DEUXIÈME PARTIE. HISTOIRE JURIDIQUE
arrivèrent à ne plus agir dans toutes les circonstances que pour eux-mêmes : les intérêts urbains ne furent que les leurs et ils traitèrent en pays conquis le reste de la ville. De là, vint une séparation et une opposition telles entre les deux éléments que. dans les derniers temps, quelques signes de dissolution intérieure et d'attaque extérieure de l'ordre social commencèrent déjà à se manifester.
3° La décadence. A) Epoque révolutionnaire 1296-1311.
Les avertissements précédents vont maintenant se réaliser et, pendant exactement une période d'une quinzaine d'années, qui s'étendra de 1296 à 1311 i. Douai, sans présenter des événements d'une importance comparable à celle des faits qu'offrent deux des grandes villes proprement flamandes, Bruges et Gand, sans être agité de révolutions intérieures aussi violentes, sans posséder un rôle territorial aussi visible, aura en somme une histoire analogue et pour les mêmes causes. Celles-ci, en général, sont sociales ou extérieures et, on le sait, se tiennent étroitement et réagissent les unes sur les autres. Gouvernants et gouvernés n'ont pas plus la même façon d'envisager la direction de la ville qu'ils n'ont les mêmes idées dans leurs rapports avec le pouvoir central. De ces divergences naissent des luttes assez complexes, qu'il est cependant nécessaire d'essayer de décrire avec quelques détails, parce qu'elles peuvent fournir des indications comparatives intéressantes sur l'état de la Flandre à cette époque.
Malheureusement, les renseignements locaux sont, et très
1. Consulter bien entendu sur cette période Funck-Brentano, Philippe le Bel, passim : le récit en est très exact et suffisamment détaillé, quoique l'auteur, et assez naturellement, n'ait pas, sinon connu, au moins utilisé dans ce travail général toutes les pièces locales. En outre, jNI. F. B. et nousmême avons fait successivement usage des listes de l'échevinage dressées par Brassart, siu'tout d'après les ohirograplies, restées manuscrites et déposées aux Arch. co7nm. : elles donnent d'utiles renseignements, bien qu'assez restreints, sur les changements gouvernementaux à cette époque, entre partisans du roi et du comte, de l'aristocratie et du commun.
souvent, beaucoup trop épars et restreints pour que l'on puisse tracer un tableau complet de cette époque. Sous le rapport réel, une telle insuffisance ne permet pas toujours de reconstituer la suite et la signification des événements, bien qu'en général ils paraissent se ramener à une série de luttes entre les autorités publiques et urbaines, alliées ou ennemies les mies des autres. C'est à un degré beaucoup plus accusé encore qu'une semblable obscurité se manifeste au sujet des participants à ces troubles. Quoique nous connaissions les détenants des puissances centrales, que même la valeur sociale des pouvoirs locaux ne nous échappe également pas, de la composition organique et de la direction personnelle, existante ou absente, des éléments urbains ennemis, on ne saurait rien dire, et aussi bien pour le parti nouveau que pour l'ancien. Dans l'ensemble, peut-être ces divisions communales ou individuelles se compliquaient-eUes encore du rôle des « lignages » qui, en raison des principes du droit familial toujours en vigueur, faisaient intervenir et mettaient en cause de petites collectivités à côté des grandes, les premières obligées, en vue d'aider ou de combattre les adversaires directs, de s'aider ou de se combattre mutuellement ^. A priori, ces extensions personnelles ne pouvaient qu'entraîner des complications, attaques ou réactions variées, mais leurs formes et leurs résultats réels nous sont à vrai dire inconnus. En outre, considérant spécialement « le commun », qui va maintenant apparaître d'une façon officielle pour la première fois, on ignore si chacun de ses deux éléments a une action séparée et si l'un et l'autre possèdent des chefs quelconques -.
1. Ce rôle des familles apparaît certainomont, d'abord dans un fait de décembre 1296, une qnei-elle du seignein* de Saint-Albin et d'un liourgeois, puis dans les permissions que les échevins sortant s'accordent à trois reprises, en 1305, 1306, 1307, de porter les armes, non seulement eux, mais leurs (' lignages » (P.J. 883, 889, 894). Nous parlons plus bas de ces événements successifs. Pour la théorie du di'oit familial, voy. § 14, surtout i^'^.
2. Un double examen très attentif, d'abord des actes de droit privé, antérieurs aux troubles et contenant, comme nous l'avons déjà dit, des mutations ou des créances en faveur des patriciens, puis, à l'époque révolutionnaire elle-même, des listes des échevins partisans de l'aristocratie ou du