Cf. Pilonne, Les Démocraties, 53-54 et
CONCLUSION
Pouvoirs public, féodal et religieux anciens, remplissaient l'agglomération avec le pouvoir urbain nouveau et le limitaient. Il voulut s'en émanciper par son expansion ou se les assimiler par la conquête : il n'y parvint que relativement et dut se résigner à coexister avec eux. De là se formèrent des rapports qui, selon les autorités, ne furent pas de même nature, et un peu, avant tout, en raison de leur différence de situation locale. Si Ton veut considérer en effet ces relations de la façon la plus générale, tout d'abord la puissance souveraine et centrale, extérieure au fond à la ville, a surtout sur elle un simple pouvoir de surveillance, elle possède des droits plus négatifs que positifs, éventuels que permanents, elle l'empêche plutôt d'abuser des prérogatives qu'elle lui a cédées ou reconnues, qu'elle ne lui impose ses visées propres ; et il est si vrai que tant que la commune ne commet pas de fautes graves, son autorité personnelle peut s'exercer librement, et que ce sont ses erreurs internes autant que les ambitions extérieures de Tautorité publique, qui ramènent Tintervention de celle-ci dans les affaires urbaines. Ensuite, les droits de l'organisme souverain ne sont pas sans être accompagnés de devoirs : s'il domine la cité, il est tenu également de la protéger. Mais, à l'égard des deux a^itres pouvoirs qui étaient résidents, le centre communal ne jouissait pas d'une même situation. En particulier, la féodalité n'avait que des privilèges essentiellement réels, auxquels lassociation se trouvait assujettie d'une façon permanente. La ville se heurtait là à des formes de prérogatives qui, positivement, empiétaient sur elle. Il n'en était pas très différemment de l'Eglise, bien que la situation ne fut pas encore tout à fait semblable. Non seulement il faut
tenir compte en principe de la nature morale particulière de l'organisme religieux, mais tandis que les seigneurs féodaux prenaient directement à la communauté, les autorités ecclésiastiques ne voulaient surtout rien lui donner. On dirait presque que les uns s'imposaient à la ville et que les autres l'ignoraient. Sans doute, dans leur ensemble, ces puissances à tendances immunistes n'eurent jamais au fond qu'une autorité non personnelle et ne furent pas de valeur très importante. Elles constituaient cependant un régime non plus de contrôle, mais d'arrêt, non plus indirect, mais direct, non plus intermittent, mais continu. En outre, dans leur double manifestation, elles n'étaient d'aucun secours à la cité et celle-ci ne retirait aucune compensation de ses obligations à leur égard. Il ne s'agissait plus ici de tutelle, mais de charges, et à la domination souveraine, au besoin utile, s'opposait maintenant l'égalité privée, très souvent nuisible. Finalement, plus d'affinités, de similitudes apparaissaient entre les pouvoirs, mieux encore entre les milieux publics et bourgeois, qu'entre celui-ci, la féodalité et l'Eglise : ces deux dernières, en thèse générale, représentaient un système d'organisation écoulé, un mode d'économie passé, en face, c'est-à-dire contre lesquels s'était levée et constituée, presque avec l'appui de l'autorité nationale, l'association urbaine, comme va le démontrer maintenant l'étude de ses éléments particuliers.