PREMIÈRE PARTIE. — HISTOIRE EXTERNE
seins contre les Douaisiens. qui. eux-mêmes, demandent à Philippe de vouloir bien les protéger ; aussi, quoique le comte, interrogé par son suzerain, lait assuré de ses bonnes intentions et malgré la confiance que le roi affirme avoir en lui, Philippe, désirant posséder à ce sujet une certitude absolue, envoie aux habitants un délégué ^ : en son nom, dans l'ensemble, il les garantira eux et leurs biens de toute tentative mauvaise quelconque de Gui et déferra au besoin les querelles à la justice royale ; celle du comte dans la ville demeurera en principe assurément intacte, mais en général ce seigneur avec ses agents n'en devra pas moins obéir à l'officier en question. Il était difficile de se moquer davantage ou de traiter le comte avec un mépris plus grand ^. Enfin, en janvier, puis en février 1297 ^. le roi. sous le même prétexte qu'en juin et rappelant, au reste, que. déjà à cette époque, il s'est constitué le gardien des Douaisiens. les prend de nouveau sous sa protection. Cette diplomatie envahissante et persévérante ne se constate assurément pas qu'à Douai et on en retrouve les manifestations à Tégard des autres centres importants de la Flandre *, mais il semble que nulle part elle ne s'exerce avec autant de fréquence et de vigueur ^.
Cette sorte de mainmise anticipée et pacifique du roi de France sur une cité flamande d'avant-garde tenait sans doute avant tout à l'activité de sa politique publique et d'origine extérieure à la viUe ; il est très possible cependant qu'elle
1. '( Dilectum nostrum Johannem, dictum Tasse de Montedesiderii, exhibitorem presentium, ad predictam villam... destinamus ».
2. On s'explique que quelques mois plus tard, le 9 janvier 1297, le comte écrive au roi : « Vous avez mis semblables gardiens... en vo vUe de Douay,... qui... troublent sa jiuidiction et sen droit « (Kervyn de Lettenhove, Hist., II, 562-563).
3. 0. R. F., XI, 387 et 388 ; cf. Fxmck-Brentano, 226 et n. 6-7.
4. Cf. Viollet, Droit public, II, 174, et Kern, Die... Ausdehnungapolitik,
5. M. F.-B. dit : < Le 20 mars 1297, il [Philippe] leiu" [aux Douaisiens] manda d'envoyer à Tournai des délégués qui s'entendraient avec ses officiers... sur la ligne de conduite à suivre •> (227) ; le mandement est adressé « à nos amés et feaus les esclievins et la communauté de le ville de Lille », Arch. départ, du Nord, B 1063 ; Godefroy, n° 3905).
72 LA ^^E urbaine de douai
ait trouvé, sinon créé, dans la cité même un point d'appui local parmi une partie tout au moins des habitants : en fait, n'avaient-ils pas envoyé une délégation à Philippe le Bel contre Gui de Dampierre ? n'avaient-ils pas attaqué ce dernier devant le Parlement du roi ? Aussi, les sentiments français que nous avons vu leur suzerain leur prêter au moment de la nomination du gardien urbain pouvaient n'être pas une simple phraséologie tendancieuse, mais correspondre à une '
certaine réalité. En effet. Douai, comme les autres centres de la région, nous le verrons, et pour des causes assurément identiques, était divisé en deux partis opposés à la fois du point de vue national et social ; les grands bourgeois, qui gouvernaient la ville par Téchevinage. et les petits bourgeois, les uns léliaerts. les autres clauvvaerts. Ceux-là, alors au pouvoir 1, avaient toute facilité pour être dévoués à la cause française et c'est ainsi qu'outre les appels qu'ils adressèrent au roi en janvier 1297. ils allèrent jusqu'à refuser l'entrée de la ville au fils aîné de Gui de Dampierre ~. Son père, dans ces conditions, ne paraissait plus conserver aucun pouvoir réel. Ge n'est pas cependant qu'il soit resté inactif et qu'il n'ait fait aucun effort pour garder la ville dont on voulait l'exclure avant la guerre même. Son parti s'adressa également à lui et l'amena à se montrer plusieurs fois dans les affaires urbaines et à intervenir ouvertement contre ses adversaires, c'est-à-dire contre le roi ^'^.
Chaque pouvoir extérieur se disputait donc la cité à tous