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bien le portrait aux fleurs où l’on voit, sous un crâne rasé, et comme taillé à la serpe, l'œil droit tiré, déjeté vers l'oreille d’inquiétante façon.
Vincent Van Gogh était-il entoiee En tout cas, certaines de ses toiles de Provence semblent avoir été peintes avec cette terrible lucidité que les épileptiques, nous dit Dostoïewski, éprouvent avant chaque crise, Comme le prince Muischkine, le fils du pasteur hollandais à dû bien des fois apparaître «comme un imbécile aux gens stupides et comme un saint aux autres »,
Dans une lettre qu'il écrivit à sa femme 50 en 1889, Théo Van Gogh disait que la tête du Saint-Jean-Baptiste de Rodin rappelait étonnamment son frère.
Quand Vincent eut atteint l’âge de 16 ans, on décida de lui choisir une profession.
L'oncle de Prinsenhage, le marchand de tableaux, fut consulté. Et c’est ainsi qu'en 1860, Vincent, plein de courage, entra comme employé à la maison Goupil que dirigeait à La Haye, M. Terstees. Les
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ENFANCE ET ADOLESCENCE
premières lettres à son frère Théo, qui alors encore était à l’école d'Oisterwijk, mais qui le r°T janvier 1873, devait à son tour entrer au service de la maison Goupil, à Bruxelles, datent de 1872. On y voit le futur peintre, plein d’ardeur au travail, d'espoir et de confiance. « C'est une si belle affaire, écrit-il (lettre 3), plus on y est, plus on y a l'ambition de bien faire. »
Et cette correspondance où deux frères qui se chérissent tendrement, se confesseront l’un à l’autre, se réconforteront mutuellement, ne va pas cesser pendant plus de quinze ans. Vincent termine toutes ses lettres par de brèves formules, toujours les mêmes : « Adieu ! En heb het goed!
Een handdruk in gedachten ! » (une poignée de mains en pensée).
La maison Goupil est contente de lui et décide de lui donner de l'avancement en l'envoyant à la succursale de Londres, où il gagnera 00 florins par mois, Vincent, à peine arrivé, s’achète un chapeau de haute forme qu'il met tous les matins pour se
. rendre de son boarding-house à la boutique
de Southampton Street. « Impossible, dit-il,
de sortir à Londres, sans un chapeau
haut de forme.» Il habite d’abord une pension infecte que tiennent deux vieilles
dames plus occupées de leur perroquet que
de leurs clients, mais va s'installer bientôt
dans un autre boarding tenu par une dame
Loyer, originaire du midi de la France.
Cette veuve de pasteur a une fille qui dirige
une pouponnière et dont s’éprend le can-
dide Vincent. Premier amour ! Van Gogh
le confesse aux siens, à Théo, à ses petites sœurs. « On ne peut rien rêver d'aussi beau,
écrit-il, que l'amour entre elle et sa mère.
Aimez-la pour l'amour de moi. » Il célèbre
avec transport dans une lettre à ses parents les joies de la belle vie, don de Dieu. C’est
peut-être le seul moment où Vincent Van Gogh se soit senti et proclamé pleinement heureux, Théo lui adresse dans un paquet,
une couronne de feuilles de chêne, afin qu'il tue n'oublie pas dans les brouillards de Londres .
les bois du Brabant natal, Des De son côté, Vincent adresse à sa mère des dessins qu'il a faits, représentant la
Pme
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maison qu'il habite et sa chambre, Il semble bien qu'à cette époque, il ait vaguement
| songé à s’adonner à la peinture. Plus tard, il écrira de la Drenthe à son frère : « Que de fois, rentrant de Southampton Street à la
maison de Madame Loyer, je me suis
atrêté à l’Embankment pour prendre des
croquis de la Tamise, Si quelqu'un m'avait
appris alors ce qu ‘était la perspective,
combien de peine je me serais épargnée,
comme je serais plus loin aujourd'hui ! Ly
Et pourtant, lors de ce premier séjour à
Londres, il eut le rare bonheur d'entrer en contact avec Thijs Maris, le plus intéressant des trois frères Maris, le plus fin, le plus artiste, et dont toute la carrière pour
ainsi dire s'écoula en Angleterre. Mais voilà ! Van Gogh, timide et farouche,
n'osa point s'ouvrir à son compatriote, lui laisser entrevoir toutes les aspirations qu'il
sentait en lui confusément.
En avril 1875, il adressa à son frère Théo un autre dessin.
Recueillons-nous un instant, Nous venons de saisir les premières lueurs fugaces
d'un feu qui va dormir, couver pendant quelques années. Ce n’est qu'après l’apos- :
tolat religieux que l'artiste va ressurgir, se.
révéler pleinement à lui-même,
Mais c’est M. J. Cohen-Gosschalck qui a raison: «En dehors de toute idée de création, il s’est pendant toute sa vie pas-.
sionné pour la peinture, même à une époque
où ‘les directions de sa vie semblaient devoir pour toujours l'éloigner du monde
de l’art, » (Elzevier, oct. 1915 +)
I ya quelque chose qui nous frappe dans les premières lettres de Van Gogh à son frère, à l’époque de la vingtième année : c'est le caractère extraordinairement disparate et heurté de sa culture, de sa formation esthétique. Il lit, dévore plus exactement pêle-mêle, George Elliot, Michelet, Renan; son goût en matière de peinture n’est pas très sûr, Il vante le meilleur et le
pire en même temps, avec pourtant des.
bonheurs d'’intuition remarquables. Il devine par exemple le grand peintre qu'il y a dans l’Anversois Henri de Braekeleer, qui
n’a pas encore, en dehors de son pays
DE à CS A DEEE
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longtemps ingrat, la gloire qu'il mérite,
Il donne à son frère une longue liste de peintres qu'il aime. Voici quelques-uns des noms qu'elle comporte: Ary Scheffer,
Delaroche, Hébert, Hamon, Leys, Tissot,
Lagye, Boughton, Millais, Thys Maris, de Groux, de Braekeleer, Millet, Jules Breton, Feyen-Perrier (?), Brion, Jundt (?), Georges Saal, Israëls, Auker, Knaus, Vautier, Jourdan, Compte-Calix (222), Meissonnier, Ziem, Boudin, Gérôme, Fromentin, Decamps, Bonington, Diaz, Th. Rousseau, Dupré, Corot, Paul Huet, Otto Weber (?), Daubigny, Bernier, Ml!e Collart (?), Maris, Mauve.
C'est le cas de dire : quelle salade !
Et j'hésite à transcrire d’autres noms :
ceux de peintres belges qui ont pratiqué et pratiquent encore un art religieux douceâtre, capable de tirer des jurons aux moines de Beuron eux-mêmes.
Hélas ! le bonheur que goûta Van Gogh auprès de M1 Loyer, «l'ange aux poupons », fut de courte durée, Quand un jour,
il confessa son amour à la jeune Ursule
sn
qui s'était amusée de la gaucherie avec :
laquelle ce gros garçon l'avait voulu jus- … qu'alors laisser deviner, elle lui répondit « en riant qu'elle était flancée déjà. Vincent, 4 perdant la tête, la somma presque de A rompre ces fiançailles. « L'ange aux pou- 1 É |
pons» lui rit au nez plus bruyamment encore. Le coup fut rude. Cette première déception amoureuse fut fatale au jeune © homme dont le caractère s'assombrit. Vincent changea de pension et vécut désormais retiré, farouchement solitaire, versant peu : à peu dans un mysticisme que nous allons voir bientôt s’exalter étrangement. :
Le 8 mai 1871, il cite à la fin d’une lettre à son frère cette pensée de Renan: «Pour agir dans le monde il faut mourir à soi- , même, Le peuple qui se fait missionnaire d'une pensée religieuse n’a plus d'autre patrie que cette pensée. Fins « L'homme n'est pas ici-bas seulement L pour être heureux, il n’y est même pas pour être simplement honnête. Il y est pour réaliser de grandes choses pour la société, pour arriver à la noblesse.et dépasser la vul-
PORTRAIT DE VINCENT VAN GOGH PAR LUI-MÊME (Dédié à Gauguin)
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garité où se traîne l'existence de presque tous les individus, » | |
Là-bas, en Brabant, les parents s’inquiètent. Ils ont appris que leur fils se montre d'humeur atrabilaire avec les clients « dis-
tingués » de la maison Goupil. Un jour, en
plein magasin, Vincent a déclaré que le commerce, et en particulier le commerce des œuvres d'art, n’était qu’une forme du vol organisé. Pas plus à Paris qu’à Londres, ce « rustre hollandais » ainsi que l’appellera un jour une belle madame, cliente de la maison Goupil, ne sera l’homme expert à vanter avec lyrisme les gravures sentimentales qui font si bien dans une chambre de jeunes mariés, dans un fumoir où une salle à manger : Le Retour du Chasseur, le Drapeau de Metz, ou une Heureuse Famille.
Et pourtant, grâce à l'intervention de l'oncle Vincent, la providence de la famille, Van Gogh, devenu impossible à Londres, accepte — en maugréant d’ailleurs — une place de vendeur de tableaux chez Goupil, rue Chaptal, à Paris, Il y restera de mai e à mars 1876,