artiste, c’est Anton Mauve, qui de concert avec les autres M, (deux des Maris tout . au moins) a, dans tous les musées et toutes les collections particulières de Hol- lande, des troupeaux de moutons (gentils !
* gentils !) et de vaches qu'il ne s’est point donné la peine de varier. Mauve est un sien cousin, Il à entendu vaguement parler de ce jeune homme qui est maintenant près de la trentaine et a essayé de tout sans nulle part persévérer. « J'ai toujours pensé que tu étais un fruit sec, dit-il, mais je vois qu'il en est autrement, »
Vincent ne se contente plus de dessiner.
Il peint dans l'atelier de Mauve des na- tures mortes et, au quartier des pêcheurs 1 à à Scheveningue, fait quelques aquarelles,
« Théo, que la couleur est une grande chose ! » écrit-il avec un naïf enthousiasme. L'élève peintre, sans cesse aux prises avec des difficultés d'argent, fréquente la Mauritshuis. J'imagine que dans ce délicieux petit musée, il aura senti son cœur battre, non seulement devant les Rembrandt mystérieux, Saül ou Homère, non seulement devant le voluptueux Paradis de Rubens, les Holbein et les petits maîtres facétieux, mais encore devant des œuvres d’une qualité aussi fine que le paysage de ville de Vermeer de Delft dans lequel est en germe, autant que dans Constable, tout l'art mModerne du paysage.
Le goût de Van Gogh d'ailleurs s'est affiné. Dans ses lettres, il ne cite plus pêle-mêle les noms les plus disparates, le meilleur à côté du pire, mais il célèbre en termes délicats la maîtrise d’un maître méconnu comme Fabricius, éclipsé par le rayonnement de Rembrandt. Il aime certains modernes hollandais mais redoute de se laisser influencer par eux. ni
Malgré la reconnaissance qu’il avait con-