Indic. Wautere, Table, II
de ce débat est absolument inconnue, aussi bien d'ailleurs que ses causes quon ne saurait davantage supposer exactement. En général cependant, et d"abord du point de vue réel, on doit admettre que le différend avait été assez grave, car l'évêque paraît bien être venu jusqu'à Rome pour rendre compte de l'affaire au Pape, comme inversement le Pontife voulait obliger les Douaisiens à se rendre auprès de lui pour réparer leur faute, et il est également admissible que la punition dont Eugène III et son représentant menaçaient la ville fut l'excommunication. C'est, en tout cas, un exemple assez curieux des difficultés presque aiguës entre les deux pouvoirs, civil et religieux, et une confirmation des sentiments dont était parfois animée la communauté à l'égard des représentants même les plus hauts de la religion pour des questions qui, peut-être, n'étaient pas purement spirituelles. Mais, sous le rapport personnel aussi, puisque les Douaisiens résistaient à l'évêque et qu'ils formaient à ce sujet un groupement, ils affirmaient de nouveau l'existence d'une collectivité capable d'organisation, de mouvement et d'action. Si, plus spécialement, les termes de « grands )> et de (( petits », de « majores » et de « minores >; indiquent la division de cette union en grande qt en petite bourgeoisie, ainsi qu'on le constatera effectivement plus tard, une telle séparation sociale est possible en réalité, mais peu probable en droit, et il ne faut sans doute y voir qu'une expression toute faite qui. si bien que pût être informé d'ailleurs le Pape, par un évêque régional, de l'état intérieur de la ville, ne correspond juridiquement à rien de précis. Bref, abstraction faite de détails qu'on doit se résigner à ignorer, il reste, en général, la confirmation de l'existence d'mie population, qui remplit l'agglomération d'une façon privée et indépendante i.
On ne doit, bien entendu, rien exagérer à ce sujet, dans quelque sens que ce soit. Les deux premières circonstances qui nous montrent cet ensemble que l'on appellera plus tard
l, Cf. à la rigueur Wauters, Thierry d'Alsace, 41.
la communauté, ne sont en fait toutes deux relatives quà ses rapports avec des autorités qui. toutes deux aussi, s'opposent effectivement à son expansion complète et à son autonomie absolue. Or. l'apparence politique de ces relations, il est intéressant de le constater, ne diffère pas déjà de la forme qu'elles présenteront à lavenir. assez calme avec- le pouvoir laïque, assez tendue avec la puissance religieuse, et on serait tenté de conclure de cette similitude de conduite externe à une ressemblance d'organisation intérieure entre les deux époques ; mais, au contraire, quand il s'agit de leur vie matérielle ou sociale, les Douaisiens ne se montrent pas dans des conditions de spontanéité propre et d'action personnelle, ainsi qu'en fait foi l'origine extra-urbaine des actes qui les mentionnent, mais ils apparaissent dans des circonstances où ils sont plutôt appelés et mis en cause par d'autres autorités agissant alors de leur mouvement particulier : la différence semble devoir être notée et serait la marque d'un état encore un peu passif et réflexe. Néanmoins, cette double situation ne se serait pas produite, ces relations successives ne se seraient pas engagées, sans la réalité et même les qualités de l'organisme avec lequel les pouvoirs différents crurent utile ou nécessaire d'entrer en rapports. Si, en effet, on ajoute à ces indices l'expansion topographique de la ville, si on n'oublie pas que le pouvoir public perdait presque de sa force par la féoclalisation de ses représentants locaux, on a, semble-t-il, au cours du xii^ siècle, des preuves suffisantes, quoique très réduites en nombre et encore un peu relatives comme valeur, de l'existence ainsi que de la vitalité de la collectivité urbaine.
2'^ L'apogée.
A) L'époque franco-flamande. 1172-1226.
Cette expansion va s'achever et se démontrer par des preuves écrites. Ces dernières apparaissent peu à peu dans des conditions diverses. En premier lieu, celles qui concernent la fin du siècle ne sont pas encore très nombreuses, qu'elles
soient directes et contemporaines, indirectes et postérieures, ou encore locales ou extérieures. Dès cette époque, les seules indications directes que l'on a sur l'état urbain se réduisent à deux documents de 1172 et de 1181. L'mi, émanant du pouvoir public, rapporte une cession de tonlieu par des bourgeois à l'abbaye d'Anchin, que ratifie l'autorité centrale ^, et où les éclievins ont au fond, comme représentants d'une communauté à laquelle appartiennent les vendeurs, dans une question qui intéresse directement l'association et de nouveau son domaine, un rôle interventionniste à peu près analogue à celui de l'acte de 1115. Dans la seconde pièce, qui vient de l'autorité féodale et relate un don fait par le seigneur de Saint-Albin à son prêtre paroissial ^, les mêmes personnages ont exclusivement alors cette situation de témoins privilégiés, qui confirme non moins nettement l'importance que le milieu seigneurial local attachait à la validation de ses actes par le pouvoir urbain. D'une façon générale, on le voit, ces deux nouveaux documents sont assez comparables aux précédents par leur origine non urbaine et par la forme de leur caractère communal : ils n'émanent pas davantage du pouvoir mimicipal et également, puisque ce dernier n'est pas mis personnellement en cause plus qu'en 1115 ou en 1153, on s'explique que ses membres n'aient peut-être encore qu'une action accessoire, testimoniale en l'espèce. Si par suite, absolument, ces deux pièces, par rapport aux plus anciennes, ne nous apportent pas d'informations bien nouvelles, on remarquera, relativement, qu'elles ne font plus mention des notables et qu'elles montrent les éclievins seuls, comme si l'organisation commençait à se préciser et que les représentants de l'asso-
1. Sur la demande des vendevirs du tonlieu, Philippe d'Alsace se porta caution (ohses) de la cession (Finances, P.J. 3).
2. Le seigneur de Saint -Albin affranchit le presbytère, de Saint -Albin également, d'une rente qui kii était due, et lui donne une maison contiguë : « Actum... in capitulo beati Amati, presentibus canonicis ejusdem ecclesie, P., decano, B., cantore, etc., scabinis Guarino de Castello, Galtero et Bonevita de Duaculo » (Brassait, Preuves, n» 101).